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Paroles indirectes

Penser la médiation dans les fictions narratives médiévales (XIIe-XVe siècle)

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Publié le lundi 04 mai 2026

Résumé

Dans la pensée médiévale, la médiation semble tout à la fois affaire de logique, d’éthique, d’économie, d’ontologie et de dialectique. Si la théologie, la philosophie et le droit s’emparent ouvertement de ces problèmes, elles ne les épuisent pas. La littérature apparaît comme un des autres lieux dans lesquels la médiation est figurée, réfléchie, mise en tension. Si ces enquêtes narratologiques, stylistiques, linguistiques et historiques ont déjà fait l’objet de remarquables publications, elles n’ont jamais été rassemblées pour poser la question de la médiation dans les récits médiévaux. Cette journée d’étude vise à se saisir de ce qui par nature semble passer, glisser voire disparaître de l’équation et à le mettre au premier plan. 

Annonce

Argumentaire

« Il n’y a pas de ligne droite, ni dans les choses ni dans le langage. » Gilles Deleuze, Critique et clinique

La « médiation », l’« intermédiaire » et le « moyen » occupent une place centrale dans la pensée médiévale. La médiation semble tout à la fois affaire de logique, d’éthique, d’économie, d’ontologie et de dialectique. Elle est tantôt prise comme le garant du réel – témoin essentiel d’un passage entre deux êtres et comme le seul objet potentiel de la science – tantôt, au contraire, comme ce qui doit disparaître, ce qui doit s’effacer pour permettre l’accession à une réalité supérieure ou un savoir tangible. Dans un cas comme dans l’autre, la médiation convoque immanquablement les idées d’essence et de relation. Sous l’influence notamment de la pensée aristotélicienne, le Moyen Âge s’inquiète de la médiation, de son statut et de sa valeur. Si la théologie, la philosophie et le droit s’emparent ouvertement de ces problèmes, elles ne les épuisent pas. La littérature apparaît comme un des autres lieux dans lesquels la médiation est figurée, réfléchie, mise en tension. Nourries des réflexions contemporaines, les fictions narratives médiévales exhibent une grande variété de « médiateurs » ou de « moyens de médiation ». Sur un plan narratologique, les personnages de messagers, de confidents, d’amis ou encore de lozengiers permettent la construction d’intrigues médiates ; sur un plan stylistique et linguistique, le développement du discours indirect invite à questionner les modes et les techniques d’insertion de la parole médiée au sein de la diégèse. Garante des tensions narratives, des désirs et des paroles, la médiation se révèle parfois faillible ou néfaste. Le processus de la médiation peut, en effet, déstabiliser le rapport entre discours et vérité : lorsque le discours est transmis ou rapporté par un intermédiaire, le problème non seulement de l’intégrité des messages mais aussi du rapport entre le vrai et le faux, se pose. La médiation redouble voire aggrave la distorsion entre signifiant et référent, langage et vérité. Enfin, les fictions médiévales prises pour elles-mêmes sont toujours déjà médiées ainsi qu’en témoigne leur mouvance (Paul Zumthor) et leur diffusion dans le temps – qui implique la mise en rapport de systèmes interprétatifs différents. Chaque médiateur (copiste, remanieur, continuateur, traducteur, lecteur etc.) participe à l’actualisation des possibles du récit et met en lumière, du même mouvement, la puissance de renouvellement de la littérature médiévale. Si ces enquêtes narratologiques, stylistiques, linguistiques et historiques ont déjà fait l’objet de remarquables publications, elles n’ont jamais été rassemblées pour poser la question de la médiation dans les récits médiévaux. 

Cette journée d’étude vise alors à se saisir de ce qui par nature semble passer, glisser voire disparaître de l’équation et à le mettre au premier plan. Elle invite à aborder les textes non plus en ligne droite mais bien depuis leurs dispositifs de médiation en déplaçant la focale sur l’indirect et l’implicite.

Trois axes en particulier pourront faire l’objet de communication :

Premier axe – représenter les médiations (mise à l’oeuvre des médiations)

Les contributions peuvent s’intéresser aux détours et bifurcations discursifs qui informent la composition des récits médiévaux. Dans ce cadre, les personnages de médiateur.ices pourront faire l’objet d’une étude détaillée : les lozengiers (médiations négatives/conflictuelles ?), les suivantes et les écuyers (médiations positives/adjuvantes ?) ou encore les animaux (les oiseaux parlants…). De même, les supports du discours médiatisé (objets, codes, signaux, inscriptions, images etc.) pourront être analysés – en ce qu’ils représentent des moyens de la médiation. Les modes et les techniques d’insertion de la parole médiée au sein de la diégèse pourront aussi être explorées selon une approche aussi bien narratologique que linguistique. En l’occurrence, l’attention pourra se porter sur le statut du discours indirect libre et les phénomènes d’ambiguïté énonciative afférents.

Deuxième axe – de la valeur de la médiation

Cet axe se donne pour visée de mettre en lumière les enjeux de la médiation. Dans cette perspective, nous pourrons tenter de montrer comment le processus de la médiation déstabilise le rapport entre discours et vérité. En effet, lorsque le discours est transmis, filtré ou rapporté par l’intermédiaire d’un autre, le problème non seulement de l’intégrité des messages mais aussi du rapport entre le vrai et le faux, se pose. La médiation redouble voire aggrave la distorsion entre signifiant et référent, langage et vérité. Les contributions peuvent également porter sur la fonction mémorielle du discours médié, en ce qu’il se charge parfois de mettre en relation des voix et des temporalités hétérogènes. Il s’agira, en ce sens, de mettre au jour le rôle qu’occupent par exemple les dispositifs de médiation dans la remémoration d’un événement passé ou dans le discours prophétique.

Troisième axe – médiatiser et transmettre

La question de la transmission des œuvres et leur valorisation depuis le Moyen Âge jusqu'à aujourd'hui sera au cœur de cette section qui se focalise sur les médiateurs réels (les passeurs, les traducteurs, les professeurs…) et leurs rapports aux textes. On portera une attention particulière aux contributions qui s’attacheront à mettre en lumière les effets de « transformission » (Gérard Chouquer), c’est-à-dire ce qui se transmet en se transformant, propres aux récits médiévaux. En ce sens, les études qui s’intéresseront au travail de traduction et de réécriture seront privilégiées. En outre, nous serons particulièrement sensibles aux communications qui prendront en considération la dimension orale et performée de la transmission des productions littéraires médiévales et se chargeront, ce faisant, de mettre en avant la force d’incarnation du Moyen Âge.

Programme

10h : Accueil des participants

10h15 : Ouverture de la journée d’étude Matinée Présidence de séance : Dominique Demartini

10h30 - 12h30

  • Florence TANNIOU (Université Paris Nanterre) : La seconde mort de Palamède : l’ambivalence d’un récit médiatisé. Réflexion sur la médiation et l’adhésion du récit dans le Roman de Troie de Benoît de Sainte-Maure et ses réécritures (XIIe-XVe siècles) 
  • Sophie MARNETTE (University of Oxford) : Discours Indirect Libre et médiation dans les fictions narratives médiévales (XIIe-XIIIe siècles)
  • Vanessa OBRY (Université de Haute-Alsace) : Le roman passeur de poésie : insertions lyriques et médiations dans le roman en vers (XIIIe-XIVe siècles)

Déjeuner : buffet

Après-midi 

Présidence de séance : Mireille Séguy 

14h - 15h30

  • Aurélie BARRE (Université Jean Moulin - Lyon 3) : Images anagogiques de la littérature courtoise : voir et rejoindre l’autre
  • Adélaïde PILLOUX/ Amandine PIOT (Université Lumière Lyon 2/ Université Sorbonne Nouvelle) : Le temps du détour. Vers une lecture médiate du Laüstic et de Yonec de Marie de France

Pause 16h - 17h30

  • Geoffrey DERAIN (École normale supérieure) : « Transformissions » du Chevalier au lion dans les romans arthuriens en vers (XIIIe -XIVe siècles)
  • Nathalie KOBLE (École normale supérieure) : L’équation Galehaut, du Lancelot aux Decameron, ou l’invention de l’entre-deux

18h : Clôture de la journée d’étude

Organisation

Journée d’étude internationale organisée par l’Université Sorbonne Nouvelle (CERAM-EA 173) et l’Université Lumière Lyon 2 (UFR LESLA / CIHAM UMR 5648) 

  • Marie-Pascale Halary,
  • Adélaïde Pilloux,
  • Amandine Piot
  • Mireille Séguy

Catégories

Lieux

  • Maison de la Recherche de La Sorbonne Nouvelle, salle Athéna. - 4 rue des Irlandais
    Paris, France (75005)

Format de l'événement

Événement uniquement sur site


Dates

  • mercredi 20 mai 2026

Mots-clés

  • littérature, Moyen Âge, médiation, médiateur, théorie littéraire

Contacts

  • Adélaïde PILLOUX
    courriel : adelaide [dot] pilloux [at] univ-lyon2 [dot] fr

Source de l'information

  • Adélaïde PILLOUX
    courriel : adelaide [dot] pilloux [at] univ-lyon2 [dot] fr

Licence

CC0-1.0 Cette annonce est mise à disposition selon les termes de la licence Creative Commons CC0 1.0 Universel.

Pour citer cette annonce

« Paroles indirectes », Journée d'étude, Calenda, Publié le lundi 04 mai 2026, https://doi.org/10.58079/16657

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