Les peintures religieuses de Brenet en 1775 : de saint Paul au Christ de la révolution

Outre le Christ de Hallé, plusieurs œuvres religieux furent exposées au Salon de 1775. 

Deux étaient réalisées par Nicolas-Guy Brenet et destinées à l’église Saint-Jacques de Compiègne, une ville marquée par l’empreinte de Louis XV puisqu’il en avait fait reconstruire le château et qu’il y avait organisé la rencontre du futur Louis XVI et de Marie-Antoinette. 

Les deux tableaux de Brenet sont faits pour se répondre. 

Nicolas-Guy Brenet, Assomption de la Vierge, huile sur toile, 1775, église Saint-Jacques, Compiègne.

 

Nicolas-Guy Brenet, Saint Pierre et saint Paul, huile sur toile, 1775, église Saint-Jacques, Compiègne.

Sur le premier, une Vierge recouverte d’une draperie bleue est entraînée vers le ciel par un ange vêtu de rouge, qui représente l’Angleterre. Il regarde vers la droite, vers quelqu’un qui n’est pas représenté mais dont il semble prendre ses ordres. Au-dessus de cet ange en rouge, les ombres font paraître la draperie de la Vierge bleu foncé, bleu marial catholique. De l’autre côté, deux têtes d’anges accompagnent la Vierge. L’une est bien visible et l’autre est cachée derrière. Là, la lumière rend la draperie bleue plus claire, il se transforme en bleu céleste protestant. Ces deux anges, dont l’un est apparent et l’autre caché rappellent ceux de la Paix de Hallé, qui représentaient le futur Louis XVI et Jacques-Louis David. Les deux demi-frères se retrouvent ainsi réunis du côté protestants contre l’Angleterre. Le côté droit renvoie à Marie-Josèphe de Saxe, que Louis XV en roi d’Angleterre avait figée dans un récit catholique, et le côté gauche renvoie à la maîtresse du dauphin, père de Louis XVI

Dans le coin inférieur gauche, deux hommes, habillés comme les Pierre et Paul de l’autre tableau, étendent les mains vers elle. Celui de droite est un vieillard en bleu et jaune qui rappelle le dauphin en Bélisaire, celui de gauche est en vert, comme le futur Louis XVI dans l’Allégorie à la mort du dauphin de Lagrenée

Face à cette Vierge qui leur est enlevée, saint Pierre et saint Paul s’unissent : c’est ce qui est présenté sur l’autre tableau. Saint Pierre est assis avec un parchemin. En tant que fondateur de l’Église, il est aussi un Bélisaire, en ce que l’Église a trahi le message du Christ. Ne disposant pas d’armes, c’est avec l’écrit qu’il a dû lutter. Il regarde vers Paul en lui montrant le parchemin. Debout, Paul semble prêt à partir au combat, tenant lui aussi un parchemin roulé, comme s’il prenait pour inspiration un écrit de Pierre. Au-dessus, deux anges semblent rejouer leur relation. L’un lui tend une clef de Pierre tandis que l’autre soulève une lourde épée symbolisant le combat que Paul s’apprête à mener. 

Face à ces deux tableaux figurant la situation symbolique de Louis XVI et de son père par rapport à Louis XV, Brenet proposa un troisième tableau, une Résurrection du Christ, destinée cette fois-ci à l’église de Montreuil, à côté de Versailles. 

Nicolas-Guy Brenet, La Résurrection du Christ, huile sur toile, 1775, église Saint-Symphorien, Versailles.

Comme la Résurrection de Suvée exposée en 1781, elle s’inspire de la Résurrection de Charles Le Brun. Ce Jésus est toutefois plus terre-à-terre : il sort véritablement d’un tombeau et n’est pas suspendu dans le ciel. Il terrasse en premier lieu un Anglais, en rouge, qui est un traître, couvert de jaune, c’est-à-dire probablement ce que l’on voulait qu’il devienne, dans la continuité de Louis XV, quand on l’a consacré comme successeur légitime de son père. La naissance du Christ de Hallé est ainsi annulée par la Résurrection de Brenet. C’est aussi un Christ qui en dit beaucoup par rapport à la comparaison avec celui de Le Brun. D’une part, il est inversé : c’est donc une opposition au règne de Louis XIV. Ensuite, un ange le débarrasse de la croix alors que le Christ de Le Brun la brandissait, c’est un Christ athée. Et c’est un Christ qui n’est plus distingué du roi : il a chassé à la fois le Louis XIV, fruit de l’adultère, et le saint Louis cocu. En choisissant cette iconographie pour une paroisse pauvre à côté de Versailles, il s’inscrit aussi concrètement dans une opposition au règne de Louis XIV. 


OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Aurore Chéry (13 avril 2026). Les peintures religieuses de Brenet en 1775 : de saint Paul au Christ de la révolution. À travers champs. Consulté le 13 septembre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/1623w


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