Agrégation 2027

Le programme 2027 de l‘agrégation en sciences économiques et sociales inclut de nombreuses références aux travaux des membres de l’équipe Agenda, en lien avec un nouveau thème intitulé “Religions : pratiques, appartenances, pouvoir”.

Y figurent les deux livres collectifs que nous avons publiés, Religions et classes sociales (2023) et Saisir les religions en sociologue (2026), ainsi que le numéro 124(3) de la revue Genèses “(Se) convertir” coordonné par Gabrielle Angey, Yannick Fer et Martial Vildard.

Le livre de Matthew Wood, Spiritualité et pouvoir. Les ambiguïtés de l’autorité religieuse (2021, Labor et Fides) est également cité. Il a été traduit de l’anglais au français par Juliette Galonnier et Gabrielle Angey, édité par Yannick Fer et Philippe Gonzalez, dans le cadre du programme PSL “Agenda pour une sociologie critique des religions”.

Plusieurs membres de l’équipe sont aussi mentionnés pour leurs publications personnelles :

Véronique Altglas pour son livre Le nouvel hindouisme occidental (2005, CNRS Éditions) et son article “Exotisme religieux et bricolage” paru dans les Archives de sciences sociales des religions (2014, 167) ;

Hicham Benaïssa pour son livre Le travail et l’Islam. Généalogie d’une problématique (2020, Éditions du Croquant) ;

Yannick Fer pour son livre Sociologie du pentecôtisme (2022, Karthala) ;

Juliette Galonnier pour son article « Discrimination religieuse ou discrimination raciale ? », paru en 2019 dans Hommes & migrations (1324) et pour le numéro des Archives de sciences sociales des religions “Conversions à l’islam, culture et religion : tensions et articulations” qu’elle a coordonné en 2019 avec A. Puzenat, H. Khateb et G. Mossière ;

Gwendoline Malogne-Fer pour son article « Genre, conversion personnelle et individualisme en pentecôtisme : les Assemblées de Dieu de Polynésie française », paru en 2013 dans Social Compass (60, 2).

 

(Parution) Saisir les religions en sociologue : enjeux et méthodes

Le livre Saisir les religions en sociologue : enjeux et méthodes, coordonné par Gabrielle Angey, Juliette Galonnier et Yannick Fer, sort en librairie ce 19 mars 2026.

Il comprend onze chapitres, organisés en trois parties qui permettent d’explorer les principaux enjeux d’une analyse des faits religieux ancrée dans les méthodes et les outils de la sociologie : “Relectures critiques” ; “Sociologies croisées” ; “Politiques de l’enquête en terrain religieux”.

Cet ouvrage donne à voir la façon dont se construit, en pratique, le travail d’analyse sociologique du religieux. Plutôt que de considérer les religions comme des objets insaisissables, il propose de les appréhender à partir des rapports sociaux dans lesquels elles s’inscrivent, et qu’elles contribuent à éclairer en retour. Les onze chapitres réunis ici entraînent les lecteurs dans les coulisses du travail des sociologues, en exposant les débats qui structurent leur façon de saisir le religieux ainsi que les dilemmes auxquels ils sont confrontés lorsqu’ils négocient leur rapport à l’objet, leur entrée ou leur sortie de terrain, et leurs relations avec les acteurs qui financent leur recherche. Dans cet ouvrage, on croise des coachs chrétiens, des entrepreneurs musulmans, des fidèles catholiques indifférents aux normes de conjugalité de l’Église et des sportifs de haut niveau qui vivent comme des moines. On parle budget dans le salon de femmes musulmanes et on discute religion dans le bureau de banquiers centraux. On y découvre que le geste sociologique implique un effort de réflexivité constant qui consiste aussi bien à déconstruire les évidences toutes religieuses qui s’imposent parfois dans l’enquête qu’à aller chercher le religieux là où on ne l’attend pas. Au terme de ce parcours, la valeur heuristique des faits religieux pour penser le social prend tout son sens.

Séminaire EHESS “Réinscrire le religieux dans le social” 2025-26

En 2025-26, le séminaire EHESS “Réinscrire le religieux dans le social” aura lieu le mardi, sur le campus Jourdan de l’ENS (salle R1-08, ENS, 48 bd. Jourdan, de 14 à 16h).

Ce séminaire s’adresse à toutes celles et ceux qui rencontrent le religieux sur leur terrain d’enquête et se demandent comment l’analyser à partir des concepts et des outils de la sociologie. En situant d’emblée le religieux au cœur de l’ensemble des rapports sociaux dans lesquels il est imbriqué, l’objectif de ce séminaire est d’ouvrir l’analyse des faits religieux sur les débats plus larges des sciences sociales. Plutôt qu’un corpus de références spécifiques qui tendrait à replier le religieux sur lui-même, nous privilégions des approches croisées ou transversales qui relient le terrain religieux à des questionnements théoriques de portée générale : sociologie du pouvoir ou de l’engagement, rapports sociaux de genre, de classe et de « race », etc. Le séminaire est en outre l’occasion d’un retour réflexif sur les conditions de l’enquête en terrains religieux.

Les douze séances de deux heures associent chacune un exposé fondé sur des enquêtes de terrain et un temps de discussion autour de lectures communes, annoncées en amont de chaque séance. Toutes les formes religieuses et les aires géographiques sont susceptibles d’être abordées dans le cadre de ce séminaire.

Dans la continuité du programme « Agenda pour une sociologie critique des religions », l’organisation du séminaire s’appuie sur un travail d’équipe. En 2025-26, il est animé par Julie Blanc (ENS-CMH, ATER en sciences politiques à l’université de Nantes), Yannick Fer (CNRS-CMH), Émilie Grisez (CRIS-Sciences Po, ATER en sociologie à l’UVSQ ) et Gwendoline Malogne-Fer (chercheure contractuelle CNRS-IODE, associée au CMH).

Mardi 14 octobre 2025 : Introduction

Mardi 28 octobre 2025 : Questions de méthode. Enquêter sur des terrains religieux

Mardi 25 novembre 2025 : Pratiques religieuses, socialisation et monographies de familles. Avec un exposé de Théoxane Camara (GRESCO, Univ. de Poitiers), « Penser la sociogenèse des théologies pratiques : retour sur les parcours croyants de trois musulman·es pratiquant·es »

Mardi 9 décembre 2025 : Religions, minorités et respectabilité. Avec un exposé de Margot Dazey (CERAPS, CNRS) autour du livre Respectable Muslims. Morals and Manners of Minority Citizens in France, Cambridge University Press

Mardi 27 janvier 2026 : « De la mystique au quotidien : repenser l’articulation entre le religieux et le social avec Michel de Certeau ». Un exposé de Philippe Gonzalez (THEMA, Univ. de Lausanne)

Mardi 24 février 2026 : Religion et politique. Avec un exposé de Véronique Altglas (Queen’s University Belfast) : autour du livre Judaizing Christianity and Christian Zionism in Northern Ireland For God, Israel, and Ulster, Routledge

Mardi 10 mars 2026 : Usage des notions de vocation, conversion et charisme en sociologie des professions, de l’art et des élites sociales. Avec un exposé de Joël Laillier (CMH, Univ. d’Orléans).

Mardi 24 mars 2026 : Sociologie urbaine et migration. Avec un exposé de Laura Guérin (Univ. de Nanterre), « “On voulait une mosquée, mais c’est mieux comme ça”. Observer les pratiques de culte pour comprendre les politiques urbaines »

Mardi 31 mars 2026 : Normes de genre et de sexualité en contexte religieux. Avec un exposé d’Anthony Favier (LARHA) autour du livre L’interdiction des « thérapies de conversion sexuelle. Lutter contre les tentatives de guérir l’homosexualité », Bruylant

14 avril 2026 : Genre, religion et morale. Avec un exposé de Jeanne Leblay (CéSor), « Transmettre la piété au féminin. Ethnographie en instituts musulmans »

12 mai 2026 : Cultures et religions. Avec un exposé de Gwendoline Malogne-Fer (CNRS, IODE), « Catholicisme et (dé)politisation de la culture en Martinique »

26 mai 2026 : Saisir les religions en sociologue : enjeux et méthodes. Avec un exposé de Juliette Galonnier (CERI, Sciences Po), autour du livre à paraître (ENS éditions, mars 2026).

Séminaire “Réinscrire le religieux dans le social” 2024-25

En 2024-25, le séminaire EHESS “Réinscrire le religieux dans le social : enjeux et méthode” sera organisé en douze séances de deux heures, le mardi après-midi de 14 à 16h, sur le campus Jourdan de l’ENS (salle R3-35, ENS, 48 bd. Jourdan). Il est animé cette année par Julie Blanc, Yannick Fer et Gwendoline Malogne-Fer.

En situant d’emblée le religieux au cœur de l’ensemble des rapports sociaux dans lesquels il est imbriqué, l’objectif de ce séminaire est d’ouvrir l’analyse des faits religieux sur les débats plus larges des sciences sociales. Plutôt qu’un corpus de références spécifiques qui tendrait à replier le religieux sur lui-même, nous privilégions donc des approches croisées ou transversales qui relient le terrain religieux à des questionnements théoriques de portée générale : sociologie du pouvoir ou de l’engagement, rapports sociaux de genre, de classe et de « race », sociologie urbaine, etc.

Pour plus d’informations, voir le site de l’EHESS.

Programme des séances

Mardi 22 octobre. Introduction

Mardi 12 novembre. Lectures – Les conditions de l’enquête

Mardi 26 novembre. Religions et espaces urbains. Avec un exposé de Victor Albert Blanco : “Repenser la place du religieux dans les processus de gentrification”

Mardi 10 décembre. Religions, genre et conjugalité. Avec un exposé de Marion Maudet : “Négocier sa morale sexuelle et religieuse. Performances de couple et performances de genre chez de jeunes croyant·e·s”

Mardi 14 janvier. Sociologie et documentaire. Avec un exposé de Philippe Gonzalez : “Donner à voir les évangéliques. Le travail sociologique et critique du documentaire. À propos de ‘Les évangéliques à la conquête du monde’ “

Mardi 25 février. Religions et nationalismes. Avec un exposé de Hugo Trevisan : ” ‘Faut-il être japonais pour comprendre l’Évangile ?’ Ethno-nationalisme, impérialisme et sionisme dans un mouvement chrétien charismatique japonais ».

Mardi 11 mars. Bourdieu et les religions. Avec un exposé de Karim Souanef :  “Ni réductionnisme ni textualisme.  Construire une sociologie des idées et des intellectuels islamiques avec Pierre Bourdieu”.

Mardi 25 mars. Quoi faire du charisme. Avec un exposé de Manuel Schotté : “Y a-t-il un sens à parler de charisme ‘pur’?”

Mardi 8 avril. Sociologie de la conversion. Avec un exposé de Nancy Venel : “Etre Kabyle. Quitter l’islam. Devenir chrétien·ne

Mardi 29 avril. Le religieux par analogie. Avec un exposé de Julien Allavena : “Parler d’églises et d’hérésies en sociologie politique : exploration d’une proposition heuristique”

Mardi 13 mai. Religions et socialisation. Avec un exposé d’Émilie Grisez : “La socialisation religieuse à l’école primaire catholique. Incorporations et positionnements religieux enfantins”

Mardi 27 mai. L’interaction des variables sociales, politiques et religieuses. Avec un exposé de Véronique Altglas : “Que fait la religion ? Interpréter le rôle de la religion dans le conflit en Irlande du Nord”

 

(Parution) Religions et classes sociales

Le livre Religions et classes sociales, édité par Anthony Favier, Yannick Fer, Juliette Galonnier et Ana Perrin-Heredia, vient de paraître.

Le sommaire peut être consulté sur le site d’ENS Éditions, en cliquant ici.

Faire l’état de la recherche de ces dernières décennies sur les liens entre religions et classes sociales revient pour partie à documenter une absence. Cette éclipse est toutefois relativement récente, car la question a longtemps constitué un classique en sciences sociales. L’articulation entre appartenance religieuse et appartenance de classe est-elle devenue si discrète ou à l’inverse si évidente qu’elle passerait désormais sous nos radars ? Les onze enquêtes qualitatives réunies dans cet ouvrage renouent avec ce champ d’investigation. Elles interrogent nos manières de voir (ou de ne pas voir) ces liens et invitent à approfondir l’analyse au-delà des affinités électives apparentes, en portant le regard vers les superpositions, les désajustements et les tensions entre religions et classes sociales. À travers une immersion dans des contextes historiques, des aires géographiques, des traditions religieuses et des groupes sociaux très divers, les contributions démontrent l’actualité de ces questionnements et leur pertinence pour comprendre la fabrique des frontières sociales et la reproduction des inégalités. La finesse des analyses empiriques et la rigueur du cadre théorique font de cet ouvrage un incontournable pour les étudiants et chercheurs en sciences sociales ainsi que pour tous les professionnels qui croisent les questions de religion et de classe dans le cadre de leurs activités.

Séminaire EHESS “Réinscrire le religieux dans le social” 2022-23

En 2022-23, le séminaire EHESS “Réinscrire le religieux dans le social” aura lieu les deuxièmes mardis du mois, sur le campus Jourdan de l’ENS (salle R5-35, ENS, 48 bd. Jourdan, de 14-17h).

En situant d’emblée le religieux au cœur de l’ensemble des rapports sociaux dans lesquels il est imbriqué, l’objectif de ce séminaire est d’ouvrir l’analyse des faits religieux sur les débats plus larges des sciences sociales. Plutôt qu’un corpus de références spécifiques qui tendrait à replier le religieux sur lui-même, nous privilégions donc des approches croisées ou transversales qui relient le terrain religieux à des questionnements théoriques de portée générale : sociologie du pouvoir ou de l’engagement, rapports sociaux de genre, de classe et de « race », anthropologie de la santé ou du corps, etc. Le séminaire est en outre l’occasion d’un retour réflexif sur les conditions de l’enquête en terrains religieux, à travers l’analyse des effets scientifiques de la constitution du religieux en problème politique, de la contractualisation de la recherche et des stratégies académiques d’élaboration d’un discours expert sur le religieux.

Les huit séances de trois heures associent un exposé fondé sur des enquêtes de terrain et un temps de discussion autour de lectures communes, annoncées en amont de chaque séance.
Pour plus d’informations, voir le site de l’EHESS.

Programme des séances

8 novembre 2022 : Introduction générale. Introduction par Gabrielle Angey (IRISSO, Paris Dauphine) et Yannick Fer (CMH, CNRS) : La religion comme fait social : retour aux sources de la sociologie avec Max Weber et Robert Hertz.

13 décembre 2022 : Religion et mondes alternatifs. Intervention de Julie Blanc (CMH, ENS) : Le vert est dans le fruit : affinités électives et voisinages éthiques entre catholicisme et écologie.

10 janvier 2023 : Méthodologie de l’enquête qualitative en terrain religieux. Intervention de Philippe Gonzalez (LabSo, Université de Lausanne) : À la place du consultant : l’ethnographe et les politiques de l’interreligieux.

14 février 2023 : Religion et discriminations. Intervention de Margot Dazey (CERAPS, CNRS) : Gestion du stigmate racial et religieux au sein des professions qualifiées.

14 mars 2023 : Religion et ethnicité. Intervention de Yannick Fer (CMH, CNRS) : Le paradigme de l’ethnicité en milieux pentecôtistes-charismatiques : généalogie d’une idéologie religieuse de l’identité.

11 avril 2023 : Religion en minorité. Intervention de Diane-Sophie Girin (GSRL, EPHE) : La quête de respectabilisation d’acteurs religieux minorisés : le cas des écoles musulmanes en France.

9 mai 2023 : Religion, jeunesse et genre. Intervention d’Anthony Favier (LARHRA) : Des jeunesses d’action catholique aux Journées mondiales de la jeunesse, étudier la jeunesse en contexte catholique.

13 juin 2023 : Religion et classes sociales. Intervention de Julien Beaugé (CURAPP, Université de Picardie) : Socialisation religieuse et promotion culturelle. Sociogenèse de la “bonne volonté religieuse” de jeunes musulmanes voilées.

Véronique Altglas, chercheure invitée à l’EHESS

Dans le cadre de son invitation à l’EHESS, Véronique Altglas, membre de l’équipe du programme Agenda, fera au mois de mai 2022 quatre interventions dont vous trouverez ci-dessous le programme complet.
Véronique Altglas est sociologue, enseignante-chercheure à la Queen’s University Belfast. Ses recherches ont porté notamment sur les mouvements néo-hindous puis sur le Centre de la Kabbale, dans la perspective d’une sociologie des sociétés contemporaines, des formes de l’autorité et de l’individualisation. Elle s’est également intéressée aux rapports entre “bricolage”, exotisme religieux et classes sociales. Son dernier livre, Religion and Conflict in Northern Ireland. What does religion do? (Palgrave-Macmillan, 2022) revient sur les enjeux d’une sociologie des religions et de la catégorisation du “religieux” en Irlande du nord. Elle a en outre codirigé en 2018 avec M. Wood le livre collectif Bringing Back the Social into the Sociology of Religion (Brill).
Programme des interventions
  • 17 mai 2022. Séminaire Approches politiques du religieux (Patrick Michel). 14h30-16h30, salle 3.08, Centre de colloques. Faire la sociologie de la religion dans un contexte de conflit politico-religieux : le cas de l’Irlande du Nord
  • 20 mai 2022.  Séminaire Recompositions contemporaines du croire (Patrick Michel). 14h-17h, salle R3-46, ENS Campus Jourdan.Congrégations messianiques : bricolage, fondamentalisme et politique
  • 24 mai 2022. Séminaire Réinscrire le religieux dans le social : enjeux et méthodes (Gabrielle Angey et Yannick Fer). 14h-17h, salle 2.11 GED. Bricolage(s), innovations et conservatisme religieux
  • 31 mai 2022. Atelier Tepsis “Quoi faire du religieux ?” (Yannick Fer et Patrick Michel). 14h-15h30, salle R1-08, ENS Campus Jourdan. Voyage en Israël, christianisme conservateur et politique
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Résumés
17 mai 2022. Faire la sociologie de la religion dans un contexte de conflit politico-religieux : le cas de l’Irlande du Nord
Cette exposé a pour point de départ la sociologie critique des religions dont on a posé les bases dans Bringing back the Social into the Sociology of Religion (2018). Cet ouvrage collectif insiste notamment sur les problèmes épistémologiques que soulèvent les ‘doubles jeux’ du chercheur qui, à en croire Bourdieu dans « Sociologues de la croyances et croyances des sociologues », ne sont jamais bénéfiques au savoir scientifique. Nous poursuivrons cette réflexion avec une analyse critique de la manière dont les sociologues ont traité de la religion en Irlande du Nord. Nous montrerons comment le positionnement socio-politique des chercheurs a pu les conduire à analyser le rôle de la religion de manière particulière (et sélective), comment ce savoir reflète mais aussi participe du conflit politique qui a déchiré cette région pendant près de quarante ans. Au-delà de ce contexte spécifique, et toujours dans la perspective d’une sociologie critique de la religion, nous posons la question de comment travailler dans le cadre de conflits religieux et politiques.
20 mai 2022Congrégations messianiques : bricolage, fondamentalisme et politique
Ce séminaire présentera des analyses tirées d’un terrain mené durant plusieurs années dans une congrégation messianique en Irlande du Nord. Travailler sur une congrégation messianique en Irlande du Nord est particulièrement intéressant en raison du sens qu’a pris le conflit israélo-palestinien dans la région. En effet, les nationalistes républicains s’identifient souvent à la cause palestinienne quand les protestants unionistes se réfèrent aux israéliens comme un peuple élu et assiégé auquel ils s’identifient. Les membres de la congrégation étudiée circulent dans un certain nombre de réseaux qui impliquent d’autres dénominations protestantes, le Parti Unioniste Démocrate et l’association Northern Ireland Friends of Israel – tout autant de milieux où des associations discursives sont explicitement faites entre Israël et protestants d’Irlande du Nord. Ceci nous conduira à réfléchir sur les articulations entre politique et religion dans l’Europe contemporaine.
24 mai 2022. Bricolage(s), innovations et conservatisme religieux
Ce séminaire propose un retour sur le concept de bricolage. Du yoga à la kabbale, nous avons précédemment montré que ce concept permet d’analyser la diversification croissante des croyances, pratiques, identités et appartenances religieuses, tout en prenant en compte les nouvelles manières dont normes et structures sociales contribuent à la formation de ces croyances, pratiques, identités et appartenances. Le bricolage a souvent été pensé comme étant opposé aux tendances religieuses conservatrices ou fondamentalistes, or notre recherche récente dans une congrégation messianique, gommant les frontières entre judaïsme et christianisme évangélique, constitue un contre-exemple de ces suppositions. De fait, ce séminaire remet en question l’opposition devenue paradigmatique entre, d’une part, le new Age et la spiritualité, milieux dérégulés dont les sympathisants bricoleraient librement leurs identités et systèmes de croyances et, d’autre part, les religions plus stables ou conservatrices au sein desquelles l’autorité limiterait les activités de bricolage.
31 mai 2022. Voyage en Israël, christianisme conservateur et politique
Ce séminaire s’appuie sur un travail ethnographique récent qui porte sur une congrégation protestante de type messianique située en Irlande du Nord, et en particulier sur un voyage de dix jours effectué avec ses membres en Israël. Nous explorerons comment le voyage de ces chrétiens conservateurs, paradoxalement à la recherche d’une rencontre ‘authentique’ avec le judaïsme, le peuple juif et Israël, est fortement médiatisé. D’une part, avant même le voyage en lui-même, avec le recours à toutes sortes de médias qui les prédisposent à comprendre leur environnement de manière très spécifique durant leur séjour en Israël. D’autre part leur expérience du voyage est structuré par leurs croyances religieuses : ils perçoivent dans l’État contemporain d’Israël la nation antique telle que décrite dans la Bible, et le terrain futur de la fin des temps et de ses combats. De même, la sélection de lieux sur place à visiter, le choix d’un guide et d’institutions religieuses ou résider, façonnent aussi les interactions et la compréhension des espaces, des personnes rencontrées et des pratiques observées sur place. Ainsi, paradoxalement, le voyage renforce des représentations et attitudes liés à des prédispositions initiales – notamment des rapports ambivalents tant vis-à-vis des juifs et du judaïsme que des musulmans et de l’islam. La réification d’Israël comme terre sainte réaffirme le soutien à Israël de ces chrétiens conservateurs : les voyages des évangéliques en Israël sont à comprendre dans le cadre d’enjeux géopolitiques, associant identités, croyances et territoires. Enfin, en dialogue avec les travaux de Yannick Fer, qui a enquêté sur des pratiques « messianiques » similaires en Polynésie française, nous verrons comment le rapport que ces évangéliques entretiennent avec Israël peut être lu sous l’angle d’un paradigme de l’autochtonie, fondé sur des conceptions spécifiques du temps, de l’espace et de l’authenticité.

“(Se) convertir” : parution du n° 124 de Genèses

Dans le prolongement de la journée d’étude organisée en mai 2018 par l’équipe du programme Agenda, sur le thème “Devenir soi-même : travail sur soi et ressorts institutionnels de la transformation biographique”, un dossier thématique intitulé “(Se) convertir” vient de paraître dans le numéro 124 de la revue Genèses. Il a été coordonné par Gabrielle Angey, Yannick Fer et Martial Vildard.

L’ambition de ce numéro est de contribuer, à partir d’une analyse sociologique des conversions religieuses, à la compréhension plus générale des transformations des formes de l’autorité, du travail institutionnel et des processus de (re)socialisation dans des sociétés valorisant l’autonomie individuelle.
En allant au-delà du discours de l’individualisation, il s’agit d’observer au plus près les ressorts concrets des transformations biographiques, de préciser les relations qui s’y nouent entre individus, communautés et institutions, et les rapports existants entre des processus longs de socialisation et des évènements ou circonstances particulières.
  • Introduction. (Se) convertir : les ressorts de la transformation biographique. Gabrielle Angey, Yannick Fer et Martial Vildard
  • « Venez comme vous êtes à l’islam tel qu’il est ». Individualisme religieux et travail de conversion dans une organisation musulmane américaine. Juliette Galonnier
  •  Le travail institutionnel « invisible » de l’institution pentecôtiste. « Relation personnelle avec Dieu » et mécanismes de la transformation biographique. Yannick Fer
  • Dans les limbes. Dispositions et reconfigurations du travail sur soi de fidèles du mouvement Gülen face à l’évènement du 15 juillet 2016. Gabrielle Angey
  • Des socialisations régressives ? L’exemple de la production carcérale du religieux. Thibault Ducloux

Parution : M. Wood, Spiritualité et pouvoir

La parution le 26 mai 2021 du livre de Matthew Wood, Spiritualité et pouvoir. Les ambiguïtés de l’autorité religieuse, est une des réalisations issues du travail de l’équipe du programme “Agenda pour une sociologie critique des religions”.

Il s’agit d’une sélection de textes écrits par notre collègue anglais M. Wood, traduits en français par Juliette Galonnier (ainsi que par Gabrielle Angey pour un chapitre). Véronique Altglas, Philippe Gonzalez et moi avons sélectionné et édité ces textes. J’ai également écrit l’introduction du livre.

À partir de plusieurs terrains d’enquête religieux –  notamment les mouvements “New Age” et le méthodisme londonien – M. Wood a construit une sociologie de l’autorité qui éclaire à la fois les conditions concrètes d’une individualisation du religieux, de la sécularisation en Angleterre et du “retour du religieux” dans l’espace public (par le biais de politiques néolibérales de contractualisation entre pouvoirs publics et acteurs religieux).

Les pratiques religieuses contemporaines, marquées à la fois par l’individualisation, le déclin de l’institution et l’essor de nouvelles «spiritualités», peuvent sembler à première vue évacuer les enjeux de pouvoir et d’autorité, au profit de sociabilités moins contraignantes centrées sur l’émancipation personnelle. Matthew Wood invite à réexaminer cette question du pouvoir afin de réinscrire pleinement le fait religieux dans son contexte social. Il nous montre que si les formes de l’autorité évoluent, celle-ci ne disparaît pas pour autant. Un ensemble de rapports sociaux de pouvoir structurent toujours la vie religieuse, dont la sociologie doit rendre compte afin d’éclairer les transformations en cours au sein des sociétés néolibérales.

Ces réflexions dessinent les contours d’une sociologie des religions plus ouverte sur les débats théoriques qui traversent aujourd’hui les sciences sociales, afin de repenser les relations entre religion, classes sociales, ethnicité et sécularisation.

Séminaire EHESS “Réinscrire le religieux dans le social”

En 2020-2021, l’équipe du programme Agenda anime à l’EHESS un séminaire mensuel intitulé “Réinscrire le religieux dans le social”. Il a lieu tous les troisièmes jeudis du mois, de 14h à 17h en salle 7, au 105 bd. Raspail.

En situant d’emblée le religieux au cœur de l’ensemble des rapports sociaux dans lesquels il est imbriqué, l’objectif de ce séminaire est d’ouvrir l’analyse des faits religieux sur les débats plus larges des sciences sociales. Plutôt qu’un corpus de références spécifiques qui tendrait à replier le religieux sur lui-même, nous privilégions donc des approches croisées ou transversales qui relient le terrain religieux à des questionnements théoriques de portée générale : sociologie du pouvoir ou de l’engagement, rapports sociaux de genre, de classe et de « race », anthropologie de la santé ou du corps, etc. Le séminaire est en outre l’occasion d’un retour réflexif sur les conditions de l’enquête en terrains religieux, à travers l’analyse des effets scientifiques de la constitution du religieux en problème politique, de la contractualisation de la recherche et des stratégies académiques d’élaboration d’un discours expert sur le religieux.

(Nb. Exceptionnellement la séance du 15 octobre a lieu en salle 13. En l’état actuel des recommandations établies par l’EHESS, cette salle peut accueillir la moitié de sa capacité habituelle, soit 25 personnes)

Première séance le 15 octobre 2020 de 14h à 17h au 105 bd. Raspail, salle 13 : en guise d’introduction, nous présenterons le cheminement collectif ayant conduit à la mise en place du séminaire, ses objectifs, son fonctionnement, et trois exposés autour de textes d’E. Claverie, J. Lagroye et P. Bourdieu :
  • E. Claverie, “Voir apparaître. Les ‘événements’ de Medjurgorje”, Raisons pratiques 2, 1991, L’événement en perspective : 157-176.
  • J. Lagroye, Avant-propos de Appartenir à une institution. Catholiques en France aujourd’hui, Paris, Economica, 2009.
  • P. Bourdieu, “Sociologues de la croyance et croyance de sociologues”, ASSR 63-1, 1987: 155-161.

Les étudiant.e.s intéressé.e.s peuvent, sur inscription, télécharger les textes mis en ligne sur le support Moodle de l’EHESS : il s’agit de lectures préalables à chaque séance et de lectures complémentaires, qui permettent d’approfondir les questions traitées. Pour avoir accès à ces dossiers, il suffit de s’inscrire, à l’adresse indiquée ci-dessus.

Chaque séance associe un temps de discussion autour de lectures communes et un ou plusieurs exposés fondés sur des enquêtes de terrain. La deuxième séance du séminaire, le 19 novembre 2020, sur le thème Faits “religieux” et politiques publiques, fera intervenir :
  • Philippe Gonzalez, discussion autour des enjeux de la définition sociologique de faits sociaux comme “religieux”
  • Juliette Galonnier, exposé sur “Le marché public de l’expertise de l’islam en France: retour sur une enquête financée par le Bureau central des cultes”
  • Hicham Benaissa, exposé sur “Genèse de la problématisation du fait religieux dans le monde du travail”

Enregistrements de l’atelier 7 “Pratiques religieuses dans l’espace urbain”

Les enregistrements audio des quatre interventions de l’atelier 7 du programme, sur le thème Pratiques religieuses dans l’espace urbain. Approches géographiques et sociologiques”, sont désormais accessibles en ligne. Pour les écouter, cliquez simplement sur “enregistrement audio”.   

 

 

Hugo Suarez (IIS-UNAM, IHEAL Sorbonne Nouvelle). La religion dans les rues : analyse des expressions religieuses dans un quartier populaire de Mexico City.

Résumé    Enregistrement

 

Julie Picard (Université de Bordeaux). Les territorialités religieuses des migrants africains chrétiens : entre dynamiques identitaires et recompositions urbaines discrètes.

Résumé     Enregistrement

 

David Garbin (University of Kent). Espace-temps de l’urbanisation religieuse et visions territoriales dans les mega-cities.

Résumé     Enregistrement

 

Irene Becci (Université de Lausanne). Les parcs publics comme hétérotopies religieuses.

Résumé     Enregistrement

Atelier 7. Pratiques religieuses dans l’espace urbain (9 octobre 2019)

Le programme PSL “Agenda pour une sociologie critique des religions” tiendra son prochain atelier le 9 octobre 2019 à Paris,  sur le thème Pratiques religieuses dans l’espace urbain. Approches géographiques et sociologiques”.

 

9 octobre 2019, 14h-18h30

ENS

48 bd. Jourdan, 75014 Paris

Salle R2-02

PROGRAMMME

14h-14h50. Hugo Suarez (IIS-UNAM, IHEAL Sorbonne Nouvelle). La religion dans les rues : analyse des expressions religieuses dans un quartier populaire de Mexico City.

14H50h-15h40. Julie Picard (Université de Bordeaux). Les territorialités religieuses des migrants africains chrétiens : entre dynamiques identitaires et recompositions urbaines discrètes.

(Pause)

16h-16H50. David Garbin (University of Kent). Espace-temps de l’urbanisation religieuse et visions territoriales dans les mega-cities.

16h50-17H40. Irene Becci (Université de Lausanne). Les parcs publics comme hétérotopies religieuses.

17h40-18h30. Discussion générale

 

RÉSUMÉS DES INTERVENTIONS

Hugo Suarez. La religion dans les rues : analyse des expressions religieuses dans un quartier populaire de Mexico City.

Cet exposé présente les données ethnographiques issues d’une recherche menée dans le quartier populaire d’Ajusco, au sud de Mexico. Il montre la manière dont la religion s’exprime dans l’espace public dans deux situations distinctes : d’une part, les espaces officiels des entrepreneurs du salut (temples et églises) ; et d’autre part, les manifestations populaires qui ne relèvent pas des autorités ecclésiales mais plutôt de l’initiative des croyants (chapelles, croix). Je m’intéresserai en particulier au Monumento a la Piedra, un rocher devenu lieu de réunion pour plusieurs expressions religieuses populaires et un monument public qui a finalement disparu en l’espace de dix ans. J’expliquerai en quoi ce processus fait partie d’une resémantisation de l’espace par les croyances, qui construisent un environnement assignant de nouvelles significations au territoire. De même, j’évoquerai l’importance des images et des pèlerinages dans l’élaboration d’un réseau de significations religieuses ancrées territorialement.

Suarez, H., 2015. Creyentes urbanos. Sociologia de la experienca religiosa en una colonia popular de la ciudad de Mexico, Mexico, UNAM. Suarez, H., 2018. “Socioantropología de la religión en México. Historia y horizontes”, en Revista Cultura y Representaciones Sociales, 12, (24) : 9-16. Site Internet : http://hugojosesuarez.com/creyentesurbanos/site/intro.html

Julie Picard. Les territorialités religieuses des migrants africains chrétiens : entre dynamiques identitaires et recompositions urbaines discrètes.

Cette intervention s’appuie sur nos travaux de recherche en géographie, réalisés au Caire et à Toulouse, et portant sur les processus d’ancrage urbain – temporaire ou durable – de migrants africains chrétiens (notamment protestants évangéliques). Elle propose d’interroger à la fois les liens entre géographie, pratiques, croyances et mobilités religieuses, ainsi que la place et le rôle des territoires religieux, matériels et symboliques, dans les parcours et la vie quotidienne de migrants de confession chrétienne, originaires du sud du Sahara. Nous tenterons de démontrer que ces (micro)territoires, qu’ils soient produits par les migrants eux-mêmes ou co-produits, peuvent servir de ressource, de leviers d’ancrage urbain afin de mieux vivre l’attente et d’affirmer, ou de réviser, leurs appartenances identitaires. Si l’espace urbain d’accueil peut participer à la redéfinition des identités des personnes en exil, ces dernières recomposent également, souvent de manière discrète et précaire, les territoires urbains qu’elles habitent (ce qui interroge par la même occasion la méthodologie du chercheur, soucieux de mieux saisir les liens entre migrations, religions et espaces urbains).

Bava S. et Capone S., 2010 – « Religions transnationales et migrations : regards croisés sur un champ en mouvement », Autrepart n°56, p. 3-15. Bava S. et Picard J., 2010. « Les nouvelles figures religieuses de la migration africaine au Caire », Autrepart 56(4) : 153-170. Dejean F., Endelstein L., 2013, « Approches spatiales des faits religieux. Jalons épistémologiques et orientations contemporaines », Carnets de Géographes n°6. Endelstein L., Fath S., Mathieu S. (dir.), 2010, Dieu change en ville. Religion, Espace et immigration, Paris, L’Harmattan. Picard J., 2016. « De lieu de passage au territoire d’ancrage : les Églises du Caire et les migrants africains chrétiens », Les Cahiers d’Outre-mer 2016/2 (274) : 133-160.

David Garbin. Espace-temps de l’urbanisation religieuse et visions territoriales dans les mega-cities.

Cette communication a pour objet d’examiner la relation entre l’urbain et le religieux en considérant les dynamiques liées à l’économie morale de la production des espaces, plus spécifiquement en relation avec les enjeux politiques de la pluralité, du développement et de l’aménagement urbain. On prendra pour exemples plusieurs terrains récents effectues dans des ‘villes globales’ (Londres, Atlanta, Lagos, Kinshasa) pour discuter des notions de ‘religion urbaine’ (urban religion, Robert Orsi) et ‘d’urbanisation religieuse’ (religious urbanisation) en utilisant de façon critique le concept de spatial fix développé par David Harvey. En focalisant plus particulièrement sur Lagos au Nigeria nous montrerons également comment une mise en lumière des espace-temps religieux (vision, projection, aspiration) peut nous permettre d’envisager les stratégies de territorialisation sous l’angle particulier des infrastructures matérielles et spirituelles, dans un contexte de ‘mega-urbanisation’ et de concurrence intense pour les ressources foncières.

Garbin, D., « Visibility and invisibility of migrant faith in the city: diaspora religion and the politics of emplacement of Afro-Christian churches », Journal of Ethnic and Migration Studies 39(5) : 677-696. Garbin D. et A. Sthran (eds.), Religion and the Global City, Londres, Bloomsbury. Harvey, D. (2001) Spaces of Capital: Towards a Critical Geography. Edinburgh: Edinburgh University Press; New York: Routledge. Orsi, R. (1999), ‘Introduction: Crossing the City Line’, in R. Orsi (ed.), Gods of the City. Religion and the American Urban Landscape, 1–78, Bloomington: Indianapolis University Press.

Irene Becci. Les parcs publics comme hétérotopies religieuses

Dans les contextes urbains de nos sociétés contemporaines, les parcs publics sont souvent conceptualisés comme des espaces sociaux hétérotopiques (Gandy, 2015). À partir d’observations empiriques et de réflexions théoriques menées dans le cadre d’une étude sur le militantisme écologique en Suisse et d’une autre recherche sur la diversité religieuse en Allemagne, cette présentation porte sur les pratiques religieuses qui se déroulent dans des parcs publics de deux villes européennes. Qu’il s’agisse de festivals, de réunions régulières ou de pratiques individuelles, des pratiques liées à la religion ou la spiritualité sont de fait présentes dans les parcs publics urbains. Je m’intéresserai à l’importance symbolique de ce type de lieux ainsi qu’aux discours qui accompagnent ces pratiques. Les références à la spiritualité ou à la nature oscillent entre idéalisation et antagonisme. Les parcs publics urbains sont en effet pour les habitants des villes les réceptacles symboliques d’un imaginaire de la nature et des espaces contestés, exposés à différentes appropriations séculières ou religieuses.

Becci, I., Burchardt, M. et Casanova, J. (eds.), 2013. Topographies of Faith. Religion in Urban Spaces, Leiden, Brill. Becci, I., Fahramand, M. et Grandjean, A., (à paraître). « The (b)earth of a gendered eco-spirituality : globally connected ethnographies between Mexico and the European Alps », in A. Fedele et K. Knibbe (eds.), Secular Society, spiritual selves ? Gendering the overlaps and boundaries between religion, spirituality and secularity, Londres, Routledge. Gandy, M., 2015. Écologie queer. Nature, sexualité et hétérotopies, Paris, Eterotopia.

Enregistrements de l’atelier 6 “Quand la religion prend corps”

Les enregistrements audio des trois interventions de l’atelier 6 du programme, sur le thème “Quand la religion prend corps. Corps et croyance : approches empiriques et méthodologiques”, sont désormais accessibles en ligne. Pour les écouter, cliquez simplement sur “enregistrement audio”.

 

Sébastien Dalgalarrondo et Tristan Fournier (CNRS – Iris, Paris), Un transhumanisme « à mains nues » : sociologie de la promesse du jeûne.

Résumé         enregistrement audio

 

Joël Laillier (CMH – Paris), La vocation, l’ascèse et la mortification. Sur les usages et les apports de notions religieuses pour l’étude sociologique du métier de danseur.

Résumé     enregistrement audio

 

Sylvaine Derycke (CRBC – Brest), Ascèse sportive et mode de vie communautaire à l’Institut National du Sport, de l’Expertise et de la Performance (INSEP) : réflexions autour de l’usage de l’analogie religieuse.

Résumé        enregistrement audio

Atelier 6. Quand la religion prend corps (15 mars 2019)

Le programme PSL “Agenda pour une sociologie critique des religions” tiendra son sixième atelier le 15 mars 2019 à Paris,  sur le thème “Quand la religion prend corps. Corps et croyance : approches empiriques et méthodologiques.

15 mars 2019, 14h-18h

ENS

48 bd. Jourdan, 75014 Paris

Salle R2-02

La place ambivalente du corps dans l’expérience religieuse est un thème classique en sciences sociales des religions. Cette journée d’études vise à réinterroger cet objet connu, mais en déplaçant la focale vers une analyse du religieux hors des seules religions institutionnelles, dans une perspective qui est aussi méthodologique : on peut ainsi penser à des formes contemporaines de «  sacralisation » du corps ou à différents types de travail « d’ascétisation » du corps au nom d’un idéal, « séculier » ou « spirituel ».

Dans un premier temps, il s’agirait de s’interroger sur les liens, même ténus, entretenus avec les religions historiques par le biais de concepts tels que « religieux sécularisé », « sacralité laïque » ou encore « morale laïque ». Ces concepts, nés dans les années 70, dans un contexte de remise en question du paradigme de la sécularisation selon lequel les religions seraient vouées à disparaître, postulaient l’existence, à côté des formes traditionnelles ou renouvelées, de « religions de substitution ». Ainsi, cette question participe de l’idée selon laquelle il y a mutation et non disparition du religieux : les religions institutionnelles n’ont plus le monopole du religieux, d’autres activités peuvent faire l’objet d’investissements de genre religieux et ainsi légitimer une analyse en termes de sociologie des religions ou d’anthropologie religieuse. C’est dans cette perspective que de nombreux chercheurs se sont aventurés à enquêter sur des terrains éloignés de la sphère proprement religieuse, mais en maintenant le cadre théorique de l’analyse du religieux. Dans les années 80, on étudie des objets de recherche tels que les idoles de la musique, les meetings politiques (Rivière, 1988) ou encore le sport (Bromberger 1995 ; Augé, 1982). Ces terrains deviennent des observatoires privilégiés des « transferts de sacralité » ou des résurgences de la religiosité.  Quelle est la portée de ces investigations aujourd’hui en sciences sociales ? Dans un second temps, il s’agirait de questionner l’usage de concepts issus de la sociologie des religions hors de son champ : vocation, conversion, ascèse… Les travaux des sociologues du sport portant sur les fabriques des sportifs de haut niveau – telles que les centres de formation destinés aux apprentis footballeurs (Bertrand, 2012), aux coureurs (Schotté, 2012) et aux cyclistes (Lefèvre, 2010), ou encore les écoles de danseurs (Laillier, 2017) – s’inscrivent dans cette perspective.

Si ces outils se montrent pertinents pour saisir les spécificités de l’objet étudié, l’usage débridé de l’analogie religieuse (de manière plus ou moins explicite) peut aussi prêter à confusion. Cette journée sera ainsi l’occasion de revenir sur un débat récurrent, celui de la légitimité de l’élaboration d’une définition extensive du religieux par les sciences sociales.

Références bibliographiques

Augé M., (1982). « Football. De l’histoire sociale à l’anthropologie religieuse », Le Débat, n°19, pp. 59-67.
Bertrand J., (2012), La fabrique des footballeurs, Paris, La Dispute.
Bromberger C., (1995). Le match de football. Ethnologie d’une passion partisane à Marseille, Naples et Turin, Paris : Éditions de la MSH.
Laillier J., (2017). Entrer dans la danse. L’envers du Ballet de l’Opéra de Paris, Paris, CNRS Editions.
Lefèvre N., (2010). « Construction sociale du don et de la vocation de cycliste », Sociétés contemporaines, n°80, p. 47-72.
Piette A.et Rivière C. (dir.), (1990). Nouvelles idoles, nouveaux cultes, dérives de la sacralité, Paris, L’Harmattan.
Rivière C., (1988). Les liturgies politiques, Paris, PUF.
Schotté M., (2012). La construction du « talent ». Sociologie de la domination des coureurs marocains, Paris, Raisons d’agir.

PROGRAMME

14h-15h. Sébastien Dalgalarrondo et Tristan Fournier (CNRS – Iris, Paris), Un transhumanisme « à mains nues » : sociologie de la promesse du jeûne.

15h-16h. Joël Laillier (CMH – Paris), La vocation, l’ascèse et la mortification. Sur les usages et les apports de notions religieuses pour l’étude sociologique du métier de danseur.

(Pause)

16h15-17h. Sylvaine Derycke (CRBC – Brest), Ascèse sportive et mode de vie communautaire à l’Institut National du Sport, de l’Expertise et de la Performance (INSEP) : réflexions autour de l’usage de l’analogie religieuse

17h-18h. Discussion générale

Discutant : Charles Suaud (CENS – Université de Nantes)

 

RÉSUMÉS DES INTERVENTIONS

Sébastien Dalgalarrondo et Tristan Fournier. Un transhumanisme « à mains nues » : sociologie de la promesse du jeûne

Le jeûne, comme restriction volontaire d’alimentation, occupe une place centrale dans de nombreuses religions où il est analysé comme une pratique d’auto-contrôle, de transformation de soi et d’affirmation d’un mode de vie frugal (Hervieu-Léger, 2017). Si le domaine de la religion est le lieu par excellence de déploiement de cette technique du corps, la pratique du jeûne a pris des formes très différentes dans l’histoire récente. On pense notamment aux grèves de la faim, où la mise en danger du corps par la privation de nourriture est pratiquée à des fins politiques (Ellmann, 1993). Depuis une vingtaine d’années, la pratique du jeûne se déploie également en lien étroit avec le marché des médecines parallèles et de la naturopathie, sous la forme de stages hebdomadaires qui associent restriction calorique et randonnée pédestre. C’est sur ce marché du jeûne de « bien-être » en France que porte cette communication. Nous nous concentrerons sur l’assemblage argumentatif au fondement de cette promesse, qui se décline selon trois axes – l’ascétisme, le politique et l’exploration de soi – et qui permet d’appréhender la pratique contemporaine du jeûne comme une technique « d’optimisation de soi » (Dalgalarrondo & Fournier, 2017), où l’on fait du plus avec du moins : un transhumanisme « à mains nues ».

Dalgalarrondo, S. & Fournier, T. (Dir.) (2017). « L’optimisation de soi », Ethnologie Française, appel à contributions pour le numéro 176(4) à paraître en 2019.
Ellmann, M. (1993). The hunger artists. Starving, writing, and imprisonment. Cambridge: Harvard University Press.
Hervieu-Léger, D. (2017). Le temps des moines. Clôture et hospitalité, Paris : PUF.

Joël Laillier. La vocation, l’ascèse et la mortification. Sur les usages et les apports de notions religieuses pour l’étude sociologique du métier de danseur.

Les études sur les professions artistiques comme sur les élites corporelles mobilisent très souvent les notions de « vocation » ou d’ « ascèse », empruntés au lexique religieux, sans pour autant en proposer un usage réflexif, comme si ces emprunts allaient de soi. Pourtant le glissement opéré de l’institution religieuse à l’analyse sociologique a des implications fortes et qui, nous semble-t-il doit être contrôlé. A partir d’une recherche ethnographique menée sur les danseurs et danseuses du ballet de l’Opéra de Paris, nous reviendrons sur les usages pratiques de ces notions de « vocation » et d’ « ascèse » mais aussi de « mortification » pour esquisser les apports de ces notions à l’analyse d’une élite artistique et corporelle produite dans un cadre fortement institutionnalisé. Nous essaierons d’en montrer les implications, leurs portées analytiques, mais aussi leurs limites.

Laillier J., “La dynamique de la vocation. Les évolutions de la rationalisation de l’engagement au travail des danseurs de ballet”, Sociologie du travail, 2011, n° 53 (4) pp. 493-514.
Suaud, C., 1978. La vocation. Conversion et reconversion des prêtres ruraux. Minuit, Paris.

Sylvaine Derycke. Ascèse sportive et mode de vie communautaire à l’Institut National du Sport, de l’Expertise et de la Performance (INSEP) : réflexions autour de l’usage de l’analogie religieuse

Le point de départ de cette enquête, menée auprès des sportifs de haut niveau en athlétisme au sein de l’Institut National du Sport, de l’Expertise et de la Performance (INSEP), a été de s’emparer d’un paradigme des années 80 : le sport comme « religion séculière ». Il s’agissait de multiplier les repérages analogiques entre le mode de vie du sportif de haut niveau en collectivité et l’expérience physique sportive d’une part, et le mode de vie du virtuose religieux et l’expérience religieuse d’autre part. Ma démarche a préservé, jusqu’à un certain point, le cadre de l’analogie, mais mon propos était d’accéder à la genèse « religieuse » qui travaille le vécu sportif. Une approche historique des origines de ce sport a permis d’abandonner le raisonnement analogique pour envisager les empreintes d’un héritage catholique romain. C’est enfin au moyen d’une définition extensive du croire et du rite que j’ai pu suivre in situ la manière dont émergent les croyances et les pratiques rituelles en compétition. Les deux premières perspectives restent aux prises avec la comparaison au modèle institutionnel de la religion et permettent de saisir ce qui associe les expressions spirituelles en milieu sportif aux différentes influences historiques religieuses. Le troisième angle de vue s’en émancipe pour rendre compte, sous cette médiation, des nouvelles configurations du croire et des pratiques croyantes. L’articulation de ces cadres théoriques successifs a été rendue possible par une approche méthodologique globale qui consistait à adopter une définition extensive du croire et des pratiques croyantes, sans intention première de qualifier ce qui se présente au regard. Une fois le travail d’enquête réalisé, il a fallu réduire la portée de ces concepts pour ne pas risquer de tout ramener à du « religieux ». Ainsi, ce travail est autant une recherche sur les évolutions du croire dans la sphère séculière qu’une réflexion épistémologique sur la démarche qui permet d’accéder à ce croire vécu.

Hervieu-Léger D., (1993). La religion pour mémoire, Paris : Cerf.
Piette A., (1993). Les religiosités séculières, Paris : Presses Universitaires de France.
Weber M., (2003). L’Ethique protestante et lesprit du capitalisme, Paris, Gallimard.

 

Enregistrements de l’atelier 5 “En vérité je vous le dis”

Les enregistrements audio de deux des trois interventions lors de l’atelier 5 du programme, sur le thème “”En vérité, je vous le dis”. Régimes de vérité, sciences (sociales) et religion”, sont désormais accessibles en ligne. Pour les écouter, cliquez simplement sur “enregistrement audio”.

Véronique Altglas (Queen’s University Belfast), Une réforme de la sociologie des religions ? Autour du livre Bringing the Social Back into the Sociology of Religion.

Résumé       Enregistrement audio

 

 

Claude Dargent (Université Paris 8, CRESPPA), Sociologie, science et religion. À propos du livre Science et religion.

Résumé        Enregistrement audio