Appel à contribution : “Pour une reconsidération des effets visuels analogiques et des pratiques d’animation” (Revue Synoptique, vol. 12, no. 1)

Synoptique : An Online Journal of Film and Moving Image Studies est une revue canadienne rattachée à la Mel Hoppenheim School of Cinema de l’Université de Concordia (Montréal, Québec). Les propositions d’articles sont ouvertes pour le douzième volume, sur le thème « Pour une reconsidération des effets visuels analogiques et des pratiques d’animation / Rethinking Analog Effects and Animation Practices ».

Les articles ou travaux complets sont à soumettre jusqu’au 7 juillet 2026. Les notifications d’acceptation seront envoyées d’ici le 7 août 2026.

Informations détaillées à retrouver sur le site de la revue : https://www.synoptique.ca/call-for-papers

Argumentaire de l’appel à contribution :

Ce numéro vise à rendre aux méthodes analogiques (que ce soient les effets pratiques, optiques ou en animation) l’attention académique qui leur est due, aussi bien en ce qui concerne le cinéma analogique que le cinéma numérique contemporain. Accompagnant l’essor du cinéma numérique de ce début de siècle, les effets spéciaux constituent un domaine foisonnant qui a  suscité un regain d’intérêt au sein de la communauté académique, la culture populaire, le journalisme, et les communautés de fans. Certain.es théoricien.nes comme Warren Buckland, Stephen Prince, Charlie Keil, Kristen Whissel, ou Julie A. Turnock ont porté une certaine attention au réalisme des images de synthèse dans le cinéma, et leur omniprésence dans le cinéma grand public hollywoodien. De plus, comme ont pu le remarquer Dan North, Bob Rehak et Michael S. Duffy, des théoricien.nes comme Prince partent du postulat que “ce à quoi l’on pensait auparavant comme étant des ‘effets spéciaux’ peut à présent être entendu comme des phénomènes numériques, totalement intégrés dans l’appareil narratif des pratiques cinématographiques grand public” (2015, 21). Cet effacement de la démarcation entre le numérique et l’analogique semble impliquer que l’étude du numérique engloberait l’étude de tous les effets visuels.  Cependant, accorder notre attention aux effets numériques ne doit pas se faire aux dépens d’une “analyse historique ancrée dans la considération des façons multiples et variées par lesquelles le cinéma fabrique et encadre ses représentations” (2015, 21). Le tournant numérique n’a pas totalement effacé les effets analogiques: ils continuent de coexister avec les images de synthèse, de générer de nouvelles esthétiques et rhétoriques, et de se déployer dans des nouveaux contextes cinématographiques au-delà d’Hollywood. 

Qui plus est, la concentration de l’intérêt académique sur les effets numériques a aussi tendance à invisibiliser la diversité des sujets qui pourraient être explorés dans le champ plus vaste des études sur l’animation. Lev Manovich (1996), avec sa définition du cinéma numérique comme une forme d’animation qui utilise des images photographiques en tant que ressources graphiques, a provoqué, à son époque, d’importantes réflexions sur la nature du cinéma, de l’animation, et des images de synthèse. Les effets numériques étaient alors considérés comme un sujet d’étude extrêmement productif pour l’analyse des relations entre l’animation et le cinéma. L’animation ne consiste pas, et n’a jamais consisté, en une seule technique, mais au contraire en un vaste ensemble de pratiques. Ne porter attention qu’aux effets numériques limiterait notre vision à une seule des nombreuses intersections entre le cinéma en prise de vue réelle  et l’animation, alors que chacun de ces points de convergence constitue une nouvelle clef de compréhension du cinéma dans son ensemble. 

Visant à s’éloigner de certains écrits trop centrés sur Hollywood, ce numéro vise à mettre en lumière les implications de l’usage des effets analogiques et des techniques d’animation à un niveau économique, esthétique, et politique, dans un cadre aussi bien national que transnational. Selon Turnock (2022), ILM (Industrial Light and Magic), leader dans l’industrie des effets spéciaux, aurait créé une esthétique singulière, basée sur une forme de réalisme, assez puissante pour attirer des entreprises, hollywoodiennes, et autres, et les amener à adhérer à ses standards stylistiques. Diverger de ses standards pourrait alors être une forme de résistance politique ou économique, ou une manière d’affirmer une spécificité nationale ou culturelle, créant ainsi une diversité s’opposant à l’homogénéité hollywoodienne. C’est en revisitant les approches analogiques dans leur contexte que nous pouvons approfondir notre compréhension de l’histoire du cinéma. Les études de Julie A. Turnock (2012), Laura Mulvey (2012), Vivian Sobchack (2014) et Ariel Rogers (2019) sur la standardisation de la rétroprojection dans les années 1930 offrent une perspective renouvelée sur la manière dont cette technique, autrefois dénigrée, fait plus qu’entrer en dissonance avec le régime de transparence du cinéma hollywoodien classique, mais produit avec sa « visibilité maladroite [clumsy visibility]  » (Mulvey 214) un effet esthétique singulier avec une visée narrative. 

Au cœur des débats théoriques se trouve la question du passage du cinéma analogique au cinéma numérique (et avec lui, des effets analogiques aux effets numériques): Doit-il être perçu comme une rupture radicale, ou partie d’une continuité historique? Quelle que soit la réponse, l’existence d’effets analogiques dans ces deux cinémas engendre des questions importantes, qui ne doivent pas être écartées au profit du réalisme des effets Hollywoodiens qui sont le sujet en vogue dans les écrit dans les écrits académiques récents. “L’apport narratif des effets spéciaux sur l’impact général d’un film n’est jamais simplement la traduction directe des événements du scénario en images sur un écran, mais plutôt de la médiation technologique de ces événements” (2015, 27), écrivent Dan North, Bob Rehak, et Michael S. Duffy. À propos de King Kong, ils avancent que Kong aurait eu un ensemble de significations différentes s’il avait été simplement joué par un acteur dans un costume de gorille. Parallèlement, la préférence délibérée pour les effets analogiques produit des significations au niveau de l’intrigue différentes de ce qu’elles auraient été, provenant d’images de synthèse. La préférence pour ‘l’analogique’ contre ‘le numérique’ met aussi en lumière des questions liées au travail manuel. L’utilisation de techniques analogiques, comme l’animation d’image par image, requiert l’utilisation de matériaux spécifiques—une marionnette articulée, un paysage miniature dans le cas de Kong,—de longues périodes de tournage pour que l’animateur.ice puisse opérer image par image, et, souvent, une grande équipe de praticien.nes qualifié.es. Des facteurs qui, en conjonction avec un discours commercial mettant en avant l’aspect ‘fait main’ et humain des approches analogiques, risquent d’obscurcir, voire de légitimer, des pratiques d’exploitation dans le milieu du travail.

Nous recherchons donc des contributions portant sur les implications économiques, esthétiques, et politiques de l’usage d’effets analogiques, que ce soit à travers une nouvelle attention portée à l’histoire du cinéma, ou des pratiques contemporaines allant à l’encontre des standards Hollywoodiens. 

Les contributions proposées à ce numéro de Synoptique peuvent englober les thèmes suivants mais n’y sont pas limitées:

  • Les pratiques cinématographiques ‘fait main’, les pratiques artisanales

  • L’aspect matériel des effets analogiques/de l’animation  

  • L’aspect visuel haptique et les techniques analogiques

  • Les effets analogiques dans le cinéma grand public contemporain 

  • Les effets analogiques/d’animation dans les cinémas nationaux et transnationaux 

  • Analyse historique, et pratiques archivistiques concernant les effets analogiques et l’animation 

  • Les effets spéciaux, l’animation et les pratiques cinématographiques expérimentales

  • Les effets analogiques et les pratiques cinématographiques d’auteur.ices

  • Les effets analogiques en tant que convergence du cinéma en prise de vue réelle et de l’animation

  • La circulation de compétences et techniques d’animation dans le cinéma en prise de vues réelles par les effets visuels

  • La narration transmédia et les pratiques de fans axées sur les objets liés aux effets pratiques

  • L’animation analogique et le travail transnational dans la production médiatique 

Les essais soumis à l’évaluation par les pairs doivent comprendre entre 5000 et 7500 mots. Les essais pour la section sans révision par les pairs doivent comprendre entre 1500 et 3500 mots. Les critiques doivent comprendre approximativement 2000 mots. Toutes les soumissions doivent adhérer au style Chicago auteur-date (18ème édition). Toutes les images doivent être créditées et accompagnées d’une légende.

Nous acceptons aussi des critiques d’ouvrages, films, conférences, et festivals de cinéma, qui soient récents et pertinents. 

Les essais sous format vidéo soumis au comité de révision; des interventions comme des reconstitutions visuelles de films et de processus de production d’animation, ou autres archives pertinentes, sont aussi acceptés. Ceux-ci peuvent être soumis sous format de vidéo numérique, d’images statiques, ou autres formats multimédias, et seront affichés ou intégrés sur le site de Synoptique, et/ou reliés à la version PDF du journal.

Les soumissions peuvent être rédigées soit en français soit en anglais. 

Vous pouvez aussi nous contacter pour nous faire part de vos idées de soumission et autres questions éventuelles.

Nous vous prions de soumettre les essais ou travaux complets aux éditeurs du journal ([email protected]) et de mettre en copie les éditeurs spécialement adjoints à l’équipe pour ce numéro, Baptiste Mesot ([email protected]) et Zeynep Aras ([email protected]) d’ici le 7 juillet 2026. Nous vous ferons parvenir vos notifications d’acceptation d’ici le 7 août 2026.

Bibliographie

Buckland, Warren. “Between Science Fact and Science Fiction: Spielberg’s Digital Dinosaurs, Possible Worlds, and the New Aesthetic Realism.” Screen 40, no. 2 (June 1, 1999): 177–92. https://doi.org/10.1093/screen/40.2.177. 

Chung, Hye Jean. Media Heterotopias: Digital Effects and Material Labor in Global Film Production. Duke University Press, 2018. 

Du, Daisy Yan. Animated Encounters: Transnational Movements of Chinese Animation, 1940s–1970s. University of Hawai‘i Press, 2019. 

Edera, Bruno, Histoire du cinéma suisse d’animation. Cinémathèque suisse, Travelling no 51/52, 1978. 

Frank, Hannah, Frame by frame: a materialist aesthetics of animated cartoons. University of California Press, 2019. 

Lefebvre, Martin, and Marc Furstenau, eds. Special Effects on the Screen: Faking the View from Méliès to Motion Capture. Amsterdam University Press, 2022. 

Manovich, Lev. “What is Digital Cinema?” In Telepolis, 21 May 1996. Rpt. in The Digital Dialectic: New Essays on New Media. Ed. Peter Lunenfeld. Cambridge: MIT P, 2000. 173-92. Rpt. in Visual Culture: Critical Concepts in Media and Cultural Studies. Routledge, 2006. 221-38. 

Mulvey, Laura. “Rear-Projection and the Paradoxes of Hollywood Realism.” In Theorizing World Cinema, edited by Lúcia Nagib, Chris Perriam, and Rajinder Kumar Dudrah, 207–20. I. B. Tauris, 2012. 

Prince, Stephen. Digital Visual Effects in Cinema: The Seduction of Reality. Rutgers University Press, 2012. 

Rehak, Bob. More Than Meets the Eye: Special Effects and the Fantastic Transmedia Franchise. New York University Press, 2018.

Rogers, Ariel. “Production Screens in the Long 1930s: Rear Projection and Special Effects.” In On the Screen: Displaying the Moving Image, 1926–1942, 19–57. Columbia University Press, 2019. 

Sobchack, Vivian. “Detour: Driving in Back Projection, or Forestalled by Film Noir.” In Kiss the Blood off My Hands: On Classic Film Noir, edited by Robert Miklitsch. University of Illinois Press, 2014. 113–129. 

Turnock, Julie A. “The Screen on the Set: The Problem of Classical-Studio Rear Projection.” Cinema Journal 51, no. 2 (Winter 2012): 157–62. 

Turnock, Julie A. The Empire of Effects: Industrial Light and Magic and the Rendering of Realism. University of Texas Press, 2022. 

Zinman, Gregory. “The Right Stuff?: Handmade Special Effects in Commercial and Industrial Film.” In Special Effects: New Histories, Theories, Contexts, edited by North, Dan, Bob Rehak and Michael S. Duffy. British Film Institute, 2015

Emilien Peillon
Emilien Peillon

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OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Emilien Peillon (17 avril 2026). Appel à contribution : “Pour une reconsidération des effets visuels analogiques et des pratiques d’animation” (Revue Synoptique, vol. 12, no. 1). IMANIMA. Consulté le 25 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/16371


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