Architectures mass-médiatiques de l'Afrique et des mondes coloniaux du XXe siècle
Mass-Media Architectures of Africa and the Colonial Worlds of the Twentieth Century
Histoire des infrastructures de télécommunications, radio et télévision, dans les territoires colonisés et décolonisés, 1900-1980
Histories of telecommunications, radio, and television infrastructures in colonised and decolonised territories, 1900-1980
Résumé
Avec une équipe pluridisiplinaire, croisant l'architecture et l'histoire, nous avons décidé d'éclairer les relations entre les médias audiovisuels et les réalisations architecturales réalisées dans le cadre de leur montée en puissance dans les espaces colonisés et décolonisés du XXe siècle. Comme pour d’autres institutions coloniales, l’architecture des stations et des émetteurs radio était un moyen de renforcer la visibilité de la présence coloniale. Après la seconde Guerre Mondiale, les contextes de la Guerre Froide et de la décolonisation donnent lieu à d’autres instrumentalisations : démonstration de puissance, impérialisme culturel, affirmation d’identité et de souveraineté nationale.
Annonce
Argumentaire
En poursuivant la logique du critique médiatique Marshall McLuhan “the medium is the message” quels enseignements les architectures mass médiatiques dans les contextes coloniaux et postcoloniaux peuvent-ils apporter ? La radio se déploie en tant que média alors que les empires coloniaux européens fondés au 19ème siècle atteignent leur apogée. Elle apparait dès lors comme une des “techniques de l’occupant” participant à remodeler les sociétés et les espaces selon la “mission civilisatrice” revendiquées par les métropoles. Comme pour d’autres institutions coloniales, l’architecture des stations et des émetteurs radio était un moyen de renforcer la visibilité de la présence coloniale. Après la seconde Guerre Mondiale, la télévision se place dans la continuité de cette politique, mais les contextes de la Guerre Froide et de la décolonisation donnent lieu à d’autres instrumentalisations : démonstration de puissance, impérialisme culturel, affirmation d’identité et de souveraineté national. Cependant, le lien entre l’architecture des infrastructures mass médiatiques et le continuum impérial et ses mutations jusqu’à la fin du 20e siècle restent mal connues.
Pourtant, dès la fin du 19ème siècle, des stations de radiotéléphone ponctuent les empires coloniaux. Elles sont suivies dans l’Entre-deux-guerres par des stations de radiodiffusion qui se développent sous des formes variées. Cependant c’est à la fin des années 1930 que l’expansion du média devint une préoccupation plus importante pour les puissances impériales - notamment les empires britannique, français, portugais ou belge, mais aussi pour les colonies de peuplement blanc d’Afrique australe comme l’Afrique du Sud ou les Rhodésies. Des colonisateurs développèrent les transmissions radiophoniques et introduisirent des programmes en langues autochtones afin de renforcer l’emprise sur les opinions publiques, de soutenir l’effort de guerre entre 1939 et 1945 et les politiques développementalistes des empires tardifs . Les années d’après-guerre sont donc marquées par la construction sur tout le continent d’installations de radio, les Britanniques ayant été précurseurs en la matière . Au lendemain des indépendances, les jeunes Etats du Tiers-monde poursuivent cette lancée dans le cadre des politiques de développement. Les infrastructures de télécommunication apparaissent à la fois comme des signes essentiels de souveraineté et comme des leviers visibles de la “modernisation” des sociétés .
Ainsi, durant ces décennies, la radiodiffusion ne releva jamais uniquement du contenu. Elle fut aussi une question d’architecture, d’infrastructures et de paysage. Maisons de radiodiffusion et de télévision, stations émettrices et chaînes de relais, paysages d’antennes, réseaux de câbles de télécommunication, tours de télévision monumentales, autant de constructions qui acquirent une force politique en tant que moyens de gouvernement et d’affirmation visible de la souveraineté. De tels projets s’inscrivaient dans des courants architecturaux de l’époque, en particulier l’architecture tropicale, qui faisait de l’adaptation au climat un problème central de conception tout en traduisant les conditions locales dans un langage technique moderniste façonné par le pouvoir colonial . Les maisons de la radio s’imposèrent comme un type architectural distinct, où les contraintes techniques, les exigences administratives et la production et transmission de l’information étaient coordonnées par le plan, la circulation, les conditions acoustiques et les régies9. L’infrastructure de radiodiffusion, en ce sens, n’était pas seulement le système de support de la circulation médiatique ; elle faisait partie d’un environnement bâti plus large à travers lequel modernité, autorité et État étaient mis en scène sous une forme matérielle comme le montre l’exemple emblématique de la Rádio Nacional de Angola (1963-67), anciennement Centro de Radiodifusão de Angola, qui illustre ces dynamiques comme œuvre du modernisme tropical portugais du colonialisme tardif .
Nous proposons donc la métaphore de la cage dorée pour examiner les contradictions de ces infrastructures médiatiques au 20e siècle. Les systèmes de radiodiffusion étaient présentés comme modernisateurs, mais étaient en même temps conçus pour diriger un territoire, façonner les publics et réguler la parole. Pour incarner cette contradiction sans la simplifier, nous nous inspirons de la réflexion de Maya Angelou dans Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage : la mélodie formée à l’intérieur de la cage peut devenir plus concentrée, plus profonde, que celle de l’oiseau en liberté . Dans le cadre de cet appel, la cage est l’appareil architecturo-technologique : bâtiments et infrastructures, doctrines de fonctionnement, formation du personnel, contrôle politique, horaires et routines. Le chant de l’oiseau est la musique, la parole, la culture et l’image en mouvement produites et diffusées à travers les stations, les studios, les écoles et les écrans. Le chant peut voyager librement tout en restant profondément façonné par le filtrage et le contrôle dont les bâtiments et infrastructures de radio sont la principale manifestation.
Ainsi, comme l’a écrit Alfredo Thierman pour le Berlin de la Guerre froide, le rôle de l’architecture et des architectes dans la conception et la mise en œuvre des infrastructures radio a une grande importance. Celle-ci reste à explorer pour l’Afrique et des mondes colonisés du 20ème siècle. Les propositions de communication pourraient s’inscrire dans les champs thématiques suivants :
1) Infrastructure et pouvoir : dans cet axe, nous appelons des propositions qui s’intéressent directement aux bâtiments, aux infrastructures des radiodiffusions (maisons de radio-télévision, tours de télévision monumentales, studios, émetteurs, réseaux de câbles de télécommunication ou bâtiments d’écoute ou de projection). Quels objectifs pratiques, politiques ou symboliques poursuivaient-ils ? Quels éléments marquaient leur intégration dans le monde colonial et/ou post-colonial ? Y avait-il une recherche de syncrétisme architectural entre les apports de la métropole et ceux de la colonie ? Quel lien était fait entre la forme du bâtiment et sa fonction ? Comment ces bâtiments étaient-ils perçus par les forces politiques en présence ? Nous accueillons également les travaux portant sur des architectures médiatiques adjacentes et chevauchantes - salles de cinéma, circuits de projection, unités cinématographiques, cinémas mobiles et infrastructures d’exposition - lorsqu’elles croisent la radiodiffusion, la communication d’État, la politique culturelle et la formation des publics.
2) Conception, travail et expertise : Qui a conçu, construit et fait fonctionner ces systèmes (services des travaux publics, architectes, ingénieurs, consultants, entrepreneurs, fournisseurs ; techniciens, producteurs, projectionnistes, administrateurs), et comment l’expertise et les hiérarchies se sont-elles transformées au cours de la décolonisation ? Quelles méthodes permettent aux historiens et aux architectes aujourd’hui de décoloniser et de relire les archives médiatiques et des concepteurs des bâtiments ?
3) Réseaux d’échange : Comment les réseaux d’échanges technologiques, politiques, architecturaux et musicaux et les circulations d’acteurs ont-ils façonné les infrastructures de radiodiffusion et de télévision des pays du Sud anciennement colonisés (formation, approvisionnement, normes, missions de conseil, coopération) ? Quelles continuités ou quelles transformations ont-ils produits entre l’âge de la domination coloniale et celui des indépendances et de la Guerre froide ?
4) Héritages contemporains : cet axe appelle aussi des communications sur l’héritage des bâtiments. La notion d’héritage ne renvoie pas seulement à des processus de patrimonialisation, mais englobe également d’autres trajectoires, comme la démolition, la reconversion ou l’abandon. A l’heure où l’on parle de plus en plus de restitution des œuvres d’art volées au cours de la conquête coloniale, comment les bâtiments de radio construits pendant ou après la période coloniale sont-ils perçus aujourd’hui par les populations et les Etats ? Quelles politiques de mise en valeur ou de patrimonialisation sont-elles envisagées ou mises en œuvre ?
Si l’appel est ouvert à l’ensemble des parties du monde ayant connu la seconde colonisation, l’Afrique est un terrain qui semble particulièrement peu exploré et qui mérite une attention particulière.
Modalités de contribution
Format
- Communication : 20 minutes + discussion
Propositions
Merci d’envoyer votre proposition sous format PDF en respectant les indications suivantes :
- Titre et proposition + résumé (250–350 mots)
- Notice biographique (max 150 mots)
- Courriel pour envoyer les propositions : [email protected]
- Nom des fichiers remis : [NomPrénom]
Dates importantes :
- Date de remise des propositions : 20 septembre 2026
- Réponse aux auteurs : 14 décembre 2026
- Journée d’étude : 13-14 ou 20-21 mai 2027
Organisation et comité scientifique
- Jared FANTASIA ( Faculdade de Arquitectura da Universidade do Porto )
- Thomas LEYRIS ( Université de Lille, Laboratoire HARTIS )
- Raphaël BOURDIER ( ENSA Paris La villette, LAVUE )
Bibliographie
Angelou Maya, Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage. Paris : Livre de poche, 2009, 1969.
Cooper, Frederick. L’Afrique depuis 1940. Paris : Payot, 2012.
Daro, Carlotta. Paysages de lignes, esthétiques et télécommunications. Genève, MetisPresses, 2022.
Ericson, Staffan, and Kristina Riegert, eds. Media Houses : Architecture, Media, and the Production of Centrality. New York : Peter Lang, 2010.
Fanon, Frantz. “This Is the Voice of Algeria.” In A Dying Colonialism. New York : Grove Press, 1965.
Goodman, Steve. Sonic Warfare : Sound, Affect, and the Ecology of Fear. Cambridge, MA : MIT Press, 2010.
Gunner, Liz. Radio Soundings : South Africa and the Black Modern. Cambridge : Cambridge University Press, 2019.
Gunner, Liz, Dumisani Ligaga, and Don Moyo, eds. Radio in Africa : Publics, Cultures, Communities. Johannesburg : Wits University Press, 2011.
Harwood, John. “Wires, Walls and Wireless : Notes toward an Investigation of Radio Architecture.” Media-N : Journal of the New Media Caucus 10, no. 1 (2014). https://median.newmediacaucus.org/art-infrastructures-hardware/wires-walls-and-wirelessnotes-toward-an-investigation-of-radio-architecture/.
Larkin, Brian. Signal and Noise : Media, Infrastructure, and Urban Culture in Nigeria. Durham, NC : Duke University Press, 2008.
Le Roux, Hannah. “Building on the Boundary - Modern Architecture in the Tropics.” Social Identities : Journal for the Study of Race, Nation and Culture 10, no. 4 (2004) : 439–53.
Lekgoathi, Sekibakiba Peter, Tshepo Moloi, and Avelino R. S. Saíde, eds. Guerrilla Radios in Southern Africa : Broadcasters, Technology, Propaganda Wars, and the Armed Struggle. Lanham, MD : Rowman & Littlefield, 2020.
McLuhan, Marshall. Understanding Media. Boston, MIT Press, 1964.
Metcalf Thomas, An imperial vision : Indian architecture and Britain’s Raj (London, Boston : Faber and Faber, 1989).
Moorman, Marissa J. Intonations : A Social History of Music and Nation in Luanda, Angola, from 1945 to Recent Times. Athens : Ohio University Press, 2008.
Moorman, Marissa J. Powerful Frequencies : Radio, State Power, and the Cold War in Angola, 1931–2002. Athens : Ohio University Press, 2019.
Nkoala, Sisanda, Christina Chan-Meetoo, Jacinta Mwende Maweu, Marissa J. Moorman, Modestus Fosu, and Stanley Tsarwe. “100 Years of Radio in Africa : From Propaganda to People’s Power.” The Conversation. February 12, 2024. https://doi.org/10.64628/AAJ.wxd6prqxc.
Ouzounian, Gascia. Stereophonica : Sound and Space in Science, Technology, and the Arts. Cambridge, MA : MIT Press, 2020.
Potter, Simon, Daniel Clayton, Flora Kovacs, Vincent Kuitenbrouwer, Nelson Ribeiro, Rebecca Scales, and Anne-Lise Stanton. The Wireless World : Global Histories of International Radiobroadcasting. Oxford : Oxford University Press, 2022.
Ribeiro, Nelson. “Broadcasting to the Portuguese Empire in Africa : Salazar’s Singular Broadcasting Policy.” Critical Arts 28, no. 6 (2014) : 920–37. https://doi.org/10.1080/02560046.2014.990630.
Riesco Thiermann, Alfredo. Radio-Activities : Architecture and Broadcasting in Cold-War Berlin. Cambridge, MA : MIT Press, 2024.
Thompson, Emily. The Soundscape of Modernity : Architectural Acoustics and the Culture of Listening in America, 1900–1933. Cambridge, MA : MIT Press, 2002.
Tudesq, André-Jean. La radio en Afrique noire. Paris : Pédone, 1983.
Von Borries, Friedrich ; Böttger, Matthias ; Heilmeyer, Florian. TV Towers - 8,559 Meters Politics and Architecture. Berlin, Jovis, 2009 [2006].
Yusaf, Sameen. Broadcasting Buildings : Architecture on the Wireless, 1927–1945. Cambridge, MA : MIT Press, 2014.
Lieux
- Université de Lille, laboratoire HARTIS
Lille, France (59)
Format de l'événement
Événement hybride sur site et en ligne
Fichiers attachés
Mots-clés
- architecture, radio, télévision, afrique, colonisation, décolonisation, architecte, antennes, émetteurs, maison de la radio
Contacts
- Thomas Leyris
courriel : radioarchiafricaproject [at] gmail [dot] com
URLS de référence
Licence
Cette annonce est mise à disposition selon les termes de la licence Creative Commons CC0 1.0 Universel.
Pour citer cette annonce
« Architectures mass-médiatiques de l'Afrique et des mondes coloniaux du XXe siècle », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 25 juin 2026, https://doi.org/10.58079/16gsi
Google Calendar
iCal