Cette année Ad Hoc a le plaisir de vous annoncer la tenue de la Journée des Doctorant.e.s.x du CELLAM le mercredi 6 mai à partir de 9h45 en salle recherche.

Cette année Ad Hoc a le plaisir de vous annoncer la tenue de la Journée des Doctorant.e.s.x du CELLAM le mercredi 6 mai à partir de 9h45 en salle recherche.

Porté par Jaïlys Duault et Marie Kergoat

Le communiqué de la maison d’édition Les Moutons Electriques pose un diagnostic sans concession :
Mais c’était sans compter sur une crise demeurée invisible jusqu’alors : un changement radical du marché. Les retours enflèrent peu à peu, révélant que nos parutions de 2023 ne s’étaient pas (du tout) vendues. Ces retours effacèrent nos chiffres d’affaires mois après mois, tandis que l’on réalisait que la fantasy adulte refluait devant la mode de la « romantasy1 ».
Nous n’insisterons pas sur le caractère quelque peu élitiste et sexiste de ce constat, qui sera remis en question lors de d’autres séances de ce séminaire. Ce constat nous paraît toutefois présenter une amorce des plus éclairantes.
Alors que le roman Sense and Sensibility de Jane Austen est toujours apprécié 215 ans après sa publication, il serait de mauvais ton de rejeter tout un pan de la littérature romantique. Le genre, ou sous-genre, de la romance est en effet particulièrement prolifique. Des pastorales (L’Astrée) aux romans de mariage (Jane Austen) en passant par les fictions réalistes peignant les mœurs maritales de la bourgeoisie du XXème siècle (Edith Wharton), l’amour a une place de choix en littérature. Sur nos écrans, le succès des adaptations de Bridgerton est loin d’invalider le succès des histoires d’amour, que d’aucun·es diraient « à l’eau de rose ». Au-delà des Harlequins et romans-photo poussiéreux, il semblerait que le XXIème propose un réinvestissement des enjeux sentimentaux dans la fiction romanesque… qui semble curieusement se situer en miroir inversé des avancées féministes. On parle ainsi de new romance, qui se déclinerait au sein de plusieurs genres et sous-catégories littéraires : fantasy (Sarah J. Maas), young adult (Twilight), science-fiction (La Séquence Aardtman), young adult, « mommy porn » (Fifty Shades).
Ce séminaire se propose d’interroger les frontières et nouvelles incarnations de la romance dans les littératures de l’imaginaire : des kinks transéculaires aux questionnements LGBTQIA+, en passant par l’enjeux du baklash féministe, il n’y a qu’un pas, que nous franchirons allègrement. Après une première séance, consacrée aux héritages de la new romance et aux constellations littéraires de ce genre, nous poursuivrons à partir de la rentrée 2026 cette carte du tendre.
La première séance aura lieu vendredi 13 février, en amphithéâtre T, à 14h, et en hybride : https://bbb-conf.univ-rennes2.fr/rooms/jz5-ndc-g8a-tuj/join
Nous avons le plaisir d’accueillir Anne Besson, professeure des universités spécialiste des mondes imaginaires expansifs dans la culture populaire et essentiellement dans les littératures de l’imaginaire (fantasy, SFFF), ainsi que dans les déclinaisons transmédiatiques qui les accompagnent. Sa conférence s’intitule « Nouvelles romances et autres vieilles histoires ».
Nous avons le grand plaisir de vous annoncer la parution prochaine (5 février) aux Presses Universitaires de Rennes l’ouvrage collectif A tâtons. L’obscurité dans les arts et la littérature, issu d’une journée d’étude en deux volets qui s’est tenue à Rennes les 24 février et 19 octobre 2022, dans le cadre des activités de l’association Ad Hoc.
L’ouvrage a bénéficié du soutien financier d’Ad Hoc et du CELLAM.
Lundi 24 novembre 2025 à 14h à l’Université Rennes 2 en salle des thèses (Bâtiment de la Présidence, 7e étage), la soutenance est publique.
Deborah Diguet Simon présentera ses travaux intitulés “La quête du sujet dans le théâtre de Wajdi Mouawad 1990-2025” menés sous la direction de Anne Teulade et de Christophe Bident.
Le théâtre de Wajdi Mouawad est le fruit d’une histoire de déplacements, commencée dès l’exil de l’auteur dramaturge, alors enfant en 1976, loin de Beyrouth. C’est en 1991 que sa première pièce écrite au Québec, Willy Protagoras enfermé dans les toilettes, donne naissance à une écriture théâtrale qui, depuis, n’a de cesse de raconter une quête. Elle est souvent décrite comme une quête d’identité, d’histoire, ou de consolation face aux violences de la guerre et du passé, acceptions légitimes tant les rapports y sont étroits entre la fiction et le réel.
Cette étude propose une lecture poétique et une approche philosophique de l’œuvre prise dans sa globalité architecturale et dynamique, qui éclairent d’autres modalités et enjeux de cette quête. A la lumière de la philosophie ricoeurienne en particulier, elle explore des miroitements poétiques et esthétiques qui mettent au jour une quête du sujet, configurée et maintenue à partir de la dialectisation des rapports entre même et autre, au fondement du partage de l’être. Le sujet, dans la pluralité de ses acceptions narratives et poétiques, est aussi bien l’agent actif de cette quête que l’objet dans la problématisation du soi à l’échelle de son inscription dans le monde et le temps de l’histoire. Œuvre théâtrale ample et parfois méconnue dans ses replis et ses obscurités, cette lecture propose de comprendre les logiques souterraines et paradoxales animant une écriture qui questionne, ce faisant, l’efficience de la littérature et du théâtre dans leurs rapports au réel qui, plus que jamais, fait retour.
Voici les livres présentés lors du dernier club de lecture :
-Annie Ernaux, L’Atelier noir, éditions Gallimard, collection “L’imaginaire”
-Annie Ernaux, Les Années, éditions Gallimard, collection “Folio”
-Clara Serra, La doctrine du consentement, éditions La Fabrique
-Michel Jean, Kukum, éditions Libre Expression
Voici les livres présentés lors du dernier rendez-vous du club lecture :
-Toni Morrison, Beloved (trad. J. Alikavazovic), éditions Christian Bourgois
-Goliarda Sapienza, L’Université de Rebibbia (trad. N. Castagné), éditions Le Tripode
-Marie-France Doray, La Comtesse de Ségur : une étrange paroissienne, éditions Rivages
-Dan Franck, Le roman des artistes, éditions Grasset
-Dostoïevski, Les Frères Karamazov (trad. H. Mongault, B. de Shloezer, L. Désormonts et S. Luneau), éditions La Pléiade
La journée d’étude “Femmes : mythes, fictions et récits de femmes incarcérées” (https://adhoc.hypotheses.org/2718) se clôturera avec une Voix d’un texte. Nous vous proposons d’assister à la rencontre avec la journaliste indépendante Audrey Guiller, autour de son recueil de témoignages Emprisonnées. Dix femmes, dix pays, dix histoires, publié en 2024 chez Libertalia (https://editionslibertalia.com/catalogue/poche/audrey-guiller-emprisonnees).
La rencontre est organisée et animée par Cécile Tarjot et Jaïlys Duault, pour Ad Hoc.
Organisée par Cécile Tarjot et Jaïlys Duault
Amphithéâtre Robert Castel – MSHB
Samedi 8 février 2025 à 14h à l’université Rennes 2 en salle des thèses (Bâtiment de la Présidence, 7e étage)
Benoît Houzé présentera ses travaux intitulés “Tristan Corbière, une aventure artistique. Pour l’édition de l’œuvre textuelle et graphique hors ‘Amours jaunes‘” menés sous la direction de Steve Murphy.
Le présent travail est une contribution à l’édition des œuvres textuelles et graphiques créées par Tristan Corbière (1845- 1875). Il rassemble et donne autant que possible des reproductions de tous les manuscrits, dessins, peintures et albums connus de cet artiste qui a longtemps tenu ensemble, dans ses créations, le poétique et le pictural, avant de mettre ce dernier au second plan à partir de l’élaboration et de la publication de son unique recueil (Les Amours jaunes, 1873). Notre thèse propose une édition critique des textes ou états de textes non publiés dans ce livre, ainsi que des œuvres picturales ou picturo-textuelles.
Un travail de datation et une réflexion sur le parcours artistique de Tristan Corbière a permis d’organiser ces œuvres en grands ensemble de créations, correspondants à des périodes ou à des lieux de vie.
Ainsi, on peut approcher une “aventure artistique” de Tristan Corbière, avec ses différents projets et moments. Notre travail inclus une édition de la correspondance de jeunesse, qui éclaire les racines de ce parcours. Il propose enfin une contribution à la bibliographie critique de cette œuvre.
Depuis 2017, Ad hoc a renoué avec sa vocation d’entraide entre jeunes chercheurs et chercheuses et a lance son cycle de formations : « La valorisation de la thèse », « Les financements », « Partir à l’étranger », « Enseigner pendant la thèse »… Nous recevons des institutionnels, des doctorant·e·s et jeunes docteurs à partager leur expérience.
Ad hoc organise annuellement une journée des doctorant·e·s qui offre aux chercheurs et chercheuses débutant·e·s une première tribune et, plus généralement, un espace bienveillant d’échange et de partage aux jeunes chercheurs.
Originellement créé par Delphine Meunier et Anne Duguet, deux élèves de l’ENS de la rue d’Ulm, et importé à Rennes 2 en 2013, le projet “La Voix d’un texte” propose une activité culturelle désormais bien installée et reconnue dans le paysage universitaire rennais. Ces rencontres entre auteurs, universitaires, étudiant·e·s et grand public bénéficient du reste du soutien de la Bibliothèque Universitaire qui met régulièrement à disposition ses locaux. Si les séances entendent aborder les textes en ménageant une place de choix au plaisir de la lecture, la présentation de la poétique de l’auteur et l’analyse de passages choisis des œuvres participent à la formation des étudiant·e·s dans un cadre moins conventionnel que celui des salles de cours. Le choix d’auteurs divers, classiques, modernes, français ou étrangers, favorise une autre approche de la littérature, s’ouvrant sur un horizon culturel très vaste.
Voici les livres présentés lors du dernier rendez-vous du club lecture:
-Irène Frain, Beauvoir in love, éditions Michel Lafon
-Inès Léraud et Pierre Van Hove, Champs de bataille, éditions Delcourt
-Henry James, Le tour d’écrou (trad. M. Nemer), éditions Le Livre de Poche
-L. Frank Baum, The Wonderful Wizard of Oz, éditions ???
-Christian Rochefort, Les petits enfants du siècle, éditions Le Livre de Poche
Et si vous souhaitez retrouver les recommandations plus anciennes, nous vous recommandons d’aller faire un petit tour sur le site de la Maison de la Poésie à cette adresse : https://maiporennes.fr/scolaires/2023/09/20/club-de-lecture-des-beaux-arts-des-doctorant-es-all.html

Parmi les lieux d’enfermement, la prison est peut-être celui qui est le moins assimilé au genre féminin : en 2024, les femmes représentent 3,59 % de la population carcérale française et 6,9 % de la population carcérale mondiale1. Si les femmes incarcérées sont minoritaires d’un point de vue numérique, elles le sont aussi d’un point de vue politique, puisque dépendantes d’une « institution pensée pour les hommes2 ». Les prisonnières subissent à la fois l’ordre patriarcal et « l’ordre pénitentiaire3 ». Sans minimiser la violence de l’expérience carcérale au masculin, des travaux menés sur l’histoire des prisons démontrent les spécificités de l’incarcération des femmes. Les penseurᐧeuseᐧs de la prison pénale, qui se développe tout au long du XIXe siècle, sont notamment préoccupés par la docilité, la vertu et la réhabilitation des femmes détenues. Cette obsession entraîne une surveillance plus étroite et oppressive selon Lucia Zedner : « l’héritage historique des conditions carcérales moins bonnes, la stigmatisation plus importante des femmes délinquantes et la fusion des prisons pour femmes, qui a entraîné la détention de nombreuses femmes loin de chez elles, peuvent expliquer en partie pourquoi les femmes semblent avoir plus de mal que les hommes à accepter l’emprisonnement4 ».
L’essor des approches féministes et des gender studies à l’Université a permis de dénoncer le manque d’études sur les femmes détenues du fait de cette double marginalité : « Oubliées de l’histoire, les prisonnières le sont plus encore que les autres femmes5 » affirme l’historienne Michelle Perrot. Dans la lignée des travaux en sciences sociales, des chercheuses et chercheurs en lettres et arts se sont intéressé·es d’abord à l’enfermement au féminin puis plus récemment aux spécificités de la création carcérale au féminin. Pour prolonger ces questionnements scientifiques et militants, cette journée d’étude sera dédiée aux figures littéraires de la prisonnière, qu’elles soient produites par la fiction ou par le témoignage.
À la différence de son équivalent masculin, le nom féminin « prisonnière » convoque immédiatement un imaginaire romanesque sans prison pénale, passant de l’héroïne gothique anglaise à La Prisonnière de Marcel Proust. Ces deux avatars de prisonnières subissent un enfermement domestique qui échappe aux circuits de la Justice, ce qui alimente l’idée de l’invisibilisation des femmes judiciarisées. Emprunté au vocabulaire militaire, ce mot de « prisonnière » n’est pas un participe substantivé, à la différence des termes « détenue » ou « emprisonnée ». L’action nécessaire à cette « prise de corps » semble occultée. Le mot « prisonnière » figerait dès lors l’état supposé transitoire de l’incarcération, initié par une arrestation et parfois une condamnation. Cette atemporalité lexicale annulerait implicitement la possibilité d’un mouvement inverse, c’est-à-dire d’une libération. D’un point de vue lexical, il enfermerait lui-même l’identité des femmes concernées en les limitant à leur situation carcérale : le lieu et l’individu ne feraient plus qu’un. Si le substantif « prisonnière » interpelle d’abord par les aspects contradictoires qu’il associe (la prison et les femmes), il convoque pourtant un ensemble de figures mythiques, réelles et/ou fictionnelles. C’est l’articulation de ces trois entrées littéraires qui retiendra notre attention puisqu’elles ne sont pas nécessairement incompatibles ou opposées. Comment les femmes détenues se représentent-elles par l’écriture ? L’emploi du terme de « prisonnière » permet-il aux femmes détenues de retrouver une certaine agentivité ? Qu’est-ce que les figurations anciennes et contemporaines de prisonnières disent de nos imaginaires genrés et carcéraux ? Est-ce que les fictions mettant en récit des prisonnières sont nécessairement essentialisantes ? Est-ce que la mythification de prisonnières imaginaires s’oppose à la matrimonialisation des luttes de prisonnières historiques ? Derrière le terme générique de « prisonnières », de qui parle-t-on ? Pour emprunter la formule d’Angela Davis, nous nous demanderons si l’archétype littéraire de la prisonnière est obsolète. Notre journée d’étude s’intéressera autant aux récits d’autrices incarcérées, qu’aux œuvres de fiction qui imaginent l’incarcération de prisonnières réelles ou inventées. Nous chercherons à analyser comment ces textes résistent au mythe de la prisonnière ou, au contraire, l’alimentent.
Nous vous proposons, par cette entrée, de nous interroger sur la notion de « mythe » qui, de prime abord, convoque un imaginaire antiquisant et un savoir anthropologique. S’attachant à définir lesdits mythes grecs, Jean-Pierre Vernant désigne ces derniers comme une façon de penser le monde, que ce soit par des mythes, rituels ou allégories : « À travers ces œuvres, nous recherchons ce qu’a été l’homme lui-même6 ». Et Claude Lévi-Strauss de souligner que les mythes sont pour l’humanité le moyen de concilier entre eux des éléments qui s’opposent dans une culture donnée7. Le mythe de la prisonnière permettrait alors de proposer une analyse simplifiée d’un problème qui paraît, aux yeux de la société, irrésolu : comment une femme peut-elle être incarcérée ? Ainsi, dans le numéro de la revue du CREMIS intitulé « Se dire ou être ditᐧe », les autrices soulignent que les prisonnières sont plus représentées qu’écoutées, ce qui suppose alors une certaines fétichisation de cette figure par les médias8. Nous proposons donc par les termes de mythification et de démythification une analyse de la figure de la/des prisonnière(s) selon deux paradigmes :
Le mythe essentialisant de la prisonnière tend à invisibiliser les voix des femmes incarcérées. Cette journée d’étude cherche à réunir des écrits personnels de femmes détenues à travers les siècles et les langues. Il s’agira de mettre en lumière ces récits, de prendre le temps de les considérer et d’étudier la variété des expressions de l’expérience carcérale en comparant leurs différences et leurs similitudes génériques, stylistiques et thématiques. Albertine Sarrazin affirme par exemple dans son Journal de prison : « C’est toujours un peu en captive que j’écris…9 ». Cette étude diachronique nous permettra de considérer en miroir l’évolution des prisons et celle du récit carcéral puisque « les écrits eux aussi témoignent : ils portent témoignage sur des pratiques d’écriture qu’il faut contextualiser dans une histoire des formes de présence de la littérature10 ». L’écriture suppose des compétences rédactionnelles qui ne sont pas accessibles à toutes les personnes détenues. Les formes du récit de soi carcéral sont nombreuses : on dénombre le journal, les mémoires, l’autobiographie, la correspondance, mais aussi la poésie de circonstance et le témoignage. Si le témoignage est « un document personnel11 », il faudra analyser la façon dont les autrices revendiquent ou déclinent leur statut d’autrice. Est-ce que ces écritures intimes affichent une visée politique ? Si oui, s’agit-il de raconter l’injustice de son incarcération ou de dénoncer le système carcéral dans son ensemble ? Nous discuterons de la façon dont cette écriture du réel déjoue les fantasmes et les lieux communs concernant les femmes incarcérées tout en offrant « un texte à soi », où l’autrice judiciarisée peut se représenter comme elle l’entend. Quelle trace reste-t-il de ce passage carcéral ?
Nous proposons d’analyser la figure de la prisonnière à travers les différents genres littéraires dans lesquels cet archétype peut être convoquée : témoignages, littérature générale, science-fiction, fantasy, textes fantastiques ou gothiques, entre autres. Par ce biais, nous replacerons ces discours dans une perspective littéraire, afin de nous interroger sur l’aspect diachronique et idéologique que supposent les choix formels des auteurᐧiceᐧs. Il s’agira d’analyser la façon dont des témoignages fictionnels et expériences de pensée12 se mettraient en place dans ces récits. Comment s’articuleraient les faits et la fiction13, c’est-à-dire les témoignages et le réinvestissement fictionnel de ces derniers, à travers des formes intermédiaires telles que les romans historiques, historicisants ou de science-fiction fantasy ?
La femme violente serait sortie de son genre, ce qui interrogerait, aux yeux de la société, la légitimité de sa violence14. La prisonnière non violente serait alors considérée comme une héroïne, voire une martyre, si l’on pense à Antigone emmurée, Jeanne d’Arc captive ou aux femmes incarcérées puis guillotinées sous la Terreur comme Manon Roland ou Olympe de Gouges. La femme présumée violente serait à l’inverse une « Femme-Monstre15 » à l’instar des sorcières incarcérées durant les procès de Salem, telles que Tituba ; ou de Marie Capelle Lafarge accusée d’empoisonnement en 1840. Or, dans la mesure où toute violence n’est pas nécessairement émancipation, nous souhaitons analyser ce double paradigme d’héroïsation ou de monstruation : comment sont représentées les prisonnières, dans les récits de fiction et réécritures, entre autres ? Comment s’auto-représentent les autrices prisonnières ? Comment sont-elles caractérisées en termes de genre ou, autrement dit, la martyre et la monstre déplacent-elles les critères attendues quant à la représentation des femmes ?
Dans son récit Prison, Emmy Hennings présente l’écriture carcérale comme un acte de survie et de courage : « Des êtres humains flanqués à terre ont pris la peine d’écrire encore16 ». La journée d’étude questionnera la façon dont les prisonnières mettent en récit leurs sensations et émotions carcérales. Quelles sont les stratégies textuelles déployées pour soustraire un corps à l’espace coercitif qui le retient ? En miroir de ces zones de résistance, il faudra aussi interroger les problématiques éthiques de la représentation du corps féminin, à la fois détenu et violenté, en littérature : peut-il échapper à la fois au voyeurisme carcéral et au male gaze ? La journée d’étude tentera d’analyser comment l’écriture permet aux prisonnières de ressaisir leur corps par le langage afin de restaurer l’intime.
Est-il possible de faire communauté en prison ? Emprisonnée en 1793, Sophie de Bohm constate qu’elle forme avec ses compagnes de cellule une sorte de communauté, malgré l’urgence carcérale révolutionnaire : « notre commun malheur nous rendait, pour ainsi dire, solidaires17 ». Si cette solidarité carcérale n’est pas systématique, de nombreux récits de prison racontent les liens familiaux, amicaux ou amoureux qui unissent des femmes incarcérées entre elles. Puisque cette journée d’étude considère les femmes détenues dans leur pluralité, il importera d’analyser comment les communautés imposées et/ou choisies de prisonnières sont racontées dans la fiction et les récits personnels. Nous pourrons questionner à la fois ce qui rassemble et ce qui oppose ces femmes aux motifs d’arrestation et aux parcours extrêmement variés. Nous interrogerons l’observation de Goliarda Sapienza : « Seul le prisonnier politique s’attarde à raconter la prison18 ». Les prisonnières militantes sont-elles plus vocales que les prisonnières arrêtées pour des affaires de droit commun ? Une parole carcérale résistante et collective est-elle possible ?
Nous proposons, dans cet axe, d’élargir la réflexion à des pistes intersectionnelles. Si l’enfermement des femmes constitue une première marginalisation physique, doublée d’une marginalisation symbolique issue de la stigmatisation des délinquantes et criminelles, les discriminations raciales ou d’orientation sexuelle ajoutent une troisième forme de mise à l’écart. Une violence supplémentaire semble se mettre en place contre les femmes incarcérées qui ne correspondent ni aux normes de genre ni à la race dite « dominante ». Il s’agira donc pour cet axe d’analyser entre autres les caractéristiques raciales, genrées, d’orientation sexuelle, autour de la figure de la « subalterne » (Gayatri Spivak, Angela Davis) qui justifient une triple peine.
Jaïlys Duault [email protected]
Cécile Tarjot [email protected]
La journée d’étude se tiendra à Rennes, le jeudi 6 mars 2025. Les communications dureront 20 minutes, elles devront être inédites et en français.
Les propositions de communication (titre et résumé de 250 mots, avec une courte bio-bibliographie mentionnant l’établissement de rattachement, le(s) sujet(s) de recherche et les publications, s’il y a lieu) devront être envoyées avant le 12 décembre 2024 à l’adresse suivante : [email protected]. Les personnes ayant soumis une proposition recevront une réponse au plus tard le 6 janvier 2025.
Cette journée d’étude est organisée dans le cadre des activités de l’association Ad Hoc (association des doctorant·es et des jeunes chercheur·euses du CELLAM), avec le soutien de l’unité de recherche CELLAM ainsi que de l’école doctorale « Arts, Lettres, Langues » (Bretagne).
7 mai 2024, salle recherche de l’UFR ALC (bâtiment B), Rennes 2
