Écoute et immersion
Listening and Immersion
Résumé
Réunissant des spécialistes de philosophie, musicologie et sound studies, l’événement interrogera la tension entre un usage descriptif et un usage théorique de la notion d'immersion, notamment appliquée aux arts sonores et musicaux. Trois axes structureront les échanges : l’existence d'une écoute immergée selon les contextes d’écoute ; l’ontologie et les normes d'appréciation d’une œuvre sonore immersive ; et les formes d’écoute privilégiées dans les traditions musicales non occidentales.
Annonce
Le colloque international « Écoute et immersion » se tiendra à l'université de Caen Normandie les 18 et 19 mars 2027, organisé en partenariat avec l'Institut Universitaire de France, l'université de Nantes et l'université de Paris-Cité.
Conférenciers invités
- Professeure Anne Holzmüller, université de Marburg.
- Professeure Nanette Nielson (université d'Oslo)
- Professeur Alexandre Chèvremont, université de Lille.
Argumentaire
L’université de Caen Normandie, en lien avec l’Institut Universitaire de France, l’université de Nantes et l’université de Paris-Cité, organise les 18 et 19 mars 2027 un colloque portant sur l’écoute et l’immersion. Il rassemblera des spécialistes internationaux de philosophie, de musicologie et de sound studies. Les conférenciers invités seront les professeurs Anne Holzmüller (université de Marburg), Nanette Nielson (université d'Oslo) et Alexandre Chèvremont (université de Lille).
Au sens premier, l’immersion désigne le fait, pour un corps, d’être plongé dans un milieu liquide. Elle suppose ainsi le passage d’un élément à un autre, dont la traversée peut suggèrer une expérience de défamiliarisation. Enfin, le terme désigne une expérience, où ce qui nous enveloppe est perçu avec son épaisseur et sa résistance (Trentini, 2014). Les discours critiques et théoriques sur l’art hésitent entre un usage descriptif et un usage théorique de l’immersion.
1) L’usage descriptif est lié au développement d’une forme particulière, les arts immersifs, qui regroupent des pratiques où le spectateur est au cœur de l’œuvre, plutôt que face à elle. Ces pratiques impliquent l’utilisation de technologies contemporaines, de la diffusion de sons ambiants à la vidéoprojection d’images animées, en passant par l’usage de capteurs de mouvement ou de casques VR. Les arts immersifs sont ainsi des formes historiquement déterminées. Ils marquent une discontinuité avec les arts qu’on pourrait qualifier de distants ou représentationnels.
2) L’usage théorique tend au contraire à suggérer une continuité avec les pratiques artistiques antérieures. L’immersion désigne alors l’absorption psychologique (Schaeffer, 1999 ; Ryan 2001 ; Vroegh, 2018), ou encore un certain type d’expériences esthétiques (Böhme, 1995 ; Griffiths, 2008). Cette interprétation continuiste est au soubassement des pratiques muséales, où des œuvres font l’objet d’une modification significative des modes d’exposition (Darsel, 2026).
Les arts sonores et musicaux, auxquels est consacré ce colloque, expriment cette tension de manière particulièrement aiguë. Le médium sonore est supposé nous « traverser de part en part » (Plessner, 1951), contrairement aux médias visuels. S’il n’est possible d’être immergé que métaphoriquement dans ce que l’on voit, il semble en revanche que nous puissions être littéralement plongés dans le son. On trouverait là l’explication du rôle de la sonorisation dans les installations artistiques à prétention immersives (Dyson, 2009). Les nouveaux dispositifs sonores, qu’il s’agisse de dispositifs portatifs individuels, d’installations domestiques, ou encore de dispositifs présents dans des salles de concert, permettent d’être entourés de son : ils constituent l’équivalent du panorama, dont on a suggéré qu’il était le prototype de l’art immersif visuel (Griffiths, 2008 ; Sohier, Gillet et Staszak, 2019). Les pratiques d’écoute s’en trouvent profondément modifiées (Niklas, 2014). De façon plus singulière, la musique a parfois été décrite comme un art plus « immersif » que les autres, dans la mesure où l’appréciation de ses significations ne pourrait se faire autrement que par l’absorption dans ses formes en mouvement (Müller, 2021). Ces hypothèses s’opposent cependant à la conception de l’écoute en termes de recueil à distance (Dufrenne, 1987 ; Adorno, 1938), ainsi qu’à la description de l’expérience musicale comme la contemplation d’un objet sonore en voie de constitution (Ingarden, 1962). On peut dès lors se demander quelle est la part d’idéologisation à l’œuvre dans la description de l’appréciation musicale en termes immersifs ou distanciés.
Trois axes problématiques guideront les travaux du colloque :
I. Peut-on postuler, à partir de la simple dimension enveloppante du son, l’existence d’une expérience immergée ou d’une écoute immergée ? Peut-on parler, de manière générale, d’immersion, sans tenir compte des contextes d’écoute différenciés (concert, enceinte domestique, casque, enregistrement binaural, etc.) ? Le médium sonore ou musical possède-t-il une immersivité spécifique telle qu’il puisse constituer un facteur d’immersion dans les installations plurimodales ?
II. Quelle est l’ontologie d’une œuvre sonore ou musicale immersive ? Corrélativement, quelles sont ses normes d’appréciation ? Modifient-elles ou subvertissent-elles le concept d’écoute ?
III. Quelles formes d’expérience sonore et d’écoute sont privilégiées dans des traditions musicales ou artistiques non occidentales ? Ces expériences permettent-elles de repenser les catégories d’immersion et de distance dans une perspective comparative ?
Modalités de contribution
Les communications, d’une durée de 30 minutes maximum, s’inscriront de manière privilégiée dans l’un de ces trois axes, bien que le comité scientifique demeure ouvert à d’autres angles d’approche.
Les propositions d’intervention devront parvenir par courriel aux organisateurs scientifiques le 15 octobre 2026 au plus tard, sous la forme d’un abstract de 1000 mots maximum (hors bibliographie), rédigé en français ou en anglais, comprenant le plan de l’intervention, les principaux arguments de la communication, et éventuellement l’axe dans lequel s’inscrirait le propos. Le document, au format word ou openedition, sera intitulé NomPrénom.
Le comité scientifique donnera sa réponse le 15 novembre au plus tard. Les intervenants et intervenantes retenus devront faire le voyage jusqu’à Caen à leurs frais, mais leur hébergement sera pris en charge par les institutions organisatrices.
Langues du colloque : français et anglais.
Organisateurs scientifiques
- Maud Pouradier ([email protected])
- Quentin Gailhac ([email protected])
- Vincent Granata ([email protected])
Bibliographie indicative
T.W. Adorno, « Über den Fetischcharakter in Musik und die Regression des Hörens », Zeitschrift für Sozialforschung, 1938, p. 321-356.
G. Böhme, Atmosphäre. Essais zur neuen Ästhetik, Frankfurt, 1995, tr. fr. M. Kaltenecker et F. Lemonde, 2020.
S. Darsel, « L’activation esthétique. Le cas de la virtualisation de l’art » in A. Arbot et R. Pouivet (dir.), Les Arts en action, Rennes, PUR, 2026, p. 49-62.
H. Do, L’Immersion sonore : analyse du phénomène et réalisation compositionnelle, thèse de doctorat, Sorbonne Université, 2024.
M. Dufrenne, L’Œil et l’oreille, Montreal, l’Hexagone, 1987, rééd. Nouvelles éditions Place, 2020.
F. Dyson, Sounding New Media: Immersion and Embodiment in the arts and culture, Berkeley, University of California press, 2009.
A. Griffiths, Shivers down your spine, New York, Columbia university press, 2008.
N. Holzmüller et W. Fuhrmann, Zwischen Absorption und Überwältigung. Musikalische Immersion in der Diskussion (Musiktheorie 35,1), 2020.
N. Holzmüller, « Warum es sich (immer noch) lohnt, über Immersion und Musik nachzudenken. Fünf thesen », Neue Zeitschrift für Musik 186, 4, 2025, p. 10-14.
R. Ingarden, « Das Musikwerk », Untersuchungen zur Ontologie der Kunst, Tübingen, Niemeyer, 1962, tr. fr. S. Dujka, 1989.
R. Müller, La Puissance de la musique, Paris, Vrin, 2021.
J. Nechvatal, Immersion into Noise, Londres, Open Humanities Press, 2011.
S. Niklas, Die Kopfhörerin: Mobiles Musikhören ans ästhetische Erfahrung, Leyde/Zurich, Brill/Fink, 2014.
H. Plessner, « Zur Anthropologie der Musik », Jahrbuch für Ästhetik une allgemeine Kunstwissenschaft, 1951, tr. fr. P. Lang, 2015.
M.-L. Ryan, Narrative as Virtual Reality, 2001, rééd. Baltimore, JHU press, 2015.
J.-M. Schaeffer, Pourquoi la fiction ?, Paris, Seuil, 1999.
W. Scrimshaw, Immanence and Immersion: on the acoustic condition in contemporary art, Londres, Bloomsbury academic, 2017.
E. Sohier, A. Gillet et J.-F. Staszak, Simulations du monde: Panoramas, parcs à thème et autres dispositifs immersifs, Genève, Métis press, 2019.
B. Trentini, « Pour une immersion non transparente » in B. Guelton (dir.), Figures de l’immersion, Rennes, PUR, 2014, p. 25-38.
T. Vroegh, The Pleasures of getting involved into the Music: Absorption and its role in the aesthetic of music, Dissertation (Goethe University Frankfurt)
Format de l'événement
Événement uniquement sur site
Fichiers attachés
Mots-clés
- musique, écoute, immersion, sound studies, philosophie de la musique, philosophie de la culture
Contacts
- Vincent Granata
courriel : vincent [dot] granata [at] univ-nantes [dot] fr - Maud Pouradier
courriel : maud [dot] pouradier [at] unicaen [dot] fr - Quentin Gailhac
courriel : quentin [dot] gailhac [at] u-paris [dot] fr
URLS de référence
Licence
Cette annonce est mise à disposition selon les termes de la licence Creative Commons - Attribution 4.0 International - CC BY 4.0.
Pour citer cette annonce
Maud Pouradier, Quentin Gailhac, Vincent Granata, « Écoute et immersion », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 25 juin 2026, https://doi.org/10.58079/16gml
Auteur(s) / autrice(s)
Maud Pouradier
Quentin Gailhac
Vincent Granata
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