Premières analyses historiques des inscriptions (septembre-octobre 2023)

Parallèlement à des activités qui s’inscrivent dans le cadre des humanités numériques, les premières séances hebdomadaires de l’équipe de recherche ont également permis de présenter des éléments de recherche liés au contexte historique et au contenu textuel des inscriptions. Le pendant de la réflexion autour des différentes listes d’autorités de la base de données (noms de lieux, repères chronologiques et personnages historiques impliqués) est en effet la recherche effective sur l’histoire géographique des sites et l’identité des calligraphes étudiés, leurs motivations dans le choix de site et de ce mode si particulier d’appropriation du paysage.

site de Linglongshan, province du Shandong. photo: Lia Wei et Zhang Qiang 2019

Lors de deux réunions tenues en septembre 2023, Johan Rols, auteur d’une thèse sur l’histoire religieuse des espaces naturels en Chine, a proposé un travail concernant les noms de lieu où se situent les inscriptions gravées par Zheng Daozhao. Pour le site exploré, Linglongshan, Johan a repéré parmi les différents toponymes que l’on pensait être utilisés pour cette montagne, des noms qui s’avèrent se référer à d’autres localités à proximité de Linglongshan. Cette étude de la toponymie permet de dissocier les noms d’usage pour cette montagne d’appellations que l’on ne retrouve que sous la plume de Zheng Daozhao. Au-delà de cette dimension onomastique, les observations de Johan reposent sur la portée symbolique de la spatialisation des inscriptions. Au contraire de ce qu’on pourrait penser de prime abord ‒le calligraphe jette son dévolu sur des sites déjà symboliquement chargés‒ il semble que l’auteur de ces épigraphies ait choisi, dans le cas de Linglongshan, une montagne jusque-là anonyme, évitant ainsi de commettre un sacrilège et conservant une pleine liberté d’action dans la vallée ou sur les pics choisis. Outre la localisation des inscriptions, la réflexion doit aussi porter sur leur position in situ : sont-elles sur les versants ensoleillés des flancs de montagne, et à quel moment ? Sont-elles visibles de loin ou cachées au détour d’un sentier ? Sont-elles présentes dans des sites considérés comme sacrés ? La portée religieuse ou symbolique de telles inscriptions est inséparable de leur rapport au paysage. Ce sont, là encore, des pistes à étayer dans le cadre du projet.

Une deuxième piste, menée par Lia Wei et Francesca Berdin, masterante stagiaire au sein d’Altergraphy, concerne les variantes graphiques. Cette piste avait déjà été explorée depuis quelques années au travers de workshops menés par le projet FROGBEAR (2021) et le CRCAO (2021, 2023). Le projet Altergraphy vise à proposer une définition et une typologie des variations graphiques présentes dans le contexte spécifique des paysages inscrits dans la Chine médiévale. Une telle approche incite nécessairement à redéfinir ce qui fait variation dans l’écriture. Ainsi, et afin d’éviter tout anachronisme, il faut se poser la question de ce que l’on peut considérer comme variante dans la calligraphie vis-à-vis d’une norme officielle, ou encore d’une norme d’usage, dans l’écriture telle qu’elle était pratiquée aux Ve et VIe siècles dans le nord de la Chine. Francesca a entrepris de relire les matériaux des workshops FROGBEAR et CRCAO pour proposer une typologie de variantes graphiques. La terminologie en usage dans la littérature sur le sujet et les définitions existantes doivent être prises en compte dans cette proposition. Sa première proposition comporte une distinction entre variantes relevant de l’aspect stylistique (sur la forme et l’épaisseur des traits) et variantes dites structurelles (avec par exemple une modification des composants d’un caractère). De cette distinction des variantes peuvent découler plusieurs sous-catégories. La discussion s’est ensuite orientée vers les facteurs qui permettent d’expliquer le phénomène de variation : est-ce lié au matériau, que ce soit le support (le papier, la roche, etc.) ou l’instrument (le pinceau, le couteau, le ciseau) ? est-ce encore déterminé par la pratique ou la tradition d’écriture (les manuscrits) ; la variation émane-t-elle d’un choix conscient et individuel de la part du calligraphe ? est-ce une variante qui relève d’un usage régional ou est-elle liée à une période donnée, ou encore à l’identité du scripteur ? Les inscriptions étudiées par le projet Altergraphy étant attribuées à des individus spécifiques ‒bien que leur identité continue de faire couler beaucoup d’encre‒ nous avons l’occasion de parvenir au plus petit degré de résolution : l’auteur ou l’échelle du personnel.

Publiés régulièrement sur le carnet Hypothèses de l’ANR, ces billets de blog ont pour vocation de rendre compte des différentes étapes et démarches adoptées au sein du projet de recherche Altergraphy. Ils permettront aux lecteurs de se familiariser avec les différents rouages d’une recherche collaborative en construction. Nous avons le plaisir de vous présenter ici les différentes activités relatives au projet Altergraphy.

Paula Suméra

Paula Suméra
Paula Suméra

OpenEdition suggests that you cite this post as follows:
Paula Suméra (October 20, 2023). Premières analyses historiques des inscriptions (septembre-octobre 2023). ALTERGRAPHY. Retrieved September 9, 2026 from https://doi.org/10.58079/12enh


Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.