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Archéologie et anthropologie du soin et de la santé

Epidémie, pandémie, gestion sanitaire… Comment les sociétés du passé ont-elles fait face à l’apport du soins et à la gestion de la santé de leurs populations ?

Cette huitième conférence du cycle « Archéologie dans la Cité » a eu lieu le 22 novembre 2023, au Musée du quai Branly, dans la salle de cinéma. Le musée est partenaire de ce projet porté par CY Cergy Paris Université, auxquels se joignent également le Musée d’Archéologie Nationale – Domaine de Saint-Germain-en-Laye, le Musée de l’Homme – Museum National d’Histoire Naturelle, l’Institut national du patrimoine et le Musée national des arts asiatiques-Guimet. Ce dernier accueillera la dernière conférence de la saison 2023-2024, le 29 mai 2024, dont le thème sera annoncé prochainement.

Le soin et la santé sont des questions d’actualités qui nous concernent tous. Ces questions nous ont particulièrement touchés ces dernières années avec la pandémie du Covid-19. Ces thématiques renvoient également à des questionnements d’archéologues.

Dans cette conférence à deux voix, un dialogue entre Valérie Delattre (archéo-anthropologue) et Frédéric Boursier (médecin légiste) proposent de se pencher sur différents cas d’études. Cette rencontre entre le monde de l’archéologie et la médecine légale a pour objectif de croiser les perspectives en lien avec des préoccupations qui représentent et ont toujours représentés des enjeux majeurs des sociétés humaines. L’apport de cette démarche relève pleinement d’une science dans la Cité.

La présentation se divise en trois thématiques : 1) les nouveaux enjeux de la discipline ; 2) la paléopathologie ; 3) l’infiniment petit pour un questionnement contemporain.

Santé, maladies, études génétiques, mobilités humaines, nombre de thématiques relèvent de ce champ disciplinaire. Elles ont toutes pour point commun : l’étude de la matière osseuse. Donnée essentielle de l’archéo-anthropologue, elle permet de questionner le passé pour éclairer des thématiques sociétales contemporaines qui font sens : la prise en charge des vivants et des morts, des malades et des blessés, des personnes en situation de handicap.

Ces restes humains proviennent d’individus décédés et squelettisés, qui ont eu une vie, qui ont traversé des évènements ces informations ont pu laisser des traces sur leurs os. Ce sont ces traces que les spécialistes vont observer. Leur étude soulève des problèmes d’éthiques, souvent liés aux prélèvements ou à la conservation de ces ossements humains. Ce sujet n’est pas neutre, il implique les archives les plus intimes de l’humanité et demande la nécessaire intégration d’un regard et d’un traitement particulier.

S’intéresser à la pratique du soin et à la préservation de la santé renvoie à nos propres conditions. Elle permet de questionner à la fois l’état pathologique d’un individu, mais également de questionner les comportements sociaux face à ces vulnérabilités.

L’archéologie dite sociétale s’inscrit dans un mouvement de recherche qui questionne le vivant et interroge tous les vivants : intégrée aux récents travaux sur la guerre, la violence et les conflits, sur le genre ou sur les mouvements de population, elle considère les liens humains tissés au sein du groupe social, le rapport aux soins du quotidien, à l’hygiène du corps et à la santé. Elle vise notamment à considérer la vulnérabilité liée à l’âge, à des pathologies invalidantes ou à un statut social.

Des premières amputations au Néolithique (Seine-et-Marne) aux maisons d’accueil des enfants malades (Barneville), en passant par les trépanations du Paléolithique, cette conférence dresse un panorama des interventions médicales et du lien entre l’individu et la société. Les restes humains constituent, de fait, l’une des principales sources matérielles pour connaître les vivants, y compris les plus fragiles, les invisibles, dans ces sociétés. Leur étude se fonde sur une observation macroscopique, leur manipulation directe et, pour considérer l’état sanitaire, un diagnostic rétrospectif peut être posé par un paléopathologue. À ces approches traditionnelles se sont adjointes de nouvelles méthodologies, notamment issues de progrès technologiques dans le domaine de la paléogénétique, ouvrant, par exemple, de nouvelles perspectives sur les pandémies (peste, etc.).

Cette conférence souligne la nécessaire interdisciplinarité dans les travaux de recherches des archéologues d’aujourd’hui et de demain. Décloisonner nos domaines de recherche pour collaborer avec des spécialistes venant de disciplines extérieures, permet de nourrir la réflexion et d’enrichir les pistes d’interprétation, pour une recherche scientifique qui ne cesse de se renouveler et de s’écrire. L’archéologie est une science du dialogue et de la collaboration dans laquelle des regards croisées et des expertises complémentaires sont essentielles à la discipline.

Intégrées à la programmation nationale de l’archéologie (Cnra) dans l’axe 16, ces problématiques ont pour vocation d’être développées et approfondies ces prochaines années. L’objectif est de développer une véritable archéologie de l’humain dans ce qu’il a de plus complexe et de plus variable. Cet axe 16 permettra d’étudier des thèmes très larges intégrant la petite enfance et le troisième âge, l’esclavage ultra-marin, ou encore les jardins des simples des moines.

Une conférence présentée par :

  • Frédéric Boursier, médecin hospitalier, spécialisé en médecine d’urgence et médecine légale et anthropologue.
  • Valérie Delattre, archéo-anthropologue à l’Inrap, chercheure et spécialiste des pratiques funéraires et cultuelles.

Vous pouvez retrouver l’enregistrement de cette conférence ici :

Pour aller plus loin

Proposition de lectures :

  • Alain Froment, Hervé Guy (dir.), Archéologie de la santé, anthropologie du soin, La Découverte, 2019
  • Sacha Kacki, Hélène Réveillas, Christopher Knüsel (dir.), Rencontre autour du corps malade – Prise en charge et traitement funéraire des individus souffrants à travers les siècles, Actes de la 10e rencontre du Gaaf, Athénée municipal de Bordeaux, 23-25 mai 2018, Gaaf n°10, 2021
  • Anne Lehoërff (dir.), « Axe 16 », Programmation nationale de la recherche archéologique, Cnra, Ministère de la Culture, 2023, p. 211-221
  • Valérie Delattre, Handicap : quand l’archéologie nous éclaire, Paris : Le Pommier, 233 p., coll. « Le collège », 2018

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Sarah Bounoua (12 février 2024). Archéologie et anthropologie du soin et de la santé. Archéologie dans la Cité. Consulté le 21 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/14gwo


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