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Vendôme – Bibliothèque du collège de l’Oratoire

1.   Contexte urbain

Vendôme est une ville moyenne de l’Ancien Régime1. Donnant son nom au duché-pairie rattaché à la couronne en 1712, la ville est située dans la généralité d’Orléans. Elle est dotée d’appareils administratifs, fiscaux et judiciaires. Elle est chef-lieu d’élection et abrite une maîtrise des eaux et forêts, un tribunal des Grands Jours puis un bailliage royal, une chambre des comptes et un grenier à sel. Le bon fonctionnement de ces établissements nécessite l’emploi de lieutenants, de procureurs, de conseillers, d’avocats, de greffiers ou encore d’huissiers qui composent une petite part de la population urbaine.

Depuis 1697, le clergé vendômois relève de l’autorité de l’évêque de Blois. Les séculiers sont répartis entre les paroisses de la ville, Saint-Martin et La Madeleine, et la collégiale Saint-Georges qui est implantée dans la cour du château de Vendôme. Les réguliers sont retirés dans différents établissements monastiques dont les (re)fondations témoignent du triomphe de la réforme catholique du XVIIe siècle dans une ville qui fut gagnée par la doctrine de Calvin : la puissante abbaye de la Trinité, fondée en 1033, a été reprise en main par les Bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur en 1621, les Capucins se sont établis en 1606, les Oratoriens en 1623, les Calvairiennes en 1625 et les Ursulines en 1632. A ces nouveaux ordres, s’ajoute celui, plus ancien, des Cordeliers, installé en ville depuis le XIIIe siècle (doc. 1).

Doc. 1. Plan simplifié de la ville de Vendôme aux XVII et XVIIIe siècles (extait de Paul Wagret (dir.), Histoire de Vendôme et du Vendômois, Toulouse, Privat, 1984, p. 123)

Les notables laïcs et les clercs forment l’élite urbaine. Ce sont d’ailleurs eux qui se réunissent en assemblée municipale pour administrer la ville, ce qu’illustre la litanie des corporations inscrite dans les registres de délibération des affaires municipales2. Ce groupe social est ouvert aux idées nouvelles de son temps. Le jansénisme est attesté à Vendôme, dans le premier tiers du XVIIIe siècle, où une partie des laïcs et des clercs ne cachent pas sa sympathie pour ce courant de pensée : en 1724, la classe de théologie du collège des Oratoriens est fermée par lettre patente car on y professe un enseignement peu orthodoxe tandis que, en 1735, l’évêque de Blois, François de Crussol d’Uzès, entend faire exiler deux ursulines avant d’abandonner l’idée en raison de leur mauvais état de santé – et peut-être aussi du soutien apporté par la population aux religieuses.

Le décalage de ce groupe élitaire avec le reste de la population devient éloquent à partir des années 1760. Comme l’a bien montré Jean Vassort, la mobilité géographique des enfants de l’élite vendômoise, tentés par de nouveaux horizons, le recul de l’alphabétisation masculine, la hausse de la pauvreté et, son corollaire, l’augmentation des abandons d’enfants témoignent de la crise sociale qui touche la cité3. À la veille de la Révolution cette crise n’est pas terminée. Les résultats d’une enquête menée en 1788 recense 1 200 pauvres sur les 6 500 habitants que compte Vendôme, soit 18 % de sa population4.

Le paysage scolaire de Vendôme reflète la configuration de la population urbaine. Le collège de Vendôme, implanté par la calviniste Jeanne d’Albret en 1567 puis refondé par César de Vendôme en 1623, accueille des jeunes garçons qui viennent des familles nobles. L’écolage y est trop élevé pour les couches populaires et, de toute façon, l’enseignement vise à former des futurs officiers issus de l’élite. Les Ursulines tiennent aussi un enseignement, gratuit et destiné aux jeunes filles, mais son histoire et son fonctionnement restent à étudier. Enfin, des petites écoles sont attestées mais l’absence de gratuité constitue sans doute une barrière pour les familles pauvres.

Ce tableau général amène à penser que, à Vendôme, la culture du livre est l’apanage des élites laïques et ecclésiastiques. Cette impression est corroborée par l’étude, certes ancienne, de Rochambeau qui montre que les premiers imprimeurs du XVIe siècle, venus de Tours, destinaient une partie de leur production à l’abbaye de la Trinité tandis que les Hyp, dynastie d’imprimeurs-libraires installée à Vendôme entre 1637 et 1759, portaient le titre d’imprimeur du roi et du collège de Vendôme tout en occupant des charges municipales, à l’instar d’Henry, échevin en 17135. Si l’histoire des bibliothèques privées de Vendôme reste à écrire, celle de ses établissements religieux est un peu mieux connue. Des collections de livres sont attestées chez les Ursulines, les Cordeliers et les Calvairiennes mais elles s’avèrent bien modestes par rapport au riche et ample fonds que conserve l’abbaye bénédictine de la Trinité6. Cette bibliothèque est sans conteste la plus fournie de la ville de Vendôme, avec celle du collège des Oratoriens.

2.   Le legs

Biographie des donateurs

René Augry est né en novembre 1617 à Mazangé, près de Vendôme7. Il est issu de la noblesse de robe, son père, également prénommé René, étant docteur en droit, avocat aux parlements de Bordeaux et de Paris et bailli de l’abbaye de la Trinité de Vendôme. Le cursus honorum de René Augry fils emprunte le chemin tracé par le modèle paternel. Il fait ses humanités au collège de l’Oratoire à Vendôme. On ne sait pas s’il entra à l’université. En revanche, il est certain qu’après ses études, il reçoit des charges administratives et judiciaire aussi bien dans le Vendômois qu’à Paris. On lui confie d’abord la vérification du sel dans la paroisse d’Areines près de Vendôme et il est nommé bailli de Mazangé en 1648. Il cumule ensuite de nombreuses fonctions : lieutenant ou vice-président de l’élection de Vendôme, lieutenant civil et criminel, subdélégué de l’intendant, administrateur de l’hospice de Vendôme, avocat au parlement de Paris, avocat du roi et du duc de Vendôme.

Le 17 février 1648, il épouse Marguerite Noury dont le père, Georges Noury, est également élu en l’élection de Vendôme. Il s’agit d’une véritable union endogamique. Les époux disposent de biens fonciers conséquents tant à Vendôme que dans le Vendômois, reflets d’une certaine aisance matérielle. Dans le contexte de la réforme catholique, le couple apparaît comme un modèle de ferveur. Ils fondent ainsi la chapelle de Saint-François-de-Sales, consacrée en 1665, en l’église Saint-Martin de Vendôme où ils seront inhumés tous les deux8. Ils sont les parrains d’une cloche destinée au couvent des Cordeliers9. Ils sont des fidèles de l’Oratoire, comme l’illustre la présentation du pain béni par Marguerite Noury à la messe de Noël de 167710. Ils n’hésitent pas non plus à pourvoir la communauté en biens matériels. En 1678, les époux font don d’un parement d’autel et, en 1703, Marguerite offre « un petit enfant Jésus de sire (sic) » aux prêtres11.

En 1699, n’ayant vraisemblablement aucun héritier direct, René Augry et Marguerite Noury font enregistrer leurs dernières volontés, aux bénéfices de leur servante et de l’hôtel-Dieu, dans la première version d’un testament mutuel, datée du 14 janvier de cette année-là12. Le testament est amendé par deux fois, ce qui rend caduc les premières dispositions. Le codicille du 27 septembre 1700 stipule que, à leur mort, les époux lègueront leurs bibliothèques personnelles aux Oratoriens de Vendôme afin que soit formée une bibliothèque publique. Le second amendement du 20 septembre 1704, rédigé quelques temps avant la mort de René Augry, complète la première modification. Les époux octroient des biens fonciers et des rentes à l’Oratoire afin que les prêtres fondent une seconde classe de philosophie. Ils demandent en outre qu’une messe anniversaire soit organisée en présence des écoliers chaque année le jour de leur mort, pour le salut de leurs âmes13.

Alors âgé de 87 ans, René Augry meurt le 9 décembre 1704. Sa femme lui survit une année, s’éteignant le 8 décembre 1705 à l’âge de 81 ans. Tous deux font l’objet d’une notice dans le nécrologe de l’Oratoire (doc. 2), preuve des liens étroits qui unissaient l’ancien lieutenant de l’élection de Vendôme aux Oratoriens de cette ville14.

Doc. 2. Notice nécrologique de René Augry, tirée du nécrologe de l’Oratoire de Vendôme. (Médiathèque de Vendôme, ms. 288, fol. 28r)

Profil de l’institution bénéficiaire du legs

En 1619, César de Vendôme, constatant que le collège de la ville, installé par Jeanne d’Albret en 1567, est à l’étroit dans l’hôtel de Chicheray qu’il occupe depuis près d’un siècle, fait procéder à un échange de bâtiments avec les Frères condonnés qui tiennent l’hôtel-Dieu : les bâtiments du collège deviennent ceux de l’hôpital et ceux de l’hôtel-Dieu accueillent désormais le collège15. Souhaitant confier la gestion de l’établissement à une congrégation, César propose à la Compagnie de Jésus d’en assurer la direction, ce qu’elle refuse, sans doute pour éviter de faire concurrence au collège des Jésuites de Blois. Le duc se tourne alors vers la Congrégation de l’Oratoire qui accepte la proposition. L’acte de fondation du collège de l’Oratoire de Vendôme est passé le 19 avril 1623. Très vite, il est décidé de moderniser et d’agrandir l’édifice. Un premier corps de bâtiment, sur le côté sud de la future cour centrale, est achevé en 1639 tandis qu’un second, sur le côté nord et parallèle au premier, est terminé en 1676.

Les Oratoriens assurent un enseignement traversé par des idées nouvelles. En 1701, le collège ouvre une classe de théologie dont le projet a été formulé deux années plutôt par le duc Louis-Joseph de Vendôme, avec l’accord de l’évêque de Blois, David-Nicolas de Bertier. Mais les orientations jansénistes des professeurs, et la peur qu’ils dévoient les futurs clercs, sont dénoncés par des prêtres constitutionnaires vendômois, entraînant la suppression de la classe de théologie par décisions épiscopale et royale en 1724. En 1706, une seconde classe de philosophie est fondée grâce au legs des époux Augry. Dans le courant du XVIIIe siècle, à côté des disciplines traditionnelles que sont les humanités, la rhétorique et la philosophie, apparaissent des enseignements novateurs : la logique, la physique, les mathématiques, l’anglais, l’allemand et la botanique. Des leçons de physique expérimentale sont ouvertes à tous, deux fois par semaine,

Le collège est une institution emblématique de la vie urbaine vendômoise. Des représentations théâtrales y sont données par les élèves tout au long de l’année. En 1758, est instauré un nouveau temps fort, celui de la remise annuelle des prix. Une académie littéraire, formée des meilleurs étudiants et de leurs professeurs, et placée sous la protection du marquis de Rochambeau et de l’évêque de Blois, est créée en 176116. Les écoliers y font une démonstration de leurs talents oratoires en prononçant des discours publics ayant trait à la culture classique et historique quatre fois par an17. Des leçons de physique expérimentale sont données deux fois par semaine et ouvertes à tous sont attestées dès 176818.

L’Oratoire de Vendôme bénéficie d’une très bonne réputation19. Le recrutement des élèves se fait dans les milieux nobles et au-delà du Vendômois. En 1730, une patente royale interdit aux Oratoriens de Vendôme d’accueillir les jeunes gens du diocèse d’Orléans20. En 1763, environ 15 écoliers sur les 240 viennent de Vendôme, les autres étant essentiellement originaires de Blois, Bourges, Tours et Bordeaux. Les effectifs augmentant, des nouveaux bâtiments sont édifiés : l’aile occidentale est construite en 1762 et celle orientale en 1777, tandis que les bâtiments de la rue Saint-Jacques sont achevés en 1779 (doc. 3). La promotion du collège de Vendôme en école royale militaire, avec dix autres institutions du royaume, en 1776, accentue la dimension élitiste de l’établissement puisque, en 1787, 65 % des écoliers sont issus de familles nobles.

Établissement tourné vers les notables et leurs enfants, le collège de l’Oratoire de Vendôme apparaît en décalage avec le reste de la population vendômoise.

Doc. 3. Dessins du collège de l’Oratoire de Vendôme par G. Dupuis, 1784 (Musée de Vendôme, 974.1 et 2).

Acte de fondation et dispositions fondatrices (éléments de règlement, modèles, philosophie générale)

René Augry et Marguerite Noury actent le projet de fonder une bibliothèque ouverte à « tous les honnestes gens » à Vendôme dans un codicille du 20 septembre 1700 qui modifie les clauses de leur testament mutuel de 1699 (doc. 4). « En reconnoissance de la bonne éducation » qu’il avait reçue dans leur collège, René Augry lègue sa collection de livres aux Oratoriens de Vendôme à la condition que les ouvrages soient communiqués et prêtés à toute personne qui les demanderait. Le légateur fixe plusieurs conditions pour s’assurer du bon fonctionnement de cette bibliothèque qu’il veut donc publique – même si le terme n’apparaît jamais dans le document.

Doc. 4. Testament olographe mutuel de René Augry et Marguerite Noury (20 septembre 1704). Le codicille du 27 septembre 1700 est intégré à ce document. Source : AD du Loir-et-Cher, 41 H 3, pièce n°49.

Après avoir décrit succinctement la nature des collections léguées – « Tous mes livres tant de palais que de mathématiques et autres sciences que j’auray a mon deceds », « je leur donne sy peu que j’ay d’instrumens de mathématiques et de manuscrits » –, René Augry exhorte les pères de l’Oratoire à poursuivre le catalogue de ses livres qu’il a commencé à rédiger et à apposer son ex-libris sur les volumes qui n’en seraient pas encore pourvus au moment de son décès « pour les distinguer de ceux de [la] bibliotecque [des Oratoriens] et empescher qu’ils n’y soient confondus » (doc. 5). Par cette double clause, le légateur entend protéger l’intégrité de sa collection de livres en veillant à ce qu’elle ne soit ni dispersée ni dénaturée. Après tout, n’est-ce pas un peu de lui-même qu’il lègue aux Oratoriens ?

Doc. 5. Ex-libris de René Augry. Source : Médiathèque de Vendôme, He 206

L’ancien conseiller du roi tente ensuite de pourvoir aux besoins matériels que l’installation d’une telle bibliothèque va nécessiter. Il fait ainsi don de ses tablettes et d’une armoire. Il en profite également pour leur offrir son portrait qui devra être accroché près de ses livres, « gage de [s]on estime » et sans doute aussi dans l’espoir que les prêtres de l’Oratoire et les lecteurs de la bibliothèque fassent mémoire de sa personne.

Si la bibliothèque est destinée à « tous les honnestes gens », elle l’est d’abord aux « officiers, avocats et procureurs du bailliage, grands jours et élection » qui sont les premiers usagers mentionnés dans le codicille. Cet établissement est un outil de formation et de travail pour le corps de justice de la ville de Vendôme. Les lecteurs ont la possibilité de consulter les volumes sur place ou de les emprunter afin d’étudier chez eux. Dans ce dernier cas, ils seront tenus « de les rapporter dans trois mois au plus tard » et leur emprunt sera consigné dans un registre de prêt.

Au catalogue de la bibliothèque Augry est conférée une double finalité. D’une part, il sert à contrôler la présence effective des ouvrages au sein de la collection lors d’un récolement annuel qui doit être mené par « messieurs de l’Oratoire, procureurs et avocats fiscaux » à Pâques. D’autre part, il est un support publicitaire. Le légateur envisage que ce document soit imprimé en cent exemplaires qui seront distribués auprès « aux communautez ecclesiastiques, officiers du baillage, grands jours et election, avocats et procureurs desdits sièges et aux honnestes gens ».

Les corps judiciaires de la ville sont invités à faire des dons en argent afin que les Oratoriens achètent de nouveaux livres qui viendront enrichir et mettre à jour le contenu de la bibliothèque. À nouveau, René Augry demande que ces ouvrages portent le nom de chaque officier ayant rendu possible ces acquisitions afin de les distinguer de la bibliothèque des Oratoriens.

Dans une ultime clause, le légateur autorise la vente de ses romans afin que les revenus qui en seront tirés soient utilisés pour l’achat de livres utiles.

Notons que, contrairement à d’autres actes de fondation de bibliothèque publique, celui rédigé par René Augry n’aborde pas la question des jours et horaires d’ouverture de la bibliothèque de Vendôme, laissant a priori une certaine latitude aux prêtres de l’Oratoire. Finalement, l’absence de cette clause et la teneur général de l’acte (qui concerne surtout la bonne tenue de la collection de livres) laisse penser que l’ancien avocat du roi se préoccupait davantage du sort qui serait réservé à ses biens, qu’au fonctionnement quotidien de la bibliothèque.

Si les époux Augry présentent leur projet de bibliothèque publique comme un geste de gratitude envers les Oratoriens, cette seule raison n’est pas suffisante pour comprendre leur entreprise ambitieuse. Ce legs s’appuie sur d’autres motivations, complémentaires les unes des autres. Fervents catholiques, René Augry et Marguerite Noury, animés par leur charité chrétienne, ont sans doute à cœur de doter un établissement religieux, partiellement ouvert sur la ville, d’un outil utile à tous et nécessaire au développement de la foi. À ces considérations spirituelles, s’ajoutent des motifs corporatistes. Les livres de droit légués par l’ancien avocat du roi et lieutenant d’élection seront profitables aux corps judiciaires afin qu’ils conduisent correctement la justice. Des raisons morales ne sont sans doute pas non plus étrangères aux dernières volontés de René Augry. L’homme étant éclairé, ce dont témoigne le contenu de sa bibliothèque, il a peut-être souhaité prendre part à l’épanouissement intellectuel des Vendômois. Plus largement, les légateurs s’affichent comme des philanthropes. Leur largesse est probablement un désir d’inscrire leur souvenir dans l’histoire de la communauté d’habitants, ce qu’illustre le legs du portrait d’Augry.

3.   Mise en œuvre

Le legs des époux Augry est accepté par les prêtres de l’Oratoire dès 170021. Cette donation est enregistrée dans l’inventaire des titres de la Maison à la date du 27 septembre de cette année-là :

Testament de monsieur et de madame Augry par lequel ils lèguent a l’Oratoire de Vendôme leur bibliothèque avec les tablettes, une armoire et le tableau de monsieur Augry, en charge d’en accorder l’usage aux honnestes gens en prenant leur recepissé pour les obliger a les rendre après trois mois22.

La bibliothèque de René Augry est transportée à l’Oratoire après sa mort, contrairement aux conditions testamentaires qui stipulaient qu’elle serait livrée après le décès du dernier des deux époux. Marguerite Noury accepte que les Oratoriens prennent possession du legs dans un acte de confirmation du 7 février 170523 (doc. 6).

Doc. 6. Acte de confirmation de Marguerite Noury à l’Oratoire de Vendôme (7 février 1705). Source : AN, S/6797.

À son arrivée à l’Oratoire, la collection de livres de l’ancien conseiller et avocat du roi a sans doute été mélangée à celle des Oratoriens, comme le laisse penser le système de cotation identique que l’on retrouve aujourd’hui sur les volumes portant l’ex-libris de René Augry et ceux des Oratoriens qui sont parvenus jusqu’à nous. Les Oratoriens ont poursuivi le catalogue du fonds, selon le vœu du légateur, puisque ce document fut édité par Henry Hyp, imprimeur-libraire vendômois, dans le courant de l’année 1705.

La bibliothèque fut-elle ouverte à tous les honnêtes gens ? Hélas, nous n’avons trouvé dans les fonds d’archives ni document ni mention qui attestent que l’établissement était fréquenté, par exemple, par le corps judiciaire de la ville.

4.   Collections

Le catalogue de la bibliothèque Augry, imprimé chez Henry Hyp en 1705, énumère 807 items qui se rapportent essentiellement à des livres imprimés mais aussi à quelques documents manuscrits, des instruments de mathématique et des cartes (doc. 7).

Doc. 7. Catalogue de la bibliothèque de René Augry (1705). Source : Bibliothèque nationale de France.

Il est divisé en 12 sections : les livres ecclésiastiques, le droit canon, le droit civil, les coutumes, les ordonnances, l’arrestographie, les « différens traitez de droit », les mathématiques, la médecine, les dictionnaires, les « anciens autheurs » et les historiens. Cette classification renvoie à celle des libraires parisiens (théologie, droit, sciences et arts, belles-lettres, histoire) que Hyp a dû emprunter en confectionnant le catalogue. Notons que la matière religieuse est placée en tête du catalogue (112 items si l’on tient compte du droit canon). Elle est suivie par les disciplines qui relèvent du droit civil et dont l’ampleur – 277 items – se comprend par les charges occupées par Augry. Viennent ensuite les mathématiques (146 items) qui englobent des livres d’arithmétique, de géométrie, d’astronomie et de géographie, autrement dit des disciplines composant le quadrivium, ainsi que la médecine (26 items). Ces documents nous rappellent que René Augry est un noble de son temps. Les sujets et les exercices mathématiques font partie des activités récréatives de l’élite et de la noblesse des XVIIe-XVIIIe siècles24. Un livre d’astronomie dont les feuillets de garde sont couverts de notes érudites rédigées par René Augry corrobore cette facette du légateur25. Une dernière catégorie concerne les humanités littéraires (246 items). Les usuels portent sur les langues latine, grecque et française ainsi que sur les auteurs littéraires. Les auteurs classiques sont autant des philosophes que des historiens tandis que l’histoire couvre les périodes médiévale et humaniste ainsi que les sujets d’actualité du XVIIe siècle. Des périodiques complètent ce dernier ensemble (Journal de Trévoux, Le Journal des sçavans, Journal de Paris de l’abbé Bignon). À travers le contenu de sa bibliothèque, se dessine le portrait intellectuel de René Augry : un magistrat fervent catholique, prenant plaisir à exercer son esprit sur des jeux de mathématiques et fin lettré. Elle reflète le fort capital culturel, économique et social dont est doté l’individu. En somme, René Augry apparaît comme une figure archétypale de la noblesse provinciale.

La bibliothèque de l’Oratoire est aujourd’hui conservée à la médiathèque de Vendôme. Chacun des volumes imprimés et manuscrits qui en proviennent, dont ceux qui portent l’ex-libris de René Augry, est pourvu sur son dos d’une vignette où est inscrite une cote. Celle-ci est répétée à l’intérieur de l’ouvrage et est accompagnée de l’ex-libris des Oratoriens (ex bibliotheca Oratorii Vindoniensis ; Oratorii Vindocinensis). Les deux sont inscrits tantôt sur une nouvelle étiquette tantôt de façon manuscrite, soit sur le contre-plat supérieur du document, soit sur l’un de ses feuillets de garde (doc. 8).

Doc. 8. Ex-libris et système de cotation utilisé par les Oratoriens de Vendôme. Source : Médiathèque de Vendôme, G 518

La cote employée par les Oratoriens se présente sous une forme ternaire : « L » – pour libraria, désignant par-là une armoire ? – suivi d’une lettre de l’alphabet latin, qui désigne une division thématique (littérature patristique, hagiographique, auteurs antiques, textes d’histoire, sciences) ; « C » – pour capsa, le casier ou la tablette ? – suivi d’un chiffre romain qui se rapporte au numéro d’ordre du sous-ensemble ; et « N » – pour numerus, le numéro ordinal attribué à chaque volume – suivi d’un autre chiffre romain. L’examen matériel d’un petit nombre d’ouvrages révèle que les Oratoriens ont puisé dans la quasi-totalité de l’alphabet latin (E, F, I, K, M, N, O, P, Q, S, T, V, X, Y, Z) pour distribuer thématiquement leur bibliothèque. L’art oratoire pourrait correspondre à la classe F. Ainsi, un Recueil de diverses oraisons funèbres, harangues, discours de 1696 se compose de deux volumes dont l’un porte la cote « L.f C.4 N.34 » et l’autre « L.f C.4 N.35 »26. À la discipline historique, aurait été attribuée la classe I. Deux volumes qui composent une Histoire des révolutions arrivées dans l’Europe en matiere de religion de Varillas sont pourvus des cotes « L.i C.10 N.5 » et « L.i C.10 N.6 »27. La division Z pourrait correspondre aux sciences, voire aux mathématiques. Le 31ème volume rangé sur la tablette n°10 correspond au second volume des Mémoires mathematiques recueillis et dressez en faveur de la noblesse françoise, édité en 162728.

Si l’examen matériel de quelques ouvrages permet de restituer un plan de classement de la bibliothèque des Oratoriens, celui-ci semble étonnement incomplet : quid des lettres A, B, C, D, G, H ? Ces manques sont-ils en rapport avec l’absence de certains pans de livres du legs Augry, dans le fonds de la médiathèque, à savoir les ouvrages de droit et de jurisprudence ? Ces derniers ont sans doute été extraits de la bibliothèque du collège pour former celle du Palais de Vendôme, qui dépendait également des Oratoriens29.

5.   Bâtiment et mobilier

On ne sait rien des configurations successives de la bibliothèque de l’Oratoire. Les résultats des dernières analyses archéologiques ne la situent pas au sein des édifices qui composent cette maison30. Seuls des Mémoires historiques et chronologiques sur la ville de Vendôme, rédigé par Duchemin de La Chenaye dans le premier quart du XIXe siècle, indiquent que :

en 1777, le père Balagny successeur du père Duverdier a fait à l’époque de l’établissement de l’école militaire au collège de l’Oratoire, en 1776, construire le bâtiment de la 2e aile avec le pavillon à gauche en entrant, ainsi que le bâtiment de la bibliothèque placée au 3e étage de ce pavillon entre la 2e cour et le jardin.31

Autrement dit, à l’époque où le collège était école royale militaire, sa bibliothèque était installée au troisième étage du pavillon qui prolongeait l’aile orientale, c’est-à-dire sous les combles de ce bâtiment.

6.   Vie de la bibliothèque

Il subsiste peu de traces écrites sur la vie de la bibliothèque publique de Vendôme, sans doute confondue avec celle de l’Oratoire. Une inspection effectuée par la maison-mère à Vendôme en mars 1705 constate que des livres sont (déjà) perdus et que le bibliothécaire, le père Pajot, rechigne à récoler les livres, une tâche pour laquelle il souhaite obtenir de l’aide32. Une autre visite, menée en juillet 1777, au moment où l’aile orientale du collège est en train d’être construite, prend acte du fatras qui semble régner en certains endroits, notamment au sein des archives et de la bibliothèque :

il est impossible de les mettre tous en règle, vu l’embarras du batiment, celuy de la sacristie et de la lingerie est en ordre quant à la bibliothèque, le père supérieur se propose de la placer dans un local plus commode après la fin du bâtiment, le père baudichon a bien voulu promettre que dès que le local sera prêt, il prendra la peine de l’arranger.33

La mention confirme ainsi l’indication portée dans les Mémoires historiques de Duchemin de La Chenaye.

Les procès-verbaux des visites effectuées en 1785 et 1788 ne mentionnent plus la bibliothèque34.

En dépit des lacunes documentaires, on constate que la bibliothèque s’est enrichie tout au long du XVIIIe siècle. Les procès-verbaux de visites enregistrent des achats de livres en 1777 et en 1785. Même si le contenu et la destination de ces ouvrages ne sont malheureusement pas précisés, il n’est pas invraisemblable d’imaginer que certains sont destinés à la bibliothèque du collège. En outre, l’actuel catalogue informatique qui répertorie le fonds des Oratoriens à la médiathèque de Vendôme indique que sur 481 ouvrages référencés, 269 ont été publiés entre 1706 et 1782, ce qui est l’indice que les pères de l’Oratoire ont tenu à jour leur bibliothèque entre le moment du legs Augry et la Révolution. Les marques de provenances relevées sur un échantillon de 72 volumes montrent que certains livres proviennent de collections de livres installées au sein de l’Oratoire, comme celles de l’académie des lettres (doc. 9)35 et de la sodalité36, ou qu’ils ont été donnés par des prêtres37.

Doc. 9. Ex-libris de l’académie des lettres de Vendôme. Source : Médiathèque de Vendôme, Fb 345

À la veille de la Révolution, la bibliothèque des Oratoriens se compose d’au moins 3 257 ouvrages et de 5 069 volumes. L’analyse resserrée du catalogue qui en a été dressé en l’an II (1794) offrirait un aperçu de la teneur de cette collection de livres à la fin de l’époque des Lumières38.

7.   Usages

Quels usages fait-on de la bibliothèque du collège de l’Oratoire ? Les sources restent muettes à ce sujet. Les érudits du XVIIIe siècle ne sont pas non plus d’un grand secours. Piganiol de La Force se contente de rappeler qu’une bibliothèque publique fut fondée au sein du collège de l’Oratoire grâce au sieur Augry39. L’abbé Michel Simon (1712-1781), érudit vendômois et ancien élève des Oratoriens de Vendôme, nous a laissé des Mémoires sur Vendôme et le Vendômois dans lesquels il revient sur l’histoire du collège de l’Oratoire, mais il n’en mentionne jamais la bibliothèque40. Quant au Calendrier historique de l’Orléanais, un almanach local qui fournit des renseignements sur les bibliothèques publiques d’Orléans, il ne parle jamais de celle de Vendôme dans la notice consacrée à cette ville.

8.   Traitement sous la Révolution

La Congrégation de l’Oratoire est dissoute en 1792. À Vendôme, un enseignement est toujours mené par des professeurs ex-Oratoriens, avec le soutien des autorités locales. La bibliothèque, mise sous séquestre, demeure dans l’établissement, toujours installée dans le « pavillon oriental du grand corps de logis du collège donnant sur le jardin41 ». En réalité, les bâtiments du collège sont transformés en dépôt littéraire qui reçoit les collections de livres des maisons religieuses de Vendôme et de son territoire environnant ainsi que des émigrés et des condamnés : celles de l’abbaye de la Trinité, des Ursulines, des Cordeliers, des Augustins de Montoire ou encore de la marquise de de Querhoent-Montoire42.

En 1795, les bâtiments accueillent l’école centrale du Loir-et-Cher et les collections de livres devenues propriété de l’État forment la bibliothèque nationale, annexée à ce nouvel établissement.

9.   Traces actuelles

Le fonds de la bibliothèque de l’Oratoire est conservé à la médiathèque de Vendôme. Mélangés avec les autres collections confisquées à la Révolution, ils sont aisément identifiables grâce à l’étiquette imprimée qu’ils portent sur leur dos et sur laquelle subsiste le système de cotation des Oratoriens.

Les bâtiments qui composaient l’Oratoire de Vendôme à la veille de la Révolution sont conservés en majorité. Mais les destinations successives auxquelles il a été employé – dont l’actuel hôtel de Ville – l’ont profondément remanié (doc. 10).

Doc. 10. Etat actuel du bâtiment de l’ancien collège de l’Oratoire. Cliché auteur.

10.                  Sources et bibliographie

  • Sources
  1. Actes de fondation

Arch. dép. Loir-et-Cher, 3 E 18/542, Acte de dépôt du double du testament de René Augry (23 janvier 1705) qui contient les différentes versions de ce document.

Arch. dép. Loir-et-Cher, 41 H 3, pièce n°49, Testament olographe mutuel de René Augry et Marguerite Noury (codicille du 20 septembre 1700).

  1. Archives de fonctionnement

Arch. nat., M/225-8, Procès-verbal de visite (14-15 juillet 1777).

Arch. nat., MM/596, Procès-verbal de visite (24 mars-3 avril 1705).

Arch. nat., S/6797, Acte de confirmation de Marguerite Nourry à l’Oratoire de Vendôme (7 février 1705).

  1. Catalogues et inventaires

Catalogue des livres de la biblioteque de feu Mr. René Augry ancien avocat du Roy et de Son Altesse au duché de Vendômois, & lieutenant de l’election de Vendôme, leguée à messieurs les prestres de l’Oratoire aux conditions portées par son testament, A Vendosme, chez Henry Hyp, 1705.

BM Vendôme, ms. 278, Catalogue de la bibliothèque des Oratoriens, 12 messidor an II (30 juin 1794),

  • Bibliographie

Aquilon, Pierre, Catalogues régionaux des incunables des bibliothèques publiques de France, X, Paris, Aux amateurs de livres, 1991, p. 381-382.

Bonhoure, Gustave, « Histoire du collège et du lycée de Vendôme », Bulletin de la société archéologique, scientifique et littéraire du Vendômois, t. XLI-L, 1902-1911.

Budnik, Clarisse, « Plaisir et récréations mathématiques en France au XVIIe siècle », Hypothèses, 2018/1, 21, p. 57-67.

Compère, Marie-Madeleine, Julia, Dominique, Les collèges français (16e-18e siècles), Répertoire 2, France du nord et de l’ouest, Paris ; Institut national de recherche pédagogique – éditions du CNRS, 1988.

Loisel, Jacques, Vassort, Jean (dir.), Histoire du Vendômois, Vendôme, Éditions du Cherche-Lune, 2007.

Rochambeau, Achille de, Les imprimeurs vendômois et leurs œuvres (1514-1881), Paris, Dumoulin, 1881.

Rochambeau, Achille de, Le Vendômois, épigraphie et iconographie, t 1, Paris, Champion, 1889.

Simon, Gaël, « Le Collège de Vendôme 1623-1792 : approches topographiques et constructives », Bulletin de la société archéologique, scientifique et littéraire du Vendômois, 2024, p. 53-75.

Trémault, Auguste, « René Augry », Bulletin de la société archéologique, scientifique et littéraire du Vendômois, t. XXVIII, 1889 p. 178-191.

Trémault, Auguste, « Note sur la fondation de la bibliothèque publique de Vendôme », Bulletin de la société archéologique, scientifique et littéraire du Vendômois, t. XXXX, 1901, p. 11-22.

Vassort, Jean, Une société provinciale face à son devenir : le Vendômois aux XVIIIe et XIXe siècles, Paris, Éditions de la Sorbonne, 1996.

Annexe 1 – Testament mutuel et olographe de René Augry et Marguerite Noury du 20 septembre 1704, comprenant le codicille du 27 septembre 1700

Source : Arch. dép. Loir-et-Cher, 41 H 3.

20 septembre 1704

Testament mutuel olographe de maitre René Augry conseiller du roy lieutenant en l’élection de Vendôme et de dame Marguerite Noury sa femme, déposé en l’étude de maitre Barré, notaire audit Vendôme le 15 décembre 1704.

Portant donnation au profit de messieurs de l’Oratoire par ledit sieur Augry.

1° de sa bibliothèque et tablettes

2° de ses instrumens de mathématiques

3° de son portrait

4° d’une armoire

[Énumération de cinq autres articles portant sur des terres et des revenus légués par René Augry.]

Et tout pour fonder une seconde classe de philosophie.

Et de dire a perpétuité le jour de décès de lui et de sa femme un service solennel et y faire assister leurs écoliers.

Du testament mutuel olographe, ordonnance des dernières volontées de desfunt maitre René Augry vivant conseiller du roy lieutenant en l’eslection de Vendome et ancien avocat du roy et de son altesse au pays et duché de Vendomois, et de dame Margueritte Nourry lors son espouse et a present sa vesve en datte du vingt septembre mil sept cens quatre, deposé pour minutte en mains de maitre Barré notaire et tabellion a Vendome, soussigné par maitre Claude Picheré Lejeune procureur et greffier au baillage de Vendome le quinziesme jour de decembre audit an mil sept cens quatre en execution de l’ordonnance de monsieur le bailly de Vendomois du mercredy dix dix desdits mois et années. En a esté extrait ce qui en suit.

In nomine Domini Amen.

C’est le testament mutuel et ordonnance de dernière volonté que nous René Augry conseiller du roy, lieutenant en l’election de Vendome et ancienavocat du roy et de son altesse au pays et duché du Vendomois, et Margeritte Nourry, réunis par le lien sacré du mariage demeurans en cette ville de Vendome, avons aujourdhuy datte des presentes fait sous nos signatures et escritures peinées doubles par chacun de nous celuy-cy pour moy Augry, et l’autre pour moy Nourry, dans l’union perpétuelle en laquelle il a plû a Dieu conserver nos cœurs, nos esprits et nos volontez.

[Considérations générales sur le trépas, sur l’application des causes du testament et le salut de l’âme des testateurs. Suivent des prières.]

 Je, Augry, donne et legue du consentement de ma femme a messieurs de l’Oratoire, en reconnoissance de la bonne education qu’ils m’ont donnée en ma jeunesse et pour participer a leurs saints sacrifices, bonnes œuvres et prières. Tous mes livres tant de palais que de mathématiques et autres sciences que j’auray a mon deceds et dont j’ay commencé un cathalogue que je les prie de continuer s’il n’estoit parachevé a ma mort et y employer les livres qui n’y seront pas employez et escrire mon nom a la premiere page de chacun d’iceux comme j’ay desja fait sur ceux que je y ay employez pour les distinguer de ceux de leur bibliotecque et empescher qu’ils n’y soient confondus de quoy je leur prie je leur donne sy peu que j’ay d’instrumens de mathématiques et de manuscrits qu’ils adjoustront audit cathalogue s’ils les jugent à propos.

Je leur donne mes tablettes sur lesquelles mes livres sont placez en mon cabinet pour les placer sur icelles en leur bibliothèque séparément de leurs autres livres ou ailleurs ou il leur plaira et l’armoire qu’est en mon cabinet pour serrer les papiers ou autres choses qu’ils ne pourront pas mettre sur les tablettes. Je leur donne mon tableau comme un gage de mon estime que je les prie de placer sur mes livres, et y mettre un cartouche conforme à l’esprit de mon don.

Je prie messieurs les officiers, avocats et procureurs du bailli grands jours et  election de cette ville de Vendome d’agreer en reconnoissance que j’ay eu l’honneur d’estre de leur corps du don que je leur fais et a tous les honnestes gens de l’usage et service de mes livres sous laquelle condition j’en ay fait le don cy dessus a Messieurs de l’Oratoire que je prie de l’agréer et de voulloir les communiquer et prester à tous ceux qui en demanderont soit pour les lire au lieu ou ils seront scituez ou pour les emporter chez eux pour estudier auquel cas ils s’en chargeront sur un registre qui sera pour ce temps avec promesse de les rapporter dans trois mois au plus tard et dans ce dessein et afin d’instruire chacun de la qualité de ces livres pour demander ceux dont ils auront besoin. Je prie Messieurs de l’Oratoire de faire imprimer aux despens de ma succession le cathalogue qui en aura esté fait et en faire tirer jusque a cens exemplaires pour en distribuer aux communautez ecclesiastiques, officiers du baillage, grands jours et election, avocats et procureurs des dits sièges et aux honnestes gens, je prie Messieurs de l’Oratoire, procureur et avocats fiscaux de vouloir bien prendre la peine de recoller ensemblement à la Pasques tous les ans le cathalogue de ces livres pour leur conservation et Messieurs les officiers du baillage, grands jours et election de voulloir s’ils les jugent a propos pour leur augmentation faire chacun en leur corps un arresté pour obliger chaque officier, avocat, procureur, mesmes les huissiers, notaires et greffiers de mettre a leur reception en mains du Père Supérieur de l’Oratoire telle somme qu’il leur plaira regler pour estre employée par l’avis du corps dont sera l’officier, en l’achapt des livres qui sera suscrit au cathalogue comme venant dudit don et son nom escrit a la première page, et s’il manquoit jusques a trois livres pour avoir les livres choisis je prie Messieurs de l’Oratoire de les donner. La délivrance de ce don ne sera faite qu’apres ma mort et celle de ma chère femme sy elle me survit, et elle disposera comme elle voudra de ses livres de pieté et sy elle n’en a pas disposé à sa mort ils feront partie du present don. S’y trouvera certains livres qui n’ont guere de rapport a mon dessein, comme des romans et autres, je consent qu’on les vende et que l’argent soit employé à d’autres livres. Le tout comme Messieurs de l’Oratoire le jugeront a propos.

Le dit testament fait et arresté double comme dessus a Vendome le vingt sept septembre mil sept cens signé R Augry et M. Nourry.

Annexe 2 – Acte de confirmation de Marguerite Noury à l’Oratoire de Vendôme (07/02/1705)

Source : Arch. nat., S/6797

Le septiesme jour de febvrier mil sept cent cinq avant midy en la cour de Vandosme par devant nous Michel Ubhert nottaire conseiller en la cour de Mazangé soussigné.

Fut présente et personnellement establie dame Margueritte Nourry veuve de deffunt maistre René Augry conseiller du roy lieutenant civil et criminel de lellection de Vandosme demeureant audit Vandosme paroisse de saint martin.

[Considérations générales.]

Elle a fait et fait par les présentes la dilesvrance du don et legs qu’ils ont fait par ledit testament a la maison de l’Oratoire de Jésus establie en cette ville de Vandosme de tous les livres manuscrits et imprimez qui composent la bibliothèque dudit défunt sieur Augry sans aucunes choses deppandant de la dite bibliothèque de quelques manières que ce soit réserver ny retenir au de touttes les tablettes instruments de metametiques et generallement tout ce qui est de la ditte bibelioteque, consent que les sieurs prestre et communauté de la ditte maison de l’Oratoire les fassent en leur et porter dans laditte maison pour les mettres dans un lieu et commode d’icelle maison pour l’usage des livres et choses deppandant de la ditte bibellioteque destiné par ledit testamant pour l’exécution et conformité charges clauses et conditions d’iceluy ce qui a esté accepté par messire Gabriel Fouilloux prestre superieur de la ditte maison pour la communauté d’icelle maison cy present est personnellemant estably aux charges clauses et conditions dudit testament soubz le bon plaisir du très reverend père de la cour superieur general de la congregation de l’oratoire. Et outre a ladite dame promis et promet et s’obliger par ces presentes pour les mêmes raisons que dessus concernant le bien public de faire dellivrance ausdits sieurs de l’oratoire de Vandosme du don et legs a eux fait par ledit testament pour la cofondation d’un second professeur de phillo[so]phie en la ditte maison et college de Vandosme du jour de saint Luc en octobre prochain en un an prochainement.

[Viennent ensuite les propriétés et les rentes léguées par René Augry et sa femme.]

La minutte est signée M. Noury Fouillous prestre et superieur de l’Oratoire Fournier Hubert et Hubert present et Hubert nottaire sudit et soubsigné controllé le 10e fev[rier] 1705.

[Suivent le numéro d’enregistrement de l’acte, le règlement et les signatures.]

  1. Loisel, Vassort (dir.) 2007, p. 207-208 ; Vassort 1996. []
  2. Par exemple, Arch. mun. Vendôme, BB 18, Registre des délibérations (15 août 1769 – 20 août 1773), fol. 102r-v : y sont énumérés les officiers du bailliage, ceux des eaux et forêts, ceux de l’élection, ceux du grenier à sel, les chanoines de la collégiale Saint-Georges, les Bénédictins de la Trinité, les curés, les prêtres de l’Oratoire, les avocats, les médecins, les notaires, les procureurs, les apothicaires, les marchands de drap, les médecins, les chirurgiens, les tanneurs, les gantiers les orfèvres, les perruquiers, les chapeliers. []
  3. Vassort 1996. []
  4. Arch. mun. Vendôme, BB 20, Registre des délibérations (22 avril 1787 – 15 novembre 1790), séance du 10 février 1788. []
  5. Rochambeau 1881. []
  6. La volumétrie des bibliothèques des Cordeliers et des Calvairiennes n’est pas renseignée dans le « Relevé des bibliothèques des religieux faits sur les inventaire des municipalités » alors que 375 imprimés ont été comptabilisés dans la bibliothèque des Ursulines (Arch. nat., F/17/1173, Loir-et-Cher, pièce n°75 : https://www.siv.archives-nationales.culture.gouv.fr/siv/media/FRAN_IR_054337/c176ih3vsgxs-c31fv3yxlmaw/FRAN_0022_04416_L [consulté en décembre 2024]). À la Révolution, l’abbaye de la Trinité possède 4 544 volumes dont 273 manuscrits. []
  7. Arch dép. Loir-et-Cher, E 131/2, acte de baptême de René Augry (9 novembre 1617). La biographie de René Augry la plus complète reste celle proposée dans Trémault 1889. []
  8. Rochambeau 1889. Il ne subsiste aujourd’hui qu’une tour de cette église qui a été démolie en 1857 en raison de sa vétusté. []
  9. Trémault 1889. []
  10. Bibl. mun. Vendôme, ms. 288, Coutumier et nécrologe de l’Oratoire de Vendôme, fol. 21. []
  11. Ibid., fol. 21r et p. 21. []
  12. Arch. dép. Loir-et-Cher, 3 E 18/542, Acte de dépôt du double du testament de René Augry (23 janvier 1705) qui contient les différentes versions de ce document []
  13. Arch. dép. Loir-et-Cher, 41 H 3, pièce n°49. Voir aussi AD du Loir-et-Cher, 41 H 56, « Inventaire des titres [de l’Oratoire de Vendôme] depuis 1203 jusqu’en 1733 », p. 271. []
  14. Bibl. mun. Vendôme, ms. 288, fol. 28r-v. []
  15. L’histoire du collège de Vendôme a été retracée par Bonhour 1902-1911. []
  16. Bibl. mun. Vendôme, ms. 392 et ms. 330, recueils de l’académie des lettres de Vendôme. []
  17. De cette académie sont conservés des documents qui ne vont pas au-delà de 1765. Mais le Calendrier historique de l’Orléanais y fait toujours référence en 1771, ce qui laisse supposer qu’elle était toujours active cette date. []
  18. Calendrier historique de l’Orléanais, 1768. []
  19. Compère et Julia 1988. []
  20. Arch. nat. M/225, « Mémoire de la maison et collège de Vendôme tenus par les prêtres de la Congrégation de l’Oratoire » []
  21. La bibliothèque de l’Oratoire est attestée dès 1702, date à laquelle le père Jacques Fresneau lègue une somme d’argent pour « la bibliothèque de cette maison ou pour ayder à faire un fonds pour un second cour de théologie » (Arch. nat., M/225-8, Testament du père Jacques Fresneau en date du 5 janvier 1702). []
  22. Arch. dép Loir-et-Cher, 41H56, « Inventaire des titres [de l’Oratoire de Vendôme] depuis 1203 jusqu’en 1733 », p. 266. []
  23. Arch. nat, S/6797, Acte de confirmation de Marguerite Noury à l’Oratoire de Vendôme (7 février 1705). []
  24. Budnik 2018. []
  25. Andreae Argoli divi marci serenissimo annuente senatu equite Ephemeridum iuxta tychonis hypotheses…, t. 2, ab anno 1641 ad 1670, Padoue, Paolo Frambotto, 1648 (cote ancienne : L.z C.13 N.8 ; cote actuelle : Dd’). []
  26. Cote actuelle : Fb 345. []
  27. Cote actuelle : Hb 282. []
  28. Cote actuelle : Dd 210. []
  29. Voir la notice sur la bibliothèque du Palais de Vendôme. []
  30. Simon 2024. []
  31. Bibl. mun. Vendôme, ms. 322, « Mémoires historiques et chronologiques sur la ville de Vendôme et sur l’ancien pays vendômois… », vol. 1, p. 222. []
  32. Arch. nat., MM/596, fol. 19r. []
  33. Arch. nat., M/225-8, Procès-verbal de visite des 14-15 juillet 1777. []
  34. Arch. nat., S/6797. []
  35. Histoire des mathematiques, dans laquelle on rend compte de leurs progres depuis leur origine…, t. 1, Paris, chez Charles-Antoine Jombert, 1758 (cote ancienne : L.z C.3 N.11, cote actuelle : Dd 67) ; Recueil de diverses oraisons funèbres, harangues, discours et autres pieces d’eloquence des plus celebres auteurs de ce tems, premiere et seconde parties, A l’Isle, chez Jean Henry, 1696 (cotes anciennes : L.f C.4 N.34 et L.f C.4 N.35 ; cote actuelle : Fb 345). []
  36. Comme l’a constaté Ernest Nouel, bibliothécaire de la Ville de Vendôme, qui s’est attelé à reconstituer la bibliothèque de René Augry entre 1887 et 1893. Voir Bibl. mun. Vendôme, dossier « inventaires », sous-dossier « Essai d’une reconstitution de la bibliothèque de René Augry ». Ce dossier, non inventorié, ne dispose pas de cote. []
  37. Le père de Monthodon a donné un Inventaire général de France depuis Pharamond jusques a present illustré par la conference de l’Eglise et de l’Empire par Jan de Serres, Paris, chez Matthieu Guillemot au Palais et P. Mettayer, 1614 (cote ancienne : L. l’ C.3 N.16 ; cote actuelle : He 387) ; le père Danisson a offert Petri Mosellani protegensis viri eruditissimi, in Auli Gelli noctes atticas, annotationes, Lyon, chez Sébastien Gryphe, 1542 (cote ancienne : L.l C.4 N.2 ; cote actuelle : Fd 106) ; le frère Mangot a donné Nouvelles remarques sur Virgile et sur Homère, et sur le prétendu style poétique de l’écriture sainte, ou les sopho-mories et les folies des sages et des savans, dans lequel…, 1710 (cote ancienne : L.X C.2 N.48 ; cote actuelle : F’d 322) ; le père Fresneau a légué une Bibliotheca patrum concionatoria, pascha ad festum Sanctissimae Trinitatis, opera et strudi F. Francisci Combefis…, t. IV, Paris, Antoine Bertier, 1662 (cote ancienne : L.f C.1 D.5 ; pas de cote actuelle). []
  38. Bibl. mun. Vendôme, ms. 278, Catalogue de la bibliothèque des Oratoriens, 12 messidor an II (30 juin 1794), dressé par le bibliothécaire Lefebvre et ses collaborateurs, Crénières et Dessaignes. Tous les trois sont d’anciens Oratoriens. Ce catalogue n’énumère pas seulement les ouvrages qui formaient la bibliothèque publique, mais toutes les collections de livres qui étaient entreposées chez les Oratoriens sous l’Ancien Régime. Y sont renseignés les livres de culte qui étaient installés dans la sacristie et qui ont été transportés à la bibliothèque en novembre 1793 (arch. dép. du Loir-et-Cher, Q 1428, Procès-verbal du 25 brumaire an II (15 novembre 1793) concernant l’inventaire de la chapelle et de la sacristie de l’Oratoire de Vendôme). []
  39. Piganiol de La Force, Nouvelle description de la France dans laquelle on voit le gouvernement général de ce royaume…, t. 10, Paris, chez Guillaume Desprez, 1754, p. 273-275. []
  40. Ces Mémoires, divisés en trois volumes manuscrits, sont aujourd’hui conservés à la médiathèque de Vendôme (mss. 318-321). Ils ont fait l’objet d’une publication imprimée en 1835 : Simon, Michel, Histoire de Vendôme et de ses environs, t. 1-3, Vendôme, Henrion-Loiseau, 1835. []
  41. Tremault 1901. []
  42. Aquilon 1991. Voir aussi Arch. dép. Loir-et-Cher, L 835, « Questions adressées au commissaire du directoire exécutif du canton de Vendôme touchant l’état actuel des objets de sciences et arts dans la commune près de laquelle il exerce ces fonctions (22 floréal an VII [11 mai 1799]) ». []

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
William Trouvé (28 février 2025). Vendôme – Bibliothèque du collège de l’Oratoire. Bibliothèques publiques dans la France des Lumières. Consulté le 5 mai 2026 à l’adresse https://bipulum.hypotheses.org/1226


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