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L’été et les fausses découvertes

En été, les journaux peuvent avoir du mal à remplir leurs colonnes. Cela arrive aussi aux magazines grand public plus ou moins spécialisés. Récemment, je suis tombé sur un article qui me semble tout à fait appartenir à cette catégorie d’articles écrits très rapidement en été, sans être basés sur des preuves archéologiques et historiques sérieuses. L’ayant retrouvé dans un magazine que en général j’apprécie, cela m’a encore plus surprise. On y raconte que la majeure partie des rois d’Ur seraient en réalité des reines!!!

L’argumentaire principal réside dans la présence de squelettes féminins dans des tombes très riches contenant des sacrifices humains, trouvées à Ur, au sud de la Mésopotamie méridionale. Ces tombes forment ce que Leonard Woolley, le découvreur, a appelé le “Cimetière royal” d’Ur (voir mon article sur ce cimetière ici).

Fouilles de Leonard Woolley à Ur

Fouilles de Leonard Woolley à Ur

On ne saurait identifier les reines sur la seule base de la position de leurs tombes. En fait, Woolley fouilla environ 2000 tombes mais seulement 16 se démarquent des autres par le mobilier et le personnel qui les accompagnent. On ne peut pas penser que les 2000 tombes seraient toutes royales puisqu’elles étaient à côté des 16 tombes royales! Le problème de l’attribution des tombes n’est pas tant celui du genre que stratigraphique: l’accumulation des tombes sur une longue période a créé une stratigraphie particulièrement difficile que ni Woolley ni les quelques tentatives plus récentes n’ont réussi à démêler. Il n’est pas toujours certain que l’antichambre précédant la chambre funéraire ait été rattachée à la bonne tombe. Or, l’antichambre contenait une partie de la suite qui avait suivi le personnage royal dans la mort. Pour mieux comprendre les tombes royales, il faudrait analyser de nouveau toute la stratigraphie et vérifier l’attribution des antichambres.

Restitution de la parure de la reine Puabi d'Ur

Restitution de la parure de la reine Puabi d’Ur

Enfin, sur la question de l’existence des reines en Mésopotamie (voir mon article sur les reines mésopotamiennes du IIIe millénaire BCE ici), il est nécessaire d’analyser la documentation textuelle, notamment les inscriptions royales et la liste royale sumérienne1. La liste royale sumérienne cite une reine (qui en sumérien se dit nin), Ku-babba, reine de Kish. Au delà de l’attribution d’un trop long règne (Ku-babba aurait exercé la royauté pendant une centaine d’année), la liste reconnaît la possibilité qu’une femme ne soit pas seulement l’« épouse de » mais qu’elle puisse exercer le pouvoir. Les inscriptions de trois autres femmes les définissent comme reines: Pu-abi à Ur, Paba à Mari et Nin-TUR à Ur portent en effet le titre de reine (nin). Quatre reines en 400 ans, ce n’est rien comparé aux centaines de rois qui se sont succédé sur les trônes des nombreuses cités-états, caractéristiques du IIIe millénaire BCE jusqu’à la réunification akkadienne (vers 2350 BCE).

Encourager les lecteurs à acheter le magazine, qui a un titre sensationnel, n’est rien comparé à la méthode très incertaine et anachronique de la chercheuse qui a été la source principale de cet article: oui, il y a eu des reines en Mésopotamie, mais d’abord elles étaient l’exception et puis dans leurs inscriptions, elles se sont présentées comme des ‘hommes’ car, de toute évidence, même pour elles, le pouvoir était masculin. Le féminisme de certains chercheurs nuit gravement à la santé des découvertes historiques.

 

 

  1. sans oublier les textes administratifs et économiques []
Laura Battini
Laura Battini
Chargée de Recherche au CNRS (UMR 7192 – PROCLAC, Paris), spécialiste d’architecture et d’iconologie syro-mésopotamienne

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Laura Battini (12 août 2026). L’été et les fausses découvertes. Sociétés humaines du Proche-Orient ancien, ISSN 2606-7587. Consulté le 13 septembre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/16nvh


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