
(BnF, département Estampes et Photographies, EST RÉSERVE VE-261 )
1. Contexte urbain
1.1. Un dynamisme raisonnable (1640-1790)
Les guerres de Religion marquées par deux terribles sièges (1562 et 1591-1592) et le massacre de la Saint-Barthélemy (1572), l’écrasement de la révolte antifiscale des Nu-Pieds (1639-1640), l’engagement infructueux du parlement de Normandie dans le camp de la Fronde (1648-1652) ont durablement brisé l’éclatante croissance rouennaise du « beau XVIe siècle », quand la ville était la deuxième plus peuplée du royaume. La population, qui a culminé en 1640 à près de 90 000 habitants entassés sur 170 hectares, ne retrouvera plus ce seuil jusqu’à la révolution industrielle. Après 1652, et pour 140 ans, Rouen va rester tranquille, pour reprendre les mots de Jean-Pierre Chaline2, elle se contentera d’un « dynamisme raisonnable », pour reprendre ceux de Jean-Pierre Bardet3. Capitale provinciale, cité parlementaire avec tout le prestige d’offices recherchés, elle est de plus en plus sous l’autorité de l’intendant royal, les échevins et le maire, enfin rétabli en 1692, n’ayant que des attributions restreintes. La croissance démographique est lente (62 000 Rouennais en 1710, 67 000 en 1750, 73 000 en 1790) et rétrograde la ville à la 5e place de la hiérarchie urbaine à la fin du XVIIIe siècle, alors que Lyon dépasse 120 000 habitants à la Révolution. La mortalité est très élevée – les épidémies de dysenterie, scarlatine et surtout après 1760 de variole se succèdent4 – et c’est seulement grâce à l’immigration de ruraux que la population croît (plus de la moitié des Rouennais décédés à l’hôtel-Dieu sont nés hors de la ville à la fin du XVIIIe siècle).
Cette relative stagnation se voit dans le paysage urbain marqué par un certain immobilisme. Rouen reste une ville d’allure médiévale tassée derrière ses remparts, avec un lacis de ruelles étroites où l’on continue d’édifier des maisons à pans de bois. La « fleur des bonnes villes » vantée à la Renaissance et encore sous Louis XIII devient peu à peu la « ville laide, puante, resserrée et mal bâtie, où il n’y a que de la boue et de l’industrie » que décrit Arthur Young en 1788, faute d’investissements et de moyens techniques. Le pont médiéval effondré est remplacé par une simple passerelle flottante, et le grand plan d’urbanisme proposé par l’architecte Le Carpentier reste à l’état de projet, le chantier étant arrêté dès 1763. L’intendant Thiroux de Crosne, après 1773, fait toutefois démolir une partie des murailles dont les fossés sont remplacés par un large boulevard planté d’arbres. En 1758, l’hôtel-Dieu est transféré des abords de la cathédrale au faubourg Cauchoise et des aménagements routiers facilitant la desserte du port (relié à la route de Dieppe en 1776) et l’accès aux plateaux sont menés à bien (la route de Neufchâtel est ouverte en 17805 ).
Peu dynamique, Rouen concentre pourtant encore une grande richesse, placée en terres, en offices de conseiller au parlement ou autre charge vénale, et attentive comme toujours aux profits du commerce. « Maritime et industrielle, la métropole normande commande un immense empire commercial et organise une gigantesque manufacture », souligne Jean-Pierre Bardet6. Le négociant Thomas Le Gendre à la fin du XVIIe siècle, les banquiers Le Couteulx au XVIIIe (dont l’un sera cofondateur de la Banque de France) en portent témoignage. Servi par une conjoncture favorable jusque vers 1670, le port est très actif [document 1]. Les Rouennais dominent la Compagnie du Sénégal, ils sont très présents dans la Nouvelle-France, même si pour ces trafics lointains ils doivent souvent armer depuis Honfleur ou Le Havre, la Seine ne permettant la remontée que de navires d’un faible tonnage. Entravé par les guerres de Louis XIV (les quais sont désertés de 1702 à 1714), le commerce reprend au XVIIIe siècle, même si l’activité portuaire reste très vulnérable en période de guerre. Après la perte du Canada (1763) et avant celle de la Louisiane (1803), les Rouennais resserrent les liens avec les Antilles. Si Le Havre est un grand port négrier, c’est largement grâce à des capitaux rouennais7. Les produits exotiques débarqués au Havre sont en grande partie réexpédiés à Rouen, marché principal et siège de l’influente Chambre de Commerce de Normandie fondée en 1703. De passage à Rouen à l’été 1773, l’inspecteur des manufactures de Guyenne, François-de-Paule Latapie, décrit ainsi les secteurs d’activité les plus profitables :
Le commerce de Rouen, fondé presqu’entièrement sur les manufactures de sa généralité, consiste en toileries, passementeries, draperies, teintures, tapisseries de toutes façons, bonneteries, rubanneries, chapelleries, quincailleries, tanneries, maroquins, papeteries, faïenceries8, amidons, blés, cidres, eaux-de-vie et pêches.
Le textile demeure au XVIIIe siècle l’activité économique principale de la ville. Le fait essentiel est ici l’abandon de la draperie traditionnelle9, qui survit à Darnétal et se concentre surtout à Elbeuf et à Louviers. À la place s’impose le coton, moins cher, plus facile à travailler. Apparu en 1694, il emploie trente ans après quelque 25 000 personnes dans l’agglomération. Toute une main-d’œuvre à domicile, notamment rurale, est ainsi mobilisée par des maîtres toiliers souvent établis le long du Robec, qui lui distribuent du travail et commercialisent le produit à la halle-aux-Toiles, entre la cathédrale et les quais, chaque vendredi. À ces structures « proto-industrielles » vient s’ajouter la forme plus moderne de l’usine, avec les premières manufactures d’indiennes ou la fabrique de velours de l’Écossais John Holker, à Saint-Sever, qui introduit en 1752 les dernières inventions britanniques. Mais le traité de libre-échange conclu en 1786 avec l’Angleterre favorise les faillites (y compris l’usine d’Holker) et le chômage dans le monde cotonnier. La cherté extrême du pain provoqué par les mauvaises récoltes de 1788 achève d’exaspérer le Rouen populaire, les émeutiers de l’été 89 pillant les dépôts de grains et brisant les machines des premières usines textiles.
En cet Ancien Régime finissant, la société rouennaise apparaît comme celle d’une ville laborieuse où, maîtres ou journaliers, les trois-quarts environ des habitants travaillent de leurs mains. Le reste, outre 2 000 prêtres ou religieux (on compte plus de 40 couvents et monastères, rassemblés surtout au nord-est), est composé d’une foule de robins gravitant autour du parlement et de nombreux marchands, avec au sommet une double élite nobiliaire et négociante.
Une forte ségrégation caractérise l’espace urbain. Aux quartiers de l’est très populeux que surveille depuis 1776 la caserne Martainville (et sa place d’armes, le Champ de Mars) et au faubourg Saint-Sever, celui des faïenceries et des premières manufactures, s’opposent les quartiers marchands du port ou ceux, au nord, où s’égrènent les hôtels particuliers des parlementaires (notamment dans la paroisse Saint-Patrice). C’est paradoxalement chez ces privilégiés, riches détenteurs d’offices anoblissants, que se situe le plus constant foyer de résistance au pouvoir monarchique.
1.2. Une vie culturelle sous l’influence de Paris
Ainsi, de 1700 à 1740 environ, soufflant de Paris, de Londres, d’Amsterdam, d’Amérique ou du Levant, des vents littéraires très variés balaient Rouen et entretiennent encore un certain feu. Après 1740, le vent se calme. Le vent se calme, ou plutôt il souffle de plus en plus vers Paris. Le grand feu rouennais qui brûlait depuis le début du XVIIe siècle s’éteint peu à peu10.
Au XVIIIe siècle, Rouen demeure un grand centre d’édition, qui produit en moyenne une douzaine d’éditions de qualité par an, outre les ouvrages courants, mais les contraintes sans cesse plus fortes imposées par le pouvoir central (suppression officielle des privilèges provinciaux en 1678, systématisation de la censure préalable en 1701, réduction drastique du nombre d’imprimeurs en 1704, puis en 1739 et 1759) poussent les éditeurs à multiplier les contrefaçons. Jean-Dominique Mellot constate que « les fraudes en tout genre prennent à Rouen, dès l’extrême fin du XVIIe siècle, des proportions ahurissantes. Plus de 40 % de la seule production repérée est illicite à partir de 1690 ; entre 1710 et 1725, on ne compte pas moins de douze séjours d’imprimeurs rouennais à la Bastille11 ».
L’affaire la plus retentissante est évidemment celle de la publication illégale des Lettres philosophiques de Voltaire par le libraire Jore en 1734. La révocation de l’édit de Nantes, en 1685, a également porté un rude coup à la dynamique corporation des libraires rouennais, et la vie du livre apparaît somme toute médiocre comparée à la première moitié du XVIIe siècle si dynamique et novatrice. À la veille de la Révolution, ne sortent plus guère des imprimeries rouennaises que des ouvrages de dévotion, d’histoire locale, de droit normand, les almanachs populaires, les livres scolaires, les recueils des Palinods dont la tradition de poésie sacrée et de poésie satirique s’est poursuivie, et le Journal de Normandie qui vient d’être fondé en 1785 (bihebdomadaire), relayant les Annonces, affiches et avis divers de la Haute et Basse Normandie, un hebdomadaire à caractère publicitaire créé en 176212.
La culture rouennaise perd de son caractère provincial au XVIIe siècle et ses principaux représentants préfèrent désormais séjourner à Paris. Entre Corneille et Flaubert, Bernard Le Bouyer de Fontenelle (1657-1757) est assurément la figure littéraire rouennaise la plus glorieuse sous Louis XIV et sous Louis XV. Fils d’un avocat au parlement de Normandie, neveu des deux Corneille, curieux de tout, poète, auteur tragique, librettiste, il s’intéresse à l’astronomie (Entretiens sur la pluralité des mondes, Paris, 1686), participe au combat philosophique, s’attache à répandre les lumières du savoir. Il est le créateur de la vulgarisation, au sens le plus estimable du terme13 (en 1686, il est un des premiers à tenter de vulgariser, en français, le système héliocentrique de Copernic et la méthode scientifique de Descartes). La plus grande partie de sa carrière s’est déroulée à Paris14, où il est monté dès l’âge de dix-sept ans, avant d’être élu à l’Académie française (1691) et d’occuper le poste de secrétaire de l’Académie des sciences durant quatre décennies (1697-174015 ). Par sa longue vie, Fontenelle appartient en même temps au XVIIe et au XVIIIe siècle : il a donc traversé le Grand Siècle et le siècle des Lumières. Novateur paradoxal plutôt qu’audacieux au XVIIe siècle, conservateur indécis et timide au XVIIIe, mais sachant trouver le courage de défendre la cause des opprimés, il exerce avant Voltaire une sorte de royauté littéraire sur le Paris des Lumières. Il a toujours porté une attention bienveillante à sa ville natale où il peut être considéré comme le parrain de l’académie royale fondée en 1744.
Les autres écrivains rouennais du XVIIIe siècle ont nettement moins d’éclat que Fontenelle, et les contemporains ont conscience de cette impression de fléchissement littéraire. Une lettre du chirurgien Le Cat à Fontenelle, le 11 janvier 1740, en témoigne :
Monsieur, la ville de Rouen commence à avoir honte de ne se distinguer que par le commerce de ses marchands. Les savants en tout genre, qu’elle a fourni aux plus illustres académies, lui persuadent qu’elle est encore capable d’un commerce plus noble et non moins utile. Quelques amateurs de sciences ont formé le dessein de réveiller les autres de leur assoupissement16.
Roland Virolle décrit même une « incontestable décadence » de la littérature rouennaise après la disparition de Fontenelle17. Les vers du curé Antoine Yart (1710-1791), un des fondateurs de l’académie, ont une élégance certaine, mais ses odes et ses épîtres ne sont guère passés à la postérité. Anne-Marie du Bocage (1710-1802), une des égéries du temps, couronnée en 1746 par l’académie, a vu sa réputation franchir les Alpes de son vivant mais elle est aujourd’hui assez oubliée, à l’inverse de Jeanne-Marie Le Prince de Beaumont (1711-1780). Cette éducatrice est à l’origine de la littérature pour les enfants, leur destinant contes et nouvelles qu’elle voulait écrire d’un « style simple et proportionné à la tendresse de leurs âmes18 ». Elle est surtout connue pour avoir publié à Londres en 1756 Le magasin des enfants où elle a remanié et abrégé l’histoire de La belle et la bête parue sous la plume de Gabrielle-Suzanne de Villeneuve en 1740.
Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle la vigueur de la pensée rouennaise ne s’est pas démentie, même si elle n’a pas fait naître de génies : dans le magnifique théâtre municipal inauguré en 1776, les 1800 spectateurs viennent surtout applaudir les pièces parisiennes. L’abbé Joseph Guiot (1739-1807) publie une anthologie critique, Trois siècles palinodiques. L’autodidacte Adrien Pasquier (1743-1819) est célèbre pour son Dictionnaire historique resté manuscrit. Mais Rouen ne semble pas avoir produit d’orateurs révolutionnaires de premier plan. On ne trouve rien non plus qui puisse être comparé à l’œuvre si célèbre du Havrais Bernardin de Saint-Pierre, Paul et Virginie. Créateur du mythe romanesque des mers du sud, ce romancier contribue, en France, à l’épanouissement du rêve exotique, et au goût de la couleur locale19.
1.3. Niveau d’instruction et enseignement20
Les recherches de Jean Quéniart permettent d’affirmer que les Rouennais sont mieux alphabétisés que les autres citadins de l’Ouest de la France, à l’exception de ceux de Caen, peut-être. La thèse de Jean-Pierre Bardet va dans ce sens : dès 1670, 66 % des époux et 41 % des épouses savent signer leur contrat de mariage21 ; en 1700, 67 % et 49 % ; en 1750, 76 % et 58 % et en 1780, 81 % et 62 %22. Les écarts sont évidemment grands entre les quartiers riches et pauvres.
L’effort d’alphabétisation est ancien à Rouen, même si les tentatives scolaires du XVIe se sont essoufflées assez vite. Ce sont surtout les efforts de la Contre-Réforme, au XVIIe siècle, qui ont porté leurs fruits. En quelques décennies, grâce aux écoles des nombreux monastères et couvents, ainsi que de l’hôpital général, la ville s’est dotée d’un impressionnant équipement scolaire. Les garçons ont la chance d’avoir un système unifié et efficace ; les filles bénéficient du dévouement des religieuses, mais celles-ci ne peuvent pas toujours sortir de leur couvent, ce qui explique peut-être le déséquilibre entre les deux sexes. On ne se préoccupe guère d’améliorer l’encadrement imaginé dans l’élan de la Contre-Réforme : le but avoué de l’enseignement n’était-il pas de forcer les âmes à la vraie religion ? Le financement des institutions héritées de cette période fervente pose même quelques problèmes aux hommes du XVIIIe siècle. Ils ont beaucoup de peine à améliorer la rétribution des frères victimes de l’inflation.
Au-delà des rudiments, le collège est réservé à une minorité privilégiée. Le plus souvent, les enfants des milieux aisés reçoivent une formation primaire particulière chez les maîtres écrivains ou à domicile chez un précepteur. Les Jésuites forment les garçons au-delà de l’apprentissage élémentaire. Jusqu’à sa suppression en 1762, le collège ouvert en 1593 demeure le centre intellectuel de la ville. Cette très importante maison recrute dans toute la Normandie et de nombreux élèves doivent trouver pension chez l’habitant. Le nombre des inscrits, qui atteint 2 000 en 1667, décroît au XVIIIe siècle, phénomène assez courant lié sans doute à la multiplication des petits collèges des villes secondaires. Les maîtres sont triés sur le volet et l’on cite volontiers les plus illustres (Maimbourg, Bourdaloue ou Brébeuf). En 1762, un collège royal occupe les locaux des Jésuites et prolonge sous la direction des professeurs choisis par la municipalité un modèle d’enseignement que les Rouennais ne semblent pas récuser.
Les jeunes filles de bonne famille ne reçoivent pas un enseignement aussi soigné chez les sœurs. Chez les Ursulines, elles apprennent la lecture, l’écriture, l’histoire, la géographie, les sciences et les arts d’agrément. L’enseignement religieux est prépondérant mais le XVIIIe siècle commence à tolérer les nouveaux arts de société : en 1717, les religieuses engagent un maître à danser. Une création importante est celle de la congrégation des Sœurs de l’Enfant Jésus-Providence de Rouen par le père minime Nicolas Barré (1621-1686), qui ouvre en 1662 une première école pour filles à Sotteville-lès-Rouen. Le réseau de la Providence se développe au cours du XVIIIe siècle et reçoit ses lettres patentes en 1772.
Outre ces cadres purement scolaires, la ville offre des possibilités de formation auxquelles s’intéresse l’académie créée en 1744. En 1740, le peintre Jean-Baptiste Descamps ouvre une des premières écoles de dessin et de peinture de la province. Il existe aussi des cours plus ou moins épisodiques de mathématiques, de chimie, de botanique ou de physique. Mais Rouen ne possède pas d’université, à l’inverse de Caen qui attire à elle les étudiants depuis 1432.
1.4. Lieux de lecture
Métropole religieuse, parlementaire et marchande, Rouen abrite une élite cultivée et de nombreuses bibliothèques privées dès le XVIIe siècle, où elles jouent un rôle de plus en plus affirmé de représentation dans les hôtels particuliers des notables. Le premier président au parlement Claude Pellot possède à sa mort en 1683 2437 volumes23, et Georges de Motteville, premier président en la chambre des comptes, laisse à sa mort en 1688 1048 volumes24. Après 1660, les chanoines consacrent presque tous plus de 300 l. à leurs acquisitions de livres25. La plus importante bibliothèque est incontestablement celle des Bigot, qui compte 21 000 volumes dont 522 manuscrits et 200 incunables lorsqu’elle est dispersée en 170626.
Au siècle des Lumières, les bibliothèques privées les plus importantes appartiennent indistinctement à des laïques et à des ecclésiastiques. Il serait fastidieux d’en dresser un inventaire détaillé. On peut simplement citer celles du médecin Le Cat27, du médecin Adrien Larchevesque (5009 articles dans le catalogue de vente de 174928 ), du médecin Simon, « embarrassé de sa bibliothèque » en 175529, du lieutenant général criminel au bailliage et académicien Jean-Baptiste Guillaume Haillet de Couronne (24 000 volumes légués à sa mort en 1810 à la bibliothèque municipale30 ), de l’avocat Auguste Le Chevalier, de l’abbé Jean Saas, bibliothécaire du chapitre cathédral, du curé de l’église Saint-Laurent Nicolas Bulteau (5737 volumes réunis dans sa cure en 1705), du premier président au parlement et garde des sceaux (1774-1787) Armand-Thomas Hue de Miromesnil, du premier président au parlement Geoffroy Macé Camus de Pontcarré (5 271 volumes en 173923, dont Adrien Larchevesque est le bibliothécaire31 ), sans oublier certaines bibliothèques imposantes d’archevêques (7450 volumes réunis par Jacques-Nicolas Colbert à Rouen et à Gaillon, et 4516 appartenant à son successeur Louis de Lavergne de Tressan) et de chanoines, tel Louis Nozereau, dont les 2000 volumes sont vendus à sa mort en 171432. Ces bibliothèques sont désormais bien connues grâce aux travaux de Jean Quéniart (1969) et de Jean-Dominique Mellot (1998). Sous le règne de Louis XVI, le Journal de Rouen fait parfois état de la vente de bibliothèques privées, comme celle de M. Mabire, maître de mathématiques, le 27 décembre 1781 [document 2] :

On aura relevé la présence de l’Encyclopédie dans cette bibliothèque. En 1777, les associés de Panckoucke, Ostervald et Bosset, font un petit voyage à Rouen pour parler affaires avec les trente libraires de la ville. Ils apprennent que les Rouennais ont souscrit à l’in-quarto par douzaines et reviennent réconfortés34. Il faut cependant reconnaître que le nombre de souscriptions à l’Encyclopédie in-quarto, en février 1780 (8011 au total), ne distingue pas particulièrement Rouen : avec 125 souscripteurs, elle se place loin derrière Lyon (1079), Paris (575), Toulouse (451), Bordeaux (356), Besançon (338), Marseille (228), Caen (221) ou Rennes (218)35. Mais le commerce du livre est en proie au marasme dans les années 1780 et l’imprimeur-libraire Pierre Machuel écrit, le 31 mars 1780 :
La vente est totalement morte et de nouveaux correspondants – car la majeure partie des anciens a fait banqueroute – ne payent rien et les bons ne demandent plus rien… Les magasins sont plus que remplis et l’on meurt de faim auprès… Les seuls heureux sont ceux qui se seront trouvés les éditeurs de l’Encyclopédie. Mais le temps en est passé actuellement pour les autres36.
Outre les bibliothèques privées, Rouen compte en 1789 plusieurs dizaines de bibliothèques à usage collectif. Aux collections des communautés de réguliers – femmes et hommes – de l’intra-muros (une petite vingtaine), il faut ajouter celles d’institutions séculières (chapitre cathédral, séminaires, institutions d’enseignement) et laïques (académie des sciences, belles-lettres et arts, collèges des avocats et des médecins, parlement de Normandie, corporations et organisations professionnelles, juridictions…)37.
Les bibliothèques les plus fournies sont les suivantes. Celle du chapitre cathédral, devenue publique en 1634, compte environ 12 000 volumes en 1790. La bibliothèque du collège des Jésuites est mise sur le même pied que celle du chapitre cathédral par l’abbé Le Gallois en 168038. Sa vente en 1768 rapporte plus de 13 760 l. Les Jésuites ont rivalisé avec leurs « rivaux jansénistes, maîtres de la bibliothèque cathédrale39 », qui en ont acheté une partie lors de la dissolution de l’ordre.
La bibliothèque de l’abbaye de Saint-Ouen est presque aussi riche que celle du chapitre cathédral et, comme pour cette dernière, les administrateurs révolutionnaires précisent lors des confiscations : « nous l’excepterons de la classe commune40 ». La bibliothèque de Saint-Ouen n’est pas publique mais prête des ouvrages, ce que faisaient très rarement les chanoines et au prix de mille précautions. Elle a été réformée par les Mauristes à partir de 1660. Un simple reçu suffit pour emprunter un ouvrage. Les emprunteurs sont pour la plupart des ecclésiastiques rouennais, parfois quelques hommes d’Église ne vivant pas à Rouen. Au XVIIIe siècle, une politique active d’acquisition englobe aussi bien les monuments d’érudition (toutes les livraisons du Journal des sçavans ou l’Antiquité expliquée de dom Montfaucon par souscription) que l’abonnement à la Gazette de Hollande. En 1792, dom Gourdin, ancien bibliothécaire de l’abbaye, comptabilise 11 000 volumes à Saint-Ouen, sans compter les manuscrits38. Un rapport des travaux du département de la Seine-Inférieure souligne que, dans la bibliothèque de Saint-Ouen, « près d’un quart [des éditions] appartient à l’histoire41. »
Le couvent des Capucins possède une bibliothèque riche de 6000 volumes en 1773, 9000 en 1792 (1753 in-fol., 1000 in-4 et 6406 in-8 et in-12). Au milieu du XVIIIe siècle, le prieur des chanoines de la Madeleine (ou Lieu-de-Santé) recense environ 10 000 volumes dans la bibliothèque42. Enfin, la bibliothèque des Oratoriens compte environ 5000 ouvrages en 1792 (600 in-fol., 340 in-4, 4320 in-8 et in-12)43. Les administrateurs révolutionnaires ont remarqué une bibliothèque conventuelle de femmes : « Nous rendrons un juste hommage au bon goût et à l’aimable érudition des ci-devant religieuses Emmurées. Leur bibliothèque, plus intéressante par le choix que par le nombre des livres, prouve assez que ces femmes estimables savaient apprécier les charmes que l’amour des sciences ajoute à la vertu41. »
Parmi les bibliothèques les plus importantes de la ville, trois sont accessibles gratuitement à un public plus large que la communauté qui en assure la gestion : la bibliothèque de l’abbaye Saint-Ouen (ouverte aux « lecteurs savants », tant ecclésiastiques que laïcs), celles des Capucins44 et de la Madeleine (« où l’on ne refuse l’accès à personne pour travailler »). Trois sont publiques par leurs statuts de fondation : la bibliothèque du chapitre cathédral (n° 1 sur le plan ci-dessous), celle du collège des avocats au parlement (n° 2) et celle de l’académie royale (n° 3)45 [document 3].

La bibliothèque de l’académie royale des sciences, belles-lettres et arts est la dernière de la ville à avoir ouvert ses portes au public, en 1781 ou 1782.
2. Le legs
2.1. Une brève histoire de l’académie avant la Révolution
L’académie royale des sciences, belles-lettres et arts de Rouen, créée en 1744, appartient à la seconde génération des académies de province, celles du pré-encyclopédisme étudiées par Daniel Roche46. Elle est bien postérieure à celle de Caen, fondée par Jacques Moisant de Brieux en 1652 et qui s’honore d’être la première académie de province après l’Académie française, mais qui n’a plus de réunion régulière entre 1715 et 1731. L’académie de Rouen est contemporaine de celle d’Amiens, peu éloignée (1745) ou de la deuxième académie toulousaine (1746). Les académiciens semblent s’étonner en 1746 du caractère tardif de leur institution, qu’ils conçoivent comme un « monument d’immortalité » :
L’Académie des Sciences, des Belles-Lettres et des Arts de Rouen tint sa seconde assemblée publique le 12 de juillet 1746. En considérant la grandeur et la célébrité de cette ville, les ressources du génie que tout le monde reconnoît dans ses habitants, la multitude des hommes de lettres qu’elle a produits dans tous les genres, on est étonné que l’époque de son Académie ne soit pas plus ancienne. On s’étoit peut-être persuadé qu’une ville si florissante par le commerce n’étoit pas également propre aux exercices des sciences et des beaux-arts : préjugé frivole que la raison combat, et que l’expérience détruit […]. Une Académie fondée à Rouen est un monument d’immortalité. L’esprit des hommes, les bonnes études, la protection, les récompenses ne lui manqueront jamais ; et nous ne parlons point du voisinage de la capitale, de la facilité d’acquérir les bons livres, du choix qu’il sera toujours aisé de faire quand il faudra remplir les places académiques47.
L’académie tente de ranimer la flamme littéraire rouennaise, avec des ambitions très élevées, si l’on estime que « les académiciens sont les juges de la culture, les pédagogues des Lumières et les animateurs des fêtes civiques de l’intelligence48 ». Dès sa création, l’académie devient une institution culturelle emblématique des Lumières à Rouen et elle acquiert très rapidement une réputation hors des frontières du royaume49, tout en restant fidèle au modèle parisien, ce qui la distingue de celle de Caen50. Pluridisciplinaire, voire éclectique, elle recrute ses trente-huit, puis quarante membres titulaires51 au sein du clergé savant, des magistrats des cours souveraines, des notables urbains, mais aussi parmi les médecins, les gens de lettres et de sciences ou les artistes52. À l’inverse des académies de Dijon ou de Bordeaux, celle de Rouen n’établit pas de coupure avec le milieu du négoce et Louis-Alexandre Dambourney, négociant, fut même son secrétaire pour les sciences durant plus de vingt ans53. La dimension bourgeoise et roturière est donc bien plus affirmée que dans d’autres académies : 78 % des 366 académiciens rouennais attestés avant 1789 sont roturiers, contre 56,7 % de leurs confrères de province54. Toutefois, le protecteur de l’académie est le gouverneur de la Normandie et la noblesse est largement majoritaire parmi les premiers académiciens honoraires [document 4]. Quant aux catégories populaires, elles sont de facto exclues de la compagnie, ne serait-ce qu’au regard des cotisations exigées (48 l. pour les honoraires et 24 l. pour les académiciens de fonction en 1745).

L’académie disposait de plusieurs locaux grâce aux bons offices des échevins. Le petit jardin botanique du faubourg de Bouvreuil, berceau amical et intellectuel de la future académie créé dès 1736 par le médecin Guillaume de La Roche (1702-1788), qui comptait 45 membres dès 174155, « abri favorisé des discussions savantes, champ favori de l’utopie morale et médicale où s’exercent le rêve utilitaire et le souci de la conservation des hommes »56, s’est ensuite rapproché du centre57. Vers 1740, écrit Le Cat, « nous tenions alors nos assemblées à la bibliothèque de Notre-Dame58 ». Le chapitre cathédral a donc « donné un asile sous les arceaux gothiques de sa bibliothèque59 » avant que la mairie donne en 1758 un terrain plus vaste en bas du cours Dauphin, au bord de la Seine, moyennant la redevance annuelle symbolique d’un bouquet composé des fleurs et des fruits les plus rares du jardin de l’académie60 [document 5].

L’hôtel de ville, entre la rue du Gros-Horloge et la rue aux Juifs qui longe le parlement, accueille dès sa création les séances publiques de l’académie (la toute première se déroule dans sa grande salle le 1er juin 1745), « en présence du corps municipal qui avoit été invité suivant l’usage62 ». C’est un cas de figure somme toute assez banal : quatre académies sur cinq, en France, tiennent leurs séances publiques dans la maison de ville63. Les académiciens rouennais sont parfois accueillis à l’archevêché, dans la grande salle des États, où s’est notamment déroulée la réception du cardinal de La Rochefoucauld parmi le corps des académiciens titulaires, dans la classe des belles-lettres, le 11 juillet 176164. Une autre séance publique a lieu dans la salle des États sous la présidence du duc d’Harcourt le 11 août 176465. On peut également relever que la séance publique du 7 août 1782 s’est tenue dans le réfectoire des Carmes, « vu l’état de délabrement de la grande salle de l’hôtel de ville.66 »
2.2. La bibliothèque de l’académie (jusqu’en 1768)
Donner aux élites citadines les moyens d’accéder à la culture des Lumières devient un objectif premier qui se concrétise d’abord dans la formation de bibliothèques souvent ouvertes au public, toujours accessibles aux savants et aux érudits […]. Plus de la moitié des académies ont constitué une bibliothèque de dimensions notables dont le rôle dans l’équipement culturel national a été vraisemblablement décisif en multipliant pour un plus grand nombre de personnes les occasions de contact avec le livre.67
Le rôle éducatif de l’académie est bien connu, en l’absence d’une université à Rouen, puisqu’elle a fondé de nombreuses écoles supérieures spécialisées, où Descamps a donné des cours de dessin68, Le Cat d’anatomie, Dulague d’hydrographie69. Quelques années avant la Révolution, l’académie a ouvert sa riche bibliothèque au public, ce dont se félicitait Charles de Robillard de Beaurepaire en 1883 :
Heureusement pour sa réputation, l’académie de Rouen ne se borna pas à discourir. Elle fit mieux : elle fonda des établissements durables, dont l’objet n’était autre que l’instruction envisagée par son côté pratique et populaire. Elle s’était, pour ainsi dire, annoncée par la création d’un Jardin des plantes : ce fut sa première œuvre. Elle fonda, depuis, des écoles de botanique, de chirurgie, de dessin, de mathématiques et d’hydrographie70. Elle songea, vers la fin, à l’ouverture d’une bibliothèque publique, moins spéciale et plus moderne, quant à sa composition, que la bibliothèque du chapitre de la cathédrale71.
Le livre et les mémoires imprimés sont en effet au cœur des travaux de l’académie52. Dès 1752, elle obtient un privilège pour l’impression de ses mémoires, pour lesquels M. de Sacy a fait don de 100 l. (1750), privilège renouvelé en 1765. La bienveillance royale est pérenne puisqu’en 1769, Louis XV accorde de nouveau à l’académie un privilège de douze ans pour l’impression de ses ouvrages, valable dans tout le royaume72. En outre, l’académie a sollicité le droit d’être censeur des ouvrages de ses membres (1756)73. Après Abraham-François Viret, c’est Étienne-Vincent Machuel qui devient l’imprimeur attitré de l’académie en 176874.
Si l’on en juge par les mémoires présentés, l’académie est plus novatrice en sciences qu’en lettres, et les sujets scientifiques représentent d’ailleurs 62 % des mémoires présentés entre 1745 et 174975. En sciences, une majorité de mémoires médicaux, mais aussi des sujets sur l’électricité, la propagation de la lumière, la mortalité des bêtes à cornes, la pesanteur, la quadrature du cercle… En lettres, des réflexions sur le style historique, sur l’origine et le caractère de la fable et de l’apologue, en histoire, des mémoires érudits sur le passage d’Alexandre à Jérusalem, l’assassinat de Chilpéric, la découverte d’Herculanum ou une route pour aller par le nord vers la Chine et le Japon76… Les académiciens débattent aussi de deux sujets alors à la mode : l’éducation des femmes et la réforme de l’orthographe77. Ils échangent entre eux leurs œuvres, faisant appel au jugement de leur correspondant, mais R. Virolle est sans doute trop sévère quand il écrit que « c’est une littérature d’intellectuels enfermés dans leur ghetto, sans ouverture sur le monde ni la vie.78 »
Les académiciens s’intéressent en réalité à de multiples sujets inscrits dans leur époque et sont soucieux de constituer une bibliothèque digne de l’institution. Le procès-verbal de la séance inaugurale (18 août 1744) indique qu’on la termina « par des actes de générosité qui jetèrent les fondements de la bibliothèque de l’académie, et l’on se sépara avec une ardeur toute nouvelle pour le travail.79 » Des livres sont « promis à l’académie par plusieurs de messieurs pour commencer la bibliothèque80 » et un registre est établi pour consigner ces dons81. L’académie loue une chambre dès 1745 pour « placer ses effets et sa bibliothèque82 » et M. Boisduval dresse en 1747 l’état des livres et meubles qu’elle possède66. L’académie possède en 1766 une collection de livres d’une certaine importance puisque le chanoine Jean-Baptiste Cotton-Deshoussayes (1727-1783), professeur de théologie au collège de Rouen, rédige le catalogue de la bibliothèque en un volume in-12 d’environ 300 pages83. Si l’académie a fait appel à la bonne volonté de ses membres, on peut relever qu’à Amiens, les statuts prévoient un achat obligatoire de livres pour la bibliothèque84. À La Rochelle, les statuts de l’académie des belles-lettres, sciences et arts (1749) font obligation à tout nouvel académicien de fournir quatre volumes de littérature ou la somme de 30 l. destinée à l’achat d’ouvrages85.
À ce premier fonds, formé pour partie des dons des académiciens résidants et associés, s’en ajoute bientôt un autre, beaucoup plus considérable. Le 17 août 1768, Pierre-Robert Le Cornier de Cideville (1693-1776), ami et correspondant de Voltaire [document 6], passe contrat devant notaire par lequel il vend à l’académie sa bibliothèque moyennant une rente viagère de 400 l., à condition qu’on lui en laisse l’usage jusqu’à sa mort, survenue à Paris, paroisse Saint-Eustache, le 5 mars 177686.
2.3. Biographie du fondateur : Pierre-Robert Le Cornier de Cideville (1693-1776)

Pierre-Robert Le Cornier de Cideville, né le 2 septembre 1693 à Rouen, paroisse Saint-Lô, est issu d’une ancienne et puissante famille de parlementaires, de celles qui ont joué un grand rôle dans la vie culturelle rouennaise à l’époque moderne. Son goût pour la poésie s’affirme très tôt puisqu’il est couronné par l’académie des Palinods dès 1709. Son père Robert Le Cornier, seigneur de Cideville87, l’envoie à Paris faire ses études au collège Louis-le-Grand, tenu par les Jésuites, où il rencontre le jeune François-Marie Arouet vers 1710. Cideville restera, de l’aveu de ce dernier, son ami plus de cinquante ans, dont il apprécie les conseils et en qui il reconnaît une personnalité talentueuse ; il l’appelle amicalement son « cher Ovide de Neustrie », ou le « Tibulle de la Normandie88 ».
Ses études achevées, Pierre-Robert Le Cornier de Cideville revient à Rouen (avril ou mai 1715) où il accède le 11 juillet 1716, à l’âge de 23 ans, à la charge de conseiller au parlement de Normandie qu’assumait son père89. Ses lettres à Voltaire témoignent à plusieurs reprises du peu d’enthousiasme qu’il éprouve à exercer ses hautes fonctions judiciaires90 (il se plaint de perdre son temps à analyser des « brimborions sur papier timbré91 »). En 1730, Voltaire trouve refuge chez Cideville, au château de Launay92 [document 7], où il aurait écrit Éryphile et la Mort de César93.

Le magistrat las des affaires judiciaires surveille cependant l’impression de La Ligue à Rouen94 et joue le rôle d’agent éditorial de Voltaire lors des impressions rouennaises de l’Histoire de Charles XII et des Lettres philosophiques et il se targue, lors de séances de lectures publiques, de faire connaître à ses compatriotes les œuvres qui font fureur dans la capitale. « Métromane invétéré95 », Cideville a beaucoup écrit – odes, épîtres, projets de ballets et de comédies, quelques ouvrages dramatiques – mais n’a presque rien imprimé, si ce n’est son poème À M. de Voltaire, historiographe de France (Paris, 1745)96, car il composait seulement pour ses amis et non pour le public. La Correspondance générale de Voltaire permet de découvrir plusieurs opéras en un acte composés par Cideville : Le triomphe de la beauté (1731), Isis et Argus (1731), Daphnis et Chloé (1732), Antoine et Cléopâtre (1732), Io (1732), Allégorie (poème, 1733), La déesse des songes (1735), Anacréon (1735)97. Pour les historiens de la littérature, Cideville reste néanmoins un amateur velléitaire dont les écrits témoignent d’un « aimable épicurisme98 », sans commune mesure avec le génie littéraire de Voltaire.
La fondation de l’académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen, on l’a vu, a été l’un des événements culturels marquants de la ville au XVIIIe siècle et son établissement a été en grande partie le fruit de la ténacité de Cideville, reçu académicien titulaire le 20 avril 174199 : par ses démarches, il obtient en 1742 du maire Jacques Pigou – comme lui conseiller au parlement et doyen de cette cour100 –, la rente du chanoine de Notre-Dame de Paris Louis Le Gendre (1655-1733) destinée à pallier l’absence de société culturelle et d’université à Rouen101. Il s’agit d’un legs de 22 000 l. et d’un rapport annuel de 1200 l. (au denier 20) en vue « d’établir des jeux floraux ou des prix de beaux-arts et de mathématiques ». Ce legs inclut une clause de substitution autorisant la ville à en transférer le bénéfice à tout autre organisme qui serait créé et habilité à assurer l’attribution des prix, le terme d’académie n’étant d’ailleurs pas encore employé102. Avec l’aide de Fontenelle, neveu des deux Corneille et soucieux d’apporter à l’académie la garantie de protections parisiennes103, Cideville rédige un projet de statuts et passe l’hiver 1743-1744 à Paris en ayant emporté l’épineux dossier de l’académie. Ses arguments sont finalement entendus et les lettres patentes de création de l’académie sont datées de Lille en juin 1744104. Cideville a payé personnellement les frais de ces lettres105. Dans une lettre à Voltaire datée du 17 novembre 1745, il insère les vers suivants, plus intéressants pour l’historien que pour l’amateur de poésie :
J’aurais pu toujours vous écrire
J’en fus empêché dans Paris
Par les soins d’élever dans ma riche patrie
Une école où nos bons esprits
Héritiers de Corneille et du même air nourris
Pussent tenir de ce génie ;
Enfin grâce au sage Louis
Nous avons une Académie106
C’est encore Cideville qui réforme intelligemment la jeune académie minée par les querelles de préséance entre académiciens honoraires et de fonction. Il démissionne de son poste d’académicien honoraire pour se contenter de celui d’académicien de fonction (20 février 1755), bientôt suivi par plusieurs collègues. Grâce à son exemple, de nouvelles lettres patentes sont décernées le 13 décembre 1756, où sont supprimés les postes d’honoraires et augmentés ceux des titulaires [document 8]. Désormais, les quarante académiciens titulaires sont théoriquement égaux107. L’intendant du Jardin des plantes siège de droit au bureau. Ces lettres patentes sont enregistrées au parlement de Normandie le 10 février 1757.

Pour Cideville, « premier instituteur de ce bel établissement littéraire108 », non sans difficultés109, l’académie doit être au service de la province et encourager aussi bien l’agriculture, l’industrie, le commerce, que les lettres, les arts et l’histoire110. L’un de ses premiers projets d’équipe est la rédaction d’une Histoire de la Normandie (1753)111. Grâce à ses relations de conseiller au parlement, le projet d’académie reçoit l’appui de trois puissants protecteurs en la personne du gouverneur de Normandie depuis 1726, le duc Charles II Frédéric de Montmorency-Luxembourg (1702-1764, également protecteur de Voltaire et de Rousseau), en celle de l’intendant Louis-François de La Bourdonnaye (1700-1777, en poste à Rouen de 1732 à 1755), qui réunit dans son hôtel l’assemblée constitutive de l’académie112, et enfin en celle du premier président du parlement de Normandie depuis 1730, Geoffroy Macé Camus de Pontcarré (1698-1767). Ce dernier, ami des Lumières et protecteur des arts, est même choisi pour présider l’académie.
Cideville prononce un discours lors de la séance inaugurale le 18 août 1744, dont le ton hagiographique, selon Daniel Roche, affirme l’existence de la nouvelle académie, par une chronique des faits qui est discours sur elle-même et proclamation de son être : « Enfin, Messieurs, notre ville si renommée par son commerce avec tous les peuples de l’univers, va se faire connaître par sa correspondance avec tous les arts. La capitale de la Normandie n’enviera plus à une de ces cités la gloire de posséder une académie littéraire ». Enracinant la fondation académique dans la gloire du passé littéraire rouennais, Cideville rappelle une à une les étapes traversées, les difficultés vaincues et les appuis rencontrés. « Si je m’arrête trop à les détailler, pardonnez dans ce jour de votre triomphe à l’excès de ma joie, pardonnez à l’orgueil que je ressens de vous avoir été utile. Dans ce moment d’ivresse, je me compare à ces amants qui vantent plus qu’ils ne doivent leurs services auprès de l’objet de leur tendresse, pour obtenir d’en être plus aimé…113 ».
En privé, pourtant, Cideville est moins dithyrambique sur les talents rouennais. Il écrit à Voltaire, en août 1765, à propos de la fondation de l’académie :
Il était juste que la patrie des Corneille, des Chaulieu, des Fontenelle, des Poussin et des Jouvenet ne manquât pas d’instruction ; nous leur en avons fourni. Mais ils n’ont pu encore atteindre à la délicatesse de ces choses de goût, de ces vers qui, à le bien prendre, ne sont que dans la capitale. On peut faire un poème et une tragédie passable en province ; on ne fait qu’à Paris et dans le grand monde de ces riens heureux, de ces bagatelles, qui pourtant mènent en ce petit genre leur homme à la postérité. Nous sommes réduits dans les belles-lettres à quelques curés qui charbonnent, tant bien que mal, des vers de la même main dont ils crayonnent des proses et des homélies114.
Amateur de « bagatelles », Cideville fait preuve d’un indéniable hédonisme intellectuel, mais il peut aussi s’engager dans les causes les plus graves. Il soutient son ami Voltaire et lui recommande l’avocat rouennais Élie de Beaumont lors de l’affaire Calas115. « Cet homme d’une ouverture d’esprit exceptionnelle93 » est l’exemple même à Rouen du « parlementaire normand fin et cultivé, amoureux de la beauté, prudent quant aux vérités dangereuses »116, même s’il n’a pas eu que des amis au sein des académiciens117. Il a également doté Rouen d’une école de dessin (1747) à la tête de laquelle il a fait nommer le peintre Jean-Baptiste Descamps (1714-1791). Il commande à ce dernier le dessin des lambris de son « petit castel » de Launay qu’il a surnommé le « Temple de l’Amitié ». Cideville est également à l’initiative du prix de composition (1756)118.
Ses dernières années sont assombries par des problèmes financiers et une santé déclinante119. Il s’est beaucoup endetté pour aménager son château de Launay – jouant le rôle de gentilhomme campagnard comme son ami Voltaire à Ferney ou Montesquieu à La Brède – et constituer une belle bibliothèque. Cideville doit se résoudre à vendre Launay sous la pression de ses créanciers, mais une solution satisfaisante et honorable est heureusement trouvée : le 6 août 1766, il vend en viager toute la propriété de Launay à un marchand de Rouen, Jacques Le Marcis. Le prix de vente est fixé à 138 700 l., versé sous forme d’une rente viagère de 11 870 l. et Cideville reçoit en outre la somme de 20 000 l. en argent comptant qui lui permet d’éteindre de nombreuses dettes hypothécaires120. Cideville peut donc résider à Launay jusqu’à la fin de sa vie, mais il est domicilié occasionnellement à Paris et à Rouen, rue de la Seille. Quarante ans après l’affaire des Lettres philosophiques et les ardentes lettres amicales, Voltaire écrit assez froidement, en janvier 1772, à propos de Cideville : « M. de Cideville était conseiller au parlement de Rouen. Il avait alors beaucoup d’amitié pour moi. Il est à Paris très vieux, très infirme et très dévot. C’était un magistrat intègre et la dévotion ne l’empêcha pas de me rendre justice121 ». La belle amitié de la jeunesse s’en est allée. Cideville meurt à l’âge de 82 ans – Voltaire le suit dans la tombe deux ans plus tard – et le secrétaire de l’académie, Jean-Baptiste Guillaume Haillet de Couronne, prononce son éloge :
À tous les titres que M. de Cideville avait à la reconnaissance de l’Académie, il en voulut ajouter un dernier, en faisant passer dans ses mains son excellente bibliothèque, ses manuscrits et les recueils de plusieurs de ses illustres amis. Il en avait été l’un des fondateurs, il en devint le bienfaiteur ; que de titres pour vivre éternellement parmi nous ! Hélas, il existerait encore si les qualités de l’esprit et du cœur arrêtaient la faux du trépas ; mais rien ne peut nous y soustraire, et cet homme excellent cessa de vivre le 5 mars 1776.
Nous devons à son amitié son portrait peint par M. Viniot [Voiriot ?], notre associé à Paris ; il était d’avance gravé dans nos cœurs par le respect et la reconnaissance.122
3. Mise en oeuvre
3.1. Les premières années chaotiques de la bibliothèque
Si l’académie de Rouen s’inscrit bien dans un mouvement national de création de bibliothèques publiques, sa bibliothèque ne représente qu’une petite part de son budget car elle doit affronter des problèmes financiers dans ses premières années. L’entretien du jardin des plantes, malgré l’aide royale, engloutit la moitié de ses revenus. Un emprunt à fonds perdu de 4000 l. au denier 10 (soit 10 % d’intérêt) est ainsi réalisé auprès de M. Courbezatre (actif dans le commerce dans l’océan Indien)123 en 1758 et les académiciens délibèrent sur un autre emprunt à fonds perdu de 15 000 l., réduit à 6000. La cotisation est augmentée d’un tiers cette même année 1758 « pour achever l’établissement du Jardin des plantes »124. Un nouvel emprunt de 3500 l. est voté en 1759 et les académiciens multiplient les députations auprès des puissants (M. de Miromesnil, par exemple) pour obtenir de l’argent.
On comprend donc pourquoi la bibliothèque a été gyrovague dans ses premières années. Après la séance du 18 août 1744, les livres donnés par les académiciens en vue de constituer une bibliothèque sont « placés dans une chambre destinée à cet effet125 ». Le 31 août 1745, M. de Prémagny126 propose de « louer une chambre et d’y acheter une tablette pour y placer les livres donnés à l’académie chez le sieur Tranchart, rue aux Juifs, pour le prix de 40 l., ce qui pourroit à présent convenir à l’emplacement de la bibliothèque et des autres objets de l’académie ». Le 14 février 1756, la bibliothèque est installée dans une chambre et un cabinet chez M. de Hoden127 pour le prix de 100 l. Le trésorier, M. Hébert128, est autorisé à faire faire les tablettes nécessaires dans la bibliothèque. Le 7 juin 1758, il est également autorisé à louer une autre chambre chez M. Hoden pour la bibliothèque, moyennant 65 l. Le 2 juillet 1760, c’est finalement chez le trésorier lui-même, M. Hébert, que la bibliothèque est installée ! Cela peut surprendre, mais les statuts de 1744 puis de 1756 ne prévoient pas de charge de bibliothécaire-archiviste. C’est le trésorier, d’après l’article 22 des lettres patentes de 1756, qui a en sa garde, entre autres attributions, « les papiers et livres, instruments, meubles, curiosités appartenant à l’académie129. »
En mars 1757, Cideville écrit à Maillet du Boullay, à propos de l’architecte Le Carpentier qui projette de reconstruire l’hôtel de ville et que l’académie reçoit alors comme associé :
J’ai vu avec transport les trois endroits qu’il destine à notre académie, dans le plan du nouvel hôtel de ville : la salle de nos séances publiques m’y paraît belle et vaste ; celle qui suit me paraît suffisamment grande pour nos séances particulières ; mais la troisième qui naturellement doit servir de bibliothèque, de cabinet de machines et d’histoire naturelle, me paraît trop petite : il faut qu’elle suffise à recevoir tous les livres, tous les instruments, toutes les curiosités qu’on nous donnera et que nous acquerrons à l’avenir. La salle doit être très vaste selon nos vœux et nos vues […] et à mon gré n’est pas si à considérer que le cabinet d’une académie qui, par la suite, peut devenir une bibliothèque publique130.
Hélas, l’architecte a vu trop grand pour les finances de la ville et le chantier a vite été arrêté. Il faudra attendre 25 ans pour que la bibliothèque de l’académie devienne publique.
3.2. La vente de la bibliothèque de Cideville (1768)

Dans le contrat de vente passé à Rouen dans l’étude du notaire Cellier, successeur médiat de Le Breton [document 9], il est précisé que Pierre-Robert Le Cornier de Cideville réside à Paris, rue Neuve, paroisse Saint-Eustache. Il n’est pas fait mention de ses difficultés financières et la vente de sa bibliothèque est justifiée par des éléments d’ordre affectif :
Lequel a dit qu’étant dans l’intention d’aliéner moyennant une rente viagère sur sa tête et sous la réserve d’usufruit pendant sa vie les livres en tout genre qui composent sa bibliothèque, l’affection singulière qu’il porte à l’académie dont il est membre ne lui a pas permis d’entendre à aucune proposition relative à son profit, jusqu’à ce qu’il eût offert à messieurs les directeurs et autres membres de ladite académie la préférence qu’il est dans son cœur de donner à ce corps aussi respectable qu’utile.
Cideville a « conféré avec M. de Couronne, directeur, qui a bien voulu se charger de porter la proposition et il jouit de la satisfaction qu’elle ait été unanimement acceptée ». Par conséquent, il « vend, cède, quitte et abandonne à ladite académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Rouen ce qui est ainsi accepté ». Le contrat est également ratifié par Charles-Nicolas Maillet, « seigneur et patron du Boullay Morin, maître ordinaire en la cour des comptes, aides et finances de Normandie », secrétaire perpétuel des belles-lettres de l’académie (m. 1769131 ), ainsi que par Louis-Alexandre Dambourney, négociant, intendant du jardin de l’académie (m. 1795), Jean-Samuel Hébert, trésorier de l’académie (m. 1778), Jean-Baptiste Cotton Deshoussayes, docteur de Sorbonne, chanoine de l’église cathédrale et métropolitaine de Rouen, professeur de théologie au collège royal de Rouen, bibliothécaire de l’académie (m. 1783), et enfin Jean-Baptiste Descamps, peintre du Roi, professeur de l’école de dessin, membre titulaire de l’académie (m. 1791), tous commissaires désignés par la compagnie pour signer le contrat.
L’objet de la vente est le suivant :
Tous les livres en général de quelque nature en quelque genre et en quelque format que ce soit qu’il possède et qui lui appartiennent actuellement tant à Paris et à Rouen qu’à la campagne sans aucune réserve, sous cette convention expresse que pour en assurer invariablement le nombre, la nature et le genre, il sera sous le délai de quatre mois de ce jour fait et dressé par ledit seigneur de Cideville un catalogue suffisamment instructif et raisonné, dont il sera passé à ladite académie un double qu’il aura daté et certifié exact et véritable pour être joint et annexé au présent contrat.
Les clauses sont ainsi spécifiées :
La propriété du dit fond de bibliothèque appartiendra d’aujourd’hui à ladite académie, mais elle ne prendra livraison des livres qui la composent et qui seront désignés audit catalogue qu’après le décès dudit seigneur de Cideville, attendu qu’il se retient pendant sa vie la jouissance et le libre usufruit desdits livres, cependant comme il se pourrait que par accident ou autrement quelques-uns de ces livres ne se trouveraient plus après le décès dudit seigneur de Cideville au support de sa succession, il est convenu que la valeur de ces livres perdus ou égarés sera payée à ladite académie par les héritiers et représentants dudit seigneur de Cideville d’après l’estimation qui en sera faite par deux libraires qui seront nommés par les parties intéressées.
Cette vente et cession ainsi faite au moyen de ce que ladite académie, crée et constitue sur la tête au profit et pendant la vie dudit seigneur de Cideville, ce acceptant, quatre cents livres de rente annuelle et viagère à commencer à courir d’aujourd’hui, payable par ladite académie à ses frais audit seigneur de Cideville en exemption et sans retenue des dixième vingtième deniers et de toutes autres taxes, charges et impositions royales prévues et imprévues […].
Les clauses du contrat ont été respectées. Jusqu’à sa mort, Cideville a reçu la rente viagère de 400 l. Dès le mois de septembre 1774, il cède par anticipation à ses confrères tous les livres qu’il avait rassemblés à son château de Launay et dans son hôtel de Rouen, ne se réservant que ceux qu’il gardait près de lui à Paris, où sa mauvaise santé l’obligeait à résider. La correspondance conservée entre Cideville et Haillet de Couronne, en septembre 1774, nous apprend que ce dernier, accompagné du peintre Descamps, s’est rendu au château de Launay et qu’ils en ont ramené « six grandes caisses fort considérables, remplies de livres bons, excellents et curieux sur toutes sortes de matières, sciences, belles-lettres et arts132 » [document 21]. Cideville exprime le désir, « afin d’exciter par son exemple l’émulation qui doit être dans le cœur de tout honnête académicien », qu’une empreinte, indiquant le don par lui fait à l’académie, fût placé en tête de chaque ouvrage. Haillet de Couronne lui répond le 19 novembre 1774 que « c’était l’intention formelle de la compagnie. On gravera sur une empreinte, mise à la première page de chaque volume, vos armes et vos noms, et ce sera, non seulement pour le moment présent, un aveu de notre reconnaissance, mais encore un acte de justice de notre part ». Cette empreinte gravée par Jacques Bacheley, élève de Descamps133, est envoyée à Cideville en mars 1775 pour lui demander si elle est « telle qu’il la désire », et, « dans le cas où il faudrait y changer quelque chose, de lui [l’académie] faire parvenir ses intentions134 » [document 10].
Les livres de Cideville venus de Paris arrivent à Rouen le 8 mai 177674. La question d’un local pour abriter cette très riche collection devient véritablement urgente.

3.3. La recherche d’une salle digne de ce nom pour la bibliothèque
À l’inverse de celle de Cideville, la situation financière de l’académie se rétablit dans les années 1760, ce qui explique peut-être pourquoi elle a accepté sa vente de livres en viager. D’après une lettre du trésorier Neveu135 au secrétaire Haillet de Couronne, le 8 mai 1776136, pour les dix années 1764-1773, les dépenses de l’académie s’élèvent à 1610 l. et surpassent ses revenus qui sont de 1534 l., mais la bibliothèque ne représente que 53 l., soit 3,3 % des dépenses. Le trésorier cherche à faire des économies (« j’aime à me persuader que bientôt l’équilibre se trouvera rétabli entre les revenus et les dépenses ») et soumet cette idée du notaire qui a enregistré le contrat de Cideville : « M. Le Breton, notaire digne d’être académicien par le zèle qu’il a témoigné pour l’académie, nous a fait voir assez clairement qu’il ne nous seroit pas difficile d’obtenir dans le collège un emplacement de bibliothèque qui nous ménagerait 50 lt par an ». La modicité de la somme laisse pantois, quand on sait que l’académie de Nancy a reçu du duc Stanislas un revenu de près de 75 000 l.137 et a encaissé près de 80 000 l. entre 1751 et 1773, dépensées pour moitié dans la bibliothèque138 !
Revenons à la pauvre bibliothèque de Rouen. La piste du collège semble rapidement abandonnée et les académiciens s’adressent en 1774 aux échevins qui leur répondent favorablement par la voix du maire Antoine Le Couteulx139 :
Du 5 juillet 1774, l’assemblée générale de MM. les conseillers, maire, échevins et vingt-quatre du Conseil de la ville de Rouen, tenue en l’hôtel commun d’icelle, devant Monsieur Antoine Lecouteulx écuyer conseiller secrétaire du Roi, maison couronne de France et de ses finances, seigneur et patron de Canteleu, maire de ladite ville.
Monsieur le maire a dit que depuis longtemps MM. de l’académie royale des sciences, belles-lettres et arts de cette ville désiroient déplacer leur bibliothèque à proximité de l’hôtel de ville où ils tiennent leurs séances publiques et particulières, que M. Dornay en leur nom auroit renouvelé à cet égard le vœu de l’académie et qu’en faisant la visite et inspection de la maison, où doit être logé le greffier secrétaire, on auroit trouvé au rez-de-chaussée dans le fond de la cour, vers la rue aux Juifs, un appartement présentement composé de deux pièces, que l’on peut facilement réduire en un seul et dont les croisées ouvrent sur ladite cour, où ladite bibliothèque pourroit être placée en attendant que les circonstances permettent de lui procurer un emplacement plus considérable : sur quoi délibéré, oui le procureur du Roi,
La compagnie considérant que tout ce qui peut tendre à augmenter l’émulation et le progrès des sciences, belles-lettres et arts parmi les citoyens, est essentiellement lié aux vues du bien public, dont elle est animée, et à celles de l’académie royale de cette ville, qui n’a pour objet que de favoriser cette émulation et ces progrès par le dépôt de sa bibliothèque dans un emplacement situé à la proximité de ses séances publiques et particulières, a unanimement agréé et consenti que l’usage de l’appartement au rez-de-chaussée dépendant de la maison où est logé le greffier secrétaire et désigné dans la proposition de M. le maire, soit accordé gratuitement à l’académie pour y placer sa bibliothèque, sans toutefois aucune attribution de propriété et par forme de simple tolérance seulement. Signé Lecouteulx, collationné Demares
Ce local au rez-de-chaussée de l’hôtel de ville est rapidement apparu insuffisant après la mort de Cideville. Haillet de Couronne, le 13 septembre 1776, « prévient l’académie que les livres de M. de Cideville (on n’avoit pas de place) avoient été remis dans plusieurs caisses qui ont été déposées chez M. Ribart, négociant, qui a bien voulu accepter le dépôt140 ». Les deux secrétaires de l’académie sont chargés de trouver une pièce plus vaste dès le 15 mai 1776 :
Qu’incessamment, mais par une délibération expresse, elle [l’académie] réglera ce qui concerne la bibliothèque à laquelle feu M. de Cideville vient de procurer une augmentation très considérable. Cet objet lui paroît tellement intéressant que par provision et spécialement elle continue de charger ses deux secrétaires indivisement de veiller à tout ce qui peut y avoir quelque rapport, c’est-à-dire qu’elle se repose entièrement sur eux des soins de lui procurer un emplacement convenable et décent, d’y mettre en ordre la totalité des […]esses dont en différents genres elle se trouve propriétaire et d’examiner enfin jusques à quel point doit être fixée la somme dont chaque année ils pourront être autorisés de faire emploi en achats de livres utiles et livres d’agrément.141
Ces deux secrétaires qui ont joué un rôle particulier dans l’ouverture de la bibliothèque sont Jean-François-Gabriel d’Ornay (1729-1834142 ), avocat au parlement, procureur du Roi au bureau des finances, échevin et membre titulaire de l’académie de Rouen depuis 1762 (également membre des académies de Lyon, Rome et Florence), et Jean-Baptiste Guillaume Haillet de Couronne (1728-1810), lieutenant général au bailliage, bibliophile passionné et bibliographe érudit, secrétaire de l’académie pour les belles-lettres (également membre de l’académie de Caen), qui a négocié l’achat de la bibliothèque de Cideville143.
Haillet de Couronne s’est chargé, avec Louis-Alexandre de Cessart (ingénieur des ponts et chaussées, membre titulaire en 1778) et Jean-Baptiste Descamps (peintre, membre titulaire depuis 1744) de l’installation de la bibliothèque et de son classement. Il écrit à Necker, contrôleur général des finances, le 6 novembre 1777, où il explique « qu’il n’y a point de bibliothèque publique » à Rouen (c’est faux, celle de la cathédrale l’est depuis 1634 ! ) et sollicite une aide pour l’accroissement de la bibliothèque. Necker lui répond favorablement le 15 décembre 1777 et affecte quelques mois plus tard sur les fonds de la Recette générale de Rouen une somme de 600 livres à percevoir chaque année pour la bibliothèque de l’académie144 [document 22]. Cette somme a été payée jusqu’en 1793 et a servi exclusivement à l’achat de livres. En remerciements, l’académie nomme Necker associé libre dès le 18 novembre 1778. L’intendant de la généralité de Rouen entre 1768 et 1785, Louis Thiroux de Crosne, est membre titulaire de l’académie depuis 1771, ce qui a naturellement facilité les choses.
Le budget alloué à la bibliothèque a nettement augmenté depuis les années 1760 puisqu’il s’élève en 1779 à 984 l., contre 1500 l. pour les prix ou 898 l. pour la réparation de la serre du jardin des plantes145. Le zèle des secrétaires de l’académie a permis l’installation de la bibliothèque au premier étage de l’hôtel de ville le 20 mai 1778, dans un local plus vaste et « non préjudiciable aux objets qu’on se proposait d’y déposer »146. L’abbé Pierre-Denis Vrégeon, bibliothécaire de l’académie depuis l’été 1780, rapporte une anecdote surprenante à ce sujet :
La bibliothèque augmentée de 3000 volumes se trouvoit à l’étroit ; de plus, nous étions menacés du voisinage du commis-lanternier de la ville. On devoit le loger dans l’appartement voisin du nôtre, dans le même carré que le nôtre, et il devoit conséquemment avoir le même escalier. J’en prévis les suites possibles et j’en fus alarmé ; je sollicitai, en mon propre et privé nom, cet appartement, auprès de MM. les officiers municipaux, qui jugèrent mes alarmes fondées, et me l’accordèrent généreusement.147
Vrégeon indique qu’il a pris la décision d’ouvrir la bibliothèque à la fin de l’année 1781148, mais c’est lors d’une séance solennelle, le 7 août 1782, que la bibliothèque est officiellement déclarée ouverte au public149, dans une galerie « aussi sèche que bien éclairée150 ». Voici comme cette ouverture est relatée par le Journal de Rouen du 30 août 1782 :
On annonça ensuite que les présents de divers particuliers et l’emploi des bienfaits du roi, procuroient enfin à l’académie la satisfaction de rendre publique sa bibliothèque. M. l’abbé Vregeon, trésorier-bibliothécaire, qui a bien voulu la mettre en ordre dans l’emplacement concédé par MM. les maire et échevins, a promis encore de s’y trouver les mercredis et samedis de chaque semaine, depuis deux heures jusqu’à quatre après midi.151
Haillet de Couronne lit en séance publique (27 novembre et 11 décembre 1782) son « Mémoire historique de l’établissement et des progrès de la bibliothèque de l’académie » : à cette date, l’institution semble donc fonctionner pleinement, sous la protection honorifique du duc Anne Pierre d’Harcourt, gouverneur de Normandie depuis 1750 (décédé le 28 décembre 1783). En 1783, un rapport est fait « touchant la valeur des livres de M. de Cideville originairement déposés chez M. de Couronne et replacés à la bibliothèque.152 »
L’intendant de Crosne veille toujours au bon fonctionnement de la bibliothèque en 1785, échangeant avec l’abbé Vrégeon153. Enfin, le 4 mars 1789, l’académie ne reçoit pas moins de 600 l. de la part des échevins pour réparer et embellir la bibliothèque154.
4. Collections
4.1. La constitution de la bibliothèque (1747-1767)
Dès sa fondation, la bibliothèque de l’académie bénéficie de la générosité de certains de ses membres, à commencer par le premier président Camus de Pontcarré (1748), inscrits dans la Table des registres155. Nous avons relevé dans les deux plumitifs les livres donnés à la bibliothèque jusqu’en 1767, avant la vente de Cideville [tableau 1].
| Année | Donateur | Don |
| 1747 | Abbé Pinand | Deux tomes in-folio d’un recueil d’estampes156 |
| 1748 | M. de Pontcarré | Recueil d’estampes en 5 volumes in-folio |
| 1748 | M. Titon du Tillet | Volumes et estampes du Parnasse françois avec deux boîtes de 24 médaillons de bronze |
| 1750 | M. Le Bas | L’Architecture hydraulique de Belidor |
| 1750 | Jean-Baptiste Guérin | Collection de Mercures d’environ 1 100 volumes |
| 1754 | Abbé Goujet (associé) | Sa traduction du Traité de la religion de Grotius, une Vie de l’Arétin, une Vie de Malherbe |
| 1754 | M. [Dortous] de Mairan | Son Traité de l’aurore boréale |
| 1754 | Abbé Dufresne | 4e volume de l’Histoire naturelle de Buffon |
| 1755 | M. Paviot [chanoine Nicolas-Gilles Paviot de La Villette] | Hortus Elthamensis de Dillenius en 2 volumes in-folio |
| 1756 | M. Paviot | Un livre de botanique |
| 1756 | M. Sevray | Plusieurs livres |
| 1756 | Abbé Dufresne | 5e volume de l’Histoire naturelle de Buffon |
| 1759 | M. Berryer | Ouvrage sur la vente des bois du roi |
| 1759 | M. Le Cat | Éloge de Fontenelle |
| 1759 | M. [Dortous] de Mairan | Ouvrage sur les Chinois |
| 1760 | P. d’Aire | Histoire de la ville d’Amiens |
| 1760 | Abbé Dufresne | 7e volume de l’Histoire naturelle de Buffon |
| 1761 | M. Lyonnet | Son Traité anatomique sur la chenille |
| 1761 | M. Titon du Tillet | Description du Parnasse françois |
| 1762 | M. Ellye de Beaumont (correspondant) | Ouvrage remis à la Compagnie pour sa bibliothèque |
| 1762 | M. Mathon [Jacques Mathon de Lacour] | Éléments de dynamique ou de mécanique |
| 1762 | M. Louis | Mémoire sur une question de jurisprudence |
| 1763 | M. Pingré | Rodrigue |
| 1763 | M. Du Perron | Sa lettre sur le salon de 1763 |
| 1763 | M. de La Chapelle | L’art de communiquer ses idées |
| 1764 | M. Descamps | Vie des peintres |
| 1764 | M. Gallois | Fondations et monuments du Roi de Pologne et mémoire sur la Lorraine et le Barrois |
| 1764 | M. Saas | Lettres sur l’Encyclopédie (dont il est l’auteur) |
| 1764 | M. Le Cat, M. Pingré | Ouvrages donnés (sans précisions) |
| 1765 | M. Desparcieux [Antoine Deparcieux] | Ouvrage donné par l’auteur |
| 1765 | M. Pingré | Description de Pékin |
| 1765 | M. Dendré Bardon [Michel-François d’André-Bardon] | Traité de peinture présenté par le donateur |
| 1765 | M. Le Cat | Traité de la couleur de la peau et des évacuations du sexe |
| 1765 | M. Dendré Bardon | Description du monument de Rheims |
| 1765 | Manuscrits de Leibniz venus à la bibliothèque | |
| 1766 | M. Buchoz | Planches botaniques données pour la bibliothèque |
| 1766 | M. Dornay [Jean-François-Gabriel d’Ornay] | Discours présenté à la compagnie |
| 1766 | Fables de La Fontaine traduites par le sieur Giraud | |
| 1766 | Éloge de Duquesne, par M. de Clairfontaine | |
| 1766 | M. Le Cat | Parallèle de la talle latérale |
| 1766 | Nouvelle édition du Dictionnaire des enfants | |
| 1766 | Ouvrage de M. Raulin sur les « fleurs blanches » (leucorrhées…)157 | |
| 1766 | M. Buchoz | Planches botaniques |
| 1766 | M. Montelle | Éléments d’histoire |
| 1767 | M. Lallemant [Richard-Gontrand Lallemant, impr.-libr.] | École des chasses [L’École de la chasse aux chiens courants..., 1763] |
| 1767 | M. Lallemant | Phèdre traduit par le donateur |
| 1767 | M. Le Moine [Pierre-Camille Le Moine] | Diplomatique pratique |
| 1767 | M. Sauvages | Exemplaire augmenté et corrigé du Mémoire sur les bêtes venimeuses envoyé par l’auteur |
| 1767 | M. Deparcieux
|
Second mémoire sur le projet d’amener l’eau de l’Yvette à Paris |
| 1767 | M. Marmontel | 8 volumes in-8 des œuvres en prose envoyées par l’auteur |
Tableau 1. Les livres donnés à la bibliothèque de l’académie entre 1744 et 1767
La bibliothèque reçoit ainsi des ouvrages conformes à la désignation de la compagnie : sciences, belles-lettres et arts. La religion est presque absente des dons. Des études d’intérêt local, représentées par des mémoires, côtoient des ouvrages majeurs des Lumières, comme plusieurs volumes de l’Histoire naturelle de Buffon donnés par l’abbé Dufresne. Un correspondant de Nimègue envoie un manuscrit, « morceau précieux [qui] doit orner la bibliothèque » en 1751158. L’arrivée de manuscrits de Leibniz en 1765 mérite d’être notée. L’abbé Saas envoie ses Lettres sur l’Encyclopédie, virulentes contre Diderot et son équipe, en 1764. La littérature est notamment représentée par le Parnasse françois, mais Fontenelle est aussi à l’honneur et Marmontel envoie ses œuvres à l’académie en 1767. L’abbé Pinand, qui possède une belle bibliothèque, donne la Physique sacrée de Scheuzer, 8 vol. in-fol. « proprement reliés » en 1768159. Mais l’académie manque parfois à ses devoirs de politesse. Cideville écrit ainsi à Maillet du Boulay, le 10 janvier 1754 :
l’abbé Goujet, notre associé, s’est plaint ici de n’avoir reçu aucun remerciement de notre académie pour le présent qu’il lui a fait récemment d’un de ses ouvrages, en quatre volumes, je crois. J’ai pensé nier qu’ils vous fussent parvenus, tant je connois votre exactitude. Acquittez-vous, le plus tôt possible, de ce que nous devons à cet égard, par une de vos lettres qui, par la politesse et l’agrément que vous savez si bien y répandre, sont elles-mêmes un présent, et remplissent si parfaitement les vues de l’académie.160
L’abbé Goujet a dû être charmé par la réponse flatteuse du secrétaire de l’académie, puisqu’il lui écrit trois ans plus tard :
J’ai acquitté une dette en envoyant à l’académie les quatre volumes qu’elle veut bien mettre dans sa bibliothèque. Si mes libraires, un peu trop paresseux, vouloient bien faire plus de diligence, avant les vacances je pourrois en faire tenir trois autres qui finissent l’article des poètes que notre Parnasse a perdus, jusqu’à M. de Fontenelle inclusivement. Ces volumes sont prêts de ma part.161
Le rythme des dons s’accélère dans les années 1760 et Cideville s’inscrit dans cette dynamique.
4.2. Le catalogue de la bibliothèque de Cideville (1771)
La bibliothèque de l’académie est donc déjà riche lorsque Cideville lui vend ses livres. Le catalogue de la bibliothèque de Cideville, rédigé avec soin en deux exemplaires de plus de 450 pages in-folio chacun, est conservé à la bibliothèque patrimoniale de Rouen162. Il comprend 1144 articles, formant un total de plus de 2000 volumes163, et est présenté à la compagnie par Haillet de Couronne le 14 août 1771164. Cideville s’est excusé auparavant du retard pris pour la rédaction de ce catalogue prescrit dans le contrat de vente de 1768. C’est Michel Chappotin de Saint-Laurent (1708-1775), « de la bibliothèque du Roi, de la société des sciences, arts et belles-lettres d’Auxerre, ancien secrétaire, premier commis de la commission de France à Nancy pour l’inventaire du trésor royal des chartes et archives des duchés de Lorraine et de Bar » qui a réalisé ce catalogue [document 11].

La bibliothèque de Cideville n’a pas l’ampleur de celles de certains bibliophiles rouennais (on l’a vu, plus de 20 000 volumes chez Bigot ou Haillet de Couronne) et elle est également modeste comparée à d’autres donations du XVIIIe siècle : ainsi à Bordeaux, le financier et bibliophile Nicolas Beaujon, en juin 1783, lègue à l’académie (dont il n’est pas membre) 2013 ouvrages en 4719 volumes, dont une grande partie provient de la collection de Joseph d’Hémery (1722-1806), inspecteur de la Librairie et collaborateur de Malesherbes à la direction de la Librairie165 ; plus tôt dans le siècle (1738), Jean-Jacques Bel, conseiller au parlement de Bordeaux et ami de Montesquieu, a légué à l’académie sa collection de 1800 ouvrages représentant 3000 volumes, à condition qu’elle rende sa bibliothèque publique166. La vente de Cideville n’est donc pas exceptionnelle, quantitativement parlant. Par ailleurs, le bibliothécaire Vrégeon émet de sérieux doutes sur la sincérité du catalogue établi en 1771, qui ne serait pas conforme aux livres mentionnés dans le contrat de vente de 1768167. Ce point litigieux – voire scandaleux à l’époque, car Vrégeon accuse sans détours Cideville et Haillet de Couronne de tromperie – ne sera sans doute jamais résolu.
Si l’on met de côté les accusations de Vrégeon, les livres vendus par Cideville à ses confrères représentent toutes les disciplines en faveur au XVIIIe siècle, mais leur volume est très inégal [tableau 2] : les belles-lettres sont largement en tête (42 % des 1144 titres), devant l’histoire (30,8 %), les sciences (17,3 %), le droit (4,7 %), la théologie (3 %) et les arts. La faiblesse du droit montre une fois de plus le peu d’intérêt que cet ancien magistrat éprouvait pour son métier168.
| Matière | Nombre de titres | Pourcentage du total |
| Théologie | 35 | 3 % |
| Jurisprudence | 54 | 4,7 % |
| Sciences | 198 | 17,3 % |
| Arts | 25 | 2,2 % |
| Histoire | 352 | 30,8 % |
| Belles-Lettres | 480 | 42 % |
| Total | 1144 | 100 % |
Tableau 2. Composition de la bibliothèque de Cideville, par matières (catalogue de 1771)
Le catalogue témoigne essentiellement des goûts littéraires de Cideville, qui suivent l’idéal de l’honnête homme. L’œuvre de Voltaire, bien évidemment, est largement représentée dans sa bibliothèque avec des éditions d’œuvres séparées et des éditions d’œuvres complètes169 et bénéficie d’une rubrique spécifique (« les œuvres de M. de Voltaire », f° 443 r°-f° 449 r°). Outre les livres, les journaux, périodiques et gazettes sont bien représentés dans ce catalogue. Cideville possède ainsi 231 volumes in-12 du Mercure de France (juin 1677-mars 1712), 72 volumes in-12 de l’Année littéraire (jusqu’en 1762), 63 volumes in-12 du Choix des anciens Mercures et autres journaux par M. de La Place, 48 volumes du Journal étranger par l’abbé Arnaud (avril 1754-septembre 1762), 47 volumes in-12 du Novelliste du Parnasse (1745), 20 volumes in-12 du Pour et contre, ouvrage périodique de l’abbé Prévost (1740), 15 volumes in-12 de l’Histoire des ouvrages des sçavans par Banage (Amsterdam, 1688).
Certains ouvrages font polémique, comme ce livre intitulé Jean-Jacques Rousseau, citoyen de Genève, à Christophe de Beaumont, archevêque de Paris, Amsterdam, Rey, 1763, 1 vol. in-12. Le bibliotjécaire Chappotin précise : « Nous n’avons point vu ce livre, mais nous croyons nous rappeler qu’il regarde la censure faite par ce prélat de l’ouvrage intitulé Émile par cet écrivain170 ». Évoquant De l’esprit d’Helvétius (1758), le bibliothécaire note : « Ce livre est assez connu pour qu’il ne soit pas nécessaire d’avertir des précautions qu’exige sa lecture ». Plusieurs livres sont intitulés Liberté de penser « et sont placés parmi les erreurs singulières171 ». L’Instruction faite sur le gouvernement des aides et subsides du royaume l’an 1734 (1 vol. in-fol. ms. sur vélin) est un « livre pernicieux172 », La Religieuse en chemise (Cologne, 1688) est un « livre infâme173 ».
Cideville possède beaucoup de dictionnaires : 10 volumes in-fol. du Dictionnaire de Moréri (1759), 4 volumes in-fol. du Dictionnaire de Bayle (Amsterdam, 1740), 7 volumes in-fol. du Dictionnaire universel de Trévoux (Paris, 1752), mais (faute d’argent ?) il n’a pas acheté l’Histoire naturelle de Buffon, non plus que l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, ce que commente Chappotin :
L’Encyclopédie.
Si ce Dictionnaire existoit dans cette bibliothèque, il tiendroit son rang sans contredit, malgré ses défauts et ses opinions particulières. Nous l’annonçons simplement pour faire connoître la raison qui nous fait placer ici les livres suivants qui ont rapport à ce Dictionnaire ou à ses auteurs174.
En effet, Cideville possède les Questions sur l’Encyclopédie par des amateurs de Voltaire (1770, 3 vol. in-8), les Mémoires sur les Cacouacs par M. Moreau (1757, 1 vol. in-12), les Petites lettres sur de grands philosophes par M. Palissot (1757, 1 vol. in-12), l’Éloge de l’Encyclopédie (1759, 1 vol. in-12). On peut supposer qu’entre Voltaire et Moreau, l’opinion de Cideville était vite faite. Sa bibliothèque témoigne d’une incontestable curiosité d’esprit [tableau 3].
| Tableau 3. Quelques ouvrages des Lumières dans la bibliothèque de Cideville
Nota. Nous avons respecté le classement de Chappotin et ses remarques. Jurisprudence – Traité sur la tolérance, par M. de Voltaire, 1763, 1 vol. in-8. – De l’esprit des lois, par M. de Montesquieu, 1748 – Le contrat social ou principes du droit politique, par J.-J. Rousseau, Amsterdam, Rey, 1762, 1 vol. in-12. – Des délits et des peines, traduit de l’italien par l’abbé de Morlaix, Lausanne, 1766, 1 vol. in-12. Sciences – Candide ou l’optimisme, 1759, 1 vol. in-12, par Fr. Marie Arrouet de Voltaire contre Leibniz au sujet du système philosophique de ce dernier que tout ce qui est dans ce monde est fait dans le bien possible. – Éléments de la philosophie de Newton par M. de Voltaire, Amsterdam, 1738, 1 vol. in-8. – Lettres philosophiques par M. de Voltaire, Amsterdam, E. Lucas, 1734, 1 vol. in-12. – Dictionnaire économique par Chomel, Paris, veuve Estienne, 1740 et 1748, 4 vol. in-fol. – Traité sur la conservation des grains par M. Duhamel de Monceau, Paris, Guérin, 1753, 1 vol. in-12. – Dialogues sur le commerce des blés par M. l’abbé Gagliani, Londres, 1770, 1 vol. in-8. – Essai philosophique sur l’entendement humain par M. Locke, traduit de l’anglois par Coste, Amsterdam, P. Mortier, 1735, 1 vol. in-4. – De l’esprit, par M. Helvétius, Paris, Durand, 1758, 1 vol. in-4. – Lettres sur les aveugles à l’usage de ceux qui voient par M. Diderot, Londres, 1749, 1 vol. in-12. – Institutions de physique par Mme la marquise du Châtelet, Paris, Prault fils, 1740, 1 vol. in-8. – Dissertation sur la nature du feu par Mme du Châtelet, Paris, Prault, 1744, 1 vol. in-8. – Histoire de l’électricité à Philadelphie par Franklin, traduit de l’anglois, Paris, Durand, 1752, 1 vol. in-8. – Traité de la culture des terres suivant Tull par M. Duhamel, Paris, Guérin, 1750 et 1752, 2 vol. in-12. – Pensées diverses sur la comète (à l’occasion de celle de 1682) par Bayle, Rotterdam, 1721, 4 vol. in-12. – Lettres sur la comète par M. de Maupertuis, 1742, 1 vol. in-12. – Lettre sur la musique françoise par J.-J. Rousseau, 1753, in-12. Histoire – Introduction à l’histoire de l’univers par Pufendorf, Amsterdam, 1722, 7 vol. in-12. – La Ligue ou Henry le Grand par M. de Voltaire, 1724, réimprimé quantité de fois sous le nom de La Henriade. – Le siècle de Louis XIV par M. de Voltaire, Leipzig, 1753, 4 vol. in-12. Belles-Lettres – Essai d’éducation nationale par M. de Caradeuc de La Chalotais, procureur général au parlement de Bretagne, 1763, 1 vol. in-12. – Julie ou la nouvelle Héloïse par Jean-Jacques Rousseau, Amsterdam, 1761, 7 vol. in-12. – Œuvres du philosophe Sans Souci (c’est-à-dire du roi de Prusse actuellement régnant Frédéric II du nom), 1750, 2 vol. in-8. |
Cependant, comme l’explique Christiane Mervaud, « si Voltaire et Cideville partagent les mêmes goûts classiques, leur conception de la finalité des Belles-Lettres, du rôle de l’écrivain, est divergente. Le trait le plus constant de la critique de Cideville est le rappel de garde-fous, l’insistance sur les bienséances, le refus des imprudences. Ce magistrat cultivé et à l’esprit ouvert est un homme de compromis qui voudrait faire le bonheur de Voltaire. De là ses réserves ou ses exhortations175 ».
La rubrique « sciences » est très étoffée, notamment la botanique (qui fait écho au jardin fondateur de l’académie), l’économie (la pensée des physiocrates est bien représentée), la médecine (de la plus traditionnelle à la plus récente, comme la Physiologie de Le Cat, Rouen, 1740). En revanche, Cideville, de son propre aveu, manifeste peu d’intérêt « pour les labyrinthes de Leibniz et de Newton176 », et il ne lit guère les ouvrages de chimie, un paradoxe pour celui qui fut le principal artisan de l’académie des sciences (avant les belles-lettres et les arts) à Rouen.
Dans la rubrique « arts », relevons une édition du Traité de la peinture de Léonard de Vinci (Paris, P. Giffart, 1716, 1 vol. in-12) et les Vies des peintres flamands de Jean-Baptiste Descamps, le protégé de Cideville.
La rubrique « histoire » est volumineuse. Cideville semble apprécier les atlas, il possède par exemple une édition plantinienne du Thesaurus geographicus d’Abraham Ortelius (Anvers, 1686). Les récits de voyage sont nombreux. Bossuet (Discours sur l’histoire universelle, Paris, 1703) et Voltaire (Abrégé de l’histoire universelle depuis Charlemagne jusqu’à Charles Quint, Londres, 1754) se côtoient. D’autres ouvrages historiques de Voltaire sont présents (La pucelle d’Orléans, La Henriade, Le siècle de Louis XIV, le Panégyrique de Louis XV, le Poème de Fontenoy, les Annales de l’Empire, etc.). Les mémoires historiques forment une longue liste. Les civilisations lointaines sont représentées dans la bibliothèque, même si elles sont méconnues (Mémoires dans lesquels on prouve que les Chinois sont une colonie égyptienne, par M. de Guignes, Paris, 1759, 1 vol. in-12).
Les belles-lettres représentent 42 % du catalogue. Tous les auteurs classiques sont représentés. La littérature ou poésie française est divisée en trois âges (1. Depuis l’origine jusqu’à Clément Marot mort en 1544 ; 2. De Clément Marot à François de Malherbe mort en 1628 ; 3. « Depuis Malherbe regardé comme le restaurateur de la poésie française jusqu’à nos jours »177 ). Cideville a lu tous les grands auteurs178, à commencer par son mentor Fontenelle (Œuvres, 1742, 10 vol. in-12179 ) et possède parfois de ceux-ci des ouvrages méconnus (Description du presbytère d’Hénouville par Pierre Corneille, ms in-8180 ). Madame du Bocage est l’une des rares femmes présentes (Le paradis terrestre imité de Milton en vers françois, Londres, 1748 ; Les Amazones, Paris, 1749), devant la marquise de Sévigné (Lettres, 1735, 7 vol. in-12), Émilie du Châtelet et la marquise de Lambert. Cideville lit l’italien, en particulier Pétrarque, l’Arioste et le Tasse. Il possède une traduction française de Don Quichotte (Francfort, 1757173 ). La poésie allemande est réduite à la portion congrue mais il possède un exemplaire de La nef des fous de Sebastian Brant (Stultifera navis181 ). Il n’est pas non plus très anglomane (quelques ouvrages de Milton et de Pope traduits en français), ce qui le distingue de son ami Voltaire. Le théâtre (y compris danois182 ) et l’opéra bénéficient de sous-rubriques spécifiques.
4.3. L’enrichissement de la bibliothèque après la mort de Cideville
Entre 1776 et 1789, les fonds de la bibliothèque continuent de s’accroître grâce aux échanges, aux dons, aux travaux des membres ainsi qu’à la subvention royale annuelle de 600 livres. Le catalogue de l’abbé Vrégeon, achevé fin 1785 ou début 1786, indique les dons effectués par des membres de l’académie, des auteurs ou d’autres personnalités, ainsi que l’année du don. Il n’est pas indispensable de tous les relever ici, mais certains méritent d’être mentionnés :
- 1783 : Louis Chefdhôtel, négociant et académicien depuis 1772, donne à l’académie la collection complète des Affiches de Normandie de 1762 à 1783183.
- Thomas-François Le Tort d’Anneville (1742-1828), conseiller au parlement de Normandie, élu à l’académie en 1779, devenu son vice-président en 1780 et son président en 1781, offre le 22 janvier 1782 trois volumes manuscrits in-fol. des œuvres de l’abbé de Saint-Pierre (1658-1743), achetés aux héritiers de l’auteur.
- 24 juillet 1782 : l’abbé Antoine Yart, censeur royal, annonce son intention de donner sa bibliothèque à l’académie, en se réservant le droit d’insérer des remarques sur les marges des livres, à l’exemple de quelques savants, mais cette donation ne semble pas avoir été effectuée184.
- 12 novembre 1783 : Jean-Paul Marat, médecin ordinaire des gardes du corps du comte d’Artois, « envoie trois volumes in-8° reliés en maroquin rouge contenant un mémoire sur l’électricité médicale que l’académie venait de couronner [prix remis le 6 août 1783] ; il supplie l’académie de garder le secret sur son nom jusqu’à ce que les circonstances lui permettent de se faire connaître au public ».
- À partir du 9 juillet 1783, et pendant plusieurs années, Louis Le Pecq de La Clôture (1736-1804), médecin à l’hôtel-Dieu, médecin des prisons et médecin de la généralité pour les maladies épidémiques, académicien depuis 1775 [document 12], élu président de l’académie en 1782, dépose à la bibliothèque les observations météorologiques et nosologiques qu’il avait eu l’occasion de faire à Rouen et aux environs.

- 13 août 1783 : l’abbé de Fontanes offre à l’académie sa traduction en vers français de l’Essai sur l’homme d’Alexander Pope.
- Entre 1780 et 1785, l’académie acquiert les 32 volumes de l’Histoire naturelle de Buffon, dont 7 sont des dons185.
Dans son catalogue (1785), l’abbé Vrégeon remercie les bienfaiteurs de la bibliothèque de l’académie et justifie son propre travail d’acquisition :
Deux colonnes du catalogue rendent compte des augmentations et des acquisitions que j’ai faites à son nom, et sûrement à son profit. J’ai tâché d’enrichir tous ses genres. Les sciences et les arts, proprement dits, ont été les objets principaux de mes soins, sans cependant négliger la morale, qui doit être de tous les états. La littérature purement agréable m’a moins occupé. Le terrain favorable ne donne que trop de vigueur à ses fleurs spontanées et éphémères qui brochent de toutes parts186.
Le catalogue indique « sumpt. » [sumptus] pour les ouvrages achetés par le bibliothécaire, aux frais de l’académie. À en croire son mémoire de 1789, Vrégeon n’a pas été avare de ses propres deniers : « 300 volumes peut-être insérés, des tables, des médailles, des coquilles, des machines, électrique et autres, le tout eût-il une valeur primitive de 700 ou 800 liv., n’étoit un-à-un que de pures bagatelles187 ».
La vente de certaines bibliothèques privées permet également d’accroître les fonds de la bibliothèque de l’académie, comme ces 33 volumes de la Bibliotheca Britannica achetés en 1785 lors de la vente de M. David188. Le Journal encyclopédique, complet de 1756 à 1782189, contient « plusieurs années données par MM. Bâton et Forfait. Quelques lacunes à remplir ; augmenté de beaucoup à la vente de M. David188 [Jean-Pierre David, chirurgien en chef de l’Hôtel-Dieu, académicien depuis 1770, décédé en 1784] ». La collection complète des Mémoires de Trévoux, édités par les Jésuites, provient de la bibliothèque de M. Le Cat, décédé le 20 août 1768, « auquel elle revenoit à plus de 400 liv. », et que l’académie a achetés en 1785 lors de la vente de M. David190.
Les achats et les échanges sont parfois mentionnés dans le catalogue de Vrégeon, assortis de commentaires surprenants. Les Négociations à la cour de Rome de l’évêque d’Angers Henri Arnauld (5 vol., 1748), ont ainsi été « échangés contre pis encore191 » ; « L’Histoire ecclésiastique de M. Fleury, 36 vol. non comprise la table, achetée : échangée presque contre rien192 ». Par ailleurs, comme le déplore Vrégeon, « il s’égare en route quelques-uns des livres ou autres objets qu’on nous envoie. MM. les auteurs, auxquels je les dénonce, me les renvoient sous bonne garde.193 »
Dans son mémoire de 1789, Vrégeon explique pourquoi un académicien l’a affublé d’un surnom peu flatteur :
Au simple désir de certains livres que je voulois compléter, d’une médaille que je trouvois égarée ailleurs, de quelques coquilles, ou autres objets, plusieurs de MM. m’en ont fait présent, pour la bibliothèque, et m’en ont obligeamment remercié ; un seul, à qui prudemment je ne demandois rien, me reprocha un jour sérieusement le rôle de mendiant […]. Plus de mille volumes peut-être sont cependant le fruit de ce rôle de mendiant, dont je ne rougis point, parce que la Compagnie n’a point à en rougir.194
4.4. La composition de la bibliothèque (1785-1789)
Le catalogue de l’abbé Vrégeon n’indique pas le nombre total des livres de la bibliothèque mais l’archiviste de l’académie en a fait le dépouillement vers 1830 et a classé les titres par format : 259 in-folio, 478 in-quarto, 566 in-8, 2047 in-12, soit un total de 3 350 titres, ce qui laisse entendre un triplement du volume de la bibliothèque depuis le don de Cideville. 78 % des ouvrages sont donc des petits formats (in-8 et in-12) en 1785.
Le catalogue dressé en janvier 1789 par MM. d’Anneville, Mesaize, de Milcent et Courant195, commissaires nommés à cet effet, indique que la bibliothèque se compose de 3522 volumes, divisés en cinq classes : religion, sciences, belles-lettres, arts, histoire, auxquelles s’ajoutent des mélanges. Les formats sont semblables à ceux du catalogue de Vrégeon, puisque les in-8 et in-12 représentent 76 % des titres [tableau 4].
| Religion | Sciences | Belles-lettres | Arts | Histoire | Mélanges | Total | |
| In-folio | 25 | 87 | 33 | 22 | 73 | 6 | 246 |
| In-4 | 32 | 304 | 57 | 24 | 164 | 10 | 591 |
| In-8 | 53 | 209 | 215 | 35 | 145 | 0 | 657 |
| In-12 | 180 | 550 | 799 | 60 | 78 | 961 | 2028 |
| Total | 290 | 1 150 | 1 104 | 141 | 460 | 977 | 3522 |
Tableau 4. Composition de la bibliothèque, en volumes, d’après l’inventaire de 1789
Ces 3522 volumes sont modestes par rapport à d’autres bibliothèques d’académie. Celle de Bordeaux possède à veille de la Révolution 10 370 ouvrages en 19 818 volumes, plus de cinq fois les collections rouennaises196.
Que peuvent lire les académiciens rouennais et le public à partir de 1782 ? Nous renvoyons au document 23 pour découvrir le plan détaillé de classement du catalogue de 1789. La religion représente 8,2 % des titres, les sciences 32,7 %, les belles-lettres 31,3 %, l’histoire 13,1 %, les arts 4 %, les mélanges 10,7 % [graphique 1]. Par rapport à la bibliothèque de Cideville vendue à l’académie en 1768, l’augmentation des ouvrages scientifiques est très nette (17 % des titres en 1768, 33 % en 1789). Les belles-lettres sont passées de 42 % à 31 % et la part de l’histoire a fortement baissé (30 % des titres en 1768, 13 % en 1789). Celle de la théologie a certes doublé (de 4 à 8 %) mais est très minoritaire. Le droit demeure sous-représenté à la veille de la Révolution dans la bibliothèque de l’académie. L’enrichissement de la bibliothèque de l’académie de Rouen ressemble à maints égards, dans sa composition, à celle de Bordeaux après 1744197.

Que ce soit par matière ou par date d’édition, les livres de l’académie témoignent du renouvellement des savoirs au XVIIIe siècle. Le catalogue de l’abbé Vrégeon permet de dater 1262 éditions, soit 38 % des titres198. Les ouvrages antérieurs à 1600 sont rares (environ 7 % du catalogue), ceux du XVIIe siècle représentent 25 % du total et ceux du XVIIIe siècle 68 % [tableau 5]. De très rares incunables sont précisés dans l’inventaire manuscrit de 1789 : une édition du Songe du Verger de 1481 (in-fol.)
| Période d’impression | Nombre d’éditions | En % du total |
| Avant 1501 | 2 | 0,2 |
| 1501-1550 | 37 | 2,9 |
| 1551-1600 | 52 | 4,1 |
| 1601-1650 | 96 | 7,6 |
| 1651-1700 | 218 | 17,3 |
| 1701-1750 | 348 | 27,6 |
| 1751-1785 | 509 | 40,3 |
| Total | 1262 | 100 |
Tableau 5. Dates d’édition de 1 262 ouvrages de la bibliothèque en 1785
Le contraste est frappant avec la bibliothèque publique de la cathédrale, où nous avons relevé dans le catalogue poursuivi jusqu’en 1784, parmi 3527 éditions, 31 % d’ouvrages imprimés au XVIe siècle, 59 % au XVIIe siècle et seulement 9 % au XVIIIe siècle [graphiques 2 et 3]. La bibliothèque de l’académie est incontestablement plus novatrice.


Fait notable, la bibliothèque de l’académie contient de nombreux journaux. Le catalogue de 1789 en dresse la liste détaillée [tableau 6]. Le format in-12, plus maniable, est le plus fréquent. On y trouve des revues savantes à vocation encyclopédique (62 numéros in-4 du Journal des sçavans, la Bibliothèque universelle en 19 volumes, la Bibliothèque britannique en 33 volumes), des revues savantes spécialisées (Journal de médecine, Flambeau astronomique), des journaux littéraires (la République des lettres, la Gazette littéraire, L’année littéraire…), des brochures d’information locale ou nationale (Affiches de Normandie, Affiches de Paris), des almanachs souvent liés à l’agriculture (24 Almanachs du cultivateur). Ces journaux montrent comment l’académie suivait l’actualité et l’évolution des idées, mais aussi les difficultés d’une politique d’acquisition suivie car de nombreuses séries sont incomplètes (le Journal encyclopédique, le Journal étranger, le Mercure de France…) et les bibliothécaires ont compté 32 volumes dépareillés sans noter leur titre.
| Journaux in-4 | Journal des sçavans
Affiches de Normandie Affiches de Paris |
1762-1783 5 vol. |
| Journaux in-8 | Journal politique et littéraire
Gazette littéraire Facéties parisiennes Deux Almanachs, l’un d’Oberlin, l’autre d’Aire |
1774, 4 vol.
1764, 8 vol. |
| Journaux in-12 | Almanachs du cultivateur
Almanach du jardinier Almanach perpétuel L’année littéraire Bibliothèque britannique Bibliothèque universelle Journal encyclopédique Journal étranger Mercure galant et choix des anciens Mercure Estrate della litt. Europ. Mentor universel Mercure de France Observations sur les écrits modernes Pour et contre Journal des sçavans Ouvrages des sçavans Essai de littérature République des lettres Tableau de Rouen Mémoires de Trévoux Journal de Verdun Journal de médecine Flambeau astronomique 32 volumes dépareillés |
1705, 24 vol.
23 vol. 1 vol.
33 vol. 1686, 19 vol. 1756-1782, incomplet Incomplet 22 vol. 1758, 4 années 7 numéros Incomplet 1735, 33 vol. 1733, 20 vol. 62 vol. 23 vol. 4 vol. 8 vol. 2 vol.
10 vol. 17 vol. 32 vol. |
Tableau 6. Les journaux dans la bibliothèque de l’académie en 1789
L’analyse détaillée de la bibliothèque reste à faire, mais ces premiers éléments vont dans le sens des jugements des historiens sur l’académie. Ses différentes manifestations et déclarations ne traduisent aucun soutien avoué au parti philosophique, mais indiquent cependant un désir de ne pas rester étranger au courant nouveau et à la mode qui le soutient, même si certains des académiciens, comme Maillet du Boullay, cherchent très nettement à se désolidariser des hardiesses intellectuelles des Lumières et soutiennent la monarchie absolue199. En 1767, il écrit ainsi au jeune auteur d’un mémoire hardi sur les avantages de l’esprit philosophique :
Vous ne doutez pas que la religion ne soit chère à l’académie en général, et à chacun de ses membres en particulier. Vous n’ignorez pas non plus que, parmi les gens de lettres qui la composent, plusieurs sont spécialement dévoués à l’étudier et à la défendre. D’autres sont obligés, par état, à réprimer tout ce qui s’écarterait du respect qui lui est dû200.
L’académie rouennaise, si peu encline, d’une façon générale, à épouser les attitudes qui s’écartent des voies traditionnelles, n’a cependant pas craint, en 1763, donc bien avant la fin de l’affaire Calas, de s’associer l’avocat Élie de Beaumont et de condamner le fanatisme durant l’affaire Sirven201. Elle n’adopte pas les prises de position hostiles aux philosophes qui caractérisent l’académie des Palinods, où le clergé occupe une place prépondérante202, mais elle fait preuve d’une certaine tiédeur vis-à-vis de l’Encyclopédie, qu’elle n’a pas achetée203. Sur le plan économique, l’académie soutient le mouvement physiocrate et est partisane d’un certain libéralisme, que ce soit pour la circulation des grains, l’introduction de nouvelles machines204 ou le système corporatif205. Sur le plan des mœurs, elle est franchement conservatrice206. À la veille de la Révolution, selon Jean-Pierre Bardet,
les académiciens rouennais ne sont pas enclins à la spéculation théorique mais adhèrent avec une prudence normande au savoir des Lumières. Sur le plan religieux, ils sont suffisamment divisés pour être modérés ; dans le domaine de la philosophie et de la politique, ils sont plus que timorés. En revanche, l’économie et la réflexion sociale soulèvent leur enthousiasme. Ces réformateurs sages adhèrent parfaitement à la société rouennaise qu’ils fécondent207.
4.5. Gestion des collections
L’avis pour dresser une bibliothèque de Gabriel Naudé (1627) et les Conseils pour former une bibliothèque peu nombreuse, mais choisie de Jean Henry Samuel Formey (1756) sont bien présents dans l’inventaire de janvier 1789, mais la gestion de la collection laisse deviner quelques failles si l’on en croit les écrits de l’abbé Vrégeon. Le bibliothécaire destitué en 1788 rappelle aux députés le travail accompli pour rationaliser les collections à partir de 1780, qui l’a mené dans des endroits surprenants :
Des revues fréquentes me montrèrent des doubles et des lacunes, deux maux presque égaux. J’ai quelquefois remédié au premier par des échanges toujours avantageux, avec cette apostille : double, échangé, certifiée véritable, par ma signature, pour l’honneur et la sûreté de mon copermutant. Pour remplir les vuides, je n’ai point dédaigné d’assister à toutes les ventes de livres, et d’écumer pour ainsi dire les poches des ferrailleurs, où j’ai même trouvé de ces bouquins qu’on cherche inutilement ailleurs, et qu’il faut cependant avoir. J’ai fait aussi quelques enchères, qui, je l’espère, ne me seront pas reprochées. La collection presque complète des Mémoires de Trévoux est de ce nombre ; elle avoit coûté, brochée, plus de 400 liv. à M. Le Cat ; elle me coûta moins de 3 louis, toute reliée, à la vente de M. David : j’eusse trahi la confiance de l’académie en n’agissant pas pour elle, dans ces cas provisoires ; et les pouvoirs de bibliothécaire, qui ne doivent pas, il est vrai, excéder les moyens de la Compagnie, doivent au moins y atteindre208.
Malgré la vigilance de Vrégeon, les catalogues font état d’ouvrages manquants, sans qu’on sache s’ils ont été volés ou s’ils ont été prêtés et jamais rendus209. Vrégeon indique dans le catalogue de 1785 que la bibliothèque possédait « deux médailles d’argent, dont la seconde, donnée par M. de La Bourdonnaye, a toujours manqué, depuis cinq ans au moins, de même qu’une envoyée par M. Dicmare [abbé Jean-François Dicquemare] » ; en outre, poursuit-il, « tout le monde a vu dans l’ancienne bibliothèque l’Histoire du siècle de Louis XIV par les médailles, in-folio maroquin relié et doré sur tranche. Nous étions substitués à M. Saas par M. Pinand à la possession des Œuvres de Pindare (voir registre, 13 décembre 1769). Je cherche encore livres et médailles.210 »
L’inventaire de 1789 dénombre également les ouvrages manquants, une petite cinquantaine (1,5 % du total environ, ce qui est le pourcentage des bibliothèques municipales actuelles). Sans surprise, les livres manquants sont plus nombreux parmi les petits formats (in-8, in-12) que parmi les volumineux in-folio. Quelques in-4 ont cependant disparu. Parmi les auteurs dérobés, des noms fameux, anciens et modernes : Pline, Newton, Voltaire, ainsi que plusieurs ouvrages de médecine, en particulier de Maret et de Haller [tableau 7].
| In-folio :
Cabinet de Croizat, 1729, 2 vol. Grav. pour la trad. de Gesner, manquent 2e et 3e livraisons Tableaux de Philostrate, 1 vol. Alexis Symmachii in tabulas Heraclenses, 1 vol. In-4 : Mathem. principia de Newton, 1723, 1 vol. Tables de Gardiner, 1742, 1 vol. Le 5e vol. de l’Histoire naturelle de Pline, 1771-1782, en 12 vol. Inventaire de l’histoire de la Normandie, 1745, 1 vol. Description de la Haute Normandie, 1740, 2 vol. In-8 : 2 vol. de la Bible de Sacy, 1690, 30 vol. L’ami de Plutarque, 1722, 1 vol. Des mœurs par Soulavie, 1784, 1 vol. Réflexions sur le plaisir, 1784, 1 vol. Métaphysique de Newton, 1744, 1 vol. Philosophie de l’histoire, 1765, 1 vol. Récréation physique, 1735, 4 vol. Dictionnaire de botanique, 1716, 1 vol. Morceaux traduits de Pline, s.d., 2 vol. Médecine militaire de Colombier, 1778, 6 vol. (manque le 6e vol.) Enterrements dans les églises, de Maret, 1773 Dysenterie, du même Moyens anti-varioliques, du même, 1780, et inoculation Schola Salerni, 1514 Cures magnétiques, 1784, et parallèle, 1785 Épidémies de Paris, 1783 Physiologie d’Haller, s.d. Éléments de physiologie d’Haller, 1761 + 3 autres petits ouvrages de médecine, 1537, 1778, s.d. Analyse de l’eau de Pont-de-Vesle, par Hugues Maret, 1779, 1 vol. Œuvres de Voltaire, 48 vol. (manquent les vol. 6, 28, 43). Questions sur l’Encyclopédie de Voltaire, manque la 6e. Contes moraux et Bélisaire, 5 vol. in-8 In-12 : Des personnes ecclésiastiques, 1625, 1 vol. Bourdaloue, 1757, 15 vol. in-12 (manque 1 vol.) Préjugé légitime, 1759, 8 vol., manquent les vol. 3 et 4. Testament de Richelieu, 1750, 4 vol. Traité des plantes, 1762, 7 vol., manquent les vol. 2 et 3. Pétrone not. Baudelot, 1677, 4 vol. (manque 1 vol.) |
Tableau 7. Les ouvrages indiqués comme manquants dans la bibliothèque en 1789
5. Bâtiments et mobiliers
Aucune vue de l’intérieur de la bibliothèque n’a pu être identifiée jusqu’à présent. Le catalogue de 1785 prouve que l’abbé Vrégeon a contribué à l’ameublement de la bibliothèque : « Table ou bureau de 30 pieds avec 6 tiroirs, donné en grande partie par le bibliothécaire. Trois tapis, dont les deux verts, achetés pour conserver les livres qui portent dessus211. »
La bibliothèque ne contient pas que des livres. On peut y admirer ce que l’académie possède comme « gravures des meilleurs maîtres, tableaux, bustes, médailles, curiosités naturelles, pétrifications, coquilles, machines212 ». En 1756, une délibération mentionne la réparation des globes célestes et terrestres qui ont été donnés par M. de Prémagny73. M. Le Carpentier offre une sphère en 1759213. L’écusson de l’académie est placé dans la bibliothèque en 1768214.
François Bergot a pu reconstituer l’inventaire chronologique des bustes décorant les locaux de l’académie (la façade de la serre construite en 1758, les allées du jardin et la salle des séances)215, que nous avons complété par la lecture des archives216. Ce sont naturellement les gloires rouennaises et normandes qui sont les mieux représentées, Fontenelle, les Corneille et Jouvenet en tête. Le prestige de l’académie est évident car ce sont des artistes très célèbres qui ont parfois fait don d’une ou plusieurs sculptures : Pigalle, Lemoyne, Slodtz, Caffieri, Gois le père… Quelques bustes, et non des moindres – ceux de Voltaire ou de Mme du Bocage – sont en revanche l’œuvre d’artistes inconnus.
- 1750 : bustes de Louis XV et de Fontenelle donnés par M. Le Moine217
- 1752 : Lemoyne, buste de Louis XV (don de l’artiste)
- 1759 : Pigalle, buste de Pierre Corneille (don de l’artiste)
- 1759 : Pigalle, buste de Nicolas Lémery (don de l’artiste)
- 1759 : Lemoyne, buste de Fontenelle (don de l’artiste)
- 1759 : Lemoyne, buste de Jouvenet (don de l’artiste)
- 1759 : Michel-Ange Slodtz, buste de l’abbé Le Gendre
- 1767 : buste de Mme Du Bocage (artiste inconnu), « envoyé par cette dame218 »
- 1770 : buste de Voltaire (souscription, artiste inconnu)
- 1784 : Lemoyne, buste de Claude-Nicolas Le Cat (don David de Gex)
- 1784 : Gois le père, buste de Jouvenet
- 1785 : Caffieri, buste de Pierre Corneille (don de l’artiste)
- 1785 : Caffieri, buste de Thomas Corneille (don de l’artiste219 )
- 1785 : Caffieri, buste de Jean Rotrou (don de l’artiste220 )
- 1788 : buste de Sorel (artiste inconnu)
- 1790 : Masson, buste de l’abbé Dicquemare
Nous n’avons pas retrouvé de plan de l’académie avant la Révolution et la disposition précise des bustes est donc inconnue. Ils ont été confisqués et dispersés après 1793 mais on peut toujours en admirer certains dans des musées [documents 13, 14 et 15].



Le catalogue de l’abbé Vrégeon mentionne également les nombreux tableaux installés dans la bibliothèque :
Portraits peints :
– celui de M. Legendre, notre fondateur, promis depuis très longtemps, sa place réservée
– celui de M. le garde des sceaux
– celui de M. de Fontenelle
Portraits gravés et autres pièces montées :
– ceux de MM. Le Bas, Le Cat, La Fontaine, d’Henri IV, Sully, Linné, Lemoine, Pigalle, Saint-Florentin, Sénac, Titon-du-Tillet, Wille, et celui du bibliothécaire actuel.
Le sacre de Louis XVI, Cléopâtre, la Dévideuse, l’Aqueduc, le Vaisseau submergé, la Tempête, le Pot au lait, les Œuvres de miséricorde, la Chasse, trois Vues de Rouen, la Crainte, le Repos, le Couronnement de Voltaire, Washington et M. de La Fayette224, le Parnasse françois. Presque tous morceaux des meilleurs maîtres ; c’est les nommer que de citer leurs ouvrages.
Nota. M. Rondeaux, notre confrère, nous a fait présent des deux plans nouveaux du vieux Rouen, du Xe au XIVe siècle, tracés sur des mémoires exacts, et nous en a promis un troisième, dont il s’occupe actuellement : le public qui les consulte souvent en désireroit la gravure191.
Parmi les tableaux, on peut citer celui de Cideville par Guillaume Voiriot, installé dans les locaux de l’académie en 1770, évoqué par Haillet de Couronne dans son éloge funèbre en 1776.
La bibliothèque possède également son propre cabinet d’antiques225. Vrégeon détaille les « meubles et objets principaux d’histoire naturelle » qu’on pouvait y découvrir :
-
-
- Deux buffets à ce destinés, y ayant déjà servi, et contenant plus de 300 échantillons de conchyliologie, de minéralogie, etc., que j’ai cru devoir recevoir ou acquérir dans l’occasion, parce que Habenti dabitur.
- Deux dents d’hippopotame, et une vertèbre de baleine. Vente de M. David.
- Deux hérissons de mer. M. David.
- Poisson trouvé dans la montagne de Sainte-Catherine, vrai authentique de, etc. Pièce unique en son genre.
- Un autre poisson étranger et singulier, pêché à Baltimore.
- Cinq morceaux d’ivoire, avec une exostose singul., etc. et renfermant encore la balle qui a blessé l’animal.
- Deux flacons où sont conservés un Remore ou Pilote, et une Scolopendre.
-
Cette belle partie d’histoire naturelle est facile à enrichir, quand on est modeste, ou quand on ne veut que du bon. Les bijoux de la conchyliomanie, comme ceux des bibliomanes, ne sont que des bijoux, et ne s’en étudient pas mieux226.
Dans les doléances qu’il adresse aux députés des états généraux en 1789, Vrégeon revient brièvement sur ces collections non livresques dans la bibliothèque :
La Compagnie en naissant avoit là le projet d’un cabinet d’histoire naturelle. Une pièce donnée par M. de La Bourdonnaye, et étiquetée de la main de M. Hébert, a longtemps été l’unique chez nous. J’ai traité cette partie comme celle des livres, et nous avons deux buffets, dont je n’ai guère payé que le verre, et dont les objets, fournis en partie par M. de Coppier, et achetés en partie, intéressent déjà les curieux, dont l’émulation quelquefois les augmente de quelques pièces.
J’en dis autant du médaillier, commencé par M. Titon du Tillet, et principalement augmenté par M. le président de Saint-Victor, et autres […]. Celui de M. le Directeur actuel, M. L’Amandé, est trop remarquable. Je me suis aussi permis quelques achats de ce genre227.
6. Vie de la bibliothèque
Avant même son ouverture au public, le bibliothécaire de l’académie recevait des demandes de prêt, comme celle du père d’Aire, en 1760, à propos des Mercure, demande refusée puis « accordée avec des restrictions »228. Il peut aussi répondre à des questions de lecteurs, comme à M. de Luxembourg « pour la recherche d’un manuscrit intitulé les Tableaux », en 1762 (question également soumise au secrétaire de l’académie de Caen)229.

Le premier « bibliothécaire du Roi et de l’académie », l’abbé Pierre-Denis Vregeon (1723-1794), curé de Salmonville-la-Sauvage jusqu’en 1777230, physicien et intendant du jardin des Plantes de Rouen231, juge des concours des Palinods, membre titulaire de l’académie depuis le 12 décembre 1754232, devient le commis de la bibliothèque en juillet 1780233 et dresse de son fonds un catalogue de 40 pages où il disserte volontiers sur son propre travail234 et qu’il a orné de son propre portrait gravé [document 16].
Vrégeon, au caractère apparemment difficile, est en conflit avec certains de ses confrères235 et l’académie sollicite l’autorité royale pour s’en débarrasser. Il est destitué le 10 août 1788. La séance du 17 décembre 1788 est particulièrement mouvementée car Vrégeon a publiquement diffamé Haillet de Couronne après sa démission forcée. Le successeur de Vrégeon est François-Philippe Gourdin (1739-1825), membre titulaire depuis 1771236, moine bénédictin déjà en charge des collections de Saint-Ouen, qui reçoit un brevet le 7 août 1788 et se croit autorisé, comme son prédécesseur, à prendre le titre de bibliothécaire du Roi et de l’Académie149. Il faut cependant rappeler que la rente annuelle de 600 l. accordée par Necker n’a jamais rémunéré le bibliothécaire, contrairement à ce qui existait dans d’autres académies, comme celle de Bordeaux237.
Le conflit qui a opposé Vrégeon à Haillet de Couronne a dû heurter l’ensemble des académiciens, qui réprouvent majoritairement tout radicalisme intellectuel. Les liens sont de plus étroits puisque le chanoine Marc-Antoine Berthault (1684-1762) fait partie du petit groupe de savants qui, en prélude à la fondation de l’académie, décide en 1735 de s’adonner en commun avec le médecin Guillaume de La Roche à l’étude des belles-lettres et de la botanique dans un jardin du faubourg Bouvreuil238 [document 17]. L’abbé de Saint-Hilaire, chanoine et grand vicaire, est l’un des premiers membres titulaires de l’académie (m. 1747). L’abbé Jean Saas (1703-1774), curé de Saint-Jacques, bibliothécaire du chapitre depuis 1734, est également membre titulaire depuis le 29 mai 1740, en qualité d’« antiquaire232 ». L’abbé Pierre Guérin (1692-1759), chanoine de la cathédrale, est secrétaire de l’académie pour les sciences239.

En 1780, parmi les académiciens titulaires, on relève les noms de l’abbé François-Christophe Terrisse240 (1704-1785), doyen du chapitre, vicaire général, intendant de la bibliothèque de la cathédrale de 1738 à 1750, membre titulaire depuis 1744 (également membre de la Société d’Agriculture), du cardinal Dominique de La Rochefoucauld, archevêque de Rouen, membre titulaire depuis 1761241 (également membre de la Société d’Agriculture) [document 18], de l’abbé Jean-Baptiste Cotton-Deshoussayes, membre titulaire depuis 1764, chanoine de la cathédrale (également membre des académies de Caen et Lyon)242 et bienfaiteur de la bibliothèque du chapitre à sa mort en 1783. L’archevêque de Toulouse, Étienne-Charles de Loménie de Brienne, est attesté comme académicien titulaire en 1779 (également membre de l’Académie française depuis 1770), tout comme Jean de Dieu-Raymond de Boisgelin de Cucé, archevêque d’Aix (également membre de l’Académie française depuis 1776)243.
Tous ces noms montrent sans conteste que l’académie, institution laïque, ne saurait fonctionner sans ses nombreux membres ecclésiastiques. On peut aussi penser que ces nombreux ecclésiastiques ont assuré une protection précieuse contre d’éventuelles accusations de favoriser « l’esprit nouveau » prodiguées si facilement par certains ennemis des philosophes, comme Fréron (systématiquement refusé comme associé)244.

Le limogeage de Vrégeon fin 1788 le pousse à écrire un pamphlet, son propre cahier de doléances adressé « à nosseigneurs les états généraux » qu’il fait imprimer en 80 pages (s.l.n.d.) au premier trimestre 1789. Il s’adresse aux députés, « juges vraiment naturels et suprêmes », pour qu’ils entendent les plaintes d’un « prêtre des Muses françaises, outragé, même sans prétexte, et jusques sur le Parnasse, un bibliothécaire en titre, destitué sans raisons et sans formes, qui demande justice, contre des voies de fait, un brigandage qui n’ont point d’exemple245. »
Nous ne détaillerons pas ici les arguments de la défense de Vrégeon, mais certains évoquent avec précision la vie de la bibliothèque de l’académie dans les années précédant la Révolution. On y apprend que le titre de bibliothécaire lui a été conféré seulement en novembre 1786, alors qu’il gérait la bibliothèque depuis juillet 1780246. Vrégeon souligne la difficulté de sa tâche :
Je fus chargé de l’arrangement des différents objets qui se trouvoient dans la bibliothèque […]. Presque rien de ce qui s’y voit aujourd’hui n’y étoit dans ces premiers temps, et que les livres épars sur le plancher y figuroient assez bien des briques sur l’âtre d’un four […]. Deux ans d’un travail de toutes les heures et de toutes les saisons, me suffirent à peine pour achever l’inventaire qui en faisoit l’objet. Ne pouvant plus suffire aux copies, j’imprimai d’office cet inventaire, que l’on nommera, si l’on veut, un catalogue247 […]. J’avais cru reconnoître, en le faisant, des pertes qui sans doute avoient été inévitables, et j’en craignois de possibles pour l’avenir. Je demandai, et on me l’accorda, la permission d’apposer à chaque volume, et sur chaque page nécessaire, le type de l’académie ; travail de forçat, mais qui ne pouvoit se faire que par un académicien sans intérêt et sans vues : deux ans encore y furent employés. J’établis un lit dans un arrière-coin de la bibliothèque, j’y campai souvent, pour épargner les allées et venues, quelquefois aussi pour faire croire que j’y couchois toujours.248
7. Usages
D’après le Nouveau supplément à la France littéraire (tome IV, première partie, Paris, 1784, p. 116), la bibliothèque de l’académie est ouverte seulement deux jours par semaine, les mercredis et samedis, de 14 h à 16 h [document 19]. Ces horaires sont confirmés par le Journal de Normandie en 1787249. C’est beaucoup moins que la bibliothèque de la cathédrale, ouverte de 9 h à 12 h et de 15 h à 17 h cinq jours par semaine, et difficilement comparable avec d’autres bibliothèques d’académie : à Nancy, le duc Stanislas Leszczyński fonde en 1750 une bibliothèque publique ouverte tous les jours dont il confie la gestion à l’académie royale créée la même année85.

Les archives ne donnent pas d’indications précises sur le public qui fréquentait la bibliothèque, mais l’abbé Vrégeon se félicite de la libre consultation des mémoires de l’académie :
Il manquoit ce que nous avons aujourd’hui : un lieu accessible à tous les membres, un lieu franc, et où l’on ne paie rien au costume brutal et intimidant, mais nécessaire d’un homme qui se prête ; un lieu où les mémoires pussent être déposés, après une première lecture, et consultés pour la seconde. C’étoit, disoit M. Le Cat, le moyen le plus sûr de doubler en quelque sorte nos mémoires, et d’en doubler à coup sûr le profit, par leur effet répété et non interrompu. C’est aussi le plus beau vœu des statuts251.
On peut deviner les goûts du public d’après d’autres remarques de Vrégeon :
– Le Songe du Vergier. Rare, dit-on. Il m’a été demandé par un de ces fous qui ne font de mal à personne252.
– Bombardier fr., Belidor, Jombert, 1734. Souvent demandé253.
– D’Ozanam, 1735 : longtemps demandé à la bibliothèque et donné aussitôt que le besoin en a été senti254.
– Regnum animale, etc., Brisson, 1756. 2 livres utiles et demandés255.
– Mercure galant, presque complet. Choix des anciens Mercures, 22 vol. Le Mercure de France se complétant, est consulté tous les jours, tant est utile ce qu’on appelle collection, dans quelque genre que ce soit193.
– Mémoires couronnés. Les anti-septiques de Dijon, 1769. Souvent consulté. Je n’en regrette pas la reliure256.
– Œuvres de Belloy, éditeur, M. Gaillard, 1778, 6 vol. Je me suis plaint à l’éditeur du public qui me demandoit souvent son ouvrage que je n’avois pas, et il m’a généreusement envoyé le seul exemplaire qui lui restât257.
– Les cartes de Rouen : le public qui les consulte souvent en désireroit la gravure258
Dans son mémoire adressé aux députés des états généraux, Vrégeon souligne les services qu’il a rendus au public depuis 1781 :
Son assiduité depuis ce temps prouve l’utilité de l’établissement et que les livres en sont dans le genre qui convient aux lecteurs. Leur désir, il est vrai, est ma règle unique pour les acquisitions, et il ne se fait guère d’offrandes à la bibliothèque, augmentée de plus de 3 000 volumes, qu’on ne me consulte sur son besoin […]. Je le répète, je n’achète guère que ce que l’on m’a demandé plusieurs fois […]. Ce public, que nous voulons instruire, me demande tous les jours les ouvrages de M. Necker. J’amuse, comme je puis, son impatience, mais je n’ai bientôt plus rien à lui dire, et mon unique ressource est de vous en demander la collection à vous-même259.
Les lecteurs, d’après Vrégeon, ne comprennent donc pas son éviction en 1788. Face à ses accusateurs, il répond : « Je devois savoir que répondre au public qui me demandoit pourquoi l’on m’avoit destitué260 ». Et pourtant, Vrégeon se plaint du « despotisme du public », qu’il estime également naïf à propos de l’authenticité du catalogue de la bibliothèque de Cideville :
En effet, sévère ou indulgent, comme il lui plaît, ce public nous juge en despote, et d’après les voix mensongères de l’artificieuse renommée. Et que n’a-t-il pas dit, et ne dit-il pas encore aujourd’hui ? Sa bibliothèque, car il la regarde comme la sienne, depuis que le Roi paie à cette condition, Sa bibliothèque donc a été déprédé et ses présents divertis. C’est lui qui redemande le catalogue de M. de Cideville, et qui refuse obstinément de reconnoître celui qui en tient lieu chez nous. Il allègue nombre de probabilités qui lui font des preuves261.
Entre le bibliothécaire-mendiant et le public-despote, et sans doute pas assez instruit aux yeux de l’abbé Vrégeon, les relations sont donc assez ambivalentes.
8. Traitement sous la Révolution
La bibliothèque de l’académie n’a pas subi le sort brutal des bibliothèques ecclésiastiques après la nationalisation des biens du clergé le 2 novembre 1789. Celle des académiciens profite d’un long répit, qu’explique R. Virolle : « L’académie, en ce qui concerne la littérature, ronronne dans sa propre dévotion ; moins marquée par la dévotion, peu dangereuse par ses idées en lettres, intéressante en sciences, elle peut continuer à tenir tranquillement ses séances pendant les premières années de la Révolution »262.
La bibliothèque installée à l’hôtel de ville depuis 1778 n’est pas supprimée : au contraire, il est même demandé aux académiciens de la garder ouverte, tous les jours de 9 h à 12 h, afin de remplacer la bibliothèque du chapitre cathédral fermée depuis septembre 1790. Les académiciens veillent à maintenir de bonnes relations avec les autorités révolutionnaires et notamment la municipalité avec qui elle partage ses locaux. Dans le domaine intellectuel, les manuscrits de l’abbé Charles-Irénée Castel de Saint-Pierre (1658-1743), offerts à l’académie en 1782, ont certainement inspiré le sujet du concours de 1791 : « L’éloge de l’abbé de Saint-Pierre, philanthrope, dont les conceptions avoient été regardées comme les rêves d’un homme de bien, et dont la Révolution, en se développant par de bons principes et l’union étroite de la philosophie et de la religion, faisoit entrevoir la prochaine réalisation » (discours de Charles Marin François Rondeaux de Montbray, l’un des derniers directeurs de l’académie).
En 1791, les académiciens écrivent à l’Assemblée nationale pour défendre la compagnie263 [document 24]. Ils rappellent le rôle scientifique et éducatif de l’institution menacée : « Ces différentes écoles, dirigées jusqu’à nos jours avec succès par des membres de l’académie, ont semé dans la ville de Rouen les germes d’une émulation sentie qui a reculé de plus en plus le cercle des connoissances morales et physiques, les plus essentielles à l’humanité ». La bibliothèque est également évoquée :
L’académie a une bibliothèque, dont la plus grande partie lui vient de M. de Cideville, l’un de ses fondateurs. Cette bibliothèque, peu à peu enrichie des dons de la plupart de ses membres, fut rendue publique. Le ministre, instruit du zèle de l’académie, attribua une somme annuelle de 600 liv. pour l’augmentation de cette bibliothèque, qu’un académicien ouvre deux fois la semaine, sans autre émolument que le plaisir d’être utile.
Les députés ont sans doute tenu compte des arguments avancés car l’Almanach de Rouen indique en 1793 que « la bibliothèque de l’académie est ouverte au public, deux jours par semaine, sous la direction de M. Gourdin, bibliothécaire »264. Mais le 8 août 1793, la Convention abolit les académies, prétendument « gangrenées d’une incurable aristocratie », et, le 12 août suivant, confisque leurs biens mobiliers (livres et objets d’art compris). Le conseil général de la Seine-Inférieure veille néanmoins à préserver la seule bibliothèque publique subsistant à Rouen. Ses locaux sis petite cour de la Commune restent ouverts le sextidi et le décadi de chaque décade (12 vendémiaire an IV). Le 6 prairial an V, les professeurs de l’École centrale demandent que la bibliothèque de l’ancienne académie leur soit remise et qu’elle soit installée dans les locaux de cet établissement. Leur demande est rejetée et ils demeurent sans livres comme sans traitement. Peu après, la bibliothèque est transférée au dépôt de Saint-Ouen (1797), où elle occupe un appartement particulier265. Dom Gourdin, déjà bibliothécaire de ces fonds en 1788, se charge lui-même d’établir les « cartes » recensant ses 5 343 volumes imprimés, principalement de belles-lettres et sciences266.
Le 30 avril 1804, l’académie reconstituée demande la restitution des livres qui lui avaient précédemment appartenu, mais le préfet ne peut faire droit à cette demande car les livres de l’académie étaient entrés dans les fonds de la bibliothèque municipale. Les livres de l’académie fondée en 1744 sont reconnaissables à la sphère dont ils sont marqués267. Les statuts de l’an XI créent la fonction de bibliothécaire-archiviste. Avant 1780, la garde des titres et des livres était confiée au trésorier, avant que Vrégeon ne soit installé au poste de bibliothécaire bénévole. L’article 10 indique qu’au sein du bureau,
Le bibliothécaire-archiviste est élu pour 3 ans. Il est chargé du dépôt des livres, papiers, machines, instruments, médailles, curiosités, etc. Il a ces différents objets à sa garde, d’après un inventaire signé double par le directeur et lui. Il peut toujours être réélu268.
Le poste de bibliothécaire-adjoint est créé par les statuts de 1824269. Mieux gérée au quotidien que sous l’Ancien Régime, la bibliothèque de l’académie, en 1889, n’avait cependant pas retrouvé la richesse qui était la sienne un siècle plus tôt : le catalogue composé par l’archiviste Decorde ne comptait alors que 1042 numéros, contre 3522 en 1789270. Ses locaux ont également perdu de leur faste puisque les objets d’art ont intégré le musée des Beaux-Arts. Le règlement de 1825 stipule que « la bibliothèque de l’académie sera placée dans le lieu même de ses séances, et les archives, les plans, les gravures, ainsi que les objets d’histoire naturelle, le plus à portée possible », mais un rapport du 20 décembre 1907 déplore « l’encombrement de la bibliothèque et l’état déplorable des archives271 » et la bibliothèque est même « inondée par suite d’infiltrations » le 19 juin 190866. La rationalisation de la gestion de la bibliothèque n’est effective qu’après la Grande Guerre.
Le musée des Beaux-Arts a prêté en dépôt à l’académie des œuvres qui lui appartenaient avant 1793, comme le portrait de Cideville peint en 1770 et de nouveau exposé à l’académie depuis 1983.
9. Traces actuelles
L’hôtel de ville a été vendu en 1796 et la mairie a déménagé dans l’ancien logis abbatial de Saint-Ouen en 1800. Le bâtiment qui abritait l’échevinage et l’académie avant la Révolution est aujourd’hui privé et reconverti en magasins et appartements [document 20]. L’académie a été installée jusqu’en 1944 dans l’hôtel des sociétés savantes, ancien hôtel du premier président du parlement, détruit à la fin de la guerre.
L’académie est depuis lors installée 190 rue Beauvoisine, dans le nouvel hôtel des sociétés savantes.

10. Sources et bibliographie
Sources
Archives de l’académie déposées à la bibliothèque municipale de Rouen
Présentation :
François Burckard et Claude Bouhier, Répertoire des archives de l’académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen (1744-1990), Luneray, Imprimerie Bertout, 1994, 91 p.
Les archives de l’académie comprennent 191 articles. Longtemps conservées par l’académie elle-même, en dernier lieu à l’hôtel des sociétés savantes, elles ont heureusement été déposées en 1942 à la bibliothèque municipale de Rouen, échappant ainsi à la destruction de l’hôtel en 1944. Mais elles n’étaient déjà plus complètes. D’après le docteur Gosseaume, 2200 mémoires auraient été reçus par l’académie pendant les cinquante premières années de son existence ; 370 environ sont aujourd’hui inventoriés pour cette période.
Cotes consultées :
– A 1. Histoire de l’académie, contenant notamment : documents sur les prémisses de l’académie avant 1744, notamment « Mémoire pour la société académique lu à l’assemblée du jeudi 20 avril 1741 et présenté à MM. de la ville par MM de Cideville et de Bettencourt ». 46 chemises sur l’origine de l’académie (1716-1832), incluant : vente bibliothèque Cideville, 1768. Catalogue bibliothèque académie, janvier 1789. Histoire de l’académie au XVIIIe siècle, notamment discours de M. de Cideville lors de la première séance le 18 août 1744. Coupe des locaux de l’académie au jardin des plantes (1758).
– A 2. Histoire manuscrite de l’académie, par Claude-Nicolas Le Cat, 1753, revue en 1764-1765 [document abîmé]. Documents sur l’histoire de l’académie au XVIIIe siècle rassemblés par Haillet de Couronne. Mémoires pour l’histoire des sciences et des beaux-arts (1746). Table de ce qui est contenu dans les registres, 1747-1781. Notes des délibérations, 1744-1781. Notes manuscrites (XIXe siècle) sur l’histoire de la bibliothèque. Nécrologue des membres de l’académie. Tableau de l’académie, années diverses.
– A 3. Histoire de l’académie aux XIXe et XXe siècles. Fichier sur l’histoire de l’académie et son règlement, renvoyant aux statuts et aux procès-verbaux, par Féron. « Notice historique. Table des membres, 1744-1944 » par Robert Eude.
Bibliothèque municipale de Rouen
– Ms-U-62 : catalogue de la bibliothèque de Pierre-Robert Le Cornier de Cideville, 1771, 453 p.
– Ms-U-1565-5 : catalogue de la bibliothèque de l’académie par l’abbé Vrégeon, s.l.n.d. [Rouen, fin 1785 ou début 1786], 40 p.
– Nm-813-7 : À nosseigneurs les états généraux. Journal du bibliothécaire du roi et de l’académie de Rouen servant de mémoire à consulter par l’abbé Vrégeon, s.l.n.d. [1789], 80 p.
Bibliographie
De nombreux articles sur l’histoire de l’académie sont consultables sur le moteur de recherche suivant : https://www.index-precis.academie1744-rouen.fr/
Bardet, Jean-Pierre, « Un dynamisme raisonnable. Dimensions, évolutions (1640-1790) », in Histoire de Rouen, sous la direction de Michel Mollat, Toulouse, Privat, 1979, p. 205-242.
—, « Les sensibilités de l’âge classique : tensions et passions », in Histoire de Rouen, sous la direction de Michel Mollat, Toulouse, Privat, 1979, p. 243-277.
—, Rouen aux XVIIe et XVIIIe siècles. Les mutations d’un espace social, Paris, SEDES, 1983, 2 vol.
Beaurepaire, Charles de, L’ancienne bibliothèque de l’académie de Rouen : discours d’ouverture prononcé à l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen (séance publique du 2 août 1882), Rouen, impr. de Espérance Cagniard, 1883 [en ligne] https://www.rotomagus.fr/ark:/12148/bpt6k67471h/f6.item.r=dom%20gourdin
Beaurepaire, François de, « Cideville, ami de Voltaire », Précis de l’Académie, 1990-1991, p. 435-450 [en ligne]
Bergot, François, « Heurs et malheurs de l’iconographie cornélienne à l’académie de Rouen », Études normandes, 55e année, n° 2, 2006, p. 36-46 [en ligne sur Persée] https://www.persee.fr/doc/etnor_0014-2158_2006_num_55_2_1634
—, Trésors de l’académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen, Rouen, Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen-Point de vue, 2009. [en ligne sur Gallica] https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9735799f/f10.item#
Boullet, Daniel, Sociétés des Lumières à Rouen au XVIIIe siècle, mémoire de maîtrise sous la direction de Pierre Goubert, s.d. [1968].
Chaline, Jean-Pierre, « Fontenelle et la création de l’académie de Rouen », Fontenelle, Paris, PUF, 1989, p. 455-461.
—, « Rouen dans l’histoire », in Rouen, Paris, éd. Christine Bonneton, 1990, p. 39-77.
Darnton, Robert, L’aventure de l’Encyclopédie, 1775-1800. Un best-seller au siècle des Lumières, Paris, éditions du Seuil, 2013. [1re éd. : Paris, Perrin, 1982].
Decorde Jacques-Adolphe, Notice historique sur l’académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen, dans Résumé analytique des travaux de l’académie… pendant l’année 1881-1882, Rouen, 1883, p. 447-464. Les pages 448-454 sont une reproduction d’une notice de Ballin publiée dans l’Annuaire normand de 1843.
—, « Catalogue des livres composant la bibliothèque de l’académie », Précis…, 1889, p. 213-216 [en ligne].
Desbuissons, Marie-Raoul, « Les archevêques de Rouen à l’académie », Précis…, 1904-1905, p. 37-58 [en ligne]
Desgraves, Louis, « Vers la bibliothèque publique », in Histoire des bibliothèques françaises, tome II : les bibliothèques sous l’Ancien Régime 1530-1789 (sous la direction de Claude Jolly), Paris, Promodis, 1989, p. 498-531.
Frère, Édouard, « Communication des lettres inédites de Cideville et de Haillet de Couronne » et « Lettres de MM. de Cideville et de Couronne, communiquées par M. Frère », Précis…, 1860-1861, p. 240-241 et p. 374-382.
—, Étude historique sur la bibliothèque publique de Rouen…, Précis…, 1871-1872, p. 230-232. [en ligne]
—, Catalogue des manuscrits de la bibliothèque municipale de Rouen, relatifs à la Normandie, précédé d’une notice sur la formation de la bibliothèque et ses accroissements successifs, Rouen, impr. de H. Boissel, 1874.
Fuzet, Frédéric, « Le manoir archiépiscopal de Rouen », Précis…, 1904-1905, p. 7-35. [en ligne]
Gosseaume, Pierre, Discours prononcé à l’ouverture de la séance publique du 22 août 1804 (4 fructidor an XII, Précis analytique des travaux de l’académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen, 1804.
—, Histoire de l’académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen, dans Précis… de l’académie… de Rouen, t. I, 1814, p. 3-48.
—, Suite de l’histoire de l’académie royale des sciences, des belles-lettres et des arts de Rouen, dans Précis… de l’académie… de Rouen, t. II, 1816, p. 3-19. https://rouen-histoire.fr/Academie/Acad_Fich.php?id=31
Le Parquier, Eugène, L’académie de Rouen sous l’Ancien Régime, Précis…, 1930-1931, p. 139-149. [en ligne]
Martin, Geneviève, « Documents de l’académie de Rouen concernant l’enseignement des sciences au XVIIIe siècle », dans Revue d’histoire des sciences et de leurs applications, 1959, p. 207-226.
Maurice, Annabelle, Le destin des bibliothèques d’Ancien Régime à Rouen pendant la Révolution, mémoire de maîtrise d’histoire (Christine Le Bozec dir.), université de Rouen, 1999, 2 t. [en ligne sur Persée] https://www.persee.fr/doc/rhs_0048-7996_1958_num_11_3_3647
Mellot, Jean-Dominique, « Rouen au XVIIe siècle », in Histoire des bibliothèques françaises, tome II : les bibliothèques sous l’Ancien Régime 1530-1789 (sous la direction de Claude Jolly), Paris, Promodis, 1989, p. 587-603.
—, L’édition rouennaise et ses marchés (vers 1600-vers 1730). Dynamisme provincial et centralisme parisien, Paris, École des chartes, 1998.
—, « Confiscations révolutionnaires et histoire des bibliothèques françaises : un “moment fondateur” à revisiter », in French History and Civilization, vol. 8, août 2019, p. 133-147 [en ligne]. https://h-france.net/rude/wp-content/uploads/2019/08/Mellot_proof.pdf
—, « Rouen et ses bibliothèques avant la bibliothèque municipale », in La bibliothèque municipale de Rouen. 200 ans d’histoire(s) (sous la direction de Marie-Françoise Rose), Mont-Saint-Aignan, Presses universitaires de Rouen et du Havre, 2020, p. 23-43.
Mervaud, Christiane, « La chimère de la gloire ou la chimère du bonheur. Cideville, lecteur et critique de Voltaire », La Vie littéraire à Rouen au XVIIIe siècle. Études normandes, 1, 1997, p. 69-83. [en ligne sur Persée] https://www.persee.fr/doc/etnor_0014-2158_1997_num_46_1_2295
Nondier, Guy, et Goubault, Christian, « La vie littéraire et musicale à Rouen », in Rouen, Paris, éd. Christine Bonneton, 1990, p. 79-132.
Oursel, Noémi-Noire, Nouvelle biographie normande, Paris, Picard, 1886, 2 t.
Le Parlement de Normandie, 1499-1999. Ve centenaire du Palais de Justice de Rouen, Paris, ministère de la Justice, 1999.
Roche, Daniel, Le siècle des Lumières en province. Académies et académiciens provinciaux, 1680-1789, Paris, EHESS ; La Haye, Mouton, 1978, 2 vol.
Tougard, Albert (abbé), Documents concernant l’histoire littéraire du XVIIIe siècle, conservés aux archives de l’académie de Rouen, Rouen, A. Lestringant-Paris, A. Picard, Société de l’histoire de Normandie, 1912, 2 vol.
Virolle, Roland, « La littérature à Rouen au XVIIIe siècle », in Connaître Rouen-III, Les Amis des monuments rouennais, Rouen, imprimerie Lecerf, 1976, p. 1-19.
Remerciements
Alain de Bézenac, secrétaire général de l’académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen ; M. Jean-Dominique Mellot (BnF) ; Mme Anne-Bénédicte Levollant (BMR) et les bibliothécaires de la bibliothèque patrimoniale : Mme Élisa Lecomte, Mme Catherine Hubbard, Mme Lucie Garcia, Mme Sophie Lebret.
Annexe 1 [document 21] – Correspondance entre Pierre-Robert Le Cornier de Cideville et M. Haillet de Couronne, secrétaire de l’académie royale des sciences, belles-lettres et arts de Rouen, au sujet de la cession de la bibliothèque de M. de Cideville à l’académie (automne 1774)272
Lettre 1
Rouen, le 23 septembre 1774
Monsieur et cher confrère,
Je suis dépositaire, pour et au nom de l’académie, d’une partie de vos livres, et vous aurez pu être surpris que je ne vous aie rien dit encore à cet égard, que je ne vous aie témoigné rien de notre sensibilité, rien de notre reconnaissance ; et qu’enfin, depuis plus de quinze jours, j’en suis encore à vous écrire. J’avais compté que notre ami commun, M. Descamps, devait aller incessamment à Paris ; or, comme il avait bien voulu me conduire à Launay, il est juste, me disais-je, que ce soit à lui que je confie ma lettre ; elle en vaudra mieux, si c’est par lui qu’elle arrive ; et il fera valoir les assurances de mon tendre et respectueux attachement. Cependant, notre cher Descamps n’est pas encore parti, j’ignore pour quel temps le voyage ? et je me trouve obligé de vous présenter mes excuses : j’espère que vous les recevrez avec votre bonté ordinaire, et je vous prie d’agréer aussi les expressions que je viens d’employer ; elles partent d’un cœur fort sensible qui vous chérit autant qu’il vous honore.
J’ai vu votre habitation de Launay ; si j’eusse eu l’espoir de vous y trouver, cet endroit m’eût paru être la vallée de Tempé273 ! Fortuné séjour où l’on vivoit, dit-on, heureux et content, occupé de douces et agréables bergeries ; mais vous n’y étiez point. Cette privation, je vous assure, nous affecta et nous ne pouvons nous dissimuler non plus, M. Descamps et moi, qu’il avoit dû vous en coûter pour prendre la résolution de ne plus revenir en cette agréable campagne que vous avez formée et embellie. Mais comment ne pas vous approuver ? Le soin de votre santé, mon respectable confrère, ne s’accordant plus avec le tracas ni la fatigue des longues courses, vous avez bien fait d’interrompre ces voyages et nous vous en remercions. C’étoit vous précédemment qui nous veniez voir, ce sera nous désormais qui irons vous chercher.
Je possède chez moi (en attendant la rentrée de l’académie) six grandes caisses fort considérables, remplies de livres, bons, excellents et curieux sur toutes sortes de matières ; on y trouve tout ce qui est utile est agréable : sciences, belles-lettres et arts. Nous voilà donc riches de vos bienfaits, et nous devons dire, de plus d’une façon, que nous existons par vous. Oui, mon cher confrère, c’est par vous que nous vaudrons, ainsi que ceux qui nous remplaceront, et j’appuie sur ces détails avec plaisir, bien certain qu’ils auront pour vous le même intérêt, car peut-on, sans un extrême plaisir, entendre parler de ses amours ?
Il est certain, mon très respectable confrère, que vous faites un établissement qui est et devient le commencement d’un bienfait public ; non seulement nous avons, grâces à vous, nous avons, dis-je, en nos mains un fonds précieux, mais nous allons en jouir, et, chaque année, en vous en rendant compte, nous en jouirons de commun : nous ici, au moyen de cette portion considérable que vous venez de nous envoyer, vous, à Paris, au moyen de l’autre portion plus considérable encore qui reste sous vos yeux. Voilà, comme font les vieux amis ! partage égal, communauté réciproque, et c’est là leur mutuelle félicité. Nous vous devons la nôtre, et sur cet objet, vous avez même été au devant de nos désirs, en nous offrant, en nous assurant, en nous donnant vos livres et vos manuscrits. Ah ! vous êtes bien celui dont parloit l’aimable La Fontaine, quand il disoit :
Qu’un ami véritable est une douce chose !
Il cherche vos besoins au fond de votre cœur ;
Il vous épargne la pudeur
De les lui découvrir vous-même,
Un songe, un rien, tout lui fait peur
Quand il s’agit de ce qu’il aime
Je terminerai là ma lettre. Comment pourrois-je mieux la finir qu’en prononçant le mot aimer ? Je vous salue avec amitié, affection, et en vous assurant de tous les sentiments de tendresse, d’estime et de respect qui vous sont dus,
J’ai l’honneur d’être,
Monsieur et respectable confrère,
Votre très humble et très obéissant serviteur,
Haillet de Couronne
Lettre 2
Paris, le 29 septembre 1774
Monsieur et cher confrère,
Vous vous êtes donné la peine, M. Descamps et vous, Monsieur, d’aller à Launay pour y prendre mes livres que j’y avais amassés avec quelque soin, et vous êtes aussi saisis de quelques volumes qui étaient à Rouen ; les uns et les autres étaient cédés après ma mort à l’académie, dont j’ai l’honneur d’être, par contrat passé chez Le Breton, notaire à Rouen, le 17 août 1768, à la charge par la compagnie de me faire, ma vie durant, une rente de 400 liv. Je comptais cette année assister à votre assemblée, je m’en faisais une fête ; mais ma santé, devenue très chancelante, m’a fait prendre, malgré moi, le parti de ne plus entreprendre de si longs voyages. Je vous supplie, Monsieur, de présenter à la compagnie le don de ces livres que je lui fais plus tôt que nous n’en étions convenus. J’ai pensé que je ne pouvais mieux agir que d’en laisser à l’académie dès à présent la jouissance.
Pour exciter par mon exemple l’émulation qui doit être dans le cœur de tout honnête académicien, je crois qu’il conviendrait de mettre à la première page de chaque volume une empreinte qui marquât que le livre a été donné à l’académie par M. un tel, et qu’il appartient à la compagnie. À la bibliothèque du Roi on applique un cachet sur la première page qui remplit cet objet. Cette attention pour le donateur invite à donner.
Je suis, Monsieur et cher confrère, avec l’attachement le plus tendre et le plus respectueux,
Votre très humble et très obéissant,
De Cideville
Lettre 3
Rouen, le 19 novembre 1774
Monsieur et très cher confrère,
J’ai prévenu l’académie mercredi dernier (jour de rentrée), que vous m’aviez chargé de lui présenter les livres provenant de votre nombreuse et excellente bibliothèque que vous aviez à Launay. À ce moyen, elle a su que dès à présent vous lui cédiez par anticipation cette portion d’une totalité que vous lui avez promise, ainsi qu’il est expliqué en l’acte du 17 août 1768, et dont vous possédez le surplus à Paris. Ensuite, j’ai donné lecture de votre lettre du 29 septembre dernier par laquelle vous marquez expressément, avec le ton de la bonne et franche amitié, que vous lui amassez bien d’autres richesses à Paris.
Ainsi, mon respectable et cher confrère, vous nous comblez de bienfaits, et l’académie ne pouvant désormais rien ajouter aux expressions de sa reconnaissance ainsi que sa sensibilité pour vos dons, elle se renfermera dans ce mot de vérité courte, mais précise : vous êtes notre père, notre ami, notre bienfaiteur.
Ces sentiments sont ceux qui sont analogues à votre façon de penser : ce sont ceux qui sont propres à votre cœur ! Aussi les offrons-nous avec naïveté et avec cette tendre confiance que donne le plaisir d’aimer et l’assurance d’être aimé.
On placera sur la première page de chaque volume une empreinte ; vous l’avez désiré, mais d’ailleurs, c’était formellement l’intention de la compagnie. On y gravera vos armes et vos noms ; et ce sera non seulement pour le moment présent un aveu, une marque de notre reconnaissance, mais encore un acte de justice de notre part. En même temps, ce sera un témoignage éternel de votre amour pour l’étude et de votre affection pour l’académie ; et nos successeurs apprendront qu’un des plus respectables citoyens de Rouen a disposé, en faveur du corps littéraire qui y est établi et auquel il appartenoit, de tout ce qui lui fut cher.
Agréez, je vous en prie, l’assurance bien sincère des sentiments d’amitié et de respect avec lesquels je suis,
Monsieur et cher confrère,
Votre très humble et très obéissant serviteur,
Haillet de Couronne
Annexe 2 [Document 22] – Correspondance entre Haillet de Couronne et Necker après l’acquisition de la bibliothèque de Cideville (novembre-décembre 1777)
Lettre de Haillet de Couronne à Necker, 6 novembre 1777 :
Monsieur, l’Académie royale des sciences, belles-lettres et arts de Rouen a recours à vous, homme d’État et homme de lettres. Vous lui permettrez, sans doute, toute confiance en vos bontés.
Cette compagnie littéraire, possédant un nombre assez considérable de livres, désireroit que sa bibliothèque pût devenir d’un usage public et général ; mais les fonds nécessaires pour la location d’un emplacement lui manquent.
Tandis que la France reçoit de vous, Monsieur, une activité toute nouvelle, et tandis que l’influence d’un génie créateur porte dans l’ordre civil l’âme et la vie, défendra-t-on à la patrie des Corneille et des Poussin de compter sur votre bienfaisance ?
Il n’y a point à Rouen de bibliothèque publique, et vous êtes fait, Monsieur, pour apercevoir et pour sentir qu’en procurant aux citoyens d’une grande ville un moyen nouveau d’acquérir des connaissances et d’étendre leurs lumières, vous les appelez tous à concourir au succès de vos vues et à seconder votre génie. Vous êtes même personnellement intéressé à cet établissement, puisqu’en augmentant le nombre des hommes éclairés vous multipliez celui de vos admirateurs […].
Haillet de Couronne
Réponse de Necker à Haillet de Couronne, 15 décembre 1777 :
J’ai reçu, Monsieur, la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire, au nom de l’Académie de Rouen, pour me témoigner le désir qu’elle a de placer d’une manière convenable et de rendre publique la bibliothèque qui lui appartient. Les motifs qui animent l’Académie m’ont paru dignes des citoyens zélés et éclairés qui la composent ; et, comme cet établissement doit contribuer à la fois à l’Instruction générale et à l’encouragement des lettres, je vous prie d’assurer l’Académie que je me ferai un plaisir de seconder ses vues. J’écris en conséquence à M. l’Intendant, comme vous le désirez, et, aussitôt que j’aurai reçu sa réponse, je vous ferai part des dispositions que je croirai devoir faire à ce sujet.
Je vous dois, Monsieur, des remerciements particuliers pour toutes les choses obligeantes que contient votre lettre. Le suffrage des hommes honnêtes et désintéressés est la récompense que j’ambitionne. Vous ne devez pas douter qu’à ce titre je ne sois infiniment flatté de celui de l’Académie et du vôtre.
Soyez persuadé, je vous prie, de la parfaite considération avec laquelle j’ai l’honneur d’être, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
Necker
Annexe 3 [Document 23] – Le cadre de classement de la bibliothèque de l’académie par MM. d’Anneville, Mesaize, de Milcent et Courant (inventaire manuscrit de janvier 1789)
Nous avons précisé les éditions comportant plus de 4 volumes.
Première classe. Religion
Section 1. Écriture sainte
§ 1. Texte de la Bible
Bible de Sacy, 1690, 30 vol. in-8 (manquent 2 vol.)
Biblia sacra, 1705, 7 vol. in-12.
§ 2. Texte avec commentaire
Drexelius, 1631, 5 vol. in-12.
§ 3. Interprètes et auteurs écrivant sur l’écriture
Physique sacrée, 1732, 8 vol. in-fol.
Lux evangelica, 1655, 6 vol. in-12.
Section 2. Pères grecs et latins
Section 3. Conciles
§ 1. Conciles généraux et provinciaux
§ 2. Actes du clergé de France
§ 3. Droit canonique
Section 4. Théologiens
§ 1. Dogmatiques
§ 2. Moraux
Essais de Nicole, 1725, 14 vol. in-12.
Bourdaloue, 1757, 15 vol. (manque 1 vol.)
§ 3. Liturgistes
Cérémonies de l’Église, 1713, 4 vol. in-8.
§ 4. Polémiques
Superstitions de Thiers, 1777, 4 vol. in-12.
Histoire des superstitions, 1740, 4 vol. in-12.
Préjugé légitime, 1759, 8 vol. in-12 (manquent les vol. 3 et 4)
§ 5. Hétérodoxes et ouvrages erronés
Seconde classe. Sciences
Section 1. Philosophie
§ 1. Traités généraux
Mélanges de littérature et de philosophie, 1766, 5 vol. in-12.
Essais de Bacon, 1754, 4 vol. in-12 (incomplet)
Galtruchii philosophia, 1656, 11 vol. in-12
§ 2. Traités particuliers
Section 2. Morale
§ 1. Moralistes anciens et modernes
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- Traités généraux
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Dictionnaire des mœurs, s.d., 4 vol. in-8.
Essais de Montaigne, 1659, 5 vol. in-12.
Émile, 1784, 4 vol. in-12.
Spectateur anglois, 1741, 6 vol. in-12.
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- Traités particuliers
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§2. Jurisprudence
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- Traités généraux
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Lois et constitution des colonies françaises, 1785, 5 vol. in-4.
Coutumes anglo-normandes, 1776, 4 vol. in-4.
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- Traités particuliers
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50 et plus de mémoires ou factums in-4.
Procès du P. Girard, 1733, 6 vol. in-12.
Causes célèbres, 19 vol. in-12.
§ 3. Politiques anciens et modernes
Testament de Richelieu, 1750, 4 vol. in-12 (manque).
Ouvrages politiques de Saint-Pierre, 1738, 17 vol. in-12.
Œuvres de Montesquieu, 1761, 8 vol. in-12.
L’ami des hommes, 1760, 6 vol. in-12.
Mémoires de Sully, 1747, 8 vol. in-12.
Mémoire de Staal, 1755, 4 vol. in-12.
§ 4. Diplomatique
Section 3. Métaphysique
§ 1. Traités généraux
Recherche de la vérité, 1712, 7 vol. in-12.
Traité de l’opinion, 1741, 7 vol. in-12.
§ 2. Traités particuliers
§ 3. Traités philosophico-théologiques
Section 4. Physique
§ 1. Physique générale et particulière
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- Traités généraux
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Récréation physique, 1735, 4 vol. in-8 (manque).
Dictionnaire de physique, 1781, 5 vol. in-8.
Programme et leçon de Nollet, 1738, 6 vol. in-12 (incomplet).
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- Traités particuliers
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§2. Histoire naturelle
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- Traités généraux
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Dictionnaire de botanique de Pline, 1739, 5 vol. in-fol. (incomplet).
Histoire naturelle de Pline, 1771-1782, 12 vol. in-4 (manque le 5e vol.)274
Histoire naturelle de Buffon, 32 vol. in-4.275
Dictionnaire de Valmont de Bomare, 1775, 9 vol. in-8.
-
-
-
- Traités particuliers
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Des animaux
Mémoire sur les insectes, 1737, 8 vol. in-12.
Des végétaux
Traité de végétation, 1781, 4 vol. in-8.
Traité des plantes, 1762, 7 vol. in-12, (incomplet, manquent les vol. 2 et 3).
Des minéraux
§ 3. Médecine
Médecine militaire de Colombier, 1778, 6 vol. in-8 (manque le 6e vol.)
Dictionnaire de médecine, 1746, 6 vol. in-fol.
Médecine domestique, 1783, 5 vol. in-8.
Eau médicinale, 4 cahiers in-8.
§ 4. Chirurgie
Opération de la taille de Le Cat, 1743-1766, 4 vol. in-8.
Anatomie de Winslow, 1732, 5 vol. in-12.
§ 5. Chimie
Chimie de Becher, 1769, 6 vol. in-12.
Chimie de Beaumé, 1774, 4 vol. in-12.
Section 5. Mathématiques
§ 1. Traités généraux et particuliers
Éléments de mathématiques de Wolff, 1732, 9 vol. in-4.
Récréations mathématiques d’Ozanam, 1735, 4 vol. in-8.
§ 2. Astronomie
Histoire de l’astronomie de Bailly, 2e éd., 4 vol. in-4.
Connoissance des tems et état du ciel, 1756, 7 vol. in-8.
§ 3. Hydrographie
§ 4. Optique
§ 5. Musique
§ 6. Statique et mécanique
Section 6. Mémoires des Académies des sciences
§ 1. De France
Mémoires de l’Académie des sciences de Paris, 1733-1749, 70 vol. in-4.
§ 2. Étrangers
Transactions philosophiques, 1731-1736, 4 vol. in-4.
Acta eruditorum, 1740, 7 vol. in-4.
Troisième classe. Belles-Lettres
Section 1. Grammaire
§ 1. Traités généraux
§ 2. Traités particuliers
§ 3. Dictionnaires
Glossarium de Du Cange, 1753, 6 vol. in-fol.
Dictionnaire de Trévoux, 1752, 7 vol. in-fol.
Section 2. Logique
Section 3. Éloquence ou rhétorique
§ 1. Traités généraux
Traité des études de Rollin, 1741, 4 vol. in-12.
§ 3. Orateurs
Orateurs grecs
Démosthène et Eschine d’Auger, 1777, 5 vol. in-8.
Orateurs français
Recueil de harangues, 1696, 18 vol. in-12.
Section 4. Poésie
§ 1. Poètes grecs
Ovide de Banier, 1778, 4 vol. in-4.
Théâtre des Grecs, 1749, 6 vol. in-12.
§ 2. Poètes latins
Virgile, 1636, 4 vol. in-12.
Ovidius, 1536 et 1664, 7 vol. in-12.
Pétrone not. Baudelot, 1677, 4 vol. in-12 (manque 1 vol.)
Plaute, 1696, 1726, 13 vol. in-12.
§ 3. Poètes français
Molière, 1734, 6 vol. in-4.
Œuvres de Belloy, 1778, 6 vol. in-8.
Théâtre de Corneille et de Racine, 18 vol. in-8.
Œuvres de Voltaire, 48 vol. in-8 (manquent les vol. 6, 28, 43).
Recueil d’opéras, 1703, 16 vol. in-12.
Recueil de poètes, 1692, 5 vol. in-12.
Scarron, 1717, 10 vol. in-12.
La Fontaine, 1721, 1729, 1746, 10 vol. in-12.
Boileau, 1717, 4 vol. in-12.
Histoire du théâtre, 1754, 15 vol. in-12.
Regnard, 1742, 4 vol. in-12.
Télémaque, 1700, 4 vol. in-12.
La Chaussée, 1772, 5 vol. in-12.
Duncourt, 1742, 8 vol. in-12.
Théâtre françois, 1737, 12 vol. in-12.
Molière, 1749, 8 vol. in-12.
La Mothe, 1750, 12 vol. in-12.
Almanach des muses, s.d., 8 vol. in-12.
Rivière, 1731, 6 vol. in-12.
Rousseau, 1724, 4 vol. in-12.
§ 4. Poètes étrangers (Italiens, Anglais, Allemands)
Orlando furioso, 1545 et 1746, 5 vol. in-12.
Jérusalem délivrée, 1735, 8 vol. in-12.
Rolland furieux, 1720 et 1758, 4 vol. in-12.
Nuits d’Young, 1759, 8 vol. in-12.
Théâtre anglois, 1746, 5 vol. in-12.
Théâtre italien, 1695, 34 vol. in-12.
Metastasio, 1755, 7 vol. in-12.
Métastase, 1751, 10 vol. in-12.
Poésie angloise, 1753, 8 vol. in-12.
Section 5. Romans
Contes moraux et Bélisaire, 5 vol. in-8 (manquent)
Clarisse, 1751, 13 vol. in-12.
Confessions du comte de… et Les soupers de Daphné, 1740, 4 vol. in-12.
Mille et une nuits, 1747, 6 vol. in-12.
Mille et un jours, 1711, 5 vol. in-12.
Nouvelle Héloïse, 1761, 7 vol. in-12.
Don Quichotte, 1757, 6 vol. in-12.
L’aventurier français, 1780, 14 vol. in-12.
Diable boiteux, 1779, 4 vol. in-12.
Œuvres de Rousseau, 1732, 4 vol. in-12.
L’étourdi, 1754, 4 vol. in-12.
§ 2. Érotiques, moraux
Section 6. Philologues
§ 1. Critiques
Clément, 1773, 7 vol. in-8.
Saint-Evremont, 1706, 5 vol. in-12.
Fontenelle, 1742, 12 vol. in-12.
Saint-Real, 1745, 4 vol. in-12.
Éloge de la folie, 1777, 4 vol. in-12.
Pensée sur la comète, 1721, 4 vol. in-12.
Lucien de Messieu, 1781, 6 vol. in-12.
Étrennes du parnasse, 1772, 16 vol. in-12.
Sur les jésuites, s.d., 5 vol. in-12.
§ 3. Polygraphes et épistolaires
Lettres de Suisse, 1780, 6 vol. in-12.
Lettres récréatives, 1767, 4 vol. in-12.
§ 4. Apophtegmes, apologues
Quatrième classe. Arts
Section 1. [non précisée]
Section 2. Arts de dessin
§ 1. Traités généraux de peinture
Vies des peintres flamands, 1753, 5 vol. in-8.
Histoire et traité d’André Bardon, 1769, 4 vol. in-12.
Dictionnaire des arts, 1773, 5 vol. in-12.
§ 2. Traités particuliers de peinture
Section 3. Architecture
§ 1. Traités généraux et particuliers
§ 2. Architecture civile
§ 3. Navale
Section 4. Art militaire
Section 5. Gymnastique
Section 6. Agriculture
Section 7. Arts et métiers
Arts et métiers, 4 cahiers in-fol. [ce n’est pas l’Encyclopédie de Diderot].
Cinquième classe. Histoire
Section 1. Introduction
Méthode d’étudier l’histoire, 1772, 15 vol. in-12.
Éléments de Millot, 1772, 9 vol. (manque le 5e)
Section 2. Géographie
§ 1. Traités généraux, atlas
Dictionnaire de La Martinière, 6 vol. in-fol.
Méthode de Du Fresnoy, 7 vol. in-12.
§ 2. Traités particuliers et cartes particulières
Recherches sur Paris de Jaillot, 21 vol. in-8.
Description de Paris, 1742, 8 vol. in-12.
Portrait géographique de l’Europe, 1674, 4 vol. in-12.
Volumes de géographie, 29 vol. in-16
Section 3. Chronologie
§ 1. Chronologie proprement dite
Section 4. Histoire universelle
Pufendorf, 1722, 7 vol. in-12.
Histoire universelle ancienne et moderne, 19 vol. in-12.
Histoire du monde, 1687, 4 vol. in-12.
Section 5. Histoire ecclésiastique
§ 1. Histoire générale
Histoire ecclésiastique de Fleury, 1691, 36 vol. et 1 de table, in-4 (manquent les vol. 25, 26 et 28).
Vies des pères, 1763, 12 vol. in-8.
§ 2. Histoire particulière
Sur les Jésuites, 33 vol. in-12.
Section 6. Histoire profane
§ 1. Des Juifs
§ 2. Des Égyptiens, des Mèdes
Rollin, Histoire Ancienne Des Egyptiens, Des Carthaginois, Des Assyriens, Des Babyloniens, Des Medes Et Des Perses, Des Macedoniens, Des Grecs, 1740, 14 vol. in-12.
§ 3. Des Grecs
Polybe, 1730, 6 vol. in-4.
Histoire de la Grèce, 1780, 15 vol. in-12.
Hommes illustres de Plutarque, 1684, 7 vol. in-12.
§ 4. Des Romains
Histoire des empereurs de Tillemond, 1690, 6 vol. in-4.
Suétone, 1771, 4 vol. in-8.
Laurent Échard, Histoire romaine depuis la fondation de Rome, 1728, 12 vol. in-12.
§ 5. Histoire byzantine
§ 6. Histoire de France
August.Thuani Historia, 1620, 4 vol. in-fol.
Notices historiques de la Lorraine par Calmet, 11 vol. in-fol.
Gallerie française, 8 cahiers in-fol.
Théâtre d’Italie et de Piémont, 1724, 4 vol. in-fol.
Histoire de Louis XIV par La Martinière, 1711, 5 vol. in-4.
Histoire universelle par de Thou, 1740, 11 vol. in-4.
Almanachs royaux, 36 vol. in-8.
Mémoires de Rohan, 1646, 4 vol. in-12.
Mémoires de Beauvau, 1690, 4 vol. in-12.
Mercure de Vittorio Siri, 1756, 18 vol. in-12.
Abrégé de Daniel, 1751, 12 vol. in-12.
Siècle de Louis XIV, 1753, 6 vol. in-12.
Histoire de François Ier, 1768, 8 vol. in-12.
Abrégé et suite de Mézeray, 1728, 10 vol. in-12.
Anne d’Autriche, 1623, 5 vol. in-12.
Velly, 28 vol. in-12.
Esprit de la Fronde, 1772, 7 vol. in-12 (manque le 2e)
Essais sur Paris, 1755, 5 vol. in-12.
Hommes et dames illustres de Brantôme, 1699, 7 vol. in-12.
Recueil, 1719, 24 vol. in-12.
§ 7. Des différents peuples de l’Europe (Italiens, Espagnols, Anglais, etc.)
Histoire des Plantagenet, 1765, 6 vol. in-12.
Histoire des Tudor, 1763, 6 vol. in-12.
Histoire des Stuart, 1763, 4 vol. in-12.
Révolution d’Angleterre, 1724, 4 vol. in-12.
Charles Quint, 1771, 6 vol. in-12.
Histoire de l’Empire, 1731, 10 vol. in-12.
Révolte d’Espagne, 1737, 5 vol. in-12.
Histoire de Malte, 1767, 5 vol. in-12.
§ 8. Des nations de l’Asie, de l’Afrique et de l’Amérique
Histoire politique et philosophique de Raynal, 1774, 8 vol. in-8.
Histoire générale de l’Asie, 1770, 15 vol. in-12.
Section 7. Histoire héraldique
§ 1. Traités généraux
§ 2. Généalogies
Section 8. Antiquités
§ 1. Collections générales
Histoire générale des cérémonies religieuses, fig. de Picard, 1741, 7 vol. in-fol.
L’Antiquité expliquée, 1719, 15 vol. in-fol.276
§ 2. Des usages sacrés et profanes
Antiquités d’Hercolano, 1757, 8 vol. in-fol.
Antiquités d’Herculanum, 1781, 7 vol. in-8.
§ 3. Histoire lapidaire
§ 4. Histoire numismatique
Section 9. Histoire littéraire
§ 1. Traités généraux
Bibliographie de Debure, 1768, 9 vol. in-8.
Bibliothèque française, 1741, 18 vol. in-12.
France littéraire, 1769, 4 vol. in-12.
Bibliothèque impartiale, 1750, 6 vol. in-12.
§ 2. Traités particuliers
§ 3. Histoire des académies, écoles, etc.
Académie des inscriptions [et belles-lettres], 1736, 30 vol. in-4.
Histoire de l’Académie française jusqu’en 1700, 1730, 5 vol. in-12.
Histoire de l’Académie de Prusse, 1768, 7 vol. in-12.
§ 4. Bibliographies
Histoire de Cicéron, 1743, 4 vol. in-12.
§ 5. Vies des hommes illustres, des savants, éloges, etc.
Parnasse françois, 1632, 4 vol. in-fol.
Jugemens des sçavans, 1685, 10 vol. in-12.
Novellistes du Parnasse, 4 vol. in-12.
Section 10. Mélanges historiques
§ 1. Voyages
§ 2. Dictionnaires
Dictionnaire de Bayle, 1740, 4 vol. in-fol.
Dictionnaire de Moreri, 1759, 10 vol. in-fol.
Dictionnaire des origines, 1778, 6 vol. in-12.
§ 4. Affiches
Affiches de Normandie, 1762-1783, in-4.
Affiches de Paris, 1770-1774, in-4.
Sixième classe. Mélanges
Acta eruditorum, Leipzig, 1682-1740, 7 vol. in-4.
Supplément.
Annexe 4 [Document 24] – Adresse de citoyens, membres de l’académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen à l’Assemblée nationale, Rouen, impr. veuve Laurent Dumesnil et Montier, 1791, 15 p.
(Extraits)
- 6 : C’est au milieu de ce beau pays, si favorisé de la nature, au milieu de la plus riche, de la plus commerçante, de la plus peuplée de ses villes, que l’académie a vu placer son berceau. Érigée par lettres patentes du Roi du 14 août 1744, ses premiers essais dans la carrière utile qu’elle venoit de se tracer furent, par le zèle gratuit de ses membres, les établissements d’une école de dessin, sous la direction de M. Descamps (cette institution, connue aujourd’hui dans l’empire des arts sous la dénomination honorable d’école normande, a fourni un très grand nombre d’artistes de réputation), une école d’anatomie et de chirurgie, formée par l’immortel Le Cat, dont la renommée attiroit des élèves de toutes les parties de l’Europe, et même de l’Amérique ; une école de botanique et un jardin des plantes, l’un des plus riches de la France, après celui de la capitale. Ces différentes écoles, dirigées jusqu’à nos jours avec succès par des membres de l’académie, ont semé dans la ville de Rouen les germes d’une émulation sentie qui a reculé de plus en plus le cercle des connoissances morales et physiques, les plus essentielles à l’humanité.
(p. 7) Si l’Académie n’a point proprement donné naissance aux écoles de mathématiques, d’hydrographie et d’accouchements, c’est néanmoins sur le jugement de ses commissaires que la municipalité donne des prix aux élèves de ces écoles, comme dans les autres (et souvent pour récompenser un plus grand nombre de sujets, les professeurs académiciens en ajoutent à leurs frais).
Témoin du zèle et du désintéressement de l’académie, et des services réels qu’elle lui rendoit, la cité prit sur elle une partie des frais qu’occasionnoient ces diverses écoles. Le gouvernement s’y intéressa ; les professeurs de dessin, d’architecture, d’anatomie et de botanique reçurent des gratifications et ensuite des pensions annuelles, affectées sur les octrois de la ville et des marchands. Aujourd’hui les octrois sont supprimés et les professeurs subsistent, bien qu’à l’exception des deux premiers, ils ignorent sur quels fonds leurs honoraires actuels et futurs seront exercés.
L’académie a une bibliothèque, dont la plus grande partie lui vient de M. de Cideville, l’un de ses fondateurs. Cette bibliothèque, peu à peu enrichie des dons de la plupart de ses membres, fut rendue publique. Le ministre, instruit du zèle de l’académie, attribua une somme annuelle de 600 liv. pour l’augmentation de cette bibliothèque, qu’un académicien ouvre deux fois la semaine, sans autre émolument que le plaisir d’être utile.
Par cet exposé, l’Assemblée voit que l’académie de Rouen, sans avoir été presque dotée, est peut-être la seule qui, par les cotisations volontaires de ses membres, ait entretenu un aussi riche jardin des plantes et formé une bibliothèque publique.
- https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b77407003 [↩]
- Chaline 1990, p. 57. [↩]
- Bardet 1979, p. 205. [↩]
- On connaît, grâce aux relevés du médecin Lepecq de La Clôture la succession des épidémies à Rouen au XVIIIe siècle, la ville surpeuplée étant « un véritable marché commun des microbes et des virus » (Bardet 1979, p. 223). [↩]
- Ibid., p. 215. [↩]
- Ibid., p. 226. [↩]
- Entre 1785 et 1791, les navires armés par les Le Couteulx représentent 7,5 % des 145 armements négriers havrais recensés durant cette période (article d’Éric Saunier, en ligne sur le site leboucan.fr) [↩]
- La faïence de Rouen a pris son essor à partir du monopole royal accordé par Anne d’Autriche en 1644. À son apogée au milieu du XVIIIe siècle, la ville compte 22 fabriques de faïencerie, et encore une quinzaine à la veille de la Révolution. [↩]
- Les ateliers rouennais fabriquent 2509 pièces de drap en 1727, 372 en 1745, 14 en 1760, puis le prestigieux lainage disparaît (Bardet 1979, p. 230). [↩]
- Virolle 1976, p. 12. [↩]
- Mellot 1998, p. 693-694. [↩]
- Virolle 1976, p. 19 ; Bardet 1979, p. 272. [↩]
- Nondier et Goubault 1990, p. 97. [↩]
- En 1677, Thomas Corneille présentant des vers de Fontenelle dans le Mercure galant ose écrire à propos du jeune poète : « Il est à Rouen où il y demeure ; plusieurs personnes qui l’ont vu à Paris avouent que c’est un meurtre de le laisser dans la province » (cité par Bardet 1979, p. 273). [↩]
- Fontenelle est également reçu membre de l’Académie des sciences de Berlin en 1749. [↩]
- Cité par Tougard 1912, t. I, p. 41. [↩]
- « En 1757 en effet, à 100 ans, le patriarche meurt. Le soleil rouennais, après lui, ne cesse de décliner » (Virolle 1976, p. 18). [↩]
- Nondier et Goubault 1990, p. 100. [↩]
- Ibid., p. 102. [↩]
- Ce paragraphe est largement emprunté à Bardet 1979, p. 268-271. [↩]
- En 1670, 87 % des époux réformés et 77 % de leurs conjointes, niveau que les catholiques n’atteignent pas un siècle plus tard (Bardet 1979, p. 269). [↩]
- Bardet 1983, tome II, p. 125. [↩]
- Mellot 1989, p. 599. [↩] [↩]
- Ibid., p. 598. [↩]
- Ibid., p. 599. [↩]
- Ibid., p. 598. C’est Emery Bigot (1626-1689) qui a enrichi la bibliothèque héritée de son père, estimée à sa mort 40 000 l. (Oursel 1886, t. I, p. 83). [↩]
- Claude-Nicolas Le Cat, docteur en médecine et chirurgien depuis 1733, membre titulaire de l’académie en 1744, décédé en 1768. [↩]
- Adrien Larchevesque, membre titulaire de l’académie en 1744, décédé en 1746. Sa bibliothèque est vendue en 1749. Notice du catalogue de la BnF : https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb36537808b. Pierre-Robert Le Cornier de Cideville possède ce catalogue dans sa bibliothèque (Bibl. mun. Rouen, Ms-U-62, f° 283 r°). Dans une lettre à Fontenelle du 21 juillet 1746, Cideville qualifie le médecin Larchevesque d’homo graecus et philosophus (Tougard 1912, t. I, p. 61). [↩]
- Tougard 1912, t. II, p. 87, n. 2. Le médecin Simon, entré à l’académie en 1746, a été intendant du jardin des plantes en 1748. [↩]
- Oursel 1886, t. I, p. 216. Haillet de Couronne passa les dernières années de sa vie à l’hôtel Carnavalet à Paris. [↩]
- Tougard 1912, t. I, p. 210, n. 1. [↩]
- Mellot 1998, p. 672-673. Le bibliothécaire de la cathédrale Gilles Dufour possède quant à lui 1300 volumes en 1715, et le chapelain Charles Duval environ 1500 en 1711, soit largement au-dessus de la moyenne des clercs de la cathédrale (193 volumes d’après les inventaires après décès entre 1700 et 1730). [↩]
- En ligne sur le site des Arch. dép. Seine-Maritime. [↩]
- Darnton 2013, p. 118-119. [↩]
- Ibid., p. 595-602, annexe B, souscriptions par villes à l’Encyclopédie in-quarto, février 1780. Rouen se situe au même niveau qu’Angers (109), Nancy (121) ou Dijon (151), villes pourtant beaucoup moins peuplées, mais devant les principales villes drapières comme Arras (26), Beauvais (8), Châlons (1), Lille (28), Reims (24). [↩]
- Cité par Darnton 2013, p. 240. [↩]
- Mellot 2020, p. 41. [↩]
- Mellot 1989, p. 596. [↩] [↩]
- Ibid., p. 596. [↩]
- Rapport des travaux du département de la Seine-Inférieure, 1er novembre 1792, cité par Frère 1874, p. 23. [↩]
- Rapport des travaux du département…, 1792, cité par Frère 1874, p. 23. [↩] [↩]
- Mellot 1989, p. 597 ; Frère 1874, p. 20, note 1. Le catalogue établi par le prieur de la Madeleine P. Louis-Auguste Marye forme 9 volumes in-folio. [↩]
- Maurice 1999, p. 23. [↩]
- « M. l’abbé Gossier nous a assuré que la bibliothèque des Capucins était en quelque sorte publique, les pères n’en refusant l’accès à personne pour y travailler » (Frère 1874, p. 20, note 1). [↩]
- Mellot 2019, p. 135-136. [↩]
- Roche 1978, t. I, p. 31. En moins de cinquante ans, de 1715 à 1760, une vingtaine de sociétés nouvelles viennent s’ajouter aux premières créations provinciales, souvent méridionales : Arles (1669), Avignon (1658), Soissons (1674), Nîmes (1682), Angers (1685), Villefranche en Beaujolais (1695) et Toulouse (1695) se réclament de l’Académie française et obtiennent leurs lettres patentes avant 1700. [↩]
- Arch. Acad., cote A 2, Mémoires pour l’histoire des sciences et des beaux-arts, s.d. [1746], p. 172-174. [↩]
- Roche 1978, t. I, p. 76. [↩]
- Archives de l’académie, cote A 2, nécrologue de l’académie, ms. On relève parmi les associés étrangers M. Gentz, mort à Leipzig en 1756, M. Peissouel, mort à la Guadeloupe en 1761 ou M. de Boyer, mort en 1772 à Nimègue. En 1754, M. Delius, médecin allemand, est reçu en qualité de correspondant (Table de ce qui est contenu dans les registres de l’académie […] depuis son établissement en 1744). [↩]
- Le XXIe et dernier article des statuts de 1744 affirme que les académiciens s’engagent, dans tous les cas non prévus, à se conformer aux règles des académies de Paris (Le Parquier 1930, p. 131). [↩]
- Les statuts de 1744 prévoient 12 académiciens honoraires, 26 académiciens de fonction (18 pour les sciences et les arts et 8 pour les lettres) et 12 associés correspondants. Ce sont les statuts de 1756 qui portent le nombre de titulaires à 40 (18 pour les sciences, 14 pour les lettres et 8 pour les arts) (Le Parquier 1930, p. 142). En 1766, la classe des correspondants devient celle des associés adjoints (Arch. Acad., cote A 2, note des délibérations, 1744-1781). [↩]
- Mellot 2020, p. 36. [↩] [↩]
- Boullet 1968, p. 244. [↩]
- Nous renvoyons à l’ouvrage de Daniel Roche pour la composition détaillée de toutes les académies de province, t. II, p. 387 : total du recrutement, noblesse et roture : Rouen, 366 académiciens (honoraires, ordinaires et associés) : 81 nobles (22,1 %), 285 roturiers (77,9 %) ; Caen, 262 académiciens : 82 nobles (31,2 %), 180 roturiers (68,8 %) ; Amiens : 174 académiciens : 72 nobles (41,3 %), 102 roturiers (58,6 %). Total province : 6 402 académiciens : 2 778 nobles (43,3 %), 3 624 roturiers (56,7 %). [↩]
- Boullet 1968, p. 18. [↩]
- Roche 1978, t. I, p. 130-131. [↩]
- « Le goût de la botanique avait réuni plusieurs amateurs dans un jardin du faubourg Bouvreuil. M. Delaroche, médecin distingué de cette ville, fournissait le local : MM. Dufay et Thibaux [deux chirurgiens] en étaient les administrateurs, et un certain nombre de curieux, tous unis par les liens de l’amitié, fréquentaient ce premier berceau de la flore rouennaise » (Gosseaume, Précis…, 1804, p. 3). [↩]
- Cité par Tougard 1912, t. II, p. 150. En 1751, l’académie a également songé à installer son jardin des plantes dans le jardin abbatial de Saint-Ouen, l’archevêque de Cambrai, abbé commendataire, ayant donné son accord à l’abbé Terrisse. Mais le projet ne fut pas exécuté (ibid., t. I, p. 103). [↩]
- Précis analytique des travaux de l’académie, t. I, p. 7, cité par Fuzet 1905, p. 9. [↩]
- Précis…, 1804, p. 4 ; Le Parquier, 1930, p. 146. La ville songeait à faire de ce terrain le dépôt des cidres avant de le donner à l’académie. Arch. Acad., cote A 1. Une lettre de janvier 1756 et un plan de 1758 indiquent l’emplacement des petits locaux de l’académie au jardin des plantes, situé sur « un grand terrain au bas du chemin neuf servant à des chantiers de bois que l’on vuide actuellement pour y faire un jardin pour cultiver la botanique ». Le botaniste Jacques Varin (1740-1808) a été le jardinier-chef de ce jardin du cours Dauphin de 1776 à sa mort. L’actuel jardin des plantes a été installé rive gauche en 1839 (Tougard 1912, t. II, p. 69). [↩]
- Plan consultable en ligne : https://www.rotomagus.fr/ark:/12148/btv1b53027761t/f1.item.zoom# [↩]
- Annonces, affiches et avis de la Haute et Basse Normandie, 35e feuille hebdomadaire, 1er septembre 1769, p. 138-139. [↩]
- Roche 1978, t. I, p. 123. [↩]
- Desbuissons 1905, p. 38. [↩]
- Arch. Acad., cote A 2, Note des délibérations, 1744-1781. [↩]
- Ibid. [↩] [↩] [↩]
- Roche 1978, t. I, p. 125. [↩]
- « M. Descamps, pauvre peintre, littérateur ignoré », selon Diderot, d’une sévérité excessive. En 1764, Descamps venait d’être reçu par l’Académie au titre de peintre dans le genre des sujets populaires. [↩]
- Pour une étude approfondie de ces cours : Martin 1959, p. 207-226. [↩]
- C’est l’échevinage qui a fondé les prix de mathématiques et d’hydrographie en 1767. [↩]
- Beaurepaire 1883, p. 8. Dès sa création, l’académie récompense les candidats à de nombreux prix : littérature, poésie, éloquence, histoire, dessin, mathématiques, physique, anatomie, botanique, ostéologie (1764). Un prix d’agriculture est créé en 1762, lors de la fondation de la société royale d’agriculture de Rouen, à laquelle l’académie s’est opposée. [↩]
- Arch. Acad., cote A 2. Copie du privilège général accordé par le roi à l’académie des sciences, des belles-lettres et des arts de Rouen, pour l’impression des ouvrages publiés sous son nom, 11 avril 1769. On peut relever que « l’impression desdits ouvrages sera faite dans notre royaume » ; « [Pour] les manuscrits ou imprimés qui auront servi de copie à l’impression desdits ouvrages […], il sera ensuite remis deux exemplaires de chacun dans notre bibliothèque publique, un dans celle de notre château du Louvre, un dans celle dudit Sr de Lamoignon, et un dans celle de notre très cher et féal chancelier, vice-chancelier et garde des sceaux de France le Sr de Maupeou, le tout à peine de nullité […] ». Un manuscrit indique que les mémoires couronnés par l’académie étaient imprimés sur du papier d’Auvergne (1759). [↩]
- Arch. Acad., cote A 2, Table de ce qui est contenu dans les registres de l’académie […], 1756. [↩] [↩]
- Arch. Acad., cote A 2, note des délibérations, 1744-1781. [↩] [↩]
- Boullet 1968, p. 46. C’est le même pourcentage que celui des académiciens titulaires voués par leur statut à se consacrer à des travaux scientifiques (16 sur 26, soit 61 %). [↩]
- Analyse complète des travaux académiques de 1744 à 1789 dans Boullet 1968. Nous lui empruntons ici quelques sujets de mémoires. [↩]
- Virolle 1976, p. 16. [↩]
- Ibid., p. 18. [↩]
- Archives de l’académie, cote A 1, documents relatifs à la fondation (1744). [↩]
- Arch. Acad., cote A 2, Table de ce qui est contenu dans les registres de l’académie […] depuis son établissement en 1744 (ms.). [↩]
- Vrégeon 1785, p. 10. Le bibliothécaire précise : « J’emploie le nom des donateurs quand je le sais. Ils doivent être sur le registre, qui n’est pas toujours à sa place, quoique le premier livre de l’académie. » [↩]
- Arch. Acad., cote A 2, Table de ce qui est contenu dans les registres de l’académie […], 1745. [↩]
- Vrégeon 1785, p. 9. Nous n’avons pas retrouvé la trace de ce catalogue. Le chanoine Cotton-Deshoussayes devient bibliothécaire de la Sorbonne de 1776 à sa mort en 1783. [↩]
- Roche 1978, t. I, p. 122. [↩]
- Desgraves 1989, p. 509. [↩] [↩]
- Arch. Acad., cote A 2, Nécrologue de l’académie, membres titulaires (ms.). [↩]
- Cideville est une petite paroisse du pays de Caux, située à mi-distance entre Pavilly et Yvetot [↩]
- Frère 1861-1862, p. 374. [↩]
- Arch. Acad., cote C 31. Papiers Cideville, papiers de la famille Le Cornier (ms). [↩]
- Beaurepaire 1991, p. 437. [↩]
- Mervaud 1997, p. 69. [↩]
- Aujourd’hui Aulnay, entre Barentin et Duclair. [↩]
- Boullet 1968, p. 210. [↩] [↩]
- Mervaud 1997, p. 75. [↩]
- Ibid., p. 70. [↩]
- Ibid., p. 69. [↩]
- Frère 1861-1862, p. 375. [↩]
- Mervaud 1997, p. 71. [↩]
- Arch. Acad., cote A 2, Tableau de l’académie, académiciens titulaires. Une date étonnante car antérieure à la fondation officielle de l’académie (1744). [↩]
- Précis…, 1804, p. 10. [↩]
- Louis Le Gendre, né à Rouen en 1655, est le protégé de l’archevêque François III de Harlay qui l’emmène avec lui quand il devient archevêque de Paris en 1671. Le Gendre obtient un canonicat à Notre-Dame et est l’auteur de nombreux ouvrages historiques, dont une Histoire du règne de Louis le Grand jusques à la paix générale (1698) qui obtint un grand succès. Outre le legs de 22 000 l. fait à la ville de Rouen, le chanoine Le Gendre a également légué à l’université de Paris une somme destinée à financer un concours ouvert à tous récompensant les plus belles pièces de poésie et de musique composées à la gloire de la France : c’est l’origine du Concours général, décerné pour la première fois en 1747. [↩]
- Beaurepaire 1991, p. 442. [↩]
- Roche 1978, t. I, p. 44. Le Cat remercie ainsi Fontenelle le 25 août 1754 : « Monsieur, vous êtes le doyen, le père et le modèle de tous les secrétaires d’Académie des sciences, vous tenez encore de plus près à celui de l’Académie de Rouen, et vous avez toujours eu bien des bontés pour lui […] ». Fontenelle a été en effet secrétaire de l’Académie des sciences pendant quarante-cinq ans. [↩]
- Précis…, 1804, p. 4. Le jour précis n’est pas connu car les lettres ont été expédiées de Metz où le roi tomba gravement malade (Tougard 1912, t. II, p. 37, n. 1). [↩]
- Beaurepaire 1991, p. 443. [↩]
- Ibid., p. 443. [↩]
- Ibid., p. 444. [↩]
- Précis…, 1804, p. 5. [↩]
- Cideville écrit à Voltaire, à Ferney, en août 1765 : « J’ai la douceur d’avoir beaucoup contribué à cet établissement honnête d’une petite académie, mais j’ai l’amertume d’y voir des tracasseries, mais où n’y en a-t-il pas où l’on rassemble des hommes ? » (Tougard 1912, t. II, p. 265). Cideville a songé à proposer à Voltaire de devenir membre de l’académie de Rouen, mais on ignore pourquoi ce projet ne se réalisa pas (Mervaud 1997, p. 83, n. 25). [↩]
- Le parlement de Normandie, 1999, p. 160. [↩]
- Arch. Acad., cote A 2, Table […], 1753 : « Commissaires nommés pour examiner le projet de répartir le travail de l’histoire de Normandie entre messieurs les académiciens, proposé par M. Du Boullay ». [↩]
- Roche 1978, t. I, p. 37. [↩]
- Cideville 1744, cité par Roche 1978, t. I, p. 16. [↩]
- Lettre de Cideville à Voltaire, à Ferney, août 1765, in Tougard 1912, t. II, p. 266. [↩]
- Lettre de Cideville à Voltaire, Paris, 30 juin 1762, in Tougard 1912, t. II, p. 262 : « L’affaire de la veuve du malheureux Calas est pour vous très importante, illustre et cher ami, puisqu’il s’agit, autant qu’il est possible, de venger l’humanité […]. M. Élie de Beaumont, célèbre avocat au parlement, de concert avec M. d’Argental, prépare avec M. Mollart et plusieurs autres avocats de la tête du barreau une consultation qui sera imprimée, en faveur de cette veuve désolée, et qui donnera à cette affaire un grand crédit et une considération toute particulière dans le public. » [↩]
- Mervaud 1997, p. 81. [↩]
- M. de Rouville a voté contre sa réception en tant qu’académicien de fonction en 1755 (Arch. Acad., cote A 2, Table […], 1755. [↩]
- Ibid., 1756. [↩]
- « Tandis que le patriarche de Ferney s’épanouit au cours d’une vieillesse insolente et trépidante, Cideville s’éteint doucement » (Mervaud 1997, p. 71-72). Ils sont cependant parvenus tous deux à un âge fort avancé pour l’époque : Cideville s’est éteint dans sa 83e année et Voltaire dans sa 84e. [↩]
- Beaurepaire 1991, p. 447-448. On peut noter que Cideville devait notamment 1000 l. à Abraham-François Viret, imprimeur clandestin de Voltaire et imprimeur attitré de l’académie. [↩]
- Boullet 1968, p. 202. [↩]
- Éloge de M. de Cideville, par M. de Couronne : Précis…, 1819, p. 302/350. [↩]
- Mort quelques années après, M. Courbezatre est présenté comme le « rentier de la Compagnie ». Dans Dupleix et l’Inde française, 1722-1749 (Paris, Champion, 1920), Alfred Martineau mentionne Courbezatre comme chargé d’acheter du café en 1736 à Befeltagui, à 30 km de Moka (Yémen), pour la Compagnie des Indes occidentales (p. 522). La base nominative des ANOM (Archives nationales d’outre-mer) cite Courbezatre comme conseiller au Conseil supérieur de Pondichéry en 1742. [↩]
- Arch. Acad., cote A 2, Table […], 1758 ; Cotisations des membres et dépenses de la compagnie, 1745-1759. [↩]
- Arch. Acad., cote A 2, dossier ms. sur la bibliothèque de l’académie, s.d. (écriture début XIXe siècle). [↩]
- Étienne-François Boistard de Prémagny, échevin de Rouen, membre titulaire dès 1744, décédé en 1767. [↩]
- Jacques Hoden (ou Hodan), directeur des pompes à incendie de Rouen, membre titulaire en 1750, décédé en 1788. [↩]
- J.-Samuel Hébert, peintre, membre titulaire en 1744, décédé en 1778. [↩]
- Arch. Acad., cote A 3, copie des statuts de 1756, article 22. [↩]
- Cité par Tougard 1912, t. II, p. 225. [↩]
- Son avis de décès à cause de la petite vérole, à l’âge de 40 ans, est paru dans les Annonces, Affiches et avis divers de la Haute et Basse Normandie, 38e feuille hebdomadaire, 22 septembre 1769, p. 150. [↩]
- Frère 1861-1862, p. 240. [↩]
- Cette empreinte représente les armes de Cideville surmontant un bureau, accompagnées de l’inscription : Ex libris Le Cornier de Cideville, dono dedit Academiae Rothomagensi, anno 1768. [↩]
- Ibid., p. 241. [↩]
- L’abbé Neveu, chanoine de Notre-Dame-de-la-Ronde, reçu académicien titulaire le 23 mars 1762, directeur de l’académie en 1772, de nouveau trésorier en 1779 (Arch. Acad., cote A 2, note et tableau pour les années 1772, 1779). [↩]
- Arch. Acad., cote A 2. Documents sur l’histoire de l’académie au XVIIIe siècle, rassemblés par Haillet de Couronne. [↩]
- Desgraves 1989, p. 510. [↩]
- Roche 1978, t. I, p. 118. [↩]
- Arch. Acad., cote A 1. Extrait des registres des délibérations de l’hôtel de ville de Rouen, 5 juillet 1774, déposé au secrétariat des séances le 20 juillet 1774. Antoine Le Couteulx, seigneur de Verclives (1722-1810), négociant, industriel, armateur, est maire de Rouen de 1774 à 1776. [↩]
- Arch. Acad., cote A 2. Notes manuscrites sur la bibliothèque de l’académie. [↩]
- Arch. Acad., cote A 2. Projet de délibération, 15 mai 1776. [↩]
- Né le 23 août 1729 à Rouen et mort le 25 novembre 1834 à Saint-Martin-de-Boscherville, d’Ornay a sans doute été l’un des premiers hommes français attestés à mourir à l’âge de 105 ans ! [↩]
- Dans le contrat de vente de la bibliothèque de Cideville, Jean-Baptiste Guillaume Haillet est désigné comme chevalier seigneur et patron honoraire du Petit-Couronne, seigneur du Grand-Couronne. [↩]
- Une subvention royale de 1600 livres avait été accordée en 1756 pour la pension du professeur de botanique (1000 l.) et pour l’entretien du jardin des plantes (600 l.) (Précis…, 1804, p. 11, et Table des registres de l’académie, Arch. Acad., cote A 2, 1756). [↩]
- Arch. Acad., cote A 2, « Recette et dépense pour l’académie (août 1778-août 1779) ». [↩]
- Arch. Acad., cote A 1, première liasse. Pièces n° 16 et 17 : concession d’un local pour la bibliothèque de l’académie, 5 juillet 1774. Concession d’un nouveau local pour la bibliothèque de l’académie, 14 mars 1778 ; Gosseaume 1814, p. 35. Certains livres étaient entreposés chez M. Hébert depuis 1760. [↩]
- Vrégeon 1789, p. 17. [↩]
- Ibid., p. 69 : « À la fin de 1781, je crus pouvoir essayer ma bibliothèque, en l’ouvrant deux jours par semaine au public ». [↩]
- Beaurepaire 1883, p. 14. [↩] [↩]
- Précis…, 1814, p. 35. [↩]
- Annonces, Affiches et avis divers de la Haute et Basse-Normandie, vendredi 30 août 1782, supplément à la feuille n° 35, en ligne sur le site des Arch. dép. Seine-Maritime. [↩]
- Arch. Acad., cote A 2, note de délibérations, 1744-1781. [↩]
- Vrégeon 1785, p. 22 : « Lettre de M. de Crosne du 25 janvier 1785, adressée au bibliothécaire. Y jointe celle à laquelle elle sert de réponse. » [↩]
- Boullet 1968, p. 106. [↩]
- Arch. Acad., cote A 2, Table de ce qui est contenu dans les registres de l’académie […] depuis son établissement en 1744. 1er plumitif : 1744-1763 ; 2e plumitif : 1764-1769. [↩]
- Une lettre de l’abbé Pinand à Cideville, le 24 janvier 1747, raconte comment les deux volumes in-folio sont envoyés à l’académie : « Le recueil d’estampes partit hier pour Le Havre, et de là pour Rouen dans un heu [petit bateau servant au cabotage]. La caisse est adressée à Monsieur de Cideville, ancien conseiller au parlement et président de l’académie des sciences, etc., à Rouen, rue des Maillots. Je vous informerai incessamment du nom du capitaine du navire qui vous porte ce faible témoignage de ma bonne volonté et de mon tendre respect pour l’académie, et pour Monsieur son digne président » (cité par Tougard 1912, t. I, p. 216). [↩]
- https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb311802288 [↩]
- Lettre de Bréquigny à Cideville, 31 décembre 1751 (cité par Tougard 1912, t. I, p. 264-265). [↩]
- Tougard 1912, t. I, p. 236, n. 2. [↩]
- Lettre du 10 janvier 1754, in Tougard t. II, p. 213-214. [↩]
- Lettre du 18 février 1757, in Tougard t. II, p. 161. [↩]
- Bibl. mun. Rouen, Ms-U-62, 1771, 453 pages, 365 × 234 mm, papier demi-rel. [↩]
- Beaurepaire 1883, p. 10 ; Bergot 2009, p. 22, note 3. [↩]
- Arch. Acad., cote A 2, notes concernant les secrétaires de l’académie. Il est précisé, à la date du 26 février 1772, que le secrétaire des belles-lettres [Haillet de Couronne] est dépositaire du double fait du catalogue des livres, effets et meubles de l’académie dont le sieur Hébert, trésorier, est dépositaire. [↩]
- Desgraves 1989, p. 508. [↩]
- Ibid., p. 506. [↩]
- « Je démontrerai à tout commissaire qu’il plaira à l’académie de me nommer, et qui aura la patience de me suivre, que le catalogue de M. de Cideville, qui se trouve à la bibliothèque, n’a jamais pu être l’original […]. L’obligé, le vendeur, étoit, dit-on, homme de loi ; le catalogue devoit être donné à une compagnie, où se trouvoient gens de loi ; le commissaire étoit homme de loi. Ce catalogue devoit donc être légal, surtout, devant être présenté à des héritiers, soit dit sans injure, faits pour le contester. C’est ce public qui accuse d’infidélité celui qui, aux termes du contrat, a dû le recevoir daté et certifié véritable, et a pu, en en substituant un autre, ou garder pour lui l’original, et les livres, ou dire aux intéressés : Quid vultis mihi dare, et ego vobis eum tradam ? (Vrégeon 1789, p. 31-33). [↩]
- Beaurepaire 1991, p. 448. [↩]
- Mervaud 1997, p. 82, n. 6. [↩]
- Bibl. mun. Rouen, Ms-U-62, catalogue de 1771, f° 13 r°. [↩]
- Ibid., f° 59 r°. [↩]
- Ibid., f° 209 r°. [↩]
- Ibid., f° 411 r°. [↩] [↩]
- Ibid., f° 37 r°. [↩]
- Mervaud, 1997, p. 77-78. [↩]
- Ibid., p. 82, n. 16. [↩]
- Bibl. mun. Rouen, Ms-U-62, f° 341 r°. [↩]
- Liste non exhaustive : François de Malherbe, Vincent Voiture, Jean Desmarests de Saint-Sorlin, Georges et Madeleine de Scudéry, Honoré d’Urfé, Guillaume de Brébeuf, Cyrano de Bergerac, Paul Scarron, Pierre et Thomas Corneille, Isaac de Benserade, Jean de La Fontaine, Alexis Piron, Nicolas Boileau, Jean-Baptiste Rousseau, Molière, Jean Racine, etc. [↩]
- Ibid., f° 441 r°. [↩]
- Ibid., f° 343 r°. [↩]
- Ibid., f° 359 r°. [↩]
- Le théâtre danois par Louis Holberg, Copenhague, 1746, 1 vol. in-12 (f° 389 r°). [↩]
- Beaurepaire 1883, p. 20. [↩]
- Vrégeon 1785, p. 22 : « Lettre de M. l’abbé Yart, dans laquelle il fait présent à l’Académie de sa bibliothèque ». L’abbé Antoine Yart, membre titulaire depuis 1747, curé de Saint-Martin-du-Vivier et censeur royal, est décédé aux Andelys en juillet 1791. [↩]
- Ces tomes ont été offerts par MM. Dufrêne, de Cessart, d’Anneville, Gosseaume, de Coppier, Lepecq et Sorel entre 1780 et 1785 (Vrégeon 1785, p. 16). [↩]
- Vrégeon 1785, rubrique « Remerciement », p. 37. [↩]
- Vrégeon 1789, p. 16. [↩]
- Vrégeon 1785, p. 20. [↩] [↩]
- Édité à Liège puis à Bouillon par Pierre Rousseau, le Journal encyclopédique ou universel est une publication périodique qui veut vulgariser les idées des encyclopédistes. [↩]
- Ibid., p. 21. D’après le Journal de Rouen du 1er mai 1778, p. 68, le Journal de Trévoux s’est toujours vendu 208 l. en feuilles [en ligne sur le site des Arch. dép. Seine-Maritime]. [↩]
- Vrégeon 1785, p. 34. [↩] [↩]
- Ibid., p. 16. Le Journal de Rouen du 19 juin 1778, p. 91, indique un prix de 136 l. pour les 25 vol. de l’Histoire ecclésiastique en feuilles. [↩]
- Ibid., p. 20. [↩] [↩]
- Vrégeon 1789, p. 14-15. [↩]
- Arch. Acad., cote A 1, catalogue de la bibliothèque de l’académie (janvier 1789). [↩]
- Desgraves 1989, p. 508. Les académiciens bordelais ne goûtent guère les livres de droit et de théologie mais l’histoire représente 50 % des achats après 1744. [↩]
- Ibid., p. 509. [↩]
- Il existe peut-être un biais statistique : Vrégeon a probablement précisé davantage les dates d’édition des ouvrages récents que des ouvrages anciens. Cependant, l’inventaire manuscrit de 1789 laisse penser que les éditions du XVIIIe siècle sont largement majoritaires. [↩]
- Boullet 1968, p. 213-215, 229. Maillet du Boullay, également membre de l’académie des Palinods, a écrit une ode sur les « Avantages du gouvernement monarchique héréditaire ». [↩]
- Cité par Boullet 1968, p. 214-215. [↩]
- Boullet 1968, p. 218. Lettre de Maillet du Boullay à Élie de Beaumont, 24 mars 1767 : « Il est singulier, que dans le siècle des lumières et de l’humanité on suppose si légèrement des crimes atroces qui révoltent la nature. Le fanatisme cependant peut en rendre les hommes capables, mais c’est le cas où il faut exiger l’évidence même pour le croire, et vos succès, en vous méritant la réputation la plus distinguée, contribueront à rendre les juges plus circonspects, et l’humanité vous devra le service inestimable d’être moins exposée aux horreurs de la calomnie couverte du manteau respectable de la religion. Voilà vos titres, Monsieur, à l’estime publique et à la gloire littéraire […]. » [↩]
- Boullet 1968, p. 11, 223-224. Entre 1715 et 1789, sur 85 entrées connues à l’académie des Palinods, on trouve 65 ecclésiastiques. Le concours des Palinods en 1769 avait ainsi pour sujet : « Danger des livres contre la religion par rapport à la société », celui de 1772 était intitulé : « La religion élève l’âme et agrandit l’esprit. » [↩]
- En 1784, l’année de la mort de Diderot, un des sujets de concours proposé est : « Quels seraient les moyens de porter l’Encyclopédie au plus haut degré de perfection ? » [↩]
- L’intendant de La Bourdonnaye, académicien, a rédigé en 1746 un mémoire sur « L’utilité des machines propres à suppléer le travail des hommes » (Boullet 1968, p. 54). En 1791, le sujet du concours est : « Les moyens mécaniques destinés à économiser la main-d’œuvre entraînent-ils des inconvénients plus ou moins grands que les avantages qu’ils procurent ? ». [↩]
- Boullet 1968, p. 243. [↩]
- Sujet de concours proposé en 1784 : « Le peu de soin que l’on donne à l’instruction des femmes vouées par leur éducation actuelle à l’oisiveté, ou à des occupations frivoles, n’est-il pas la cause immédiate de l’altération des mœurs ? » [↩]
- Bardet 1979, p. 274. [↩]
- Vrégeon 1789, p. 12-13. [↩]
- Le bibliothécaire lui-même est parfois soupçonné de vol : « Pour mon honneur à moi-même, pour ne pas être soupçonné à mon tour de garder pour moi ce qu’on destine à l’académie, pour assurer enfin les donateurs de l’existence de leurs présents dans la bibliothèque, je me suis mis dans l’usage de délivrer à chacun un extrait de mon registre, sous une forme dont tout le monde paroit content » (Vrégeon 1789, p. 15). [↩]
- Vrégeon 1785, p. 29. Le bibliothécaire fait allusion au don par l’abbé Pinand d’un Pindare grec, édition d’Oxford, à l’abbé Saas, pour appartenir à l’académie après sa mort (Tougard 1912, t. I, p. 236, n. 2). [↩]
- Vrégeon 1785, p. 38. [↩]
- Répertoire 1994, p. 12 ; Gosseaume, Histoire…, p. 33-36. [↩]
- Ibid., 1759. [↩]
- Ibid., 1768. [↩]
- Bergot 2006, p. 37. [↩]
- La table des registres de l’académie mentionne effectivement en 1759 une délibération « sur les grands hommes dont les bustes seront placés au jardin ». [↩]
- Arch. Acad., cote A 2, Table de ce qui est contenu dans les registres de l’académie […], 1750. [↩]
- Ibid., 1767. [↩]
- Ces bustes en terre cuite sont des copies de ceux, en marbre, qui ornaient le foyer de la Comédie-Française (Bergot 2006, p. 37). [↩]
- Jean-Jacques Caffieri (1723-1792), sculpteur du Roi, élève de Jean-Baptiste II Lemoyne, a offert les trois bustes des frères Corneille et de Jean Rotrou le 11 mai 1785 (Beaurepaire 1883, p. 16). [↩]
- https://mbarouen.fr/fr/oeuvres/pierre-corneille, cliché Philippe Alès, 2012 / Wikimédia. Il s’agit d’une copie de la statue exposée au Louvre en 1779. Nous n’avons pas localisé le buste de Corneille réalisé par Caffieri pour l’académie en 1785. [↩]
- Cliché Le Passant, 2017 / Wikimédia. [↩]
- Cliché Giogo, 2017 / Wikimédia. [↩]
- L’académie a participé au mouvement américanophile : après une épître à Franklin en 1778, une députation composée de MM. Poullain, Dambourney et Scanegatty a rendu visite, le 16 juillet 1785, au « sage libérateur de l’Amérique », avec l’accord du gouvernement (Boullet 1968, p. 233). [↩]
- Beaurepaire 1883, p. 16. [↩]
- Vrégeon 1785, p. 19. [↩]
- Vrégeon 1789, p. 13-14. [↩]
- Arch. Acad., cote A 2, Table des registres […], 1760. [↩]
- Ibid., 1762. [↩]
- Arch. dép. Seine-Maritime, 4 E 2432, registres paroissiaux de Salmonville-la-Sauvage, 1775-1779, p. 14/20 [en ligne]. [↩]
- En 1780, l’abbé Vrégeon, ex-curé de Salmonville-la-Sauvage, de l’académie de Clermont, est trésorier de l’académie de Rouen (Précis…, 1819, p. 17/350). [↩]
- Arch. Acad., cote A 2, Tableau de l’académie, académiciens titulaires. [↩] [↩]
- Arch. Acad., cote A 2, 5 juillet 1780 : « M. l’abbé Vrégeon chargé d’ayder MM. les secrétaires dans l’arrangement des livres de l’académie ». Il réside « boulevard de Crosne, en face de la poste ». [↩]
- Bibl. mun. Rouen, Ms U 1565-5, catalogue imprimé s.l.n.d. (Rouen, fin 1785 ou début 1786). L’œuvre de Vrégeon est notable : outre le catalogue de la bibliothèque de l’académie, il a composé un Dictionnaire des règles de la composition latine à l’usage des enfants, Rouen, 1757 et 1763, in-8 ; un Rudiment des enfants en forme de dictionnaire, Rouen, 1762 et 1765, in-8 ; le Journal du bibliothécaire du Roi et de l’Académie de Rouen à un membre de la même Académie, 1788, in-8 ; ainsi que différents mémoires scientifiques, sur la force des pointes pour soutirer le fluide électrique, sur la malléabilité du cuivre jaune à froid, sur la manière d’employer la machine pneumatique perfectionnée par Nicolas Thillaye, ainsi que diverses Observations météorologiques (Oursel, 1886, tome II, p. 576). [↩]
- En 1784, une délibération évoque une « réclamation des secrétaires contre l’étonnante liberté que s’étoit donné le trésorier (l’abbé Vrégeon) d’insérer des additions de sa façon sur le registre des statuts » (Arch. Acad., cote A 2, note de délibérations, 1744-1781). Le sort de Vrégeon est scellé lors de la séance du 7 décembre 1788. [↩]
- Dom Gourdin a déposé en 1782 deux discours à la bibliothèque de l’académie, un sur la Réputation, et l’autre sur les Panthéons (Vrégeon 1785, p. 26). [↩]
- À Bordeaux, le testament du magistrat Jean-Jacques Bel, le 28 août 1736, constitue la charte de fondation de la première bibliothèque publique de la ville, située dans les locaux de l’académie. Une des clauses indique que l’académie sera tenue de fournir « un logement honnête » au bibliothécaire qui recevra « la somme de 800 l. de revenus, payables chaque année, en deux pactes égaux et par avance » (Desgraves 1989, p. 505). [↩]
- Bergot 2009, p. 42. [↩]
- Martin 1958, p. 209. [↩]
- L’abbé Terrisse a déposé deux mémoires à la bibliothèque de l’académie, copiés en 1780 (Vrégeon 1785, p. 26). [↩]
- En 1753, plusieurs candidatures jansénistes soulèvent un débat à l’académie soucieuse de ne pas mécontenter l’archevêque (Roche 1978, t. I, p. 34, d’après une lettre de l’abbé Yart à Cideville). Cela dit, le cardinal ne semble pas avoir fait une seule communication à l’académie après sa réception (Boullet 1968, p. 101). [↩]
- Précis…, 1819, p. 17-18/350. [↩]
- Arch. Acad., cote A 2, Tableau de l’académie pour l’année 1779. [↩]
- Boullet 1968, p. 101. [↩]
- Vrégeon 1789, p. 1. [↩]
- Ibid., p. 7. [↩]
- C’est le catalogue conservé à la Bibl. mun. Rouen sous la cote Ms U-1565-5, que nous avons consulté pour cette étude. [↩]
- Vrégeon 1789, p. 10-12. [↩]
- Arch. Acad., cote A 2, Journal de Normandie, samedi 6 janvier 1787, p. 10 : « La bibliothèque royale et publique de l’académie, petite cour de l’hôtel de ville, sera ouverte tous les mercredis et samedis depuis deux heures après midi jusqu’à quatre, excepté pendant les temps de vacance. » [↩]
- https://books.google.fr/books?id=r0TsLZZJuQ4C&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q&f=false [↩]
- Vrégeon 1785, p. 26. [↩]
- Ibid., p. 33. [↩]
- Ibid., p. 6. Il s’agit de l’ouvrage de Bernard Forest de Belidor (1697-1761), Le Bombardier françois, ou Nouvelle méthode de jetter les bombes avec précision… https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb300787569 [↩]
- Ibid., p. 30. Il s’agit des Récréations mathématiques et physiques, où l’on traite des phosphores naturels et artificiels et des lampes perpétuelles, dissertation physique et chimique, par Jacques Ozanam (1640-1718). https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb31047533c [↩]
- Ibid., p. 16. Vrégeon latinise un titre français de Mathurin-Jacques Brisson (1723-1806), Le règne animal divisé en IX classes, ou Méthode contenant la division générale des animaux. https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb301629431 [↩]
- Ibid., p. 25. [↩]
- Ibid., p. 31. Pierre-Laurent de Belloy (1727-1775), comédien et auteur dramatique, surtout connu pour ses tragédies patriotiques, élu à l’Académie française en 1771. Les 6 vol. de ses Œuvres publiées à Paris en 1778-1779 sont consultables sur Gallica. https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb12127784h [↩]
- Ibid., p. 34. [↩]
- Vrégeon 1789, p. 70. [↩]
- Ibid., p. 35. [↩]
- Ibid., p. 32. [↩]
- Virolle 1976, p. 19. [↩]
- Arch. Acad., cote A 1 : Adresse de citoyens, membres de l’académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen à l’Assemblée nationale, Rouen, impr. veuve Laurent Dumesnil et Montier, 1791, 15 p. [↩]
- Précis…, 1852-1853, p. 316. [↩]
- Beaurepaire 1883, p. 22. [↩]
- Mellot 2020, p. 37. [↩]
- Beaurepaire 1883, p. 21. [↩]
- Arch. Acad., cote A 3, copie ms. des statuts de l’an XI, article 10. [↩]
- Ibid., copie ms. des statuts de 1824, article 19 : « Le bibliothécaire-archiviste est chargé du dépôt des livres, titres, papiers, instruments, médailles, gravures, etc. Il a ces différents objets en sa garde, d’après un inventaire signé double par le président et par lui. Il est élu pour 3 ans et peut être réélu. Il en est de même de son adjoint. » [↩]
- Decorde 1889, p. 213. [↩]
- Arch. Acad., cote A 3, fichier ms., archives et bibliothèque. [↩]
- Lettres communiquées par Édouard Frère, séance du 10 mai 1861 : Frère, 1861-1862, p. 374-382. https://www.index-precis.academie1744-rouen.fr/upload/bpt6k5470089n.pdf [↩]
- Cette vallée creusée par le Pénée entre le mont Olympe et le mont Ossa était consacrée au culte d’Apollon. Tous les neuf ans, une théorie, procession envoyée de Delphes, y venait cueillir le laurier sacré dont on couronnait les vainqueurs des Jeux pythiques. [↩]
- « Donnée par M. de Pontcarré régnant » (Vrégeon 1789, p. 15). [↩]
- « Donnée par l’abbé Dufresne » (Vrégeon 1789, p. 15). [↩]
- « Donnée par Mgr le Garde des Sceaux » (Vrégeon 1789, p. 15). [↩]
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Sylvain SKORA (24 septembre 2025). Rouen – Bibliothèque de l’académie royale des sciences, belles-lettres et arts. Bibliothèques publiques dans la France des Lumières. Consulté le 6 mai 2026 à l’adresse https://bipulum.hypotheses.org/2383
