L’ours·e : un motif féministe ?

Vous avez probablement vu passer cette tendance sur les réseaux sociaux dans laquelle des femmes expliquent pourquoi elles préféreraient rencontrer un ours plutôt qu’un homme, la nuit, en pleine forêt… Contrairement à l’homme, l’ours les agressera peut-être s’il se sent menacé, mais il ne les violera pas, ne les torturera pas, n’invitera pas ses copains à participer, ne fera rien de glauque avec leur cadavre… etc. Depuis, le thème de l’ours nous trotte dans la tête.
De nombreuses légendes, partout à travers le monde, associent l’ours aux femmes. Du mythe grec d’Atalante – qui, abandonnée par son père qui aurait préféré un garçon et qui, recueillie par une ourse, devient la plus puissante des guerrières – à la légende Pyrénéenne de Jean de l’Ours, créature née d’un ours et d’une femme, en passant par la Corée – Ungnyeo – 웅녀 / 熊 女, un ours qui est devenu une femme, apparaît dans le mythe de la création de la nation coréenne – ou encore par les contes Inuits ou amérindiens… L’archétype de l’ours rencontre souvent des femmes libres et puissantes, voire, il représente la clé de leur émancipation.
Et ce symbole de puissance féminine se retrouve aussi dans la littérature féministe (ou pouvant être considérée comme telle) contemporaine. La preuve avec cette liste de 11 romans.

Mont des Ourses
Emilie Devèze
Éditions du Sonneur, 2025
Hazel, adolescente solitaire, vit une existence nomade au gré des affectations de son père, un gendarme strict et autoritaire. Ils sont à peine arrivés à Ici – village aussi enclavé dans sa géographie que dans ses mœurs – qu’un meurtre est commis. Face à la pauvreté d’esprit et au masculinisme exacerbé des habitants, Hazel décide de mener sa propre enquête au coeur des montagnes.
Mont des Ourses est le récit de l’émancipation d’une jeune femme, à l’écoute de son instinct et de la nature. Un conte écoféministe singulier, qui tourne en dérision un patriarcat usé et prône l’affranchissement par l’imaginaire et l’humour.

L’ours ! L’ours !
Julia Phillips
Éditions Autrement, 2025
À presque trente ans, Sam et Elena mènent une existence aussi étriquée que l’île de l’État de Washington où elles ont toujours vécu. Elles se saignent aux quatre veines pour couvrir les frais médicaux de leur mère, gravement malade, se raccrochant à un rêve, une promesse qu’elles se sont faite : celle d’un jour quitter San Juan, ensemble, pour vivre enfin leur vie. Un matin, un ours apparaît près de leur maison et se met à rôder sur l’île. Sam, terrifiée, est convaincue qu’il est temps de partir ; Elena, au contraire, semble envoûtée par l’animal. La bête sauvage exacerbe leurs angoisses comme leurs espoirs, créant peu à peu une fracture irréparable entre les deux sœurs. Signé par l’une des autrices américaines les plus talentueuses de sa génération, L’ours ! L’ours ! est un roman aussi haletant que magnétique. En explorant ces liens qui nous animent parfois autant qu’ils nous entravent, il interroge notre soif de liberté et les rêves que nous façonnons pour nous évader.

Croire aux fauves,
Nastassja Martin
Gallimard, 2019
« Ce jour-là, le 25 août 2015, l’événement n’est pas : un ours attaque une anthropologue française quelque part dans les montagnes du Kamtchatka. L’événement est : un ours et une femme se rencontrent et les frontières entre les mondes implosent. Non seulement les limites physiques entre un humain et une bête qui, en se confrontant, ouvrent des failles sur leurs corps et dans leurs têtes. C’est aussi le temps du mythe qui rejoint la réalité ; le jadis qui rejoint l’actuel ; le rêve qui rejoint l’incarné. »

Ours,
Marian Engel
Cambourakis, 2024
Lou, archiviste à Toronto, est envoyée sur une île reculée au nord de l’Ontario pour dresser l’inventaire d’une bibliothèque. Bien vite, l’île Cary et sa somptueuse demeure à l’abri des regards gagnent son cœur de citadine. Mais la maison est aussi celle d’un ours, laissé là par son dernier occupant. Au fil des jours, Lou va apprendre à vivre aux côtés du plantigrade, qui se révélera être bien plus qu’un simple compagnon… Lorsque cette fable féministe fut publiée pour la première fois au Canada en 1976, son succès fut à la mesure du scandale qu’il provoqua. Dans cette ode troublante à l’émancipation des femmes, Marian Engel nous laisse entendre que la relation que nous tissons avec les animaux a aussi beaucoup à nous dire sur nos propres désirs.

Les mangeurs de nuit,
Marie Charrel
Le livre de poche, 2024
Hannah est une Nisei, une fille d’immigrés japonais. Si son père l’a bercée de contes nippons, elle se sent avant tout canadienne ; alors pourquoi les autres enfants la traitent-ils de « sale jaune » ? Jack, lui, est un creekwalker, il veille sur la forêt et se réfugie dans les légendes autochtones depuis le départ de son frère à la guerre. Le jour où l’ermite tombe nez à nez avec un ours blanc au cœur de la Colombie-Britannique, il croit rêver – la créature n’existe que dans les mythes anciens. Pourtant, la jeune femme inconsciente qu’il recueille semble prouver le contraire : marquée des griffes de la bête, Hannah développe d’étranges dons à son réveil.

Le dernier sommeil de l’Ourse,
Sophie Jomain
Charleston, 2023
Cette ourse-là s’appelle Emma. Ce n’est pas un animal à fourrure, mais une écrivaine connue qui s’est retirée du monde dans un village de l’Alaska. A la mort de son mari, leur fille Abigail la rejoint à contrecœur sur son île sauvage, espérant la convaincre de revenir vivre en France avec elle. Emma n’est plus capable de vivre seule dans un endroit aussi hostile et isolé, mais jamais elle ne quittera son île. Convaincre Abby que sa vie est ici, sur la terre de son enfance, serait la seule solution. Au fil des jours, s’engage un combat de volonté, mais naissent aussi l’espoir et de timides rapprochements entre Abby et Emma. Sauront-elles se pardonner toutes ces années perdues ?

La femme ourse,
Karolina Ramqvist
Buchet-Chastel, 2021
Alors qu’elle peine à trouver l’espace nécessaire pour écrire au milieu d’une maternité qui la dévore, une écrivaine découvre par hasard l’histoire vraie de Marguerite de la Rocque. Abandonnée enceinte sur une île de l’Atlantique nord en 1541, cette jeune femme a survécu deux ans, à la merci des animaux sauvages et de la nature hostile. Hantée par l’image de cette naufragée, la narratrice tente obstinément de reconstituer son histoire, à la fois si proche et insaisissable. Karolina Ramqvist, une des voix féministes les plus importantes de Suède, s’interroge ici sur la réconciliation entre maternité et création, le besoin dévorant de solitude et le vertige qui l’accompagne.

Les filles du chasseur d’ours,
Anneli Jordahl
L’Observatoire, 2024
Elles sont sept, sept sœurs aux airs de sauvageonnes. Armées de leurs longues chevelures rousses, de leurs muscles saillants, leurs gestes brusques et joyeuses grossièretés, elles viennent vendre leurs peaux de bêtes au marché. Personne ne sait vraiment qui elles sont. Ce sont les filles du chasseur d’ours. On raconte qu’elles passent leurs journées à braconner et à se battre, quand elles ne sont pas en train de se baigner dans une rivière au clair de lune…
Anneli Jordahl dépeint les aventures homériques de sept filles féroces et intrépides et à travers elles la Finlande contemporaine et ses légendes. Un conte féministe venimeux.

La grande ourse,
Maylis Adhémar
Folio, 2024 (Stock, 2023)
Après cinq années à parcourir le monde, Zita revient dans ses Pyrénées natales. Un soir, au café du village, elle percute la vie de Pierrick, un ingénieur de la ville. Mais la bergère, qui aime sa cabane dans les hauteurs, ses brebis et les contes bestiaux de Petite Mère, peine à trouver sa place dans la vie du citadin. Quand un jour d’automne un ours est abattu, les tensions entre défenseurs des espèces sauvages et habitants des montagnes s’embrasent. Zita devra choisir son camp. Les destins se croisent, se mêlent et se brisent dans ce vibrant roman des grands espaces, qui pose une question centrale : y a-t-il encore une place pour ceux qui parlent la langue des bêtes ?

Dans la forêt
Jean Hegland
Gallmeister, 2017
Rien n’est plus comme avant : le monde tel qu’on le connaît semble avoir vacillé, plus d’électricité ni d’essence, les trains et les avions ne circulent plus. Des rumeurs courent, les gens fuient. Nell et Eva, 17 et 18 ans, vivent depuis toujours dans leur maison familiale, au cœur de la forêt. Quand la civilisation s’effondre et que leurs parents disparaissent, elles demeurent seules, bien décidées à survivre. Il leur reste, toujours vivantes, leurs passions de la danse et de la lecture, mais face à l’inconnu, il va falloir apprendre à grandir autrement, à se battre et à faire confiance à la forêt qui les entoure, emplie d’inépuisables richesses. Véritable choc littéraire aux États-Unis, ce roman met en scène deux jeunes femmes qui entraînent le lecteur vers une vie nouvelle.

Là où le feu et l’ours, histoire de Violette
Corinne Morel-Darleux
Libertalia, 2021
Là où le feu et l’ours est l’histoire de la rencontre entre une jeune femme et un ourson que l’on suit dans une steppe traversée d’incendies, puis dans une oasis où se pratiquent d’autres manières de vivre. Ce texte empreint d’imaginaire, romanesque et intemporel, se teinte en filigrane de thématiques actuelles liées au climat, à la gestion des communs et au rapport au vivant – sans sombrer dans le didactisme.Là où le feu et l’ours est un texte empli de sensations et d’émotions, qui emporte loin et déploie un univers singulier, attachant et extrêmement vivant. Une fiction qui, sans être naïve, dégage beaucoup de douceur, loin des violences que l’on retrouve trop souvent dans certains romans jeunesse et récits post-apocalyptiques.
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Marilou Clair (19 mars 2025). L’ours·e : un motif féministe ? L'effet Marguerite. Consulté le 7 juin 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/13vex


