Transcr(é)ation est une revue canadienne spécialisée consacrée à la transmédialité et aux dialogues texte – film, sans hiérarchisation de l’un par rapport l’autre. Les propositions de contributions sont ouvertes pour son neuvième numéro dirigé par Ronan Charles, sur le thème « De natures fictionnelles en fictions naturelles » (hiver 2027).
Les propositions sont à envoyer avant le 15 juillet 2026, pour un rendu des articles au 1er novembre 2026.
Argumentaire de l’appel :
Pour notre 9e numéro, consacré au rapport à la nature depuis l’intermédialité texte-image, nous acceptons toute réflexion sur la proportion fictionnelle que présente inévitablement l’approche documentaire de la nature. Cet axe problématique inclut les (re)mises en question de l’authenticité, du caractère informatif ou didactique de documents portant sur la référence réelle et sensible que la nature constitue. Symétriquement, l’appel envisage les recherches sur le caractère traditionnel, originel, « naturel » de la fiction[1] et de son recours à l’image comme au texte. Cette piste peut correspondre à une analyse des procédés diégétiques corrélant la propension humaine à imaginer avec ce qui s’avère « indépendant de la volonté ou de l’action humaines[2] ». Seront les bienvenues les réflexions interrogeant la dé-spécification des mediums mais aussi l’intangibilité des médialités (qui demeure la condition fondamentale des intermédialités), toujours depuis l’angle de la fiction et/ou de la nature. Les propositions peuvent entre autres analyser les différentes « natures » d’intermédialités pouvant alors faire office d’« épreuve[3] » selon Bernard Guelton, ou d’« écart » selon Jacques Rancière pour qui « le cinéma prend à la littérature ses fictions en effaçant ses images et sa philosophie[4] ». Enfin, des approches sémantiques peuvent éclairer sur la raison qui amène le latin impérial fictio, « action de façonner, création » à devenir, en latin médiéval, « tromperie[5] », ainsi que sur sa mise en rapport historique avec le latin dérivé de nasci, « naître » (ibid.).
L’appel s’adresse à tout panorama textuel et/ou iconique du rapport des genres de l’imaginaire[6] à la nature, mais aussi à toute réflexion sur les différences de mise en œuvre du « surnaturel » entre la création littéraire et l’image, sachant que l’accès à ce « qui est au-dessus des possibilités de la nature, qui échappe à ses lois[7] » est fictif. En citant Fustel de Coulanges depuis son célèbre ouvrage Vie et mort de l’image, Régis Debray nous transmet une hypothèse précieuse pour toute analyse historique, anthropologique et/ou philosophique : « C’est peut-être à la vue de la mort que l’homme a eu pour la première fois l’idée du surnaturel et qu’il a voulu espérer au-delà de ce qu’il voyait[8]. » La « construction de l’imagination[9] » et particulièrement du surnaturel serait-elle née du plus naturel des mystères (la mort) ? Seront donc appréciées les analyses de rapports à la nature divers s’inscrivant dans le merveilleux, le fantastique ou la science-fiction. Il peut s’agir, par exemple, de comparaisons d’œuvres de John Ronald R. Tolkien (Le Seigneur des anneaux, 1954) avec celle de Peter Jackson (Le Seigneur des anneaux, 2001-2004) ou encore de mise en corrélation de l’excès romantique de Mary Shelley (Frankenstein ou le Prométhée moderne, 1821) avec l’univers du film Avatar (2009) de James Cameron, en passant par la nature quasi-inexistante du roman Blade Runner (1968) de Philip Kindred Dick. Sont envisagés les articles abordant les fonctions historiques et souvent disparues des récits imaginaires[10] comme les légendes – dont un des objectifs, durant les siècles précédant les progrès techniques de la météorologie, était de prévenir les catastrophes naturelles susceptibles de se reproduire.
Ce numéro cherche à attirer les réflexions sur un thème récurrent en philosophie de l’art et qui s’avère, de nos jours, bouleversé par les préoccupations écologiques de l’anthropocène : celui de l’art et de la nature. En considérant l’« écologie des images[11] » présentée par Vivien Philizot, Sophie Suma et Benjamin Thomas ou l’« éconologie[12] » introduite par Jean-Michel Durafour, quel impact concret présenterait une écologie fictionnelle ou une écologie diégétique ? De surcroît, si l’axe antipodique divise, entre autres, des points de vue d’anthropologues[13] et de philosophes[14], l’écologie et la philosophie rencontrent, depuis l’ouverture du cadre fictionnel de notre thème, la politique, l’éthique, la théorie du contrat social. Il apparaît donc aussi pertinent qu’incongru de s’interroger sur les possibilités de représenter, par exemple, l’« état de nature » (mode de vie humain antérieur à son organisation en sociétés ou en civilisations) élaboré par Jean-Jacques Rousseau[15] et introduit par Thomas Hobbes[16], d’autant que cette notion n’a jamais été issue d’un modèle réel. Les interprétations cinématographiques de François Truffaut (L’Enfant sauvage, 1970), de Hugh Hudson (Greystoke, la légende de Tarzan, 1984), et, bien sûr, du célèbre roman d’Edgar Rice Burroughs (Tarzan of the Apes, 1912) peuvent par exemple donner lieu à des analogies pertinentes et s’inscrivant dans l’intermédialité ou la transmédialité. Par ailleurs, le néologisme « symbiocène[17] », inventé par l’auteur écologiste Glenn Albrecht, en conceptualisant un idéal, propose fictivement une certaine organisation de la cité et correspond alors à ce qui définit la politique. Or, quelles perspectives d’évolution laisserait apparaître une représentation fictionnelle détaillée d’un tel concept, soit d’un monde où « l’empreinte des humains sur la Terre sera réduite au minimum » (Ibid.), où « toutes les activités humaines seront intégrées dans les systèmes vitaux et ne laisseront pas de trace » (Ibid.) ?
Parmi les pistes de réflexion possibles, nous proposons les suivantes :
- Nature et fiction
- Nature et art
- Nature et surnature
- Nature et documentaire
- Nature et intermédialité
- Fiction et art
- Fiction et surnature
- Fiction et documentaire
- Fiction et intermédialité
Nous acceptons également des entretiens d’artistes, de réalisateur·trice·s ou de penseur·euse·s en lien avec le sujet.
Échéancier
- Date limite pour l’envoi des propositions (titre, résumé de 250-300 mots, adresse email, affiliation et notice bio-bibliographique de 150 mots) : le 15 juillet 2026 à l’adresse [email protected] (Réponses avant fin juillet)
- Soumission des articles (6 000 – 8 000 mots) suivant le protocole de la revue : le 1ernovembre 2026 (Retour des évaluations jusqu’à fin décembre)
- Publication du numéro envisagée pour mars 2027
Bibliographie
Albrecht, Glenn, Les Émotions de la terre, Paris : Les liens qui libèrent, 2020.
Besson, Anne, Les Littératures de l’imaginaire, Clermont-Ferrand : Presses Universitaires Blaise Pascal, 2022.
Debray Régis, Vie et mort de l’image, Paris : Gallimard, 1992.
Descola, Philippe, Par delà nature et culture, Paris : Gallimard, 2005.
Dupouey, Patrick, La Nature, Paris : Que sais-je ? (PUF), 2023.
Durafour, Jean-Michel, Qu’est-ce que l’éconologie ?, Dijon : Les Presses du réel, 2025.
Guelton, Bernard, Images et récits – La Fiction à l’épreuve de l’intermédialité, Paris : L’Harmattan, 2013.
Hobbes, Thomas, « De la condition du genre humain à l’état de nature, concernant sa félicité et sa misère », Léviathan ou Matière, forme et puissance de l’état chrétien ou civil (1651), Paris, Gallimard, 2000, pp. 220-228.
Menoud, Paul, Qu’est-ce que la fiction ?, Paris : Vrin, 2006.
Philizot, Vivien ; Suma, Sophie ; Thomas, Benjamin, Écologie des images, Lyon : Éditions 205, 2025.
Rancière, Jacques, Les Écarts du cinéma, Paris : La Fabrique, 2011.
Rousseau, Jean-Jacques, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes (1755), Paris : Flammarion, 2011.
Sébillot, Paul, Croyances, mythes et légendes des pays de France (1906), Paris : Omnibus, 2018.
[1] Menoud, Paul, Qu’est-ce que la fiction ?, Paris : Vrin, 2006.
[2] Académie française, « Nature », Dictionnaire, https://www.dictionnaire-academie.fr/article/A9N0131#:~:text=Ce%20qui%20constitue%20en%20propre,Nature%20divine%2C%20ang%C3%A9lique%2C%20humaine (Page consultée le 02/04/26).
[3] Guelton, Bernard, Images et récits – La Fiction à l’épreuve de l’intermédialité, Paris : L’Harmattan, 2013.
[4] Rancière, Jacques, Les Écarts du cinéma, Paris : La Fabrique, 2011.
[5] Académie française, « Fiction », Dictionnaire, https://www.dictionnaire-academie.fr/article/A9F0680 (Page consultée le 02/04/26).
[6] Besson, Anne, Les Littératures de l’imaginaire, Clermont-Ferrand : Presses Universitaires Blaise Pascal, 2022.
[7] Académie française, « Surnaturel, surnaturelle », Dictionnaire, https://www.dictionnaire-academie.fr/article/A9S3671#:~:text=SURNATUREL%2C%20SURNATURELLE&text=Qui%20est%20au%2Ddessus%20des,Un%20ph%C3%A9nom%C3%A8ne%20surnaturel (Page consultée le 02/04/26).
[8] Debray Régis, Vie et mort de l’image, Paris : Gallimard, 1992, p. 36.
[9] Académie française, « Fiction », op. cit.
[10] Sébillot, Paul, Croyances, mythes et légendes des pays de France (1906), Paris : Omnibus, 2018.
[11] Philizot, Vivien ; Suma, Sophie ; Thomas, Benjamin, Écologie des images, Lyon : Éditions 205, 2025.
[12] Durafour, Jean-Michel, Qu’est-ce que l’éconologie ?, Dijon : Les Presses du réel, 2025.
[13] Descola, Philippe, Par delà nature et culture, Paris : Gallimard, 2005.
[14] Dupouey, Patrick, La Nature, Paris : Que sais-je ? (PUF), 2023.
[15] Rousseau, Jean-Jacques, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes (1755), Paris : Flammarion, 2011.
[16] Hobbes, Thomas, Léviathan (1651), Paris : Flammarion, 2017.
[17] Albrecht, Glenn, Les Émotions de la terre, Paris : Les liens qui libèrent, 2020, p. 331.
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Oriane Sidre (6 mars 2026). Appel à contribution “De natures fictionnelles en fictions naturelles” (Revue Transcr(é)ations n°9). IMANIMA. Consulté le 26 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/15tri