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Deux archives du collectif féministe M.A.L.I. au Maroc, co-fondé par Betty Ibtissame Lachgar

MALI est un mouvement de désobéissance civile féministe marocain fondé en 2009 par la journaliste Zineb El Rhazoui et la psychologue militante Ibtissame Betty Lachgar, actuellement emprisonnée au Maroc. Sa première audience a lieu aujourd’hui, mercredi 27 août 2025. Elle risque jusqu’à 5 ans d’emprisonnement pour avoir posté une photo d’elle avec un t-shirt portant l’inscription « Allah is lesbian », célèbre slogan féministe détourné.

Depuis sa création, le collectif MALI s’est fait connaître par des actions choc : un pique-nique public à Rabat, en plein ramadan[1], un « kiss-in » devant le parlement, en 2013, en soutien à un couple d’adolescents poursuivis pour avoir posté une photo d’eux en train de s’embrasser[2] ou encore, un événement en partenariat avec l’ONG Women on Waves afin de permettre à des femmes marocaines d’avoir accès à une IVG sur un navire dans les eaux internationales[3].

Comme l’explique Ibtissame Betty Lachgar dans un article publié en juin 2013 dans la revue Pro-Choix[4] : « [La] priorité [de MALI est] la liberté de conscience, pilier de toutes les libertés individuelles. Nous luttons en faveur de toutes les libertés : la liberté de culte, la liberté de croyances, la liberté d’opinion, la liberté d’expression, la liberté sexuelle, la liberté des femmes. » Pour ce collectif, la laïcité est en effet une condition préalable indispensable à l’abrogation d’un certain nombre de lois marocaines, basées sur la religion d’État, qui criminalisent notamment l’homosexualité, les relations sexuelles hors mariage et l’avortement.

En 2021 et en 2022, la bibliothèque Marguerite Durand a reçu de la part de d’Ibtissame Betty Lachgar deux documents produits par le collectif MALI dans le cadre d’une campagne contre les mythes liés à la virginité et dénonçant les tests visant à prouver celle-ci.

The traditional virginity test

Le premier document qui nous a été confié est un objet assez unique : il s’agit d’un « test de virginité traditionel », c’est-à-dire un drap blanc, emballé dans un très joli coffret coloré, évoquant de façon ironique et mordante la tache de sang attendue par la famille du marié au lendemain de la nuit de noces, censée démontrer la « pureté » de la jeune épouse.

Ce coffret contient également un livre pédagogique illustré qui déconstruit un à un les mythes autour de la virginité et donc, prouve l’invalidité des différents tests, plus ou moins dangereux, pratiqués autour du monde. On y apprend par exemple que toutes les femmes ne sont pas dotées d’un hymen, que seules 50% des femmes saignent lors de leur premier rapport, ou encore qu’une étude a démontré que, sur 36 femmes enceintes, 34 avaient encore leur hymen intact.

Le site internet associé à cette campagne n’est déjà plus disponible, cependant, on peut facilement retrouver la fausse vidéo publicitaire pour ce test traditionnel sur YouTube.

The macabre dictionary of virginity testing

Publié dans un second temps de la campagne, en 2022, The macabre dictionary of virginity testing est un bel album illustré, recouvert de velours rouge, présentant différents termes liés à la pratique des tests de virginité et illustrant les terribles conséquences que ceux-ci peuvent avoir pour les femmes, allant jusqu’au meurtre (crimes d’honneur).

L’index recense « une tristement célèbre liste de mots qui ne devraient même pas exister » : « Vierge », « Défloration », « Crime d’honneur », « l’épreuve du feu », « test des deux doigts », « test du drap de lit », « pureté par l’eau », « Kit de l’hymen artificiel », « hyménoplastie », « certificat de virginité », « violence masculine conjugale et familiale », « Viol ».

L’« Article 488 », qui clôt cette liste et ce livre, est l’article du code pénal marocain qui “ne protège pas contre le viol lorsqu’une femme ne peut prouver qu’elle était vierge avant que le crime ne se produise”, et qui autorise la pratique du test de virginité sur les filles et les femmes victimes.


Ces deux documents témoignent, à travers une seule campagne, de l’esprit irrévérencieux, du franc parler et du goût de la provocation de MALI et de ses membres, mis au service de la dénonciation des injustices, de l’éducation populaire et de la protection des victimes.

Survivante d’un cancer, Ibtissame Betty Lachgar, âgée de 50 ans, était dans l’attente d’une opération importante avant son arrestation. Ses proches sont très inquiets pour sa santé. Nous espérons sa libération prochaine.

[1] https://www.lesinrocks.com/actu/le-defi-des-non-jeuneurs-de-mohammedia-132521-22-09-2009/

[2] https://www.rfi.fr/fr/afrique/20131013-maroc-le-kiss-in-solidarite-tourne-court-rabat-adolescent-nador-baiser-facebook

[3] https://www.lemonde.fr/afrique/article/2012/10/04/le-maroc-empeche-l-accostage-d-un-navire-de-l-avortement_1770422_3212.html

[4] L’avortement au Maroc, un combat non désiré. Par Ibtissame Betty Lachgar dans ProChoix, n°58 – juin 2013


OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Marilou Clair (27 août 2025). Deux archives du collectif féministe M.A.L.I. au Maroc, co-fondé par Betty Ibtissame Lachgar. L'effet Marguerite. Consulté le 7 juin 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/14iq4


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