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La guerre en Mésopotamie

La guerre était une occupation constante dans l’Antiquité, et pas seulement en Mésopotamie. Parmi les premières images de l’histoire, datant d’environ 3100 avant J.-C., figure la guerre. L’ennemi est facilement reconnaissable, ligoté, nu et souvent terrassé par le bon roi. Déjà à cette époque, l’un des devoirs fondamentaux du bon roi est la guerre, en tant que sauvegarde de la civilisation contre les forces du mal.


À l’époque proto-dynastique (2900-2350 av. J.-C.), où plusieurs cités-états coexistent, chacune gouvernée par un roi, les guerres sont régulières. Le principal problème est celui de l’eau : les cités situées en amont bloquent l’eau qui est censée atteindre les cités situées en aval. Il y avait aussi des guerres de territoire, comme le conflit entre Umma et Lagash pour GU.EDEN.NA, un territoire situé entre les deux cités. Le conflit a duré environ deux siècles, avec des victoires alternées. Il n’est pas le seul, mais il est très célèbre car, pour la première fois, on a trouvé des sources écrites directes qui le décrivent. De plus, un témoignage iconographique du conflit est aussi connu : la stèle des vautours, érigée pour célébrer l’une des victoires de Lagash sur Umma. La stèle est sculptée sur deux faces, l’une représentant la guerre et l’autre la victoire. La victoire est une représentation symbolique destinée à montrer la justice de la guerre et la bienveillance divine qui a soutenu le roi de Lagash contre l’ennemi. On y voit, en effet, le roi offrir un filet rempli d’ennemis à une divinité assise sur un trône.

L’étendard d’Ur

Un autre document iconographique sur la guerre qui n’a malheureusement pas été inscrit est ce que l’on appelle l'”étendard d’Ur”. Retrouvé dans le cimetière royal d’Ur, cet objet en bois incrusté de lapis-lazuli, de cornaline et de nacre, serti dans du bitume, reste énigmatique. On ne sait ni comment ni pourquoi il était utilisé. On comprend qu’il s’agissait d’une célébration de la victoire après une guerre menée avec les fantassins et la charrerie. Mais selon les experts de équidés et de la guerre, sans chevaux, sans fers, avec un harnais primitif, et des roues pleines1, les chars n’ont jamais été destinés à jouer un véritable rôle militaire au IIIe millénaire av n. è. La représentation de l”étendard’ est largement symbolique : ce n’est pas la vérité historique qui compte, mais la célébration de la victoire avec ses retombées positives représentées sur la face dite ‘de la paix’ (esclaves, butin, animaux).

Akkad, Rimush, fin du IIIe millénaire

Avec la dynastie d’Akkad et la IIIe dynastie d’Ur, le moteur de la guerre devient l’expansion territoriale et, à terme, l’accès aux ressources qui font défaut en Mésopotamie. Ces premiers “empires” sont fragiles, ne reposent pas sur un contrôle territorial et ne durent qu’un siècle ou deux. Mais ils ouvrent la voie à la soif de conquête, et donc aux guerres qui se multiplieront au cours du deuxième millénaire. De plus, la dynastie d’Akkad élabore un modèle iconographique du roi vainqueur qui aura une profonde influence sur les œuvres officielles des siècles successifs. Sous cette dynastie, même les dieux sont montrés au combat (voir à ce propos l’article: Les théomachies en Mésopotamie).

Le deuxième millénaire, marqué par la formation de royaumes d’une certaine taille, a connu un grand nombre de guerres. La présence de murailles et de fortifications se répand partout, tant au nord qu’au sud de la Mésopotamie. Même les petits sites administratifs ne dépassant pas 1 hectare sont fortifiés, signe de l’extension de la guerre. C’est aussi à cette époque que l’on établit les listes de populations déportées après avoir été vaincues, les premières qui nous sont arrivés. Les déportations servaient comme outil politique (pour briser les rébellions locales) et économique (pour fournir de la main d’œuvre aux territoires agricoles appauvris par la guerre).

Femmes et enfants déportées, bas reliefs de Ninive, VIIe s.av.n.è. (Photo L. Battini)

Femmes et enfants déportées, bas reliefs de Ninive, VIIe s.av.n.è. (Photo L. Battini)

Au Ier millénaire av. n.è., la guerre était une réalité quotidienne, surtout sous le règne de certains rois assyriens comme Salmanazar III. Le roi fait campagne une à deux fois par an, enregistrant un total de trente-cinq campagnes sur les trente-cinq années de son règne. La guerre est également largement représentée dans le centre du pouvoir, les capitales, ainsi que dans les provinces. Divers objets et monuments dans le palais royal, ainsi que dans les bâtiments publics, notamment les temples et les portes des villes, témoignent de l’importance de la guerre. À l’époque, les déportations étaient fréquentes et très célébrées dans les Annales. Les chiffres sont largement exagérés. La comparaison entre les textes officiels (Annales) et les lettres (écrites pour résoudre des problèmes réels) montre une exagération de 2 à 3 zéros… Alors que les lettres mentionnent des centaines de déportés, les Annales avancent le chiffre de 20 000 (Salmanazar III) et jusqu’à 200 000 (Sennachérib).

Avec l’avènement de l’Empire perse (539-331 av. J.-C.), les campagnes militaires confrontent les Perses à un nouvel ennemi, les Grecs. Des guerres médiques à la conquête d’Alexandre le Grand, les armées perses, essentiellement composées de mercenaires, s’effondrent face aux Grecs. (à suivre)

  1. sans parler du joug, du timon et de l’anneau nasal pensés pour les bœufs mais inadaptés aux équidés. voir à ce propos l’article Le cheval au Proche-Orient ancien première partie []
Laura Battini
Laura Battini
Chargée de Recherche au CNRS (UMR 7192 – PROCLAC, Paris), spécialiste d’architecture et d’iconologie syro-mésopotamienne

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Laura Battini (27 février 2025). La guerre en Mésopotamie. Sociétés humaines du Proche-Orient ancien, ISSN 2606-7587. Consulté le 13 septembre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/13e64


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