On a déjà vu que, en 1779, Alexandre Roslin avait produit toute une série de tableaux traduisant la position diplomatique de la Suède face à la Russie. On peut ajouter à cette série le portrait de Guillaume II Coustou acquis en 2024 pour le Trésor de la cathédrale de Sens.

Il s’agit d’un portrait du sculpteur du Mausolée du dauphin, qui était mort en 1777. On aperçoit sur la droite un morceau du modèle en terre. Sous cette forme, il apparaît rouge et reprend ainsi l’idée portée par l’usage de la sanguine par Cochin : une implication de l’Angleterre. Il ne montre aussi que la partie effectivement sculptée par Coustou, celle avec les deux femmes, allégorisées, avec un enfant entre elles dont on ne sait trop de laquelle il provient, pas celle évoquant la querelle dynastique entre les deux fils du dauphin. En allégorisant les deux femmes et en les figeant dans la sculpture, Coustou rend la descendance du dauphin avec sa maîtresse impuissante. En cela, il se trouve être un avatar de Louis XVI qui, en montant sur le trône, a ruiné les espoirs dynastiques de son frère aîné, représenté en Amour conjugal de l’autre côté de la sculpture. Ce faisant, il inverse l’image de Louis XVI qui, d’impuissant, devient celui qui rend impuissant, quand bien même on a pu le caricaturer en femme. Roslin s’amuse d’ailleurs de cette caricature en attribuant à Coustou la pose de Marie-Philippine Lambriquet, la première maîtresse de Louis XVI, dans le portrait faussement attribué à Vigée-Le Brun de Caen. L’impuissant a bel et bien une maîtresse et il tient en main un instrument phallique destiné à sculpter, donc à rendre impuissant. Chez Roslin, Louis XVI n’a pas de maîtresse parce qu’il est une femme castratrice.
On a déjà vu que Roslin aimait s’amuser des nuances de couleurs pour mettre en avant des contradictions relevant de la casuistique : ici le dauphin a eu deux femmes, mais ce ne sont que des allégories, Louis XVI est impuissant mais il a une maîtresse.
Il poursuit ici ce jeu sur les couleurs en donnant un habit rose à Coustou. Le rose renvoie à la sexualité par l’expression “cueillir la rose”, mais c’est ici du rose foncé qui tend au pourpre, la couleur impériale. Il laisse ainsi entendre à Catherine II que ce n’est pas tant le fait que Louis XVI ait une maîtresse qui la préoccupe, mais plutôt le fait qu’en s’émancipant d’elle, il risque de construire son empire sans elle. Cette idée est renforcée par le fait qu’il est assis sur une chaise tapissée de vert empire, une chaise Louis XV qui reprend l’idée d’un temps bloqué, comme dans la gravure de Cochin et Demarteau, mais qui fait malgré tout avancer l’idée d’empire.
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Aurore Chéry (27 mars 2026). Roslin et le portrait de Guillaume II Coustou : Louis XVI est une femme castratrice. À travers champs. Consulté le 26 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/15yf3