Ressources numériques en sciences humaines et sociales OpenEdition Nos plateformes OpenEdition Books OpenEdition Journals Hypothèses Calenda Bibliothèques OpenEdition Freemium Suivez-nous

Beauvais – Le projet de bibliothèque publique de l’évêque Augustin Potier (1647)

 1. Le contexte urbain

Doc. 1. Louis Boudan, Plan de la ville de Beauvais, 1692. Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, EST VA-4111

Beauvais à l’époque moderne est une ville bien connue depuis la thèse de Pierre Goubert (1960)2, qui rend toutefois hommage aux recherches des historiens locaux [document 1]. La prospérité ancienne de Beauvais, l’antique Caesaromagus, s’explique par sa situation de voie qui relie en ligne droite deux importantes cités, Rouen et Reims, croisant la route de Paris à la mer. En somme, une ville picarde qui vit de sa double orientation champenoise et normande depuis la fin du Moyen Âge3. Cette vieille ville drapière sur le Thérain, dont l’eau est réputée pour le lavage et le blanchiment4 des laines depuis le XIIIe siècle au moins, a été partiellement détruite en 1472 et a bénéficié d’une reconstruction dynamique durant la première moitié du xvisiècle, dont témoigne le transept de la cathédrale édifié entre 1500 et 15495. Les premiers sayettiers natifs d’Amiens s’installent à Beauvais en 1535, à qui Henri II accorde un franc marché lors de sa visite en 1555. Cependant, jusqu’à la paix du Cateau-Cambrésis en 1559, la situation militaire demeure souvent alarmante (les « Bourguignons » brûlent Noyon en 1553) et les guerres de religion affaiblissent durablement l’économie. L’écroulement de la flèche de la cathédrale en 1573 symbolise ces difficultés. Ce n’est qu’après la signature de la paix de Vervins (1598) que les relations commerciales avec le nord sont enfin rétablies6.

Au XVIIe siècle, la situation économique est contrastée. Certes, Beauvais demeure la quatrième ville « drapante » du royaume avec 493 métiers battants dénombrés en 1692, très loin derrière Amiens (2 000 métiers), derrière Reims et Rouen, mais devant Sedan, Elbeuf et Châlons7. Mais les crises se succèdent et durant la Fronde, 50 % des métiers sont « bas »8. La création du bureau des pauvres, entre 1629 et 1653, répond à un besoin charitable pressant, dans une ville non négligeable par son nombre d’habitants : à l’intérieur de ses murailles vivent 2 975 feux en 1649, soit 10 500 habitants, selon les calculs de Pierre Goubert, qui insiste sur une ressource économique moins connue de la ville : sa « mer de vignes », au sud des murailles, qui produit plus de 100 000 hl par an. L’Église (évêque, chapitre, collégiales, couvents) possède les plus grandes et les meilleures pièces de vigne9.

La ville a la charge de l’entretien des murailles, fort coûteuse. La situation militaire oblige à les renforcer en 1636, l’année de Corbie, puis de nouveau en 165110. Sous le gouvernement personnel de Louis XIV, le fait économique majeur est la création par Colbert de la manufacture royale de tapisseries (1664). Celle-ci est en réalité plutôt une entreprise privée qui est avantagée par des avances, des commandes et des subventions royales (250 000 l. en vingt ans). Son directeur Louis Hinart parvient à grouper, en 1665, jusqu’à 127 ouvriers, en grande partie flamands, environ 600 artisans, cardeurs, fileurs et teinturiers. Philippe Bahagle remplace Hinart en 1684. Il sort les premières tapisseries de grand style et Louis XIV, qui visite l’établissement en 1686, en est satisfait. Mais le triplement du prix de revient interdit à la clientèle bourgeoise de s’offrir ces tentures de haut luxe11. Enfin, cette réussite apparente de la manufacture ne peut masquer la décadence catastrophique de la draperie traditionnelle car les étoffes chères ne se vendent plus dans une conjoncture assombrie. Le salaire réel baisse de 40 % entre 1630 et 170012.

Entre 1500 et 1789, la situation politique connaît de nets changements malgré la permanence d’institutions médiévales. L’institution des Trois Corps (évêché, chapitre cathédral et commune, cette dernière attestée dès 1099) remonte au XIVe siècle et subsiste jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, en dépit de la suspicion des agents royaux13. Le seigneur-évêque est un des douze pairs du royaume mais son pouvoir sur la ville décline après le Moyen Âge. En 1562, la conversion au calvinisme d’Odet de Coligny (évêque depuis 1535) fait scandale ; il est excommunié par le pape et doit se réfugier en Angleterre. L’évêque de Beauvais subit, lors de la réformation de la coutume en 1539, des amputations à son pouvoir judiciaire, et s’oppose vainement, en 1581, à la création du bailliage et du siège présidial, alors que l’échevinage y est favorable14. La ville est le siège d’une élection dépendant de la généralité de Paris. Pierre Goubert constate lui aussi que la justice comtale, face à la justice royale incarnée par un présidial aux compétences limitées, « ne cesse d’étendre son orgueilleuse puissance » jusqu’à la veille de la Révolution15.

La vie culturelle n’est pas négligeable dans cette ville où l’élite ne se préoccupe pas exclusivement de ses intérêts matériels. Beauvais était une ville d’activité intellectuelle toute religieuse : l’évêque, le chapitre cathédral16, treize paroisses (douze à partir de 1657), six collégiales, cinq couvents urbains, deux riches abbayes contiguës à la ville donnent une idée de la puissance du clergé, fort de près de cinq cents membres17.

La Renaissance a vu la fondation du collège grâce au testament du chanoine Nicole Pastour qui en confie la surintendance au chapitre cathédral (1545)18. L’imprimerie s’est établie tardivement, au début du xviie siècle. En 1614, Philippe le Clerc, principal du collège, avance au profit de Godefroy Vallet, libraire venu de Paris, les fonds indispensables à l’installation des premières presses, précisément devant l’établissement. Le premier livre est imprimé à Beauvais en 1615 : Coustumes de divers bailliages observées en Beauvaisis, ascavoir de Senlis, Amiens, Clermont et Montdidier … par M. Pierre Louvet, advocat en Parlement19 [document 2].

Doc. 2. Le premier livre imprimé à Beauvais en 1615 (bibliothèque Arch. dép. Oise, 1 BH 473)

G. Vallet décède en 1630. Sa veuve, Marguerite Riquier, reprend son atelier jusqu’à sa mort en 1641. Les Vallet se sont maintenus à Beauvais tout au long du XVIIe siècle.

L’enseignement reste largement aux mains des clercs et des autorités municipales. Le collège demeure soumis à l’administration des Trois Corps : son bureau est composé du lieutenant général au bailliage, du procureur du roi, de deux échevins, de deux notables bourgeois et d’un secrétaire, mais cette administration laïque proteste contre sa prise de possession par l’évêque et le chapitre cathédral en 176320. Le collège compte sept classes, de la 6e à la philosophie21, mais le déclin du nombre d’élèves au collège est patent : 4 à 500 au début du xviie siècle, 220 en 1764 dont 73 pensionnaires ; 250 à 300 avant la Révolution, année commune22.

L’évêque Nicolas Choart de Buzenval (m. 1679), neveu d’Augustin Potier (m. 1650) est janséniste et distribue toute sa fortune aux bonnes œuvres, et surtout aux pauvres. À peine arrivé à Beauvais en février 1651, il organise le séminaire, un des premiers de France. Il fait briller le vieux collège d’un vif éclat en y appelant les Messieurs de Port-Royal, qui ont eu Jean Racine pour élève de 1652 à 165523, mais l’établissement ne brille plus guère au XVIIIe siècle. Par ailleurs, Beauvais compte cinq écoles de garçons en 1789. L’enseignement primaire est laissé à des maîtres d’école – sept ou huit, selon les périodes – qui doivent obtenir l’agrément de l’évêché. Les maîtresses d’école sont moins nombreuses. Les Ursulines tiennent un pensionnat de demoiselles et une école pour jeunes filles pauvres. La communauté de l’Enfant-Jésus dirige l’école dite des Barettes24.

Cet enseignement primaire et secondaire semble avoir porté ses fruits. Le taux d’alphabétisation, tel qu’on peut le mesurer par les signatures d’actes de mariage, est élevé dans la seconde moitié du XVIIIe siècle [document 3]. Entre 1750 et 1774, dans les neuf paroisses intramuros, près de 80 % des hommes peuvent signer leur acte de mariage, une proportion qui tombe à 73 % dans les trois faubourgs. L’écart est important avec les femmes : 60 % des mariées peuvent signer intramuros contre 41 % dans les faubourgs. Les trois paroisses les plus riches, au centre de la cité (Saint-Sauveur, la Basse-Œuvre et Saint-Martin) se distinguent par une instruction particulièrement élevée (moins de 15 % d’illettrés chez les hommes et moins d’un tiers chez les femmes), en dépit de la présence de nombreux domestiques venus des campagnes et n’ayant pu aller à l’école. Une relative stagnation de l’instruction semble se dessiner entre 1775 et 1791 dans les deux paroisses les plus peuplées de la ville, Saint-Étienne et Saint-Sauveur, mais les progrès se poursuivent dans la paroisse plus périphérique et populaire de Saint-Thomas25.

Doc. 3. Niveau d’instruction selon les paroisses (Ganiage, 1999, p. 63).

Beauvais a ainsi formé quelques hommes de lettres et de sciences célèbres, mais presque tous sont partis à Paris après leurs années de formation beauvaisiennes et Pierre Goubert, peut-être trop sévère, estime qu’on n’y trouve « aucune personnalité éclatante et même aucun écrivain de réelle valeur »26. Une douzaine de  figures érudites émerge pourtant au xviie et au début du XVIIIsiècle27 : le médecin du Roi Guy Patin (1601-1672)28, le théologien janséniste Godefroy Hermant (1617-1690)29, le directeur des Petites écoles de Port-Royal Charles Wallon de Beaupuis (1621-1709)30, le numismate voyageur Jean Foy-Vaillant (1632-1704)31, l’écrivain bibliothécaire Adrien Baillet (1649-1706)32, l’échevin lettré et voyageur Claude Aux Cousteaux de Fercourt (1653-1734)33, le juriste Denis Simon (1660-1731), l’abbé diplomate Jean-Baptiste Dubos (1670-1742)34, le polémiste maintes fois embastillé Nicolas Lenglet dit Dufresnoy (1674-1755)35, le grammairien Pierre Restaut (1696-1764)36 et l’historien de l’art Jean Baptiste Louis Georges Seroux d’Agincourt (1730-1814), devenu célèbre sous la Restauration37.

Les Beauvaisiens savent majoritairement lire, mais lisent-ils des livres ? Pierre Goubert, qui a relevé plus de quatre cents dossiers d’inventaires après décès dans les Archives départementales de l’Oise (soit environ 20 000 familles beauvaisiennes), a découvert l’existence de bibliothèques privées chez de nombreux possesseurs d’offices. Parmi les « vieilles » fortunes, « la bibliothèque tenait une place presque toujours importante : ouvrages sévères d’humanistes, de juristes, de théologiens38 ». On peut citer le cas du conseiller du Roi Georges Le Boucher, mort en octobre 1652, issu d’une des plus vieilles familles roturières de la ville. Il vit dans une très grande maison (10 pièces, 2 servantes) et possède

une bibliothèque à faire rêver : 72 volumes in-folio, 411 vol. in-4°, sans compter les brochures en français, en latin, en italien, en grec. Pas une œuvre de délassement, pas une œuvre d’allure littéraire, mais du droit, de la théologie et une impressionnante bibliothèque d’humaniste : Isocrate (en grec), Plutarque, Cicéron, Tite-Live, Sénèque, Grégoire de Tours, le Digeste, Robert Estienne, Laurent Valla (qui ne vaut que 5 sous selon l’inventaire). Puis la grande littérature militante du siècle : Calvin, les satyres Ménippée, Olivier de Serres, Le Bret, Jansenius… Champions de la culture classique de 1950, inclinez-vous bien bas !39

Le Boucher s’intéresse essentiellement à la culture classique héritée de la Renaissance. Dans sa bibliothèque, Descartes n’est cité que deux fois, et Pascal une fois26. Il possède très peu d’ouvrages contemporains.

Dans le milieu marchand, la possession de livres est plus rare. Les marchands n’envoient pas au collège, semble-t-il, ceux de leurs enfants qu’ils destinent à la boutique et au trafic. Savary pense en effet qu’un « parfait négociant » n’a que faire du latin. Les marchands beauvaisiens ne possèdent en leurs « librairies », si l’on en croit leurs inventaires après décès, que deux ou trois livres pieux, le Parfait négociant et, plus tard, quelques ouvrages de voyages décrivant les terres lointaines vers lesquelles les négociants commencent à envoyer des étoffes40.

La richesse de la famille Danse est proverbiale au xviie siècle. Nicolas Danse (m. 1661), marchand et bourgeois, ancien échevin, ne possède aucun office. Sa succession s’élève à près de 100 000 livres, mais sa bibliothèque ne comporte que 5 ouvrages de piété, pas plus qu’un gros laboureur ou qu’un maître drapier41. Lucien Motte (m. nov. 1650) est le plus riche des marchands de Beauvais. Il garde chez lui 7 000 livres d’or et d’argent. Dans son magasin sont conservées 1 700 pièces des étoffes les plus fines, dont la valeur d’achat est de 50 000 livres. Son chiffre d’affaires annuel devait dépasser 80 000, peut-être 100 000 livres. Motte est plus riche que l’évêque-comte de Beauvais mais il ne lit pas un livre : il n’a que la Bible dans sa bibliothèque42.

Les bibliothèques appartenant à des institutions ne sont pas sans importance. La bibliothèque du collège, inventoriée tardivement (mi-septembre 1794) par les commissaires Danse et Dubout, compte à peine un millier de livres ; 214 volumes sont entrés en 1777 par suite du legs de 500 livres de Vualon « contrôleur de la bouche du Roy ». La bibliothèque du collège, tournée vers les humanités, n’était guère au courant des publications du xviie et du xviiie siècle43.

La bibliothèque la plus ancienne de la ville est celle du chapitre cathédral, attestée depuis le xisiècle (les bibliothèques des abbayes voisines de Corbie et de Saint-Riquier sont plus anciennes encore44 ). Le bâtiment de la bibliothèque, reconstruit entre 1403 et 1417, contient 186 volumes au xve siècle mais les fonds sont victimes des guerres de Religion. La bibliothèque ne compte plus que 147 volumes en 1664 et environ 200 à la fin du XVIIIe siècle45. De nombreux savants sont venus y consulter voire y emprunter des livres (Jacques Amyot, Antoine Loisel, Étienne Baluze ou Jean Mabillon), mais la bibliothèque était rarement ouverte46 et jamais les chanoines n’ont décidé d’accueillir du public avant la Révolution47. Les autres établissements religieux intramuros, qui prospèrent dans le premier tiers du xviie siècle (installation des capucins en 1603, des minimes en 1618, des ursulines en 1627), n’ont pas de bibliothèques48. À l’inverse, l’abbaye de Saint-Quentin, dans les faubourgs de la ville, possède d’après les inventaires du 4 mai et du 30 septembre 1790 une bibliothèque renfermant environ 4 439 volumes (trois-quarts de petits formats)49, ainsi que des cartes de France, « au nombre de 180 environ » mais point de « manuscrit ni médaille50 ». La bibliothèque de l’abbaye royale de Saint-Lucien (25 moines profès en 1789), d’après l’inventaire du 30 septembre 1790, compte 3 720 volumes (un tiers de petits formats)51.

En 1904, G.-Hector Quignon s’interrogeait sur ces bibliothèques conventuelles et leur rôle dans la formation intellectuelle de leurs usagers :

Les bibliothèques de toutes ces fortes corporations ecclésiastiques apportent-elles une preuve analogue de leur vie intellectuelle propre, de leur goût pour les livres et les idées du temps, marqué par les dates ? Ceux qui ont formé ces collections les ont-ils enrichies jusqu’au moment où la Révolution les leur a retirées ? Peut-on en conjecturer une opinion non seulement sur l’importance de ces dépôts, mais bien mieux sur la valeur et sur l’activité intellectuelle de leurs possesseurs, dont les livres étaient les instruments de travail ?17

C’est dans ce contexte beauvaisien sensible à la culture qu’un projet relativement précoce (1647) de bibliothèque publique doit être signalé, celui de l’évêque Augustin Potier pour son palais épiscopal52.

 2. La fondation

De la bibliothèque abritée dans l’ancien palais épiscopal de Beauvais, on sait très peu de choses. La série G des Archives départementales ne conserve aucun document sur ce lieu. Il faut attendre le milieu du XVIIe siècle pour découvrir la sollicitude d’un prélat pour cette bibliothèque méconnue.

  • Biographie du fondateur : Augustin Potier (v. 1580-1650)

Augustin Potier, dont on ne connaît pas précisément la date de naissance, est le fils cadet de Nicolas Potier (v. 1541-1635), seigneur de Blanc-Mesnil, second président à mortier au parlement de Paris, chancelier de Catherine de Médicis, et d’Isabeau Baillet, issue d’une longue lignée de magistrats. Il est le frère de Bernard Potier, seigneur de Silly, conseiller au parlement de Paris, décédé en 1610 ; du secrétaire d’État Nicolas Potier, seigneur d’Ocquerre ; d’André Potier, seigneur de Novion, président à mortier au parlement de Paris ; et le frère cadet de l’évêque de Beauvais, René Potier (1574-1616), à qui il succède dans la charge épiscopale en 1617, et qu’il conserve jusqu’à son décès le 19 juin 165053. Son tombeau de marbre blanc était autrefois visible dans la cathédrale [document 4].

Potier est un prélat cultivé qui reçoit les hommages en vers latins des élèves du collège en 161854 et qui fait traduire en français le Sacerdoce de saint Jean Chrysostome à l’usage du séminaire55. C’est durant son épiscopat que le Rituel à l’usage de Beauvais est remanié et imprimé en 163756, et les statuts synodaux qu’il a publiés sont imprimés par son successeur Nicolas Choart de Buzenval en 165357. Augustin Potier est également le grand aumônier d’Anne d’Autriche, et « la Reine paroissoit l’estimer et le considérer », d’après Madame de Motteville58. Du fait de sa proximité avec la reine, Potier a de fortes ambitions politiques à la mort de Louis XIII, réduites à néant par ses rivaux. Le cardinal de Retz a écrit de lui ces quelques lignes assassines :

Le Roi mourut […]. M. l’évêque de Beauvais, plus idiot que tous les idiots de votre connoissance, prit la figure de premier ministre, et il demanda dès le premier jour aux Hollandais qu’ils se convertissent à la religion catholique, s’ils vouloient demeurer dans l’alliance de la France. La Reine eut honte de cette momerie du ministre : elle me commanda d’aller offrir de sa part la première place à mon père59.

L’anecdote est probablement fausse, mais selon La Rochefoucauld, Potier fut « le seul des serviteurs de la Reine que le cardinal de Richelieu n’avait pas jugé digne d’en être éloigné60 ». Madame de Motteville se borne à dire qu’il « ne soutenoit pas les affaires avec la force et la capacité qu’un premier ministre doit avoir »61. La reine mère a renvoyé Augustin Potier dans son diocèse où il a passé les dernières années de sa vie dans son château épiscopal de Bresles, à 15 kilomètres à l’est de Beauvais.

Doc. 4. Dessin de la pierre tombale de l’évêque Augustin Potier dans la cathédrale de Beauvais. BnF, collection Gaignières, 3895 (Est. RESERVE Pe-3-Fol.)62
  • L’acte de fondation

Le testament de l’évêque Augustin Potier, daté du 27 septembre 1647, est conservé dans la série G des Archives départementales de l’Oise (G 31) [documents 5_1 et 5_2]. Sa bibliothèque lui venait de son frère René (évêque de Beauvais de 1596 à 1616), dont il avait assumé les dettes, et il l’avait maintes fois accrue, même depuis son éloignement de la cour. Le père Louis Jacob, dans son Traité des plus belles bibliothèques (1644), écrit que « M. Augustin Potier Evesque & Comte de Beauvais, jouyt d’une belle bibliothèque garnie de bons livres »63 et l’archevêque de Toulouse, Charles de Montchal (1589-1651), helléniste réputé et grand ami de Potier, lui avait envoyé un catalogue d’ouvrages qu’il pouvait encore y ajouter.

Potier souhaite offrir ses livres à la bibliothèque de l’évêché et l’ouvrir au public, sous le contrôle des chanoines qui doivent employer 300 l. annuelles à l’accroissement des collections. Un bibliothécaire choisi conjointement par l’évêque et le chapitre sera notamment chargé de faire les achats de livres et de réaliser l’inventaire des ouvrages à chaque « renouvellement d’évêque » :

Je donne pareillement à mon evesché ma bibliothèque, en cas que les biens que je laisseray au jour de mon décès suffisent au paiement de mes debtes et accomplissement du présent testament et sy ilz se trouvent suffisants, je désire que madicte bibliothèque soit conservée en la gallerye haulte de mon hostel episcopal pour servir au publicq, sans que les livres en puissent estre tirez ny transportez, désirant que l’un de Messieurs les chanoines de l’église de Beauvais qui sera nommé et choisy par Messeigneurs mes successeurs et Messieurs du chapitre, ayent la garde de ladicte bibliothèque et s’en chargent sur l’inventaire qui en sera fait à chaque renouvellement d’evesque, suppliant Messeigneurs mes successeurs de vouloir emploier chacun an trois cens livres à l’achapt des livres qu’eux et ledict bibliothécaire jugeront à propos d’achepter64.

Doc. 5_1. Extrait du testament de l’évêque Augustin Potier, 1647 (Arch. dép. Oise, G 31)
Doc. 5_2. Extrait du testament de l’évêque Augustin Potier, 1647 (Arch. dép. Oise, G 31)

Cette somme de 300 l. pour l’achat de livres est exactement la même que celle prévue par l’archevêque de Rouen François de Harlay (en charge de 1615 à 1651) dans la donation qu’il fait de sa bibliothèque privée du château de Gaillon au chapitre cathédral de Rouen en 1634. Le prélat rouennais prévoit également 300 l. pour la rémunération annuelle du bibliothécaire, une pension que l’on ne retrouve pas dans le testament de son confrère Potier en 164765.

Le chanoine Godefroy Hermant, grand érudit alors en charge de la bibliothèque du chapitre, donne une explication assez peu flatteuse de la donation des livres de l’évêque Potier :

Je crois avoir esté l’occasion de l’addition qu’il fit à la fin de cet article pour l’accroissement annuel de sa bibliothèque après sa mort. Car, dès l’an 1646, lorsque j’avois l’honneur d’estre l’un de ses commensaux, estant descendu un jour dans ma chambre, il fut surpris de trouver parmy les livres qui constituoient alors un médiocre cabinet, plusieurs bons livres qui lui manquoient. Cela luy donnoit cette impression et luy fit concevoir de quelle importance il estoit de faire de tems en tems une semblable augmentation, quelque bon fonds que l’on puisse avoir déjà. Aussy estant retourné à Paris, sur la fin de la mesme année, pour servir l’Université dans ma charge de recteur, il me chargea de cette commission, et il auroit persisté dans ce dessein si Dieu luy avoit fait la grâce de réparer sa santé66.

Augustin Potier aurait donc confié au chanoine Hermant la mise en œuvre de la bibliothèque publique au palais épiscopal de Beauvais, en suivant probablement l’exemple de la bibliothèque Mazarine dont le règlement est rédigé par Gabriel Naudé cette même année 1647. Hermant, recteur de la Sorbonne, aurait également pu tirer les leçons de l’échec du projet de Richelieu, dont la bibliothèque est vendue après sa mort.

À la fin du XIXe siècle, le biographe de l’évêque, Fernand Potier de La Morandière (1838-1898) loue le geste d’Augustin Potier : « On ne peut, assurément, qu’applaudir à ce souci que montrait le prélat de mettre à la disposition de ses diocésains des lectures saines et fortifiantes, mais nous avouons que sa sollicitude pour l’avenir d’un si précieux fonds ne nous touche pas moins, et cet amour du livre, encore peu commun à cette époque, est une marque particulière de la distinction de son esprit67. »

3. Mise en œuvre

Des clauses testamentaires non exécutées     

Dans la copie du compte rendu par l’exécuteur testamentaire d’Augustin Potier (6 mars 1654), la bibliothèque n’est pas mentionnée68 et les archives postérieures sont muettes à son sujet. On peut envisager plusieurs raisons à cet échec du projet de Potier. Il est probable que les dettes de l’évêque défunt ont empêché la réalisation du legs de ses ouvrages, comme il le craignait d’ailleurs dès 1647. Ses successeurs n’ont sans doute pas eu la volonté de verser 300 l. de rente annuelle à l’entretien et l’accroissement d’une bibliothèque publique. Enfin, le chapitre n’a montré aucun intérêt pour ce projet épiscopal, alors qu’il consacrait des fonds à la réorganisation de sa propre bibliothèque69. Le chanoine Hermant avait fort à faire avec la bibliothèque du chapitre ; Potier mort, il a abandonné ce projet de bibliothèque publique pour mieux correspondre avec les savants intéressés par les ouvrages de la bibliothèque capitulaire.

4. Collections

Le mémoire manuscrit de l’érudit Bucquet, écrit vers 1776-1777, fournit d’utiles renseignements sur la relative déshérence de la bibliothèque épiscopale après la mort de l’évêque Potier :

Ce prélat mort en 1650 laissa ses livres dans la galerie haute ci-dessus désignée […]. Jusqu’ici les livres de l’évêché se sont parfaitement conservés, mais sans accroissement notable. La bibliothèque a presque toujours été fermée, pendant près d’un siècle et demi. Le chapitre a un bibliothécaire qui est entré à peine dans le lieu de ses fonctions, et le public, peut-être même des chanoines, ignorent qu’il est une bibliothèque à l’évêché.

Cependant le fonds de livres est déjà précieux, ils sont in-folio pour la très grande partie. On distingue une polyglotte, des bibles hébraïques, un maldunel [?] de Pont-à-Mousson, de bonnes éditions d’anciens auteurs, Platon, Aristote, Homère, Virgile, Plutarque, etc. Il y a tradition à Beauvais que c’étoit la bibliothèque du fameux père Kirker qui l’a cédée sans doute lorsqu’il quitta Paris pour se rendre en Italie vers 164070.

En 1713, le chanoine Augustin Le Cat a réalisé en sept volumes manuscrits le catalogue de la bibliothèque épiscopale, qui contenait environ 2 000 volumes71.

Le catalogue de 1713 signale peu d’accroissement après 1650, d’après les dates des ouvrages. Le livre inventorié le plus récent est en effet la Numismatique des empereurs romains du savant beauvaisien Jean Foy-Vaillant (1674). L’ordre canonique est respecté : nombreuses Bibles grecques, latines et françaises, production religieuse protestante du xvie siècle, commentateurs de la Bible, théologiens, scolastiques et controversistes ; historiens, conciles, juristes en droit canon et droit civil, philosophes, mathématiciens, géographes, médecins, littérateurs, orateurs, poètes anciens terminent cette énumération méthodique72.

Il faudrait consulter les fonds de la médiathèque municipale de Beauvais pour déterminer quels ouvrages de la bibliothèque originelle d’Augustin Potier y sont éventuellement conservés, en s’appuyant sur le catalogue de 1713 et de possibles marques de provenances ou ex-libris ; on peut citer l’ouvrage de Pierre Louvet, Histoire et antiquités du pays de Beauvaisis (1631), qui appartenait à cet évêque. Par ailleurs, quelques imprimés portent la mention de leur appartenance à la bibliothèque épiscopale. Cette recherche bibliographique reste à mener.

 5. Bâtiment et mobilier

  • Une bibliothèque épiscopale non ouverte au public au XVIIIe siècle

Les évêques de Beauvais n’ont pas ouvert leur bibliothèque au public mais ils ne l’ont pas négligée pour autant. La bibliothèque de l’évêché, d’après la visite effectuée en 1772, était en bon état et se situait au premier étage de la galerie donnant sur la cour, au-dessus des écuries73. Elle était proche de la chapelle (démolie vers 1840) et du grand séminaire [document 6].

Doc. 6. Arch. dép. Oise, G 25 (= plan 87) : détail du plan du palais épiscopal de Beauvais, 1767 (73 × 105 cm)

Le chanoine Augustin Le Cat, dans le catalogue qu’il a rédigé en 1713, a dessiné la bibliothèque sous le titre Bibliothecarii : à droite, des in-folio dans des rayons, à gauche, une table, un fauteuil bas rembourré, trois larges fenêtres et dans le fond une porte qui s’ouvre sur un cabinet avec d’autres livres [document 7]. À la page 47, après le titre Chronologi, la lettre C ornée représente l’évêque écrivant dans son cabinet de travail avec des rouleaux dépliés et des livres épars à ses pieds74.

Doc. 7. La bibliothèque épiscopale en 1713, dessin à l’encre du chanoine Augustin Le Cat, 7,2 × 11,5 cm (Médiathèque de Beauvais, manuscrit 12)
  • Un nouveau bâtiment pour la bibliothèque de l’évêché (1776-1778)

Entre le printemps 1776 et le printemps 1778, le cardinal de La Rochefoucauld fait reconstruire un petit bâtiment donnant sur la rue du Limaçon et la cour de l’évêché, à la place de l’ancien bûcher. Il y fait installer le secrétariat au rez-de-chaussée et la bibliothèque au premier étage. Ces travaux sont attestés par diverses quittances d’artisans, dont le peintre Jean-Baptiste Le Chantre, membre de l’académie de Saint-Luc [document 8], mais rien n’indique que la bibliothèque soit ouverte au public. Elle s’ouvre par sept croisées et est directement reliée par un corridor surplombant la cour à l’appartement de l’évêque75.

Doc. 8. Arch. dép. Oise, G 458, extrait du mémoire du peintre J.-B. Le Chantre pour la nouvelle bibliothèque épiscopale (1776)

Par ailleurs, certains évêques ont fait installer une bibliothèque particulière dans leur cabinet, dont témoigne le bref catalogue de celle du cardinal de Gesvres (1738) évoqué par Louis-Jean-Baptiste Bucquet de Bracheux76. Le cardinal de La Rochefoucauld77 sollicite un menuisier pour « raccommoder » la bibliothèque de sa chambre en 1778 et un vitrier en 179078. Le palais épiscopal comporte donc plusieurs bibliothèques à la fin du XVIIIe siècle, mais certaines ont eu une existence éphémère.

6. Vie de la bibliothèque

Sans objet car elle n’a pas ouvert au public.

7. Usages

Sans objet car elle n’a pas ouvert au public.

 8. Traitement sous la Révolution

La bibliothèque épiscopale a été confisquée en 1790 et ses fonds ont intégré la bibliothèque municipale de Beauvais au début du XIXe siècle.

 9. Traces actuelles

La galerie qui abritait la bibliothèque épiscopale aux XVIIe et XVIIIe siècles (avant 1776) a été démolie après la Révolution.

 10. Sources et bibliographie

 

Sources

  • Archives départementales de l’Oise (Beauvais)

Série G

– Instrument de travail : Inventaire-sommaire des Archives départementales antérieures à 1790 rédigé par MM. Gustave Desjardins et Armand Rendu, archivistes. Oise. Archives ecclésiastiques – série G. Tome I – G 1 à G 2352. Beauvais, Imprimerie de D. Père, rue Saint-Jean, 1878, 476 p.

– G 22 : Procès-verbal de la visite des bâtiments dépendant de l’évêché de Beauvais (19 août 1772)

– G 25 (= plan 87) : plan du palais épiscopal de Beauvais, 1767 (73 × 105 cm)

– G 31 : testament de l’évêque Potier, 1647

– G 457 : pièces comptables pour l’évêché de Beauvais, 1776, 1777, 1778

– G 458 : Mémoires à l’appui du 1er chapitre de dépense du compte rendu par Delavacquerie pour 1778.

Série Q :

– 1 Q 2 330 : évêché de Beauvais. Compte de 1790 et pièces y relatives (1787-1791) 

  • Médiathèque municipale de Beauvais

– Mémoire de Louis-Jean-Baptiste Bucquet de Bracheux, collection Bucquet-Aux Cousteaux, tome XVI, p. 266-272 [en ligne sur le portail Armarium] https://www.armarium-hautsdefrance.fr/document/53317#?c=0&m=0&s=0&cv=0

– Chanoine Augustin Le Cat, Catalogue de la bibliothèque des évêques de Beauvais, 1713, manuscrit 12. 

Bibliographie 

– Desgraves, Louis, « Vers la bibliothèque publique », in Histoire des bibliothèques françaises. II : Les bibliothèques sous l’Ancien Régime 1530-1789 (Claude Jolly dir.), Paris, Éditions du Cercle de la Librairie, 2008 [1re éd. : 1989], p. 498-531.

– Fauqueux, Charles, Beauvais, son histoire, des origines à l’après-guerre 1939-1945, Paris, Office d’édition du livre d’histoire, 1996, coll. « Monographies des villes et villages de France », 414 p. Préface de Pierre Goubert.

– Ganiage, Jean (dir.), Histoire de Beauvais et du Beauvaisis, Toulouse, Privat, 1987, 318 p., coll. « Pays et villes de France ».

—, Beauvais au xviiie siècle. Population et cadre urbain, Paris, CNRS Éditions, 1999, 285 p.

– Pierre Goubert, Beauvais et le Beauvaisis de 1600 à 1730. Contributions à l’histoire sociale de la France au xviie siècle, Paris, SEVPEN, 1960, 653 p. + atlas. Réédition en 2013 aux Éditions de la Sorbonne (préface de Daniel Roche).

—, Cent mille provinciaux au xviie siècle. Beauvais et le Beauvaisis de 1600 à 1730, Paris, Flammarion, 1968, 439 p. [rééd. coll. « Champs », 1999].

—, Beauvais en 1650. Conférence faite au théâtre de Beauvais le 15 mars 1950 (dactyl.)

– Jacob, Louis (père), Traicté des plus belles bibliothèques publiques et particulières qui ont esté & sont à présent dans le monde, Paris, R. Le Duc, 1644.

La France littéraire, Paris, Duchesne, 1784, tome 4, partie 1, p. 49-50 : Beauvais

– Leblond, Victor, Inventaire sommaire de la collection Bucquet-Aux Cousteaux, comprenant 95 volumes de documents manuscrits et imprimés rassemblés au XVIIIe siècle sur Beauvais et le Beauvaisis, Paris, Honoré Champion-Beauvais, Imprimerie départementale de l’Oise et de la Société académique, 1906, XXII-360 p.

– Omont, Henri, Recherches sur la bibliothèque de l’église cathédrale de Beauvais, Paris, Imprimerie Nationale, 1914, 93 p., extrait des Mémoires de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, tome XL.

– Potier de La Morandière, Fernand, Augustin Potier. Évêque et comte de Beauvais, pair de France, Paris, Imprimerie P. Feron-Vrau, s.d. [avant 1898], 365 p.

– Quignon, G.-Hector, La bibliothèque de la ville de Beauvais (1789-1903), Paris, Honoré Champion, 1904, 51 p.

– Salmon, Marie-José, Un palais-musée à Beauvais : tours et détours de l’ancienne demeure épiscopale, Beauvais, Musée départemental de l’Oise, 1984, 61 p.

 

Remerciements

Nous tenons à remercier pour les renseignements et documents iconographiques fournis dans le cadre de cette recherche :

– Madame Véronique Wilczynski-Laurent, responsable du centre de ressources documentaires et chargée des collections d’art graphique au Musée départemental de l’Oise ;

– Madame Coralie Bournonville, directrice de la lecture publique à la Médiathèque municipale de Beauvais ;

– Madame Clotilde Romet, directrice des Archives départementales de l’Oise ;

– Madame Céline Pierron, cheffe du bureau de la communication des documents aux Archives départementales de l’Oise

 

Annexe 1 – Les travaux de reconstruction de la bibliothèque épiscopale par le cardinal de La Rochefoucauld (1776-1778)

Arch. dép. Oise, G 22 : Procès-verbal de la visite des bâtiments dépendant de l’évêché de Beauvais (19 août 1772) (extraits)

Devis des réparations par Pecquet, entrepreneur de bâtiment à Beauvais, et Jérôme Burgaud, architecte à Revenel, lors de la prise de possession dudit évêché par Mgr de La Rochefoucauld.

N° 202 sq. : Palais épiscopal

300 : Sommes entrés dans le passage de la bibliothèque que nous avons trouvé en bon état [ce passage est à côté de la chapelle, donc à droite du corps de logis épiscopal].

334 : Sommes entrés dans une petite écurie sous la bibliothèque où nous avons reconnu les mangeoirs en mauvais état [galerie conduisant du corps de logis à la cathédrale].

346 : Nous nous sommes transportés dans le carré de la bibliothèque à côté de la chapelle où nous avons reconnu être nécessaire de repiquer le plancher qui est construit en plâtre, y refaire un enduit à la quantité de six toises que nous estimons pour fourniture et façon 15 livres.

347 : Item sommes transportés dans la bibliothèque où nous avons reconnu qu’il étoit nécessaire de faire et fournir une toise et demie d’enduit en plâtre en plusieurs endroits que nous estimons pour fourniture et façon 4 livres.

348 : Avons visité la charpente de la galerie que nous avons trouvée en bon état, ainsi que le pan de la couverture du côté de la cour.

349 : Item sommes passés de l’autre côté du bâtiment où nous avons visité la couverture que nous avons trouvée en bon état.

Arch. dép. Oise, G 457 : pièces comptables pour l’évêché de Beauvais, 1776, 1777, 1778 (extraits)

– Mémoire de Boulliet vitrier à Beauvais pour les ouvrages que j’aye fait pour Mgr de La Rochefoucauld à son nouveau secrétariat à Beauvais à courance du moye (sic) d’octobre de l’année 1777 tant pour peinture que la vitrerie »

Le vitrier a « peint les 7 croisées d’en haut tant dans la bibliothèque que dans une chambre à côté », a « peint la porte pour aller de la bibliothèque à l’appartement de Mgr », a « vitré les 7 croisées de la bibliothèque et de la chambre d’à côté », a « nettoyé les 7 croisées d’en haut tant dans la bibliothèque que dans l’escalier ».

Arch. dép. Oise, G 458 : mémoires à l’appui du premier chapitre de dépense du compte rendu par Delavacquerie, 1778 (extraits)

– « Mémoire des ouvrages que [Pierre] Marlette serrurier a fait et fourni pour Monseigneur de La Rochefoucauld évêque et comte de Beauvais, vidamé de Gerberoy, pair de France, pour le bâtiment neuf du secrétariat et de la bibliothèque. »

Les travaux ont commencé le 12 avril 1776. Fin des travaux : 20 mars 1778. Somme totale : 1 646 livres 19 sols.

– Le mémoire du charpentier Sébastien Lermillier confirme que le secrétariat et la bibliothèque sont abrités dans le même bâtiment. Le bois de charpente est coupé dans le bois du Fecque pour 12 livres en mars 1776. Le charpentier commence à travailler au bâtiment du secrétariat le 23 avril 1776.

6 février 1777 : changement d’une porte à la bibliothèque.

« La galerie au-dessus de la grande porte de la basse-cour descend de chez Monseigneur aux archives. »

– Mémoire d’ouvrage de peinture par Le Chantre, peintre décorateur demeurant à Paris, 17 grande rue du faubourg Saint-Martin, pour le palais épiscopal de Beauvais, 1776.

L’artiste est Jean-Baptiste Le Chantre, peintre de l’académie de Saint-Luc.

Total du devis : 3 174 livres 7 sols 8 deniers.

« La salle de la bibliothèque et de deux portes : 15 pieds sur 6 pieds de haut, les tablettes de l’ensemble 17 pieds sur 2 pieds pour les 2 faces.

  1. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b69025859.r=beauvais?rk=64378;0 []
  2. Goubert, 1960, et Goubert 1968. []
  3. Goubert, 1950, p. 5. []
  4. Ganiage, 1999, p. 40. []
  5. Ganiage, 1987, p. 83. []
  6. Ibid., p. 96. []
  7. Ganiage, 1999, p. 31. []
  8. Goubert, 1950, p. 13-14. []
  9. Ibid., p. 3-4. []
  10. Ibid., 1950, p. 7. []
  11. Ibid., p. 137. []
  12. Goubert, 1950, p. 30-31. []
  13. Ganiage, 1987, p. 89. []
  14. Ibid., p. 92. []
  15. Goubert, 1968, p. 270. []
  16. Le chapitre cathédral comptait en 1630 53 prébendes et 38 chapellenies, comme à Amiens ou à Notre-Dame de Paris (Goubert, 1968, p. 265). []
  17. Quignon, 1904, p. 6. [] []
  18. Leblond, 1906, p. 118. []
  19. Fauqueux, 1996, p. 125. Ouvrage conservé à la bibliothèque des Arch. dép. Oise, cote 1 BH 473. []
  20. Leblond, 1906, p. 168. []
  21. Ganiage, 1999, p. 29. []
  22. Fauqueux, 1996, p. 176-177. []
  23. Goubert, 1950, p. 25. []
  24. Fauqueux, 1996, p. 176. []
  25. Ganiage, 1999, p. 62-65. []
  26. Goubert, 1968, p. 390. [] []
  27. Fauqueux, 1996, p. 147. []
  28. Guy Patin, né à Hodenc-en-Bray, élève au collège de Beauvais de 9 à 13 ans, avant d’être envoyé à Paris au collège de Boncourt, futur médecin du Roi. []
  29. Godefroy Hermant, élève du collège de Beauvais avant d’y enseigner (1636-1639), recteur de l’université de Paris (1646-1648), théologien janséniste très actif dans le séminaire de Beauvais fondé par l’évêque Augustin Potier. []
  30. Charles Wallon de Beaupuis, prêtre janséniste né à Beauvais, qui a dirigé le séminaire de la ville après avoir dirigé les Petites écoles de Port-Royal. []
  31. Jean Foy-Vaillant, fondateur du Cabinet des médailles, qui a voyagé en Orient pour en ramener à Paris, « le plus célèbre médailliste du temps de Louis XIV », auteur d’un traité de référence en 1674 (Antoine Schnapper, 1988, p. 21). []
  32. Adrien Baillet, théologien et hommes de lettres, élève puis professeur au séminaire de Beauvais, le premier biographe de Descartes. []
  33. Claude Aux Cousteaux de Fercourt, cousin de Jean Foy-Vaillant. Disposant d’une belle fortune, en compagnie de ses amis M. de Corberon et le poète Regnard, il visite l’Italie, la Flandre, la Hollande, le Danemark, la Suède et la Laponie de 1678 à 1683, avant d’être retenu en captivité à Alger et libéré moyennant 12 000 livres. []
  34. Jean-Baptiste Dubos, homme d’Église, diplomate et historien, secrétaire perpétuel de l’Académie française (1722-1742), « rénovateur de la critique » (Marcel Brunschvicg), « initiateur de la pensée moderne » (Alfred Lombard, 1913). []
  35. Nicolas Lenglet Dufresnoy, auteur d’un Traité historique et dogmatique du secret inviolable de la confession, d’une Histoire de Jeanne d’Arc, d’une Histoire de la philosophie hermétique, d’une Méthode pour étudier l’histoire, etc. []
  36. Pierre Restaut, grammairien célèbre pour ses Principes généraux et raisonnés de la Grammaire française (1730). []
  37. Jean Baptiste Louis Georges Seroux d’Agincourt, auteur d’une Histoire de l’art par les monuments en 6 volumes, première histoire de l’art illustrée parue en livraison entre 1810 et 1823. []
  38. Goubert, 1968, p. 373. []
  39. Goubert, 1950, p. 18. []
  40. Ibid., p. 389. []
  41. Goubert, 1950, p. 19. []
  42. Ibid., p. 21. []
  43. Quignon, 1904, p. 11. []
  44. Omont, 1914, p. 1. Le plus ancien inventaire de la bibliothèque de l’abbaye de Saint-Riquier remonte à 831. []
  45. Ibid., p. 4. []
  46. La bibliothèque du chapitre cathédral n’était ouverte que peu d’heures par jour, « pendant la grand’messe ou vêpres », comme le constate un visiteur du XVIIIe siècle (lettre de dom Verninac à dom Mopinot, 5 avril 1723, BnF, ms. fr., 20941, f° 179), citée par Omont, 1914, p. 6. []
  47. Dans une lettre à dom Luc Dachéry datée du 18 juin 1671, le chanoine Godefroy Hermant s’excuse du retard apporté par lui à répondre au savant bénédictin au sujet des manuscrits de saint Augustin conservés dans la bibliothèque du chapitre, sur ce que « les manuscrits de notre chapitre n’estoient point encore rangez et ne faisoient que d’estre tirez de la poussière d’un grenier et de la fureur des rats pour estre mis en dépost dans quelques armoires de notre sacristie » (BnF, ms. fr. 17679, f° 216), lettre citée par Omont, 1914, p. 49. []
  48. Aucun inventaire de bibliothèque n’a été réalisé à la Révolution pour ces couvents. []
  49. Ces 4 439 volumes sont dans le détail 457 volumes in-folio, 593 in-4°, 3 389 in-18, in-16, in-12 et in-8°. []
  50. Arch. dép. Oise, inventaire-sommaire de la série H, tome 1, introduction p. IX ; Quignon, 1904, p. 8. []
  51. 700 in-folio, 460 in-4°, 760 in-8°, 1 500 in-12, 300 in-16, d’après Quignon, 1904, p. 8. []
  52. Projet non évoqué par Desgraves, 1989. []
  53. Marie-Catherine Vidal Souleyreau, Correspondance et papiers d’État du cardinal de Richelieu, notice sur Augustin Potier [en ligne]  https://richelieuletters.hypotheses.org/28200 []
  54. Jacques de Nully (éd.), Anthodosis pro foelici reverendissimi Belvacensis episcopi adventu, Beauvais, chez Godefroy Vallet, 1618, in-12. https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb340067051 []
  55. Le Sacerdoce de S. Jean Chrysostôme, traduit en françois [par Lamy] et imprimé par l’ordre de feu Messire Augustin Potier, évesque… de Beauvais… pour l’usage du séminaire de son diocèse, Paris, M. Villery, 1699, 3e éd., in-12. https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb306498280 []
  56. Manuale Bellovacense reverendi in Christo patris domini. D. Augusti Potier episcopi & concitis Belvacensis, ac Franciae Paris auctoritate restitutum, Beauvais, chez la veuve de Godefroy Vallet, 1637, in-4.  https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb39303480f []
  57. Statuts synodaux du diocèse de Beauvais, publiez par Augustin Potier, Évêque de Beauvais, reveus et publiez par Nicolas Choart de Buzenval, Évêque de Beauvais en 1653, Beauvais, Vallet, 1653, in-8. https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb337766476 []
  58. Nouvelle collection des mémoires pour servir à l’histoire de France. 2, 10, Mémoires de madame de Motteville [1643], Paris, 1838, p. 45 [en ligne sur Gallica]. []
  59. Cardinal de Retz, Mémoires, Paris, Gallimard, La Pléiade, 1984, p. 170. []
  60. François de La Rochefoucauld, Mémoires, 1624-1642, Œuvres complètes, Paris, Gallimard, La Pléiade, 1964, p. 64. []
  61. Madame de Motteville, Mémoires, 1838 [1643], p. 48. []
  62. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b69070372 []
  63. Jacob, 1644, p. 604. []
  64. Arch. dép. Oise, G 31, testament de l’évêque Augustin Potier, 27 septembre 1647. []
  65. Arch. dép. Seine-Maritime, G 3675, contrat de donation du 13 janvier 1634. Cette donation de l’archevêque de Harlay permet véritablement l’ouverture au public de la vieille bibliothèque capitulaire. Voir la notice Bipulum consacrée à la plus importante bibliothèque publique de Rouen avant la Révolution. []
  66. Godefroy Hermant, « Histoire ecclésiastique et civile de Beauvais et du Beauvaisis, raportée à la vie de chaque évêque, et qui contient les principaux événemens de l’histoire de l’église et du royaume, avec lesquels ils ont eu quelque raport », BnF, département des manuscrits, Français 8579-8583, p. 2 042. https://archivesetmanuscrits.bnf.fr/ark:/12148/cc569324 []
  67. Potier de la Morandière, s.d., p. 346. []
  68. Arch. dép. Oise, G 31, 6 mars 1654. []
  69. Le chapitre veut remédier au désordre de sa bibliothèque au milieu du XVIIe siècle. Le chanoine Tristan se met en rapport avec le chanoine rouennais Jean Le Prévost qui travaille alors très activement à l’organisation de la bibliothèque capitulaire (1637-1648). Le chanoine Claude Joly, petit-fils d’Antoine Loisel, remet définitivement en ordre la bibliothèque du chapitre de Beauvais et rédige en 1664 un catalogue de 147 titres (Omont, 1914, p. 9). []
  70. Bibl. mun. Beauvais, collection Bucquet-Aux Cousteaux, tome XVI, p. 266-272 [en ligne sur le portail Armarium] https://www.armarium-hautsdefrance.fr/document/53317#?c=0&m=0&s=0&cv=0 []
  71. Chanoine Augustin Le Cat, Catalogue de la bibliothèque des évêques de Beauvais, 1713. Médiathèque municipale de Beauvais, manuscrit 12. La copie de ce catalogue est consultable dans le tome 16 de la collection Bucquet-Aux Cousteaux, p. 476-585 [en ligne]. []
  72. Quignon, 1904, p. 13. Ce catalogue comporte une épître dédicatoire à l’évêque de Beauvilliers de Saint-Aignan, janvier 1713. []
  73. Arch. dép. Oise, G 22 : procès-verbal de la visite des bâtiments dépendant de l’évêché de Beauvais, 19 août 1772 – voir la transcription, infra. []
  74. Quignon, 1904, p. 12-13. []
  75. Arch. dép. Oise, G 457 : pièces comptables pour l’évêché de Beauvais, 1776, 1777, 1778 – voir transcription, infra. []
  76. Collection Bucquet-Aux Cousteaux, t. 17, 636, Note sur le catalogue des livres de la bibliothèque du cardinal de Gesvres dans le cabinet de son palais épiscopal, à Beauvais (1738). Copie Bucquet [en ligne]. []
  77. François-Joseph de La Rochefoucauld-Bayers (1736-1792), évêque de Beauvais en 1772, député du clergé aux états généraux en 1789, défenseur de l’Ancien Régime. Il est massacré avec son frère l’évêque de Saintes à la prison des Carmes le 2 septembre 1792. []
  78. Arch. dép. Oise, G 457 : pièces comptables pour l’évêché de Beauvais, 1776, 1777, 1778. « Mémoire des ouvrages et journées de menuiserie que Grébaut a fait pour Mgr de La Rochefoucauld à son palais épiscopal depuis le mois de janvier 1778 ». Le menuisier a « raccommodé la bibliothèque de la chambre de Mgr » entre le 1er et le 6 juin 1778 (p. 4). []

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Sylvain SKORA (18 août 2025). Beauvais – Le projet de bibliothèque publique de l’évêque Augustin Potier (1647). Bibliothèques publiques dans la France des Lumières. Consulté le 7 mai 2026 à l’adresse https://bipulum.hypotheses.org/1922


Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.