Le Labo des archives ouvrira ses colonnes en octobre prochain.
La plaque de Mai 2014
La plaque de Mai 2014
« Pologne. Village chrétien près de Lunna Wola (Faucher) »
- Pologne. Village chrétien près de Lunna Wola (Faucher)
Auteur : Daniel Faucher (1882-1970)
Date reconstituée par Gaëlle Hallair : 1934
J’analyse ce cliché en abordant successivement l’auteur, la date, puis les questions d’ordre archivistique, thématique et épistémologique.
Dans la légende inscrite sur son bord, ce cliché porte l’indication de son auteur : Daniel Faucher. Ce collègue d’Emmanuel de Martonne est professeur de géographie à l’institut de géographie de Toulouse à partir de 1926. En 1929, il crée la Revue géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest qui s’appelle aujourd’hui Sud-Ouest Européen. Pour plus de précision sur Faucher, ses début comme instituteur et sa rencontre avec Raoul Blanchard qui l’oriente vers la géographie de terrain et la géographie universitaire, je renvoie à la nécrologie écrite par le géographe de Bordeaux Louis Papy en 1971 dans les Annales de Géographie tout en précisant qu’une bibliographie fort utile de Faucher s’y trouve également (Papy, 1971).
Comme je l’ai expliqué dans un article publié dans la revue EchoGeo en 2009 (Hallair, 2009), les terrains d’études de Faucher se trouvaient plus dans les Pyrénées qu’en Pologne. J’avance donc comme hypothèse que les clichés pris par Faucher en Pologne sont tous à relier à sa participation au Congrès international de géographie de Varsovie en 1934. La liste des participants à ce congrès atteste la présence de Faucher.
Sur le plan archivistique, ce cliché porte la cote : URSS151(006). Cela signifie qu’en terme de plan de classement, le cliché est classé sous « URSS », plus précisément sous « Biélorussie septentrionale » alors qu’il s’agit de la Pologne. C’est intéressant pour l’historique du plan de classement. Si je m’en tiens à la date reconstituée de 1934, correspondant à une époque où la Pologne existe comme état, je peux avancer l’hypothèse que le plan de classement actuel a subi au moins une modification après la Seconde Guerre mondiale, époque à laquelle cette partie du territoire polonais passe sous contrôle soviétique et fait partie de l’URSS. D’ailleurs, dans la légende inscrite sur la plaque, le mot Pologne est barré.
Sur plan thématique, ce cliché est emblématique des centres d’intérêt de Faucher : la géographie humaine, la géographie rurale et notamment la géographie de l’habitat rural et du peuplement, thématiques en vigueur et très développées à l’époque.
Sur le plan épistémologique, je trouve ce cliché intéressant pour illustrer la circulation des photographies entre les géographes. La photographie reste chère et rare à l’époque et les géographes universitaires ont constitué des photothèques à destination de l’enseignement et de la recherche. E. de Martonne cherchait à enrichir sa collection, comme il l’exprime dans sa correspondance. Des pratiques judicieuses d’échanges et d’achats ont permis d’accroître les collections photographiques. Il s’avère que j’ai identifié un double de ce cliché coté URSS151(006) dans la collection Daniel Faucher « Images de la Pologne » du département de géographie de l’université de Toulouse-Le Mirail. Dans la base accessible au public (http://w3.msh.univ-tlse2.fr/bipt/VOIR/faucher/accueil.html), ce cliché, sans légende, mais probablement l’original à partir duquel une copie a été remise au fonds de Martonne, est identifié par : gdf173000000130h.jpg. De quoi ouvrir sur de nouvelles circulations entre géographes, cette fois-ci à l’heure des humanités numériques…
Bibliographie
Hallair Gaëlle, 2009, « Les images en géographie sous l’angle des humanités numériques » in EchoGéo [En ligne], 8 | 2009, mis en ligne le 30 mars 2009, consulté le 16 mai 2014. URL : http://echogeo.revues.org/11062 ; DOI : 10.4000/echogeo.11062
Papy Louis, 1971, « Nécrologie : Daniel Faucher » in Annales de Géographie, t. 80, n°440, p. 385-396. url : /web/revues/home/prescript/article/geo_0003-4010_1971_num_80_440_15353
Consulté le 16 mai 2014
Union géographique internationale, Comptes rendus du Congrès International de Géographie de 1934, 1935-1938.
Sitographie
COLLOQUE “LES ARCHIVES AU XIXe SIECLE : DEFINITIONS ET USAGES” LES 12-13-14 MARS 2014
2014-02-19 Affiche colloque_CERILAC_CM4
Les archives au XIXe siècle
Définitions et usages
CERILAC EA44 10
12-13-14 mars 2014
Colloque organisé par l’EA 4410 CÉRILAC avec la collaboration des Archives nationales de France
Comité scientifique : Dominique Dupart (Université Lille3), Louis Hincker (Université de Valenciennes), Muriel Louâpre (Université Paris V), Claude Millet (Université
Paris Diderot), Paule Petitier (Université Paris Diderot), Yann Potin (Archives nationales) et Sylvain Venayre (Université de Savoie).
La plaque d’avril 2013
« HONGRIE. Bord Balaton, falaise de sables et argiles pontiens ».
Auteur : Jëno de Cholnoky (1870-1950)
Date : avant 1950
Cote : eu342(005)
1 Le cliché d’un contributeur étranger
Jenö [ Eugène ] de Cholnoky, d’abord formé et diplômé (en 1892) en ingénierie hydraulique puis habilité en géographie, occupe, de 1905 à la chute de l’empire austro-hongrois, la chaire de géographie de l’université de Klausenburg (actuellement Cluj-Napoca en Roumanie). Les nouvelles configurations territoriales issues des Traités de Paix de la Première Guerre mondiale le conduisant à quitter la ville de Klausenburg devenue Cluj, il occupe à partir de 1920 la chaire de géographie de l’université de Budapest jusqu’à son départ à la retraite en 1940 à l’âge de 70 ans. J. de Cholnoky et E. de Martonne entretiennent des liens d’amitié professionelle : d’une part, J. de Cholnoky, ayant lui-même constitué une photothèque à Klausenburg-Cluj, envoie plusieurs clichés de géographie physique sur la Hongrie à son collègue français qui enrichit ainsi sa collection de photographies sur plaques de verre. D’autre part, E. de Martonne exprime son respect et son estime pour son collègue hongrois de plusieurs façons : par les recensions laudatives de ses oeuvres dans la Bibliographie géographique internationale, par les nombreuses références renvoyant à J. de Cholnoky dans le tome 4 ” Europe centrale” de la Géographie universelle ou encore au détour d’un article sur l’enseignement et l’excursion en Roumanie. En effet, renvoyant explicitement aux effets concrets des remaniements de frontières au lendemain de la guerre, il explicite l’histoire de cet institut de géographie, né hongrois et devenu roumain : ” L’Institut de Géographie de Cluj est actuellement le plus important de Roumanie. Ses locaux sont ceux qu’avait obtenus, ses collections celles qu’avait formées un géographe hongrois distingué, E. Cholnoky ” (de Martonne, 1922, p. 64).
2 Une plaque de verre sur le lac Balaton
La plaque de verre analysée ici concerne un des terrains de recherche privilégiés de J. de Cholnoky : le lac Balaton ou Plattensee. Profitant des acquis de sa formation initiale en ingénierie hydraulique, il s’est passionné pour la géographie de ce lac, comme le montrent les travaux qu’il y a consacrés. Participant activement et régulièrement aux rapports de la Commission pour le Balaton commanditée à partir de 1891 par la Société de Géographie de Budapest, il s’occupe plus spécifiquement des questions de limnologie (Cholnoky, 1897). Tout au long de sa vie, il revient régulièrement sur ce terrain de recherche, comme le rapporte dans son journal de bord à la date du 18 août 1930 le géographe allemand Carl Uhlig, venu rendre visite à son collègue hongrois qui l’emmène sur la presqu’île de Tihany et lui expose le résultat de ses recherches.
3 Analyse archivistique
Dans la collection d’E. de Martonne, la plaque de verre est classée dans la rubrique “Collines” comprise elle-même dans l’ensemble “Hongrie”. La légende “Bord Balaton, falaise de sables et argiles pontiens” pointe l’intérêt sur la géomorphologie, notamment la stratigraphie des rives du Balaton. Malgré la présence d’un habitat cossu de villas visible sur le cliché, la géographie humaine n’a pas retenu l’attention de l’auteur de la légende.
Sur le plan descriptif, la photographie est prise en plan moyen de façon à rendre compte de l’étagement : de droite à gauche du cliché, on observe tout d’abord les falaises au bords quasi verticaux et sans végétation, qui se prolongent en un versant végétalisé moins abrupt, suivi d’un replat sur lequel sont construites les maisons, puis le bord du lac et le lac lui-même. L’habitat permet ici de donner l’échelle.
La plaque fait partie d’une série présentant les différents aspects du lac Balaton, de ses environs et des activités humaines qui y sont liées.
Bibliographie
Dénes Balàzs, Ungarische Wissenschaftler-Lexikon
Martonne Emmanuel de, 1922, « Enseignement et excursions géographiques en Roumanie » in Annales de Géographie, t. 31, p. 64-66.
Plattensee-Kommission der ungarischen Geographischen Gesellschaft, Resultate der wissenschaftlichen Erforschung des Plattensee. Erster Band. Physikalische Geographie des Plattensees und seiner Umgebung. Dritter Teil. Limnologie des Plattensees, von Eugen v. Cholnoky, Wien, 1897, 119 p.
Uhlig Carl, 1930, Ungarn und Rumänien, Blatt 1-50, Archives du Leibniz-Institut für Länderkunde, Leipzig, 189/18
Prochain séminaire : le 31 mai 2013, de 13h15 à 15h15
Dernière séance du séminaire “Archive19” pour cette année universitaire :
Le 31 mai 2013 à la Bibliothèque Jacques Seebacher- 13h15 à 15h15
Communication de Julie Lauvernier (Docteur en Histoire contemporaine et membre associé du CERHIO-UMR 6258) : imaginaire et pratiques des archives au XIXe siècle.
Appel à communication : COLLOQUE INTERDISCIPLINAIRE “LES ARCHIVES AU XIXe S. : DÉFINITIONS ET PRATIQUES”
Colloque interdisciplinaire « Les archives au XIXe siècle : définitions et pratiques »
Université Paris Diderot – 13-15 mars 2014 – Appel à communication
comité scientifique : Louis Hincker (université de Valenciennes), Muriel Louâpre (université Paris V), Claude Millet (université Paris Diderot), Paule Petitier (université Paris Diderot), Yann Potin (Archives nationales) et Sylvain Venayre (université Paris I).
Dans le cadre du programme « Archive(s) 19 » (http://archive19.hypotheses.org), la composante « Littérature & civilisation du XIXe siècle » du CÉRILAC (EA 4410 Université Paris Diderot) en partenariat avec les Archives nationales accueillera les 13, 14 et 15 mars 2014 un colloque sur les définitions et pratiques des archives au XIXe siècle (1789-1914), étant entendu que les pratiques non seulement reposent sur les conceptions mais les informent.
Définitions : seront questionnées la définition de l’archive au XIXe siècle dans les langues juridique et historienne, mais aussi ses acceptions, littérales et/ou métaphoriques, dans d’autres champs du discours (littérature, sciences de la nature et de l’homme), les contours de la notion d’archive par rapport à des notions proches comme celle de document et leurs possibles recouvrements, la délimitation du domaine de l’archivable et son devenir dans le contexte des mutations épistémologiques qui ont marqué le « siècle de l’histoire ».
Pratiques : pourront être étudiés les travaux archivistiques, leurs évolutions, leur institution en paradigme de la recherche des traces du passé, les usages des archives en régime savant, en particulier par les historiens mais pas seulement, et enfin le rapport des écrivains aux archives, entre usages concrets et imaginaire (consultations et collections, usages documentaires dans la genèse, constitution des archives de l’œuvre, collation et commerce d’autographes, mais aussi intégrations textuelles, représentation des archives et de ceux qui les conservent ou les détruisent).
Les propositions de contribution (2000-5000 signes sont à adresser avant le 12 mai 2013 à Claude Millet ([email protected]).
Histoires d’administrations
Histoires d’administrations est le carnet du Réseau histoire de l’administration et prosopographie des agents de l’Etat. Ouvert aux historiens, juristes ou historiens du droit, sociologues et politistes, archivistes, administrateurs, informaticiens, ce réseau se propose d’être un point de rencontre et d’échanges pour imaginer, construire et partager les instruments utiles au développement d’une histoire comparative des pratiques administratives (pour toutes périodes et sur tous les domaines d’intervention de l’action publique) : bases de données prosopographiques (interopérables et compatibles), compilations et indexations d’organigrammes (navigables), typologies documentaires (illustrées), extraits d’inventaires d’archives (commentés ou annotés), bibliographies collaboratives, etc. Les billets et articles, découvertes et commentaires, se proposent de susciter ou approfondir de nouvelles approches des sources et de nouveaux questionnements.
La plaque de Février 2013
La plaque de Février 2013
« Vélebit. Calcaire fissuré, puits à eau. Cvijic ».
Auteur : Jovan Cvijic (1865-1927)
Date : avant 1927
Cote : eu442(009)
1 Le cliché d’un gros contributeur étranger
Jovan Cvijic, géographe serbe, professeur de géographie à l’Université de Belgrade de 1893 à sa mort en 1927, a fourni 70 plaques de verre pour alimenter la collection de E. de Martonne sur la Yougoslavie. J. Cvijic et E. de Martonne entretiennent des liens professionnels et amicaux étroits, comme le prouve ce gros contingent de clichés offerts. Pendant son exil lors de la Première Guerre mondiale, J. Cvijic a été accueilli à Paris par P. Vidal de la Blache qui lui a donné la possibilité de donner des cours à la Sorbonne.
2 Une plaque de verre sur le modelé karstique…
J. Cvijic est considéré comme le pionnier des études karstiques. Sa thèse, soutenue en 1893 sous la direction de Albrecht penck à l’Université de Vienne, capitale de l’empire d’Autriche-Hongrie, s’intéressait déjà au phénomènes karstiques, comme son titre l’indique : Karstphänomen. J. Cvijic a établi une terminologie karstique issue du vocable serbo-croate qui perdure actuellement en géographie. Le karst se développe dans les roches calcaires, permeables : à un paysage apparemment sec en surface se combinent des réserves d’eau souterraines, comme le montre cette photographie d’un puits dans le calcaire du Vélebit en Croatie.
3 …et un cliché de géographie et d’ethnographie
Comme cette plaque de Février 2013, la plupart des clichés de J. Cvijic présents dans la collection de E. de Martonne présentent la particularité de présenter les différents aspects du phénomène karstique, certes dans une optique de géographie physique comme le souligne le plus souvent la légende, mais tout en montrant des êtres humains vaquant à leurs occupations quotidiennes. J. Cvijic s’est en effet beaucoup intéressé à la géographie humaine et a développé la notion de l’ethno-psychologie des peuples. Il cherche à représenter l’homme dans son environnement.
4 Analyse archivistique
La plaque de verre est classée dans la rubrique “Croatie” comprise elle-même dans l’ensemble “Yougoslavie”, car le plan de classement date d’après la Première Guerre mondiale et le démembrement de l’empire d’Autriche-Hongrie. La légende indique la région du Vélebit : il s’agit d’une chaîne montagneuse culminant à 1700 m environ et séparant le littoral de l’arrière-pays.
Sur le plan descriptif, la photographie représente un groupe de 3 femmes, d’un jeune homme et de 2 garçonnets autour d’une ouverture dans la paroi rocheuse calcaire. La légende indique qu’il s’agit d’un puits à eau. Ces personnes habitent à côté du point d’eau ou sont venues s’y approvisionner ; les deux baquets en bois visibles sur le cliché semblent permettre de constituer des réserves d’eau. L’environnement semble sec, minéral et sans végétation.
La photographie est prise en plan moyen de façon à englober le milieu physique (les roches calcaires) et le groupe humain dans ses activités (approvisionnement en eau), ses outils (les baquets en bois), ses costumes (robes, fichus, chaussures), c’est- à dire dans un sens très ethnographique. Le cliché représente le groupe humain dans un paysage karstique. La plaque fait partie d’une série présentant les différents aspects du modelé karstique : doline, ouvala, lapiez, hum, ponor.
Bibliographie
Cvijic Jovan, 1893, DasKarstphänomen. Versuch einer morphologischen Monographie in Geographische Abhandlungen, Wien, vol. V, Heft 3, p. 1-114.
Cvijic Jovan, 1918, La péninsule balkanique. Géographie humaine, 532 p.
Serbian Academy of Science and arts, Cvijic and Karst / Cvijic et karst, Belgrade, 2005, 405 p.
Vasovic Milorad,« Jovan Cvijic » in Geographers. Bio-bibliographical Studies, vol. 4,p. 25-32.
LES FANTÔMES DE GABRIEL MONOD. PAPIERS ET PAROLES DE JULES MICHELET, ÉRUDIT ET PROPHÈTE Yann Potin (P.U.F. | Revue historique 2012/4 – n° 664 pages 803 à 836)
Vous pouvez consulter cet article ici : Les fantômes de Gabriel Monod. Papiers et paroles de Jules Michelet, érudit et prophète
Pour citer cet article : Potin Yann, « Les fantômes de Gabriel Monod. Papiers et paroles de Jules Michelet, érudit et prophète », Revue historique, 2012/4 n° 664, p. 803-836.
L’ article est aussi disponible en ligne sur cairn : https://www.cairn.info/revue-historique-2012-4-page-803.htm
Séminaire du 1er février 2013
Prochaine réunion du séminaire “Archive(s)19″ : 1er février 2013 à partir de 14h30, Bibliothèque Jacques Seebacher.
Ordre du jour :
1. Préparation du colloque sur les représentations et usages des archives au XIXe siècle.
2. Communication de Nicole Mozet : “Balzac, la mise en scène drolatique de l’archive postrévolutionnaire”
Le compte-rendu de cette communication est en cours de rédaction.


