Véronique Altglas, chercheure invitée à l’EHESS

Dans le cadre de son invitation à l’EHESS, Véronique Altglas, membre de l’équipe du programme Agenda, fera au mois de mai 2022 quatre interventions dont vous trouverez ci-dessous le programme complet.
Véronique Altglas est sociologue, enseignante-chercheure à la Queen’s University Belfast. Ses recherches ont porté notamment sur les mouvements néo-hindous puis sur le Centre de la Kabbale, dans la perspective d’une sociologie des sociétés contemporaines, des formes de l’autorité et de l’individualisation. Elle s’est également intéressée aux rapports entre “bricolage”, exotisme religieux et classes sociales. Son dernier livre, Religion and Conflict in Northern Ireland. What does religion do? (Palgrave-Macmillan, 2022) revient sur les enjeux d’une sociologie des religions et de la catégorisation du “religieux” en Irlande du nord. Elle a en outre codirigé en 2018 avec M. Wood le livre collectif Bringing Back the Social into the Sociology of Religion (Brill).
Programme des interventions
  • 17 mai 2022. Séminaire Approches politiques du religieux (Patrick Michel). 14h30-16h30, salle 3.08, Centre de colloques. Faire la sociologie de la religion dans un contexte de conflit politico-religieux : le cas de l’Irlande du Nord
  • 20 mai 2022.  Séminaire Recompositions contemporaines du croire (Patrick Michel). 14h-17h, salle R3-46, ENS Campus Jourdan.Congrégations messianiques : bricolage, fondamentalisme et politique
  • 24 mai 2022. Séminaire Réinscrire le religieux dans le social : enjeux et méthodes (Gabrielle Angey et Yannick Fer). 14h-17h, salle 2.11 GED. Bricolage(s), innovations et conservatisme religieux
  • 31 mai 2022. Atelier Tepsis “Quoi faire du religieux ?” (Yannick Fer et Patrick Michel). 14h-15h30, salle R1-08, ENS Campus Jourdan. Voyage en Israël, christianisme conservateur et politique
—–
Résumés
17 mai 2022. Faire la sociologie de la religion dans un contexte de conflit politico-religieux : le cas de l’Irlande du Nord
Cette exposé a pour point de départ la sociologie critique des religions dont on a posé les bases dans Bringing back the Social into the Sociology of Religion (2018). Cet ouvrage collectif insiste notamment sur les problèmes épistémologiques que soulèvent les ‘doubles jeux’ du chercheur qui, à en croire Bourdieu dans « Sociologues de la croyances et croyances des sociologues », ne sont jamais bénéfiques au savoir scientifique. Nous poursuivrons cette réflexion avec une analyse critique de la manière dont les sociologues ont traité de la religion en Irlande du Nord. Nous montrerons comment le positionnement socio-politique des chercheurs a pu les conduire à analyser le rôle de la religion de manière particulière (et sélective), comment ce savoir reflète mais aussi participe du conflit politique qui a déchiré cette région pendant près de quarante ans. Au-delà de ce contexte spécifique, et toujours dans la perspective d’une sociologie critique de la religion, nous posons la question de comment travailler dans le cadre de conflits religieux et politiques.
20 mai 2022Congrégations messianiques : bricolage, fondamentalisme et politique
Ce séminaire présentera des analyses tirées d’un terrain mené durant plusieurs années dans une congrégation messianique en Irlande du Nord. Travailler sur une congrégation messianique en Irlande du Nord est particulièrement intéressant en raison du sens qu’a pris le conflit israélo-palestinien dans la région. En effet, les nationalistes républicains s’identifient souvent à la cause palestinienne quand les protestants unionistes se réfèrent aux israéliens comme un peuple élu et assiégé auquel ils s’identifient. Les membres de la congrégation étudiée circulent dans un certain nombre de réseaux qui impliquent d’autres dénominations protestantes, le Parti Unioniste Démocrate et l’association Northern Ireland Friends of Israel – tout autant de milieux où des associations discursives sont explicitement faites entre Israël et protestants d’Irlande du Nord. Ceci nous conduira à réfléchir sur les articulations entre politique et religion dans l’Europe contemporaine.
24 mai 2022. Bricolage(s), innovations et conservatisme religieux
Ce séminaire propose un retour sur le concept de bricolage. Du yoga à la kabbale, nous avons précédemment montré que ce concept permet d’analyser la diversification croissante des croyances, pratiques, identités et appartenances religieuses, tout en prenant en compte les nouvelles manières dont normes et structures sociales contribuent à la formation de ces croyances, pratiques, identités et appartenances. Le bricolage a souvent été pensé comme étant opposé aux tendances religieuses conservatrices ou fondamentalistes, or notre recherche récente dans une congrégation messianique, gommant les frontières entre judaïsme et christianisme évangélique, constitue un contre-exemple de ces suppositions. De fait, ce séminaire remet en question l’opposition devenue paradigmatique entre, d’une part, le new Age et la spiritualité, milieux dérégulés dont les sympathisants bricoleraient librement leurs identités et systèmes de croyances et, d’autre part, les religions plus stables ou conservatrices au sein desquelles l’autorité limiterait les activités de bricolage.
31 mai 2022. Voyage en Israël, christianisme conservateur et politique
Ce séminaire s’appuie sur un travail ethnographique récent qui porte sur une congrégation protestante de type messianique située en Irlande du Nord, et en particulier sur un voyage de dix jours effectué avec ses membres en Israël. Nous explorerons comment le voyage de ces chrétiens conservateurs, paradoxalement à la recherche d’une rencontre ‘authentique’ avec le judaïsme, le peuple juif et Israël, est fortement médiatisé. D’une part, avant même le voyage en lui-même, avec le recours à toutes sortes de médias qui les prédisposent à comprendre leur environnement de manière très spécifique durant leur séjour en Israël. D’autre part leur expérience du voyage est structuré par leurs croyances religieuses : ils perçoivent dans l’État contemporain d’Israël la nation antique telle que décrite dans la Bible, et le terrain futur de la fin des temps et de ses combats. De même, la sélection de lieux sur place à visiter, le choix d’un guide et d’institutions religieuses ou résider, façonnent aussi les interactions et la compréhension des espaces, des personnes rencontrées et des pratiques observées sur place. Ainsi, paradoxalement, le voyage renforce des représentations et attitudes liés à des prédispositions initiales – notamment des rapports ambivalents tant vis-à-vis des juifs et du judaïsme que des musulmans et de l’islam. La réification d’Israël comme terre sainte réaffirme le soutien à Israël de ces chrétiens conservateurs : les voyages des évangéliques en Israël sont à comprendre dans le cadre d’enjeux géopolitiques, associant identités, croyances et territoires. Enfin, en dialogue avec les travaux de Yannick Fer, qui a enquêté sur des pratiques « messianiques » similaires en Polynésie française, nous verrons comment le rapport que ces évangéliques entretiennent avec Israël peut être lu sous l’angle d’un paradigme de l’autochtonie, fondé sur des conceptions spécifiques du temps, de l’espace et de l’authenticité.

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Yannick Fer (18 avril 2022). Véronique Altglas, chercheure invitée à l’EHESS. Agenda pour une sociologie critique des religions. Consulté le 27 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/al36


Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.