AccueilApprendre une langue, devenir autre ?
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Publié le mercredi 22 avril 2026

Résumé

Ce colloque international et interdisciplinaire examinera comment les expériences d’appropriation linguistique, en tant qu’expériences de transformation et de rencontre avec l’altérité, sont données à voir dans différents types de productions (littérature, cinéma, théâtre, récits autobiographiques, biographies langagières, entretiens avec des apprenants, dessins réflexifs). Que nous disent ces représentations des imaginaires linguistiques, des rapports aux langues et des processus de subjectivation ? 

Annonce

28-29 janvier 2027 - Université Grenoble Alpes

Argumentaire

Dans le roman Leçons de grec (trad. fr. 2017), de Han Kang, la protagoniste coréenne fait le choix d’apprendre le grec ancien. Elle cherche ainsi à « retrouver le langage par sa propre volonté. […] S’il y avait eu des cours de birman ou de sanscrit, deux langues qui ont recours à des systèmes scripturaux qui lui sont encore plus étrangers, elle les aurait choisis sans hésiter » (p. 22). Au contraire, dans nombre de récits d’apprentissage linguistique, surtout en contexte d’exil, la langue apprise est liée à une violence et une dépossession plutôt qu’à un retour vers ce qui serait une harmonie originelle. 

L’apprentissage des langues peut s’inscrire dans des rapports de pouvoir, de domination ou de résistance, où la rencontre avec l’altérité linguistique engage des enjeux politiques, identitaires et historiques. Il mobilise également le corps, la voix, la posture et les affects, participant à une forme d’incorporation de l’altérité. Enfin, il peut être envisagé non comme l’acquisition d’une langue isolée, mais comme une reconfiguration du répertoire plurilingue du sujet, impliquant des circulations, des tensions ou des recompositions entre les langues (Castellotti, 2017).

La mise en récit, et en scène, de l’apprentissage d’une langue, dans les œuvres littéraires comme dans les récits d’expérience didactique, s’inscrit dans une perspective biographique attentive à la construction du sujet plurilingue (Molinié, dir., 2006). Elle s’accompagne fréquemment de discours sur le degré d’altérité (Dabène, 1994 ; Galligani, 2019) perçu ou construit de la langue, ainsi que de supposés effets de ce processus sur le sujet qui apprend, qui pourrait devenir « comme un autre » (Ricoeur, 1990). Elle peut également se manifester à travers des procédés textuels tels que l’insertion de segments en langue étrangère, la traduction ou au contraire le maintien d’une forme d’opacité linguistique, invitant le lecteur à faire lui-même l’expérience de l’altérité, ainsi que par des choix d’écriture qui rendent sensible l’altérité linguistique (Cros & Godard, dir., 2022 ; Woerly, 2024).

Ce colloque international propose d’explorer la manière dont l’apprentissage des langues, présenté comme une expérience d’altérité et de transformation de soi, est mis en récit, en scène et en discours. Dans une approche interdisciplinaire croisant sciences du langage, didactique et études littéraires, il vise à interroger les représentations de cette expérience, qu’elle apparaisse comme vecteur d’harmonie ou d’hospitalité linguistique (Cassin, 2012) ou qu’elle inscrive le locuteur dans des rapports de force et de domination symboliques et politiques. Le regard porté sur ces questions, à travers des corpus relevant de la fiction, des arts ou des récits d’expériences vécues, permettra de mettre au jour des processus de subjectivation ainsi que des représentations contrastées (Moore, dir., 2001). Dans cette perspective, les imaginaires associés aux langues peuvent également se donner à voir à travers des dispositifs visuels, qui constituent d’autres formes de mise en scène de l’expérience d’apprentissage, donnant accès à la manière dont celle-ci est vécue, perçue et mise en forme par les sujets eux-mêmes, notamment dans des approches récentes mobilisant des méthodes graphiques et réflexives (Kalaja & Melo-Pfeifer, dir., 2024).

Ces tensions entre altérité, transformation et rapports de pouvoir se manifestent dans des contextes variés. Nabil Wakim a ainsi récemment souligné combien la langue arabe est taboue en France (2020), tandis qu’Émilie Picherot a mis en exergue, à partir de l’étude d’humanistes européens du XVIe siècle, les pouvoirs d’« altération » associés à cette langue (Picherot, 2023). À l’inverse, Akira Mizubayashi, dans Une langue venue d’ailleurs (2010), raconte ses efforts pour incorporer le français, dont la culture et la musicalité sont sources de désir, mettant en jeu des dynamiques d’attraction, de projection et d’identification à la langue. Altération, devenir autre, subjectivation, transformation de soi ou encore incorporation de la langue étrangère constituent autant de notions que ce colloque se propose d’explorer.

Il s’agira alors d’examiner comment les expériences d’appropriation linguistique, en tant qu’expériences de transformation et de rencontre avec l’altérité, sont données à voir dans différents types de productions (littérature, cinéma, théâtre, récits autobiographiques, biographies langagières, entretiens avec des apprenants, dessins réflexifs…). Que nous disent ces représentations des imaginaires linguistiques, des rapports aux langues et des processus de subjectivation ? Plusieurs axes, non exhaustifs, sont envisagés pour explorer ces questions. 

Axe 1. Distance et proximité : éprouver l’altérité

  • Perception de la distance linguistique et culturelle
  • Familiarité / étrangeté / « xénité »
  • Insertion de segments plurilingues et effets d’étrangeté 

Axe 2. Désir et crainte de transformation

  • Devenir autre / rester soi
  • Transformations souhaitées ou redoutées
  • Tensions au sein de l’identité liées à l’apprentissage

Axe 3. Expériences sensibles et incarnées de l’altérité linguistique

  • Dimensions corporelles de l’expérience linguistique (voix, prononciation, posture, gestualité)
  • Affects, émotions et rapports sensibles aux langues
  • Place et rôle des expériences esthétiques et artistiques dans les récits d’apprentissage

Axe 4. Langues, altérité et rapports de pouvoir

  • Représentations idéologiques des langues
  • Hiérarchies linguistiques et imaginaires sociaux
  • Tensions entre appropriation, résistance et formes de domination

Modalités de soumission

Les propositions de communications d’environ 500 mots, accompagnées d’une bio-bibliographie, seront à déposer sur le site SciencesConf du colloque, avant le 15 juin 2026.

Le colloque aura lieu les 28-29 janvier sur le campus de l’Université Grenoble Alpes.

Une publication des travaux est prévue à l’issue du colloque. 

Organisatrices du colloque 

  • Clémence Jaime (ATER, Université Grenoble Alpes, Litt&Arts)
  • Catherine Muller (MCF HDR, Université Grenoble Alpes, LIDILEM)

Conférencières invitées

  • Stéphanie Galligani, Université Grenoble Alpes, LIDILEM
  • Anne Godard, Université Sorbonne Nouvelle, DILTEC

Comité scientifique 

  • Maria Helena Araújo e Sá, Université d’Aveiro, Portugal
  • Sara de Balsi, Cergy Université, France
  • Ariane Bayle, Université Jean Moulin Lyon 3, France
  • Béatrice Blin, Universidad Nacional Autónoma de México, UNAM, Mexique
  • Lucile Cadet, Cergy Université, France 
  • Véronique Castellotti, Université de Tours, France
  • Fryni Doa, Université de Chypre, Chypre
  • Rosa Maria Faneca, Université d’Aveiro, Portugal
  • Catherine Felce, Université Grenoble Alpes, France
  • Pauline Franchini, Université Jean Moulin Lyon 3, France
  • Elżbieta Gajewska, UKEN, Pologne
  • Stéphanie Galligani, Université Grenoble Alpes, France
  • Anne Godard, Université Sorbonne Nouvelle, France
  • Sanae Harada, Université Sophia, Japon
  • Linda Koiran, Mines Paris, PSL, France
  • Véronique Lemoine-Bresson, Université de Lorraine, France
  • Dora Loizidou, Université de Chypre, Chypre
  • Dominique Macaire, Université de Lorraine, France
  • Sílvia Melo-Pfeifer, Universität Hamburg, Allemagne
  • Mona Mohsen, Université Ain Shams, Egypte
  • Muriel Molinié, Université Sorbonne Nouvelle, France
  • Danièle Moore, Simon Fraser University, Canada
  • Małgorzata Niziołek, UKEN, Pologne
  • Émilie Picherot, Université de Lille, France
  • Anthippi Potolia, Université Paris 8, France
  • Josilene Pinheiro-Mariz, Université Fédérale de Campina Grande, Brésil
  • Julia Putsche, Université de Strasbourg, France
  • Agathe Salha, Université Grenoble Alpes, France
  • Érica Sarsur, Universidade de São Paulo, Brésil
  • Maria Victoria Soule, Université de Chypre, Chypre 
  • Dimitra Tzatzou, Université de Rouen, France
  • Monica Vlad, Université de Constanta, Roumanie 
  • Camille Vorger, Université de Lausanne, Suisse
  • Donatienne Woerly, Université Sorbonne Nouvelle, France
  • Safa Zouaidi, Université de Gabès, Tunisie

Références bibliographiques

Cassin, B. (2012). Plus d’une langue. Bayard.

Castellotti, V. (2017). Pour une didactique de l’appropriation. Diversité, compréhension, relation. Didier.

Cros, I. & Godard, A. (dir.). (2022). Écrire entre les langues. Littérature, traduction, enseignement. Éditions des archives contemporaines.

Dabène, L. (1994). Repères sociolinguistiques pour l’enseignement des langues. Hachette.

Galligani, S. (2019). Les notions de distance vs. proximité symbolique dans une démarche biographique : illustration avec des récits narratifs de futurs enseignants de FLE. Colloque Didactique des langues et plurilinguisme. 30 ans de recherche, 14 novembre 2019. Université Grenoble Alpes. 

Kang, H. (trad. fr. 2017). Leçons de grec. Le serpent à plumes.

Kalaja, P. & Melo-Pfeifer, S. (2024). Visualising Language Students and Teachers as Multilinguals: Advancing Social Justice in Education. Multilingual Matters. 

Molinié, M. (dir.). (2006). Biographies langagières et apprentissage plurilingue. Le français dans le monde – Recherches et applications, n° 39.

Mizubayashi, A. (2010). Une langue venue d’ailleurs. Gallimard.

Moore, D. (dir.). 2001. Les représentations des langues et de leur apprentissage. Références, modèles, données et méthodes. Didier.

Picherot, E. (2023). La Langue arabe dans l'Europe humaniste, 1500-1550. Classiques Garnier.

Ricœur, P. (1990). Soi-même comme un autre. Éditions du Seuil.

Wakim, N. (2020). L’arabe pour tous. Pourquoi ma langue est taboue en France. Éditions du Seuil.

Woerly, D. (2024). Le continuum hétérolingue dans les bandes dessinées de la migration : de l’effet de réel à l’expérience plurilingue. Language Education and Multilingualism – The Langscape Journal, 7, 14‑29.

Format de l'événement

Événement uniquement sur site


Dates

  • lundi 15 juin 2026

Mots-clés

  • altérité, fiction, biographie langagière, littérature comparée, didactique des langues

Contacts

  • Catherine Muller
    courriel : catherine [dot] muller [at] univ-grenoble-alpes [dot] fr

Source de l'information

  • Catherine Muller
    courriel : catherine [dot] muller [at] univ-grenoble-alpes [dot] fr

Licence

CC0-1.0 Cette annonce est mise à disposition selon les termes de la licence Creative Commons CC0 1.0 Universel.

Pour citer cette annonce

« Apprendre une langue, devenir autre ? », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 22 avril 2026, https://doi.org/10.58079/16468

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